CHAPITRE CCXXVIII
Portrait de U eeBre Wadaun.
La veuve Wadman Mais je veux que
vous fassiez vous-même son portrait. Voici une plume, de l'encre et du papier : asseyezvous, monsieur, et pcignez-la à votre fantaisie. Comme votre maîtresse, si vous pouvez, et non comme votre femme, si votre conscience vous le permet. Au reste, ne suivez que votre goAt; je ne prétends point gêner votre imagination.
Eh bien, monsieur!
La nature forma-t-elle jamais rien de si charmant et de si parfait?
Vous voyez cette veuve Wadman ! comment mon oncle Tobic lui aurait-il résisté ?
O trois fois, quatre fois heureux livre! tu contiendras donc une page au moins que la malice et l'ignorance ne pourront noircir ni falsiber.
Diklogae.
Mistress Brigitte apprit à Suzanne que mon oncle Tobic était amoureux de sa maîtresse, quinzejoursau moinsavautqu'ily eût pensé.
Suzan ne c n parla dès le lendemain à ma mère. D'après cela, je puis bien entamer l'histoire des amours de mon oncle Tobie, quinze jours avant leur existence.
— <]'ai à vous dire une nouvelle, monsieur Shandy , dit ma mère , qui vous surprendra beaucoup. •
Or , mon père était alors occupé à tenir son second lit de justice , et il réfléchissait intérieurement sur les fatigues du mariage , quand ma mère rompit le silence.
— tVotre frèreTobie,ditma mère, épouse mistress Wadman.
— t Le pauvre homme ! dit mon père , il n'aura donc plus la liberté de se coucher en travers dans son lit ! »
C'était un supplice cruel pour mon père, de ce que ma mère ne demandait jamais l'explication des choses qu'elle ne comprenait pas.
— < Qu'elle soit ignorante, disait mon père, c'est un malheur pour elle. Mais elle peut faire une question.»
Ma mère n'en faisait jamais. Enfin elle est morte sans savoir si la terre tournait ou ne tournait pas : mon père le lui avait expliqué plus de mille fois ; mais elle l'oubliait toujours.
Aussi la conversation allait rarement plus loin entr'eiix qu'une demande, une réponse et une réplique. Ensuite ils reprenaient haleine pendant quelques minutes ( comme dans l'affaire des culottes ), et puis le dialogue.
— » S'il se marie, dit ma mère, ce sera tant pis i>our nous. >
— t Je n'en donnerais pas deux sous , dit mon père; il peut manger son bien de cette façon aussi bien que d'une autre. •
— « J'en conviens , dit ma mère. » Là finit la (temandc, la répotue et la réplique dont je vous ai parlé.
TRISTllAM gnANhT.
— «Ce sora un passe-lcmps pour lui, > dit mon pOrc.
— < Surtout, ropnndit ma mère, s’il [W'iit avoir ans enfaiis. >
— € lins cuinns ! s'écria mon pnm, Incinl ait pitié de moi ! >