‹ Œuvres complètes de ThéophileChapitre 37 sur 62 · A MADAMOISELLE DE ROHAN · texte numérisé non relu

A MADAMOISELLE DE ROHAN

Sur la mort de madame la duchesse de Nevers * .

e vous donne ces vers pour nourrir vos douleurs, Puisque ceste princesse est digne de vos pleurs, Et ne veux point reprendre un deuil si légitime ; Pour elle vos regrets prennent un juste cours, Et de les arrester je croirois faire un crime Aussi bien que la mort en arrestant ses jours.

Je sçay bien que vostre ame, assez robuste et saine, Avecques son discours a combattu sa peine, Et qu'elle a vainement cherché sa guerison. Y tascher après vous, on ne le peut sans blasme, Car je ne pense pas qu'on trouve en la raison Ce que vous ne pouvez trouver dedans vostre ame. Les plus cuisans mal-heurs trouvent allégement. Après que le devoir a rendu sagement Tout ce que l'amitié demande à la nature ; Mais lors que mon esprit songe à vous consoler Contre les sentimens d'une perte si dure Plus je suis préparé, moins j'ay dequoy parler. Tandis que la mémoire à vos sens renouvelle L'esclat de la vertu qui reluysoit en elle. Vous nourrissez en vain quelque espoir de guérir ; Et quand le souvenir d'une amitié si ferme Pour guérir vostre ennuy se laissera mourir,

1. Catherine de Lorraine, duchesse de Nevers. — On assure que la duchesse de Nevers, ennemie déclarée de la maréchale d'Ancre, versa des larmes en la voyant marcher au supplice. Ces larmes sont tout un éloge.

Il y a des Vers de mademoiselle de Rohan sur la mort de ma~ dame la duchesse de Nevers. 1618, in-4, pièce.

A Ellle-mesme. 197

Croyez que vostre vie est proche de son terme.

Aussy, ceste princesse estant loing de vos yeux , Le jour de tous vos maux est le plus odieux ; La mort, de vos langueurs, est la moins inhumaine ; Quelque part de la terre où vous faciez séjour, Il ne vous reste plus que des objects de haine, Après avoir perdu lobject de vostre amour.

De moy, si la rigueur d'un accident semblable M avoit osté le fruit d'un bien si désirable , Je cioirois que pour moy toutn'auroit que du mal; Mes pieds ne s'oseroient asseurer sur la terre , Le jour m'offenceroit , Tair me seroit fatal , Et la plus douce paix me seroit une guerre.

Aigrissez-vous tousjours d'un chagrin plus récent; Que vostre ame, en flattant Tennuy qu'elle ressent, Pour si chère compagne incessamment souspire; Jamais son entretien ne vous sera rendu, Et le Ciel , reparant vos pertes d'un empire , Vous donneroit bien moins que vous n'avez perdu.

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