‹ Œuvres completes de SterneChapitre 334 sur 507 · OYACE SE^TI11E^TAL · texte numérisé non relu

OYACE SE^TI11E^TAL

fort de don Pèdre , de Benoit et de Bëiitrix , i|iie je ne pensais ni à Versailles, ni au comte, ni an passe-port.

Douce nexibililc de l’esprit humain , qui peut aussitôt se livrer à des illusions qui adoucissent les tristes momens de l'attente et de l'ennui ! Il y a longtemps que je n’existerais plus, si je n'avais pas erré dans ces plaines enchantées... Dès que je trouve un chemin trop rude pour mes pie'ds , ou trop escarpé pour mes forces , je le quitte pour chercher un sentier velouté et uni que l’imagination a jonché de boutons de roses. J’y fais quelques tours , et j’en reviens plus robuste et plusfrais. Lorsque le mal m’accable, et que ce monde ne m’offre aucune retraite pour ni'y soustraire ,jele quitte , et je prends une nouvelle route... et comme j’ai une idée beaucoup plus claire des Champs-Elisées que du ciel, je fais comme Énéc, j’y entre par force... Je le vois qui rencontre l’ombre |>en$ive de sa Didon abandonnée , qu’il cherche à reconnaître.... Elle l’aperçoit, se détourne en silence de l’auteur de sa misère et de sa honte.... Mes sensations se perdent dans les siennes et se confondent dars ces émotions qui m’arrachaient des larmes sur son sort, lorstpie j’étais au collège.

Ce n’est certainement pas là courir après une ombre vaine et se tourmenter inutilement pour la saisir : on se tourmente bien plus souvent en confiant le succès de ces émotions à la seule raison. J’assurerai hardiment que, quant à moi, je ne fus jamais plus en état de vaincre aussi décidément une seule sensation désagréable dans mon cœur, qu’en y en excitant à sa place une autre plus douce et plus agréable.

J’allais finir de lire le troisième acte , lorsque le comte de B... entra , avec mon passeport à la main.... M. le duc de Cboiseul, me dit-il , est aussi bon prophète qu’il est grand homme d’état.... Celui qui rit, dit-il , ne sera jamais dangereux. Pour tout autre que le bouffon ilu roi , je n’aurais pu l’avoir

de plus de deux heures Mais, monsieur

le comte , lui dis-je , je ne suis pas le bouffon du roi.... Mais vous êtes Yorick? Oui.... Etvous riez, vous plaisantez? Je ris , je plaisante ; mais je ne suis point payé pour cela...

C’est toujours à mes propres frais que je m'amuse.

Nous n'avons pas , monsieur le comte , de bouffons à la cour ; le dernier que nous eûmes parut sous le règne licencieux de Charles 11. Nos moeurs depuis ce temps se sont si épurées , nos grands seigneurs sontsi désintéressés, qu'ils ne désirent plus rien que les honneurs et la richesse de leur patrie ; nos dames sont toutes si modestes , si réservées, si chastes, si dévotes.... Ah ! monsieur le comte, un bouffon n'aurait p.as un seul trait de raillerie à décocher...

Pour cela ! s'écria-t-il, c'est du persifOage.

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