‹ Œuvres completes de SterneChapitre 452 sur 507 · SIR WALTER SCOTT · texte numérisé non relu

SIR WALTER SCOTT

Les dreoDsUDoes de U vie du docteur Goldimith, la lutte qu’il engagea de bonne heure avec la pauvreté et le besoin , et les succès de sa courte et brillante earnère, après qu'il se fut distingué comme auteur, sont si connus et ont été si bien racontés , qu’une ra> ptde esquisse de sa vie est tout ce que nous avons besoin de tracer.

Olivier Goldsmith naqiUt, le 39 novembre 1738, à Pallas (ou plutôt Palice) dans la paroisse de Famey, comté de Loogford, en Irlande, où résidait son père, le Révérend Charles Goldsmith , ministre de l’église anglicane. Ce digne ecclésiastique, dont les vertus ont été ensuite imoKirlaUsées per son célèbre fils, dans le personnage du prédicateur de village, avait une famille de sept eofaos, pour lesquels U ne put amasser que

* La bio|rapbi« la ploi complète da Goidanitb qui ait paru juaqu'k présent Mt celle qvi a pour lUre i Th* VJ* «/ OU*«r C*U/mith. Bj James Prier, Eaq. Loudoo t Jobo Murray,

iSJy, a To). u)«9*. Cet OQvraf r a obtcoo le plus brillant sue* cèe, ei presque leos les jooroaus liiiérsiiee snglats en oot rendu compte, cnue entres i Th* Court Journal, GauU* ofth» fuikionahU World. No 401. Saturday, December 3i, i836, p. 846, col. i~84y, col. i) tk* Lit*rorjGoutt*, Nos 1040 et 1041, December s4, i836 , etc.; ih* CmiUmou’t Moguûm. Narcb, tISy, p. s>7*s4i (article suivi d'un autre intitulé, Mtmorioli oflimorj Ch«rocur$, Ko. Xfill. Ptd-grm af th« Pott CoUUmitk)', enfin th* îVortA .énirricea fUtitw. No XCV|. Jnly, i83y, p> ^ • V. M.

peu de fortune. Il obtint à la fin an bénéfice dans le comté de Roscommon ; mais U mourut de bonne heure . car les soigneuses recherches du Révérend John Graham de LifTord l’ont amené à trouver sa veuve nigra veste senesems, demeurant avec son fils Olivier à Ballyma> bon, dès l'année 1740. Parmi les comptes de boutique d’un petit épicier de Vendrolt, on lit fréquemment le nom de Mistress Goldsmith, comme celui d'une pratique pour des denrées de peu de valeur; et U parait que dans ces occasions Master NoU • était l'émissaire ordinaire de sa mère. On se souvenait cependant de lui , dans le voisinage, comme ayant eu des occupations plus poétiques : par exemple , jouant de la Oûle et errant solitaire sur les rives ou parmi les fies de la rivière Inny, quieki remarquablement belle a Ballymahon.

Olivier se distingua de bonne heure par une vivacité de laie ns, et cette humeur incertaine qui est si souvent liée au génie , comme l'était l'esclave au char des irioniphaleurs romains. Son oncle par alliance, le Révérend Tbomu Gonlarine. entreprit de se mettre en frais pour procurer i son neveu , qui promettait tant, les avaulages d'une éducation classique. Olivier fut mis à l'école è Edgeworth’s-Tovrn, et, en juin 1744, U fut envoyé à Dublin, en qualité de Slaer**; position qui le soumeltall è beaucoup de découragemens et de mauvais traite»

* Ntître Olivier. C« litre dcJfaiwri* dooi>c surtout eu Au* (leterre sus petits |srçoos.

** Pauvre êcuber du dernier dcgie, qui sert lu autres.

nOTICE.

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meus, surtout s'il avait le mallieur, comme il Peul» de tomber sous la férule d'un tuteur brutal.

Letâ juin 1747, Gotdsmitb obtint son unique laurier académique, qui consistait dans une pension sur la fondation d'Érasme Smylhe, écuyer, t’ne boulade incoosidétée le poussa bientôt après à (piitter l'uiiivcrsité pendant quelque temps ; et U |iara1l ainsi avoir commencé de bonne lieurc ce genre de vie errante et uUive , qui préaente souvait beaucoup d'attraits aux jeunes hommes degénie , parce qu'elle les alTiaiirliit de toute espèce de sub joction , et qu'elle les laisse entièrement maîtres de tout leur temps et <le leurs propres pensées : liberté qu’ils ne croient pas aciieter trop cher au prix de la fatigue, de la faim , et de toutes Ica autres incouimodités inévitables à ceux (|ui voyagent sans argent. Ceux qui peuvent m rappeler des voyages de ce genre , avec tous les expèdiena , les nécessités et les petites aventnres qui les accompagnent, ne s’étonneront pas des cliarmes qu’ils avaient pour un jeune homme comme Goldsmitli. Nonobstant ces expéditions aventureuses, U fut reçu bacbclier è«-arts eu 1749.

L'ami constant do Goldsmith , M. Contarine , semble avoir recommandé à son neveu Tétude de la médecine; et , dans l'année 1 7â2 , celui-ci s’établit à Édinburgli pour suivre des cours de cette science. Goidsmilli ne garda pas de l’Écossc des souvenirs bien agréables. Il était sans déliante, et il fut attrapé; il était pauvre, et il faillit mourir de faim. Cependant, dans une lettre fort gaie, adressée d’Édiiiburgli à nobcrl Brianton de Ballymahon, U termine une descriptiM) sarcastique du pays et de ses liabitaos avec la candeur de bonne humeur qui formait une partie si distinguée do son caractère : «> Un homme pauvre et laid ii'est une société que pour lui-méme, et le monde me laisse jouir pleinement, de celte société La fortune vous a donné des occasions, et la nature une puissance pour paraître charmant aux yeux des txdles : je D’envie point, mon cl»cr Bob *, ces dons, pondant que je puis m'asseoir et rire du monde, ainsi que de rooi-méme , qui suis ce qu'il y a de plus ridicule. »

D’Édinburgh notre étudiant passa à Leydc , non sans incidens; car il fui arrêté pour dettes, resta sept jours en prison, pour avoir élé trouvé en coni|)agii{e avec quelques Essais au service de la France, et (ce qui ne fut pas moins désagréable) H essuya une tempête. A Lcyde, Goldsmitb fut partlcullèreineul exposé à une tentation h laquelle, à aucune époque de sa vie,- il De put fodlnnenl résister. Les occasions de jouer étalent foé<{uentes : il s'y déroba rarement; et à la ûu il perdit jusqu'à son dernier shilling.

Dans cette situation désespérée, Goldsmilh commença son v oyage , avec une cliemise dans sa poctie , et une cooaanco sans bornes en la Providence. Il est reconnu que, dans le récit de George , le lils aîné du Ministre de Wakefield , l’auteur a donné un tableau des ressources qui le mirent lui-méme en état de faire le tour de l'Europe, à pied et sans argent. En Allemagne et en Flandre, il

avait recoursà sou violon, sur lequel il était pasaoblemeut habile ; et un air gai lui faisait ordinairement avoir cm logement pour la nuit dans quelque chaumière de paysan. Eu Italie , où son talent musical était moins prisé , il trouva l'bospitalilé en di.spuUiit dans les monastères , comme un savant eu voyage, sur cet laines thèses philosophiques que les doctes habilans de ces lieux étaient obligés, en vertu de leur fondation, de soutenir contre ous oppoMins. Par ce iitoyen , il ubleDail quelquefois soit de l'argcnl , soit un iogenveot. U doit avoir eu , pour se procurer l'uii et l'autre, des ressources qu'il n’a pas jugé convenable de faire connalfre. Les universités étrangères offrent aux pauvres écoliers des facilités semblables à celles que Foti rencontre dans Ica monastéaes. Goldsioith réséda pendant phisieurs mois à Padouc, et l'on rapporte qu'il prit un de^ré à Louvain. Ce qu'il y a de certain, c’est qti’nn récit d’uu voyage fait par un aussi bon juge de la nature humaine, «laiis des circonstances aussi singulières, aurait produit l'un des livres les plus altacbans du inonde , et il est tout à la lois éUmnant et regrettable que Goldsadtli n'ait (tas pensé à la publication de son voyage, (tarmi les autres ressources littéraires que son esprit savait si bien trouver. il n’ignorait (tas les avantages qui résultaient pour lui de son mode de voyager : « Les pays, dit il ilaiis son £ssai sur ia titfà'ature polie en A’Mrq/v, présentent des aspects très dilTérens aux voyageurs seloii qu'ils &e trouvent dans des circonstancesdifTérentes. Un homme qui traverse rEiimpe au galop daus une chaise de (teste , et le (tèlerin qui fait le grand voyage à pied , formeront des eonrlusions très difTérenU-s. Haud ine:rprrtus loquor. m Peut être eut-il honte d’élre rangé dans la dernière catégorie. Goldsniitli (tassa environ une année à errer atn.si, et aborda en Augleterro eu l’an I74G, aftrès avoir ftarconru la France, l'Italie et une (tarlie de l’Allemagne.

La pauvreté était maintenant devant notre auteur dans toute son amertume. Ses amis d'Irlande avaient depuis longtemps renoncé k lui on l’avivicnt oublié ; et le misérable poste d'huissier d'une académie*, dout il a tracé un tableau si triste dans le récit que fait George de scs (>n>(tres aventures , fut son refuge à cette é(x>qiie (>our ne pas mourir de faim. Sans doute ses descriptioos étaient fondées sur des souvenirs (vcrsonnels : « J’étais sur ()ted de bonne heure et tard , i-egardé comme un inférieur par le maître , bai par la maltresse à cause de ma laide ligure , tracassé au dedans (lar les (>elits garçous , et je n’avais jamais la (lemiissiou de sortir pour cherclier de la civilité au deliors. " 11 subit cet état d’esclavage à l’académie de Peclham, et il en conserva un sonveoir si amer, qn'il s'ofTeusait de la moindre allusion qo'on y faisait. Un de ses amis venant de se servir du proverbe : « Oli ! c’est tout an jour de fête à Peckluun , » Goldsmilh rougit et demanda s’il avait l'intention de rinsuller. U laissa avec difliculté celte misérable condition pour celle d’bomme de peine, ou plutôt de porteur de bouUqne,

* Vbrè*i*lioB de

* Soui-ntltrc d'Molc

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NOTICE

d’ou aiiotUiiii^ajre «Tu» FtsInSlrccl Uill, ftu wrvke duquel U était quand U fut recuunu par le docteur Sleigh , 800 OHupalrioteet camarade d'étude i Ivdimburgh. A suo élerocl honneur, il délivra Olivier Goldamilh de cet étal dégradant d'esclavage.

Sous les auspices de son ami et compatriote, Goldarnith commença k exercer comme roédecln aux eovirons de Bankside, ensuite près du Temple; et, quoique réussissant peu k obtenir des honoraires. Il eut cependant bientôt bon nombre de malades. C’est alors qu’il pensa pour la première fois à recourir à cette plume qui donna plus tard tant de plaisir au pubik; il écrivait, il travaillait, il compilait. Un contemporain le décrit comme têtu de la livrée des Muses, c’est-à-dire d'un habit noir ripé et à moitié déteint, avec ses poches gonflées de papiers, pendant que sa tête l’était de projets. Par degrés il le fit connaître lui et ses talens, et fut enfin à même d’écrire , dans une lettre à un ami , qu’il était trop pauvre pour être remarqué, et trop rielie pour avoir besoin d’assistaooe*. Dans une autre**, il se vante de la conversatioo choisie qu'il était quelque' fois admis à partager.

II sema alors des prospectus , pour publier par sonscriplkm sou Essai sur la littérature polie en Europe, dont U comptait employer les profits pour s'é<]uiper pour riode, ayant obtenu de la Com|>agnie le poste de médecin d’une des factoreries sur la côte de Coromandel. Mais U désirait bien plus se distinguer dans U littérature que d’accroître sa fortune : Je brûle du

plus vif désir, disait-il, de o>e séparer du vulgaire, autant dans les circonstances qui me sont relatives, que je suis déjà loin de lui par mes sentimeos. Je trouve que je manque de constitution et de cette forte et robuste disposition , qui seule fait les hommes grands. Quoi qu’il en soit, je me corrigerai de mes défauts, puisque je les connais***. »

hes talens variés de Goldsmilb et sa plume toujours prête le mirent bientôt au service des libraires; et sans doute les toucltes de son esprit et de son humeur furent mises en œuvre pour donner de la vie aux lourdes pages de plus d’un triste volume de Mélanges ou d'une Revue : manière de vivre qui, jointe à sa propre imprévoyance, rendait son revenu aussi flottant que ses occupations. Il écrivit plusieurs essais pour diverses publications pModiques, et U les rassembla ensuite en un volume lorsqu’il vit que ses contemporains se les attribuaient sans cérémonie. Dans la préfoce , U se compare à un liomnie gras dans une famine , lequel, sur la demande de ses coinpaguous d'inforlune, de se nourrir du superflu de sa personue, iusîsteraïl,

* L«ttr« k Dulel llodion, revyer. Vojei it de Oeld- •■itb U tile de eet <s«Tree «o quatre voluskef, ISOI , vol. I , p.iX

idem, ibid., p. 46

*** IdÊWt, ibid.p 48. 49

avec quelque jusli(« , piutr en avoir lui-méroe la première tranche. Mais sa production la plus travaillée dans ce style est le Citoyen du Monde, leltres supposées écrites par un pliilosoplie cliinois résidant en Angleterre, à l'imitatiou des Lettres persanes de Moutesifuieu. l'eodant ce temps-là, quoii|ue subsistanl d’une manière précaire, U faisait son cliemiu dans la société, et il était déjà, en l’année 1761 , aussi avancé que le docteur Johnson , qui semble, depuis le prciuiec momenl de leur connaissauce jusqu'à ce que la mort les séparât, avoir entretenu pour le docteur Goldsiuith 1a plus sincère amitié, traitant son génie avec respt'cl, ses fautes avec indulgence, et sa personne avec affectioo.

C’est probablement peu de temps après leurs premiers rapports que U nécessité, mère de tant d'œuvres de génie , donna naissance au Ministre de Wakejield. Les drcoofttances qui accompagnèrent la vente Je ccl ouvrage à son heureux éditeur sont trop singulières |H>ur être racontés en d'autres termes que dans ceux de Jolmson, tels que les rapporte son fidèle chroniqueur Baswell :

« Un matin je reçus un message du pauvre Gokl' smith, qui se trouvait daus un grand élat de detresse; comme U n'élait |>as en son pouvoir de se rendre vers moi, il me priait de venir diez lui le plus tôt possible. Je lui envoyai une guinée, et je promis de venir le voir tout de suite. En consé((ucnce, j’y allai aussitôt que je fus habillé, et je trouvai que son hôtesse l'avait arrêté pour le paiement de son loyer : ce dont il était fort en colère. Je m'aperçus qu'il avait déjà cliangé ma guinée, et qu'il avait une bouteille de vin de Madère et un verre devant lui. Je mis le bouchon à la bouletlle, lui demandai d’être calme, et commençai à causer avec lui des moyens de se tirer d'aflaire. II me dit alors qj'il avait on roman prêt à imprimer, et il me le mon* tra. Je le parcourua, et je vis son mérite; je dis à riiôtesse que j’allaia revenir ; et , m’étant présenté chez un libraire , je vendis le iDanuserit soixante livres skrling. J’apportai l'aigent à Goldsmitli, et il paya son loyer, non sans goumvandar vertement son hôtesse de l’avoir si mai traité. »

Newberry, l’acquéreurda Ministrede Wahefield, très connu à la i^oératioo présente par le souvenir de ses études d’enfance, avait du mérite, aussi bien que de la fortune, et souvent il patronisa le génie dans la détresse. Quand U conclut le marché, qu’il fit proba- , blemeol en partie par déférence pour le jugement do Johnson , U avait si peu de confiance dans la valeur de son emplette, que le Ministre de Wak^ld resta eu manuscrit jusqu'à ce que la publication du Voyageur e(U établi la réputation de l'auteur.

Goldsmith avait rassemblé pour ce beau poëme des matériaux dans ses voyages; et une partie do cet oU' vrage venait d’être écrite eu Suisse, et avait été envoyée de ce pays au frère de l'auteur, le révérend docteur Henry Goldsmilb. Son célèbre ami , le docteur 1 Johnson, t’aida de plusioars avis généreux, et passe

NOTICI::.

prjur lui avoir ciHDmuniqué le icnliinenl, mit en ti beaux vers dans la conclusion.

La publicaUon du Foyopeur donna à l'auleur toute celle célébrité après laquelle il courait depuis si long, temps. Il prit alors I babit professionnel de la science médicale : c’est«à-dire le manteau d'écaiiate, la perruque, l'épée et la canne, et fut reçu comme un membre considérédans cette société distinguée qui forma ensuite le Qob littéraire , ou , comme on l'appelle le plus conv munécneDlarec emphase, le Qu6. Pour cela U lUquclques sacrifices, comme de renoncer à aller dans quelques endroits publics qu'il avait autrefois trouvés à sa convenance sous le point de vue de la dépense et de l'agrément; mais ce ne fut pas sans regrets, car il avait coutume de dire : • En vérité , il faut faire quelques sacrifices pour pénétrer dans la bonne société : pour être ici . je me suis sevTéde plusieurs endroits où j’avais coutume de faire le fou très agréablement. > Souvent il arriva qu'au milieu de ces esprits plus aiguisés avec lesquels il se trouvait alors associé, la simplicité de son caractète mélée avec une insouciance d'expression , un esprit de vanité peu clairvoyant, et une promptitude de conception, qui le conduisirent souvent à l’absurdité, rendirent le docteur Goldsmilh, jusqu'à un certain point, le but des épigrammes de la compagnie. Garrick, en particulier, qui probablement prenait quelque chose des airs de supériorité d'un directeur de théâtre visà-vis d’un auteur dramatique, lira sur lui quelques bordées d’un petit esprit épigrammalique. Il est probable que Goldsmith commença à sentir que cet esprit était porté trop loin , et pour l’arrêter avec le meilleur goût, il composa son célèbre poème de la Ilcvanche, dans lequel la manière d'étre et les fautes de ses osso. Clés sont retracées avec une satire tout à la fois mordante et de bonne humeur. Garrick y est vcrieiuenl ebilié; Burke, le dlrmer-heil* de la chambre des communes, n'y est pu épargné ; et parmi les noms les plus distingués du Duh, Johnson et Reynolds seuls échappèrent au fouet du satiriste : même ce dernier est renvoyé avec des applaudisseniens maladrolU et affectueux. La Bevonche eut pour effet de placer son auteur sur un pied plus égal avec sa société, qu'il n’avait été jusqu'alors. Héme, quoiqu'il respeclâl beaucoup Johnson, et qu'il en fût très aimé, Goldsmith s'éleva contre son despotisme avec plus de vigueur que généralement n'osaient s’en permetlre les confrères de ce sultan de la littérature. Boswell nous rapporte de ceci un exemple très frappant : Goldsmith avait commenté sur la diflicullé et l'importance de fàire parler dans un apologue les animaux comme personnages , et 11 citait particulièrement comme exemple la fable des Petits Poissons. Observant que le docteur Johnson riait dédaigneusement, U s'écria vivement : «Pourquoi, docteur Johnson?

* Mo( k root rltAcV du dtnur. U «tiIi aiiui uomtné porce qur, apprécié par aei collèguea <lc la chambra des Cooi»

munca, U lui »or&fail de coimnrncer un üiacoura pour qu’ili »c levatavui cl allaticnt dincr. P. M

Ola n'est pas aussi aisé que vous paraisses le croir*, car si vous aviez à faire parier de petits poissons , Us parleraient comme des baleines. •

Pour soutenir ses nouvelles dignités, Goldsmith ne cessait de üravaiUer dans le champ de la littérature. Les Lettret $ur VUiitoire (f Àngldterre , qu'on attribue communément à lord LytUelon, et qui conUenneot un eioellenl et attachant abrégé des Annales de la Grande- Bretagne , sont l’ouvrage de Goldsmith. Nous savons de quelle manière il les compilait par quelques anecdotes intéressantes relatives à leur auteur, communiquées au public par Lee Lewes , acteur de génie, dont il était le patron, et avec lequel il s’associa souvent ;

« II commençait par lire le malin dans les ouvrage» de Hume , de Rapiu , et quelquefois de Kennet . tout ce qu'il avait rinlenlion de traiter dans une lettre, notant sur une feuille de papier, avec des remarques, les passages auxquels U renvoyait. Il sorlaîtaiors soit à pied, soit à cheval, avec un ou deux amis qu'il avait constamment avec lui. Rentré pour dîner, il finissait la journée a table sans trop boire (rivrognerie ne fut jamais son habitude), et lorsqu'il se roetlail au lit, il prenait avec lui ses livres et son papier, puis U écrivait généralement la tolalilé ou la plus grande partie du chapitre avant de s'endormir. Cette dernière opération, disait-il , lui donnait bien peu de peine ; car ayant tous ses matériaux prêts , U écrivait son chapitre avec autant de facilité qu'une lettre ordinaire.

« Mais de toutes ces compilations , avait-il coutume de dire , son Choix cl« poésies anglaises laissait voir davantage l’art du métier. Dans ce travail il oc fit rien autre chose que de marquer les passages particuliers au crayon rouge . et pour cela il reçut deux cents livret sterling'; mais il avait l'habitude d’ajouter: «Un homme « montre son jugement dans ce choix, cl souvent il peut « avoir employé vingt ans de sa vie à cultiver ce juge- « ment. *

Au milieu de tous ces petits travaux, Goldsmilh aspirait aux honneurs de la scène ; le Bonhomme fut représenté à Covent Garden, le ^ janvier 1768 el son succès se borna à neuf représentations de suite. L’auteur lira probablement le principal caractère du côté faible du sien; car personne n'étail plus sujet que Goldsmilh à être dupé par de prétendus amis. Le personnage de Croaker, d'un haut comique en lui-méme , et admirablement représenté par Shuler, aida à sauver la pièce mise en danger par la scène des baillifs, alors considérée comme trop vulgaire pour la scène. A{frès tout cependant, l'on dil que Goldsmith recueillit une somme nette de cinq cents livres sterling ** par cette pièce. II loua un meilleur appartement dans le Temple, s’embarqua plus avant dans des spéculations littéraires . et malheureusement U donna en même temps de l'extension à ses idées de dépense, et se livra à l'habitode

' RoTiron 3,ooo Tr.

’* Prêt de ij.ooo fr. de nuire inonntic.

KOTir.K.

de. jooer aui jeux de haurd. Les mémoires ou aneedoCes que nous avons déjà cités . donnent une description aussi carieuse que minutieuse de ses habitudes et de ses plaisirs à eetle époque , à laquelle il clailsans cesse occupé d'estraits, d'abrégés cl autres aflairesde librairie; mais en même temps il travaillait lentement et en secret à ces immortels vers qui devaient le placer à un rang si élevé parmi les poètes anglais :

« Goldsmitb, écrivant très vite en prose, n’avançait que lentement dans sa poésie, non par suite d'une imagination tardive, mais du temps qu'il employait à donner du relief au sentiment, et à {w>iir la versiOcalion. 11 fut, de son propre aveu , quatre ou cinq ans à rassembler des matériaux . dans toutes ses parties de campagne , pour son poème , et il était alors depuis deux ans è le construire. $a manière d'écrire de la poésie était celle-ci : Il esquissait d’abord en prose une partie de son plan , et il jetait sur le papier ses idées comme elles lui arrivaient, puis U s'asseyait avec soin pour les versifier, les corriger et leur ajouter les autres idées qu'il jugeait devoir mieux convenir à son sujet. Quelquefois il allait plus loin que son canevas en prose , en écrivant quelques vers impromptu; mais ensuite U prenait une peine extraordinaire à revoir ces mêmes vers, de peur qu'ils ne fussent trouvés sans rapport avec son sujet principal. •

L'écrivain de ces mémoires (Lee Lewes) fil une visite au docteur dans la matinée du second jour qu'il avait commencé son Village oham/onnè', et Goldsmith lui communiqua le plan de son poème. < (^elques-uns

• de mes amis, diuil, diffèrent d’opinion avec moi sur

• le plan, et pensent que cette dépopulation do villages « n'existe pas ; mais moi-même j'ai la certitude du fait.

« Je me le rappelle dans mon propre pays, e! je l'ai vu

• dans celui-ci. • Il lut alors ce qu'il en avait écrit dans ta matinée, commençant ainsi ;

I)«-ar lovely b«»m of ioacKencA aot]

Seau of my youlh, «lien evrrj •péri coulcl pletae,

Huw ofleo hav* I loiler'd oVr ihy srren,

Wher* humble bappineu eotlear'd eacb aceoet tlow orten bave 1 pauMtl on tttty charm,— >

The •brller’tl cot, lhe cuhivaUtl rarm,—

The never*ri>ltag brook,— ibs buij tniM,— rbe (terent chorch, lliai tops tlie netgbbooring hill,— Tba hanthoro bnab, «ith t«aii beocatb the «hade.

For ulkiog afe aod «bitperiog loTen madel

raaopcTioa LitnaaLa.

Cban(at) aimables berceaax d'ÎDMKcixe et de repos, sieçaa «Je me jeaseaee, alors que tout jeo pouvait plaire, combien de fois ai'je pereead seoi votre verdure , où on bnmble boobenr rendeil chère choque scène 1 Combien de fois me suis-je arrête' sur chaque attrait, la cbaunsère abrilée, la ferme cultivée, la ruisseau qui jamais ne cesse, le moulin inruigable, Pé(;lisc d«* renie, qui couronne la colline voisine , le buisson d’suLepine, svre des siégea sous l'ntnbre, faiis pour l'Ige qui csuse et les •msns qui se parlent à Poreillrl

. Vener . dit-il . savM-vous que pour la besogne d une s matintT , elle n'est pas mauvaise ; et maintenant . mon

• cher enfant, si vous n’avez rien de mieux à faire,

• j'aurais bien du plaisir à passer avec vous une jours née de cordonnier. . Celte journée de cordotmier était un jour de grande fêle pour le pauvre Goldsmitb, et il se passait inniK-eimnent de la manière suivante :

Trois ou quatre de ses intimes amis se doniiaient rendez-vous à son appartement j>our déjeuner, à dix heures du matin; à onze ils allaient, par la City Road cl à travers les champs , à liighbury Bam pour y dîner; vers six heures du soir ils se rendaient à VVhite Conduit llouse pour y prendre du thé; et Us finissaient 1a soirée en soupant au café Grec ou à celui de Temple Excfaange, ooau Globe dans Floet Street. A cette époque (U y a vingt-cinq ans, en 1796), à Uighbury il y avait un très bon ordinaire composé de deux plats et de pAlisserie, à dix pence» • par tête, y compris un penny •' pour le garçon ; et en général la compagnie consistait d'hommes de lettres, de templiers **• en petit nombre . et de quelques habitaiis de la Cité , retirés du commerce. Le total de la dépense de la ftie de ce jour ne dépassait jamais une couronne **'*, cl le plus souvent elle s’élevait de trois shillings et six pences à quatre shillings , et pour cette somme la société avait un bon air et de l'excrcIce , un bon repas , l'exemple de mœurs simples , et une bonne conversation. »

La réception faite au Village abandonné, si plein d'élégance naturelle, de simplicité et de passion, fut U plus chaude que l'on puisse imaginer. L’éditeur fil preuve à 1a fois d'habileté et de générosité , en forçant le docteur Goldsmitb à recevoir œnl livres sterling que l’auteur à toute force voululrendre, lorsque, calcul fait, il trouva que cela faisait environ une couronne par chaque stance : somme qu’il trouvait supérieure à la valeur d'au poème quel qu'U fût. La vente du poème le récompensa amplement de cet exemple inusité de modération. Ltssoy , près Ballymahon , où son frère l'c^ clésiaslique avait son bénéfice, rédame l’honneur d'être l’endroit d'où sont tirées les localités du Village ohondonné. T/on monlre encore l'église qui couronne la colline Vüisino. le moulin . le lac; et un aubépin a souffert la peine de la célébrité poétique , ayant été coupé en morceiui par les admirateurs du barde , qui désiraient avoir des étuis à cure-dents et des fouloirs de pipes classiques. La plus graitde partie de cette localité supposée peut être imaginaire, mais c’est un agréable tribut payé au poète dans la terre de ses pères.

Nous devons peut-être parler id des Abrégés des Hirfot res de Rome et <t Angleterre par Goldsmitb. Ils étaient parfaitement bien calculés pour introduire la jeunesse à la connaissance de ses éludes ; car ils

* Vip|t sous do ootrv monMio.

'* Drax sous de Dotre monoeie.

**' l'C Troi|>lc,k Londres, est lurtool hehiièper des Idgislae.

**'* Cinq sliilliDp- Le ihillinf esl de viDgKinqsousrrtoçsis.

510 NOTICS.

présGDteot l«8 évéoeooens les plus inU^resons et les plus remarquables , sans entrer dans des cootroTerses ou de secs détails. Quoi qu’il on soit, le ton qui r^iio dam l'Abrégé de l'Histoire d'Angleterre attira b l’auteur le ressentiment des whi^s plus zélés, qui l’aceusèrent de trahir les lil)crlés du peuple ; et cependant « Dieu sait , disait-il dans une lettre à Langlon , que }e u’arais dans la tête rien pour ou contre la libeité; mon seul tmt était de faire un livre d’un format décent , et qui, seloo l'expresaioQ de l’écoyer Ricliard, ne ferait de mal à personne. »

La célèbre pièce She Sioops io Conquer (elle s’abaisse pour conquérir) fut l’ouvrage que Goldsmilh produisit ensuite. Si l'objet d’une comédie est de faire rire l’aiMlitoire, nulle autre pièce de l’époque, dit Johnson , n’atteignit mieux ce but. Lee Lewes joua pour la première fois un rôle parlant, ausû bien que le jeune Marlow ; celui-là peut donc rappeler ses propres souvenirs au siÿet de celte pièce :

■ Le soir de sa représentation , GoldsraiUi fut trouvé flânant d.ms le Mali , Sl-James’s Park , et il m se décida à aller au théètre que sur 1a remontrance d’un ami qui lui dit combien sa présence serait utile pour faite les chaiigemcns subits qui pourraient être jugés iiéce.ssaires dans la pièce. Il passait la porte du théâtre, juste au milieu du eirKptiüue acte, lorsque des siflleis ae firent entendre pour improuver l'improbabilité qu’il y avait à ce que mistress HardcasUe se supposât à une distance de quarante milles, alors qu’elle était sur scs propres lenrs et preîi de sa maison. « Qu’esl-ce ceci ! » dit te docteur, épouvanté de ce son. — •• Bah ! docteur, « dit Cnlman , qui se tenait sur le côté de la scène , ne « vous elTrayez pas de fusée4 , pendant que nous autres <• nous sommes assis depuis plus de deux heures sur un « baril do poudre. »

« Dans 1a Vie du docteur Goldimith , (rfacée en tète de ses œuvres, il est dit que la réplique de Colmao qui précède eut lien à la dernière répétiUoo de la pièce ; mais le fait eut lieu (je le tiens du docteur lui-même) comn>e je l'ai rapporté , et il ne le pardonna jamais à Coiman jusqu'à la dcruièie heure de sa vie. »

11 est peut-être couvenable d'ajouter ki que le principal incident de la pièce est emprunté d’une méprise de l’auteur lui-même, qui, pendant qu’il voyageait en Irlande, prit la résidence d’un geutilbomme pour une auberge.

Il but convenir que, quelque bon, aimable cl bienveillant que Goldsmilh se montrit à ses contemporains , plus spécialement à ceux qui avaient bet>oio de son assistance, il u’en possédait pas moins une bonne dose de resprit jaloux et irritable propre à la profession d’homme de lettres. Il sourTiit qu’un turhipin de journal l’engageât dans una folle querelle avec Evans le libraire , ce qui ne lui lit que peu d’honneur.

En même temps, un défaut d'économie, des pertes accidentelles au jeu , ainsi qu’une trop grande ronliamc en la versililité de son talent et sa promptitode d'exécution, avaient oonsidérableiuent embarrassé ses af-

foires. 11 se trouva sous le poids d’un grand noenuro d’engagemens , pour lesquels il avait reçu de l’argaiu d’avance , et que néanmoins il lui était bien impossible d’exécuter avec celle promptitude que les libr^res te croyaient en droit d'attendre. Une de ses dernières publications fut une Histoire de la terre et de la nature anim^fCn six volumes, ouvrage qui est à la science ce que ses abrégés sont à riiisloirc. C’est un livre qui n’indique ni profoudeur de recherches, ni sôreté de renseign^ens, mais qui présente au lecteur ordinaire une vue générale et intéressante du sujet, ex|)osée dans le langage le plus clair et le plus beau , et abondante en eicelleotes réflexions et en exemples. C’est à propos do cet ouvrage que Johnson lit la remarque qu’il Intercala ensuite dans répila{>be de son ami : « 11 écrit maintenant une histoire naturelle, et U la rendra aussi intéressante qu'un conte persan. «

Mais la fin de ses travaux approcliait. Depuis quelque temps Goldsmilh était sujet à des rétentions d’urine occasionnées par une trop forte application à des travaux sédentaires, et l'une de ces attaques, aggravée par un chagrin , amena la fièvre. En dépit des précautions |)rises pour Tcn em])ècher, il eut recours aux poudres fébrifuges du docteur James, dont U ne reçut point de soulagement. Il mourut le 4 avril 1774, et fut enterré en petit comilédans le cimelière du Temple. Un inomiinenl, qui lui a été élevé par souscription dans l’ablMye de Wosiminster, jiorle une inscripUon latine écrite par le docteur Jobneon :

ni.iT4ki «ntotatrs,

Poct», PtijTMd, HUlorirl,

Q«l Dallan fere •cribeadl aenu aoo tetlflt ,

Nttllom qsod telicit »ob orasTU ,

Sire rl«w eMeot movcndl, I

Slve Urrynue ,

afTectian poteai st ImIj domloator.

Uevato MiMinUi, vIvidM, TerMtUU;

Ormlirai fraadU , aitidw , TcnaatM.

IIm B«aaiaeBtaia mcAorian eolcat ,

Sodafiaa amor,

Amicoraa Ade« ,

Laetoran Tcneratio.

Katoa ia Hibcraic Fernia I.oBffDrd!easia , la loeo col aonea Faliaa,

NOV. IXIX. MOCCUll ,

Ebtaaa lltcrls lattitataa,

Obltt Loadlal,

April. IV. MKCLXIIV.

Celte éli^nle épitaphe fut le sujet d'une pétition an docteur Jolmsmi, suus la furtue d’un round-robin*. H y était supplié de suhsiiluer à son épitaphe latine une autre en anglais, comme étant plus conveuable pour un auteur qui s’était distingué entièreiunnt par de&

* riÜUoD écrite dnni an cercle, avec Ict dgoatorca raaféM autoar ea raroiif , i l'cfTet que l'on ne poiaac pa« voir quel aat celai qui a «isac le premier. F-.tL

nOTICB.

ouvrages écrits en anglais ; mais le docteur persista dans SUD idée.

I<a personne et les traits du docteur Goldsmitb ne dounaieiit pas une opinion avantageuse de riiomme. Il éUil court, gros, avait une face ronde, furten>eiit inar* qiiée de ptdite-verole , et un front bas qu’on repr^nte avec une pnijection singulière. Cependant ces traits communs étaient empreints d’une forte expression de réflexion et d'observation.

Hans le récit qui précède nous avons déjà toncité qnri* que cliose des particolahlés de la manière d’élre de Gotd.snntli. C’était un ami de la vertu, et, dans ses pages tes pins badines , il D’oublie jamais ce qui lui est dù. Tout ce qu'il écrivait était distingué par une dou> reur, une délicatesse et une pureté de sentiment qui correspondait avec, la générosité d’un caractère libéral Jusqu’à la dernière guînée. lin Itomme pareil devait presque nécessairement manquer de fermeté et de décision , et il permit , bien qu’ayant la conscience de leur indignité, à des gens adroits et effrontés d'arriver jusqu'à lui. L’bistoire de la Souris blanche est bien connue; et dans la spirituelle histoire de la Cuiste de venaison t GoldsmitU a consigné un autre exemple de 'fiponuerie dont il fut la vklime. Cela D’élail pas enlièrenicnt l’elTet de la simplicité; car l’homme qui pouvait si bien rassembler et raconter les tours de maître Jenkinson aurait séremenl pénétré U» projets de filons plus ordinaires. Mais Goldsmiüi ne savait pas rt>fuser; et étant ainsi attrapé les yeux ouverts, personne ne IMuivail être pluà sûrement ou plus aisément la victime des imposteurs dont il pouvait si bien décrire les fraudes. Il aurait certainement accepté la lettre de change tirée sur le voisin Flamborougli , et il aurait fait indubila* blemenl le marché de la grosse de lunettes vertes. A celle facilité à se laisser doper se mêlait une vive et ardeute jaioti^ au sujet de son importance personnelle; il mettait de la répugnance à admettre que quelque chose était mieux faite qu’il n'eût pu la fiiire; et quelquefois il se rendit ridicule en entreprenant à la hâte de se distinguer sur des sujets qu’il ne comprenait pas. Mais à ces faiblesses et à son insouciance pour ses propres afOiires se borne tout ce que la censure peut dire de Goldsmith . La ftittisc qu’il avait de se laisser duper peut être très bien contre-balancée par l’universalité de sa Iwnlé ; et l’esprit qui règne dans ses écrits fai t plus que compenser les liéfauU qu'on remarquait dans sa conversation. « Comme écrivain, dit le docteur Johnson, il était de la classe la plus distinguée. Quelque chose qu’il composât, il le faisait mieux que tout antre n’eùl pu le faire ; et , soit que nous le considérions comme poète * comme écrivain dramalîque ou comme historien , c'était un des premiers écrivains de son temps , et il restera toujours dons la classe la plus élevée. »

Excepté quelques contes de peu d’étendue, Goldsmith ne donna , en fait de roman , qu’un seul ouvrage , l’inimitable Ministre de Wakrfield. Noua avons vu que ce livre dormit pendant deux ans , avant que la publicaUoD dn Voyageur eût fixé la réputation de l’auteur.

Goldsmltli avait donc le temps de lo revoir ; i[ ne l'employa pu. 11 avait été payé pour son travail, comme U l’obserrait, et il n'aurait résulté pour lui aucun bénéfice de rendre l’ouvrage ausbi parlait. Cependant ce raisonneineiit était faux, quoique naturel dans la bouche d'un auteur qui doit gagner son pain quotidien par le travail de chaque jour. Le récit qui en lui-même est aussi simple que possible, aurait pu être débarrassé de certaines improbabilités, ou philél im|tossibilités , qui s'y trouvent maintenant. Par exemple , imus ne ]M>uvons concevoir comment Sir William Titomhlll aurait eu l’idée de jouer une mascarade parmi ses propres fermiers et sur ses propres terres; et U est abstdurnent impos.Mblc de voir comment son neveu, fils sans doute d’un frère cadet (puisque Sir William hérita à la fols du titre et de la propriété), aurait pu être presque aussi vieux que le baronnet lui-méme. Nous devons peut-être ajouter que le personnage de Burcliell, ou Sir William Tbomhill, est en lui-méme hors de iiaUire d’une façon extravagante. Un homme de bien, comme il l'élaU, n’aurait janaais laissé si longtemps soo neveu en possession d’une fortune qu’il faisait servir aux projets les plus criminels. II aurait encore bien moins permis à ses vues sur Olivia de réussir jusqu'à un certain point , et à celles qu’il avait sur Sopliie d’arriver près de leur accomplissement, car dans le premier cas il ne parait point du tout, et dans le second, son intervention est accidentelle. Ces fautes et quelques autres petites circonstances qu'on rencontre daits le cours du récit, auraient pu être enlevées dans une révision.

Mais qnelles que soient les taches qui se font remarquer dans la teneur de l'histoire, la facilité et la grâce admirables de la narratiou, au.<si bien que l'agréable vérité avec laquelle les prinrpiaux caractères sont tracés, (ont du Ministre de Wakefield l’un des plus délicieux morceaux de composition romanesque qu'ait jamais produits l’esprit butuam. Le personnage princi(tal , celui du simple pasteur lui-méme , avec tout le mérite et l’excellence qui devraient distinguer l'ambassadeur de Dieu à l'homme, mais cependant avec juste autant de pédanterie et de vanité littéraire qu’il en faut pour montrer qu1l est fait du limon humain, et sujet aux fautes de riiumanité, est une des meilleures et des plus agréables peintures que l’on ait jamais faites. Il est peut-être impossible de placer la frêle humanité devant nous dans une attitude de dignité plus simple que le ministre , dans SS qualité de pasteur, de père et de mari. Son excellente moitié , avec toute sa ruse maternelle et sa prudence de ménagère, aimant et respectant son mari , mais contre-miiiaul ses plus sages desseins à la suggestion de sa vanité malemelle, forme une excellente contre-partie. Tous les deux entourés de leurs enfans, avec leur travail loisible et leur bonheur domesthjue, composent un tableau du coin du feu d'une espèce si parfaite qu’il n’a peut-être jamais été égalé ailleurs. Ko effet, il est es(|uis.sé d'après la vie commune, et il forme un contraste tranché avec les caractères et les incideus exagérés et extraordinaires, ressource ordinaire de ces

NOTICE

auteurs qui , comme Bayes , ont pour objet d'amuser et de surprendre ; mais la simplicité même de ce lirre charmant rend le plaisir qu’il procure plus durable. Nous y revenons sans cesse, et nous bénissons la mé. moire d’un auteur qui trouve si bien à nous réconcilier avec la nature humaine. Soit que nous choisissions les incidens pathétiques et déchirant du feu , soit que nous lisions les scènes de la prison ou les parties gaies et légères de niistoire , nous trouvons les senlimens les meilleurs et les plus vrais, eiprimés dans le plus beau style ; et peut-être a-t-on décrit peu de caract^es d’une dignité plus pure que celui de cet exceOent pasteur surmoDUnt le ditgrin et l'oppression , et travaillant à ta eonvenioD des misérables, dans 1a compagnie

desquels il a été jeté par un créancier brutal. Dans un trop grand nombre d’ouvrages de celte classe, les critiques doivent excuser ou censurer des passages particuliers dans le récit, comme n’étant pas de nature à être lus par la jeunesse et rinnocence. Vais la couronne de Goldsmilb est sans souilioro ; U écrirait pour exalter la vertu et montrer te vice an grand jour ; et il accomplit sa tâche de manière i s'élever au premier rang parmi les auteurs britanniques. Nous fermons le volume en soupirant qu’un pareil auteur ait écrit si peu avec les ressources de son propre génie , et qu’il ait été enlevé d’une manière aussi prématurée è la sphère de la littérature dont U était roroenient.

LE MINISTRE

DE WAKEFIELD

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