‹ Œuvres completes de SterneChapitre 358 sur 507 · LA FAUSSE DÉLICATESSE · texte numérisé non relu

LA FAUSSE DÉLICATESSE

Ma résolution une fois prise , je me mis à préparer les excuses que la polilesst; voulait que je Gssc à la belle Piéniontaisc , pour un départ aussi brusque; c'éLait une infraction au traité que nous avions fait ensemble, et qui me liait jusqu'à Turin. Il me fallait donc un manifeste apologétique... Si notre première convention avait essuyé quelques atteintes, les accidens et incidens qui avaient occasionné cette apparence de violation pouvaient tenir lieu de jnstiGcation. Mais ici c’était violer ouvertement un second traité, après une ratiGcation solennelle et religieuse. Comment donc osc-t-on faire aux potentats fie la terre un crime d’une reprise d'hostilités après un traité définitif, quand on voit cette foule d’événemens inattcndu.s et imprévus qui peuvent rouvrir le lempic de Janus. Pentlant que je faisais ce beau solilo<|uc , 1a dame entra dans ma chambre, et me dit que 1rs voitiirins étaient prêts ainsi qite leurs mulets. Eugène, si la rougeur peut être un signe de modestie uaturelle ou de honte, et non la maïquc du crime , je t’avouerai que mon visage devint cramoisi , et que ma langue me refusa le service, e Madame... une lettre! > Je ne pus en dire davantage. Fille vit ma confusion, mais elle ne fit pas semblant de s’en a|iercevoir.

f Noms resterons, monsieur , jusqu'à ce qitevous ayez, fini voti-e lettre.» Mon trouble redoubla; et ce ne fut qu'après une pause de quelques minutes, qii'ap|>eluut à mon aide toutes les puissances de la résolution et de l'amitié, je pits lui dire : » Il faut que j’en suis moi-méme le porteur. >

Test-il jamais anivé, dans un besoin pres.saiit, de t'adresser à un ami équivoque pour lui demander de l'argent? Que se passait-il alors dans ton aine pendant que tu examinais l'agitation do .ses muscles, que tu voyais laterreuruiila cumpas.sion se |ieindrc dans scs yeux, et que ton homme faisant taire les tendres émotions du cœur, et se tournant vers toi , avec un sourire malin , te demandait : » Où sont mes sûreté»? » As- Ut jamais brûlé pour une beauté impérieuse, dans laquelle tu avais concentré tes vœux , tes espérances et ton bonheur? C'en est fait: la résolution en est prise. Tu lui découvres le secret de ton cœur : tu tiens, dans ce moment terrible , les yeux Gxés sur les siens. Malheureux! que vas-tu devenir? Son indignation éclate, chacun de ses regards est un trait qui te tue. Voilà précisément, Eugène, ce qui m'arrive. F’igiire-loi la belle Piémontaise recueillant tout son orgueil et toute sa vanité dans un même foyer, le tout renforcé par le ressentiment dont est animée une femme qui se croit outragée.

« C’est sans doute là, monsieur, de la politesse anglaise; mais clic ne convient pas à (flionnêtcs gens. >

< Eh! madame! au nom du destin, du hasard ou de la fauilité , ou de tout ce qu'il vous plaira, pourquoi les incidens, les bizarreries de ma vie, attirent-ils à une nation etitière un pareil reproche? »

Ce n’est pas bien, belle Piémontaise!

mais, pars ! que le bonheur te suive et t’accompagne partout !

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