CHAPITRE X
La ramifie dit Ministère s’elTorce de se meure de nireau avec des gens plus riélies. Misère des pauvres , quand ils veulent paiattre au dessus de leur situation.
Je commençai, depuis ce temps, à m’a percevoir que toutes mes longues et péni blés instructions sur la modération, la sim plicité et le contentement dans son état, étaient entièrement méprisées. Les politesses que nous avions reçues de nos supérieurs pour le rang et pour la fortune, réveillèrent cet orgueil que je n’avais fait qu’assoupir, mais que je n’avais pas éteint. Nos fenêtres recommencèrent, comme auparavant, à être chargées d’eaux pour le visage et pour le cou. On appréhenda le soleil , comme gâtant la peau quand on était dehors; et le feu comme gâtant le teint dans la maison. M.
LE MIHISTHE
femme observa que de se lever trop matia gâterait les yeux de ses filles; que de travailler après le dluer, leur rendrait le nez rouge; et elle me convainquit que Jamais les mains ne paraissaient si blanches que quand elles ne faisaient rien. Au lieu donc de finir les chemises de mon fils George, je les vis reprendre leurs anciens chiffonnages , et broder du marly. Les pauvres miss Flamborough, qui leur faisaient auparavant une compagnie agréable, furent négligées , comme des connaissances trop inférieures ; et toute la conversation ne roula plus que sur la vie du grand monde, sur la haute compagnie, sur les tableaux , le goût , le spectacle et la musique.
Tout cela aurait encore pu se supporter, si une Égyptienne , qui disait la bonne aventure, ne fût venue achever de tourner nos têtes par des idées de grandeur et d'élévation. La sibylle basanée ne parut pas plus tût, que mes filles accoururent à moi pour me demander un shilling chacune, afin d'avoir la croix d'argent nécessaire pour l'opération. A dire vrai, j’étais las d’étre toujours prudent , et je ne pus m'empécber de leur accorder leur demande , parce que j’aimais B les voir heureuses. Je leur donnai donc à chacune un shilling. Je dois cependant observer, pour l’honneur de la famille, qu’elles n’étaient jamais sans argent sur elles; car ma femme leur laissait toujours généreusement une guinée dans leur poche, mais avec défense expresse de jamais la changer. Après qu’elles eurent été enfermées quelque temps avec la diseuse de bonne aventure, je lus aisément dans leurs yeux qu’on leur avait promis quelque chose de grand. « Eh bien , mes enfans I êtes-vous contentes? Dis-moi, Livy, la diseuse de bonne aventure t’a-t-elle, pour ton shilling, donné quelque chose qui vaille un sou? — Je vous proteste, papa, me répondit-elle avec un air fort sérieux, que je crois que cette femme a commercé avec quelqu’un que je n’oserai pas nommer; car elle m’a dit positivement, qu'avant un an , je serais mariée à un ehevnlier. — Fort bien I Et toi, Sophie, mon enfant, quel mari dois-tu avoir? — Papn, répondit-elle, je dois avoir un lord aussitôt
après que ma sœur aura été mariée au cLevalier. — Quoi I m’écriai - je , voilà tout ce que vous avez pour vos deux shillings; l’une un chevalier, l'autre un lordi Folles que vous êtes, pour un shilling je vous aurais promis un prince et un nabad. •
Cette curiosité de mes filles produisit des effets très sérieux. Nous commençâmes à nous croire réservés par les étoiles pour quelque chose de grand , et à anticiper sur notre future élévation.
On a mille fois fait l’observation, et je la ferai encore une fois, que les heures que nous passons dans l’espérance du bonheur sont plus agréables que celles qui sont couronnées par la jouissance. Dans le premier état , nous assaisonnons le mets à notre goût ; dans le second, c’est la nature qui l’assaisonne pour nous. Il est impossible de décrire les agréables rêveries auxquelles nous nous abandonnions pour nous satisfaire.
Nous considérions que notre fortune se rétablirait ; et comme toute la paroisse assurait que le chevalier était amoureux de ma fille, elle en était elle-même amoureuse, à force de l’avoir entendu dire. Peudant cet agréable intervalle, ma femme faisait les rêves les plus heureux du monde, qu'elle ne manquait pas de nous raconter tous les matins, avec le plus grand sérieux et la plus grande exactitude. Une nuit elle rêvait de bière et d’os croisés, signe de mariage prochain. Une autre fois elle rêvait que les poches de ses filles étaient pleines de liards , signe indubitable qu’un jour elles seraient remplies d’or. Mes filles avaient aussi leurs présages. Elles sentaient des baisers sur leurs lèvres; elles voyaient des anneaux dans la chandelle , des bourses dans le feu, et des nœuds d’amour an fond des tasses à thé.
Vers la fin de la semaine, nous reçûmes une carte des dames de la ville, par laquelle , en nous envoyant leurs complimens, elles nous marquaient qu’elles espéraient voir toute notre famille à l’église le dimanche suivant. Je m’aperçus en conséquence que, pendant toute la matinée du samedi, ma femme et mes filles avalent ensemble des conversations secrètes , et me regardaient de temps en temps avec des yeux qui m’annun-
DE WAKEriELO.
çilent qu'il se tramait quelque chose. Je soupçonnai fortement qu'il se machinait quelque projet extraordinaire, pour paraître avec éciat le lendemain. Le soir elles commencèrent leurs opérations en forme, et ma femme entreprit l'attaque. Après le thé , comme je paraissais de bonne humeur, elle commença en ses termes : • Je crois, mon cher ami , que nous aurons demain à l'église beaucoup de belle compagnie. — Peut-être bien, repris-je; mais cela ne doit pas vous inquiéter. Je donnerai toujours un sermon , soit qu'elle y vienne, soit qu’elle n’y vienne pas. — AhI je m’y attendais bien, repritelle ; mais je crois , mon cher, qne uous devrions paraître à l'église aussi décemment qu’il sera possible; car qui sait ce qui peut arriver? — Vos précautions, répondis-je, sont fort louables. Un extérieur décent à l'église me charme ; nous devons y joindre la dévotion et l’humilité à la sérénité et à la satisfaction. — Oui, je sais bien cela, s'écriat-elle; mais ce que j’entends, c’est que nous devons y aller d’une manière aussi convenable qu’il sera possible , et non pas tout à fait comme les mamans qui nous environnent. — Vous avez tout -à- fait raison, ma chère, répliquai-je; j’allais vous dire la même chose. La manière convenable est d'y aller d'aussi bonne heure qu’il vous sera possible, pour avoir le temps de faire la méditation avant que le sermon commence. — Bon, bon, dit ma femme en m’interrompant, on sait bien tout cela. Ce n'est pas ce dont je veux parler : ce que j'entends, c'est que nous devrions aller à l’église avec décence. Vous savez qu'elle est à deux milles de notre maison; et je vous assure que je n'aime point du tout à voir vos filles obligées de pousser pour entrer dans leur banc , tout essoufflées et toutes rouges par la longueur du chemin, et avec l’air de paysannes qui ont disputé une chemise à la course *.
* Dam quelques villages d'Angleterre, il y a des prix pour la course, tant pour les garçons que pour les iillos. Cne chemise, ou autre ulppc de femme, est le prix ordinaire pour les filles.
( ISut€ du (raduettur.)
! Voici donc, mon cher, ce que je veux vous proposer. Nous avons nos deux chevaux de charrue, le bidet, qui est depuis neuf ans dans la maison , et son camarade Noiraud , qui n’ont presque rien fait depuis un mois, et qui deviennent gras et paresseux. Pourquoi ne feraient-ils pas quelque chose aussi bien que nous? Je puis vous assurer que quand Moïse les aura arrangés , ils n’auront point du tout mauvaise mine. •
J’objectai à cette proposition, que marcher à pied, serait cent fois plus honnête que d'aller & cheval sur d'aussi mauvaises montures , Blachery étant borgne , et le poulain, sans crins; que l’un et l’antre n’avaient jamais été dresses à porter un cavalier; qu'ils avaient mille vices, et que nous n’avions qu'une selle de femme. Toutes ces objections furent inutiles. Je fus obligé de céder. Le lendemain matin , je les vis dans une grande occupation pour ramasser tous les attirails nécessaires pour l'expédition. Mais, comme je vis que cela prendrait trop de temps, je partis a pied devant, pour aller à l’église, où elles me promirent de me suivre bicntAt. J'attendis près d'une heure dans In chaire, ù lire les prières", jusqu'à ce qu’elles arrivassent ; mais ne les voyant point venir, je fus obligé de commencer le service, fort fâché en moi-même de leur absence. Mon chagrin augmenta, quand je vis le service fini, sans que ma famille y fût venue. Je pris, pour m’en retourner, la grande route, qui avait cinq milles, pendant que la route de pied n’en avait que deux ; et quand je fus à moitié chemin de la maison , j'aperçus la procession qui s’avançait lentement vers l'église ; mon fils , ma femme et les deux petits, perchés sur un des chevaux, et mes deux filles sur l’autre. Je demandai la cause de leur retard ; mais je lus bientût dans leur figure, qu’il leur était arrivé mille malheurs dans la route. D’abord les chevaux avaient
* Daiu les églises anglicanes, U y a ofdinairemcnl deux ch.'ilrps élevées Tuoe au dessus de Taulre; dans la plus b^sse, on lU les prières du malin et du soir, d OQ précité dans 1a plus élevM.
( Ao<r du traducteur. )
LE HINISTKE
refusé de sortir de la maison , jusqu'à ce que M. Burchell eût eu la complaisance de les foire avancer environ deux cents toises à coups de son bâton. Ensuite les sangles du cheval de ma femme s'étaient rompues, et l’on avait été obligé de s'arrêter pour les raccommoder. Enfin , un des chevaux avait pris fantaisie de s'arrêter, sans que prières ni coups eussent pu le déterminer à avancer. Ce caprice ne venait que de lui passer , quand je rencontrai mon monde. J avoue que quand je vis qu'il n'était pas arrivé de plus grand malheur, leur confusion m amusa, parce qu'elle me donnait beau jeu par la suite, pour triompher de ma femme, et apprendre à mes filles à être un peu plus humbles.