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hill, seigneur ilii lieu où j'allais demeurer, et propriétaire de la ferme que j’avais prise, lequel demeurait à peu de distance du village où j'étais. Il me le dépeignit comme un gentilhomme qui ne se souciait de connaître le monde que du côté des plaisirs qu’il pouvait fournir, et qui était singulièrement remarquable par son attarliement pour le beau sexe. Il m’ajouta qu’il n'y avait point de vertu qui pùt tenir contre scs artiBceset ses assiduités, et qu’il y avait à peine une fille de fermier à dix milles à la ronde, un peu jolie, avec laquelle il n’eût été beureiix et infidèle. Ce récit me causa du chagrin ; mais il fit un effet tout différent sur mes filles, sur le visage desquelles je vis briller l’espoir d’un triomphe prochain. Ma femme, elle-même , pleine de confiance dans leurs attraits et dans leur vertu, ne parut pas moins satisfaite. Pendant que nous étions ainsi occupés de nos pensées dirTérenlcs, l’hôtesse entra dans la chambre , pour apprendre à son mari que ce monsieur singulier, qui était chez eux depuis deux jours , n’avait point d’argent pour payersa dépense, t Point d’argent, reprit l’Iiôte, cela est impossible; car ce n’est pas plus loin qn’avant hier, qu’il paya trois guinées à notre bedean, pour racheter du fouet un pauvre soldat estropié, qui avait été condamné à être fustigé pour avoir volé des chiens. • L’hôtesse continuant à assurer que le fait n’en était pas moins vrai, l’Iiôtese préparaità sortir de la chambre, jurant qu’il tenait à être, payé d’une fai;on ou d’une autre, quand je le priai de vouloir bien m’introduire chez cet étranger , qu’il venait de me dépeindre si rbariudjle. Il y consentit, et me présenta i un homme qui paraisstiit avoir environ trenteans, vêtu d’un habit qui avait été jadis galonné. Il était bien fait de sa personne, quoique son visage fût marqué des rides de la réllcxion. Il y avait quelque chose de bref et de sec dans son abord, et il semblait, ou ne rien entendre à la cérémonie, OH la mépriser.
Quand l’Iiôtc fut sorti, je ne pus m’empêcher de marquer à l’étranger la peine que je ressentais de voir un homme de sa sorte dans la circonstance où il se trouvait , et je lut offris ma Ijourse , pour satisfaire à ce
qu’on lui demandait, c Je l’accepte de bon coeur, me répondit-il, et je suis bien aise que ma dernière inadvertance , en donnant tout l’argentque j’avais sur moi, m’a’it donné occasion de voir qu’il reste encore parmi nous quelques coeurs bienfaisans. J’exige cependant, avant que de recevoir votre offre, de connaître le nom et la demeure de mon bienfaiteur, pour pouvoir m’acquitter le plus tôt possible. > Je le satisfis pleinement là-dessus, et lui dis non seulement mon nom, mais aussi le malheur qui m’était arrivé, et le lieu où j’allais demeurer, f Cela se rencontre, reprit-il, encore plus heureusement que je n’esjiérais; carje vaismoi-mème dece côté, ayant été retenu ici deux jours par les débordemens, qui, à ce que je crois, laisseront demain les chemins praticables. < Je lui témoignai le plaisir que j’aurais de sa compagnie; et, ma femme ainsi que mes filles se joignant à mon invitation, nous le retînmes à sou|>er avec nous. Sa conversation [tendant le repas, tout à la fois agréable et instructive , me faisait souhaiter d’en jouir plus longtemps; mais l’heure de se retirer, et de prendre du repos pour se préjtarer à la fatigue du lendemain, vint interrompre le plaisir que j’avais à l’entendre.
Le lendemain matin nous partîmes tous ensemble. Ma famille étaità cheval, pendant que M.Burchell, notre nouveau compagnon, marchait à pied dans les sentiers le long du grand chemin , nous faisant observer, avec un sourire , que , comme noos étions mal montés, il était trop complaisant pour nous laisser derrière. Comme les eaux n’étaient pas encore tonl-à-fait retirées, nous fûmes obligés de louer un guide qui marchait au trot devant nous; M. Burchell et moi faisions l’arrière - garde. Nous adoucissions la fatigue de la route par des disputes philosophiques, matière qu’il paraissait entendre très bien. Mais ce qui me semblait encore plus extraordinaire, c’est que , quoiqu’il me dût de l’argent, il soutenait ses opinions avec autant d’obstination, que si c’eût été lui qui m’en eût prêté. Il m'apprenait, de temps à autre, ;'i qui appartenaient les différentes possessions que nous trouvions sur la route. • Celle-ci , me dit-il, en me montrant une
DB WASEFIELD.
très-belle maisonàquelqiiedi»Uince de nous, appanieotàM. Torniiill, jeune geDtilhommc, qui jouit d'une grande fortune, quoique absolument dépendante du bon plaisir de son oncle. Sir 'William Tornhill, lequel, content lui-méme de peu, laisse son neveu disposer du reste, et r^ide [uâncipalement à la ville.
— Quoil repris-je, mon jeune seigneur estil le neveu d'un homme dont les vertus , la générosité et la singularité sont si connues? J’ai entendu parler de Sir William Tornhill , comme de l'homme le plus généreux et en même temps le plus capricieux du royaume.
— Pekit-ètre un peu trop, reprit M.Burchell; au moins, quand il était jeune , poussa-t-il cette bienfaisance à l’excès. Car alors ses passions étaient fortes, et comme elles étaient toutes tournées du côté de la vertu, elles l'ont conduit à des excès romanesques. Il visa de bonne heure à la réputation de brave militaire et d'homme de lettres, se distingua bientôt dans le service , et acquit quelque réputation parmi les savans. L'adulation s'attache toujours à l'ambition; car c’est de toutes les passions, celle à qui la flatterie fait le plus de plaisir. Il était environné d'une foule de gens qui ne lui présentaient jamais qu'nn côtéde leur caractère : en sorte qu’il commença à perdre, par une affection générale, toute attention à son intérêt particulier. II aimait tout le monde, parce que le hasard l'empêchait de connaître qu'il y avait des coquins. Les médecins nous parlent d'une maladie dans laquelle tout le corps devient d’une sensibilité si extrême, que le moindre tact cause de la douleur. Ce gentilhomme éprouvait dans son esprit la sensation que ces sortes de malades éprouvent dans leur corps. La plus légère infortune, réelle ou simulée, le touchait au vif, et son amc était malade par une extrême sensibilité aux malheurs d'autrui. Ainsi disposé à secourir , on peut aisément imaginer quelle quantité de gens il trouva disposés à le solliciter. Scs profusions commencèrent à déranger sa fortune, mais non pas son bon cœur; au contraire, l'un augmenta, pendant que l'autre déclinait. Il devint sans prévoyance, en même temps qu’il devint pauvre ; et, quoique ses discours fussent d'un homme sensé, ils étaient d’un
fou. Cependant, continuant d'être environné par l’importunité, et n'étant plus en état de satisfaire à toutes les demandes qu’on lui faisait, au lien d'argent, il donnait des promesses ; c'était tout ce qu’il pouvait doimer; et il n'avait pas assez de résolution pour affliger quelqu'un par un refus. Par ce moyen, il amassa autour de lui une foule de demandeurs, qu’il était bien sdr de tromper dans leur attente, mais dont il désirait de soulager les besoins. Ces gens, après avoir vainement attendu l'effet de ses promesses , le quittèrent avec mépris et avec les reproches qu’il méritait. Mais, à mesure qu’il devint méprisable aux yeux des autres, il le devint aux siens propres. Son esprit s'était appuyé sur ses flatteurs; et ce support lui étant enlevé, il ne trouva point de ressources dans les applaudissemens de son propre cœur, qu'il n'avait jamais instruit à se respecter lui-même. Le monde commença à prendre à son égant une autre face. La flatterie de ses amis dégénéra en de simples approbations, qui bientôt SC tournèrent en avis les moins ménagés ; et un avis rejeté engendre les reproches. Il s'aperçut alors que ses amis, que ses bienfaits avaient amassés autour de lui, n’étaient point du tout les gens les plus estimables. Il reconnut que, pour acquérir le cœur d'un autre, il faut lui donner le sien. Enfin, je m'aperçus alors,.,. Mais je m'écarte de ce que je voulais vous dire : enfin , monsieur , il résolut de commencer à songera lui-même, et imagina un plan pour rétablir sa fortune délabrée. Pour cela, il voyagea à pied, ô sa manière singulière, par toute l'Europe ; et, pendant ce temps, ses revenus s’accumulant, avant qu’il eût l'ûgc de trente ans, sa situation se trouva plus aisée quelle ne l’avait jamais été. Sa bonté est devenue à présent plus raisonnable et plus modérée; mais il conserve toujours le caractère d'un homme singulier, et du goût pour les vertus qui s'écartent un peu de la route ordinaire. >
J’étais si attentif à ce récit de M. Borchell, qu’à peine regardai -je devant moi en marchant, quandltout-àcoup nous fûmes alarmés par les cris de ma famille; et tournant la tête, j'aperçus ma seconde fille tombée de cheval au milieu d'un courant rapide qui
LE MIMSTBE
rcotralnait malgré ses cfTorls. Elle avait été déjà deux Tuis à fond, et je ne pouvais arriver assez tôt à son secours; et quand je l'aurais pu, mes sensations, a celte vue, épient trop violentes pour me permettre d'agir : elle aurait infailliblement péri, si mon compagnon, voyant son danger, ne se fût plongé au même instant dans l'eau iraurl'en retirer; et ce ne fut pas sans peine qu'il l'amena sur le bord. En prenant un peu plus haut au-dessus du courant, le reste de ma famille passa heureusement, et alors nous joignîmes nos remercimens à ceux de ma fille. Sa reconnaissance pour son libérateur est plus aisée à imaginerqu'à décrire. Elle le remerciait plus des yeux que des paroles, et elle continuait à s'appuyer sur son bras, cominc si elle eût été encore bien aise de recevoir son secours. Ma femme aussi espérait être en étal quelque jour de reconnaître son service, et de l'eu remercier chez nous. Après nous être bien reposés à la première auberge, et avoir diné ensemble, M. Burchell, qui allait d’un célé opposé au uétre, nous fit ses adieux, et nous continuâmes notre route. Ha femme , chemin faisant, me fit observer que M. Burchell lui plaisait beaucoup, et protesta (]uc .s'il avait assez de naissance et de fortune pour pouvoir aspirer à une alliance avec une famille comme la nôtre, elle ne connaissait point d’homme qu’elle lui préférât. Je ne pus m’empêcher de sourire en l’entendant parler de cette manière. Quelqu'uu sur le bord de la mendicité , prendre ainsi le ton de l'opulence la plus présomptueuse, c'est de quoi fournir matière de raillerie à un cœur mai fait; mais pour moi, je n’ai jamais désapprouvé ces innocentes illusions qui tendent à nous rendre moins malheureux .