CHAPITRE CXCVII
DUserlalion nvanlc.
• I.a ville de Limerick, de laquelle on commença le siège sous les ordres du roi
TniSTnAV .MUHDT.
Guillaume, en ])crsouiie, l’année d’après que je fus entre au service , est située au milieu d’un marais diabolique , et dans nn pays couvert d’eau. — ■ Klle est , dit mon oncle TolTie , tout entourée par le Sliannon, et sa situation la rend une des places les mieux fortifiées d'Irlande. »
— t Je trouve , dit le docteur Slop , que cette façon de commencer un discours sur la médecine est tout-à-fait nouvelle. — Ce que je dis là n’en est pas moins vrai, répondit Trim. — En ce cas, dit Yorick, la faculté ferait bien d’adopter cette méthode. >
— € Avec la permission de monsieur le pasteur, dit le caporal, tout le pays est coupé de tranchées et de fondrières; et d’ailleurs il tomba pendant In siège une telle quantité de pluie, que tout était boue. Ce fut cela et cela seul qui fut cause de l'inundation , et qui pensa nous faire pi-rir, monsieur et moi. — Au bout de dix jours, continua le caporal, il n'y avait pas un soldat qui pût se coucher à sec dans sa tente, sans avoir creusé un fossé tout autour pour égoutter l’^u. Mais, (lour ceux qui, comme monsieur, en avaient le moyen, il fallait tous les soirs faire brûler une écuelle pleine d'eau-de-vie : ce qui absorbait l'humidité de l'air, et rendait le dedans de la tente aussi chaud qu’un poêle. >
-.Etqu- est-ce que tout cela prouve, caporal, s’écria mon père ? et quelle couelusion en tires-tu '? •
— « J'en conclus , n’en déplaise à votre seigneurie, répliqua Trim, que l’humide rad'C'tl n’est autre chose que de l'eau de fossé, et que le chaud radical (pour ceux qui peuvent en faire la dépense) est de l’eau-de-vie brûlée. Oui, messieurs, avec votre permission, le chaud et l’humide radical d’un homme ne sont que de l’eau bourbeuse et une ib-agnie degenièvre. Que le genièvre ne nous manque pas, ajouta-t-il, et qu’on nous donne une pipe et du tabac , pour ranimer nos esprits et dissiper les vapeurs. Vienne ensuite la mort (|uand elle voudra , elle tiouvera à qui [lar- 1er. •
— < Je suis en peine, capitaine Shandy, dit le docteur Slop, de déterminer dans quelle branche de connaissances votre valet brille davantage, de la physiologie ou de la théo-
logie. • (Slop n’avait pas oublié les commentaires de Trim sur le sermon. )
— illn’yap.as plusd’une heure, dit Yorick, que le caporal a subi un examen en théologie, et qu'il s'en est tiré avec beaucoup d’honneur. >
— - « 11 faut que vous sachiez, dit le docteur Slop en s'adressant à mon père, que le chaud et rimmidc radical sont la base et l'appui de notre existence, comme les racines d'un arbre sont la source et le principe de sa végétation. Ils sont inbérens au germe de tous les animaux , et l’on peut les maintenir dans l’équilibre qu’ils doivent conserver, par plusieurs moyens, mais principalement, à mon avis, par ceux que l’on dit consubilanticlt , incisifi et corroborant. — Ce pauvre garçon, continua le docteur Slop en montrant le caporal, aura entendu quelque empirique raisonner sur ces matières , et il aura retenu ses absurdités. — Voilà le fait, dit mon père. — Il y a toute apparence, dit mon oncle Tobie. — Je le p.arierais, » dit Yorick.