‹ Œuvres complètes de ThéophileChapitre 47 sur 62 · A M. DE M · texte numérisé non relu

A M. DE M

Servant à ton plaisir, m'obligera moy-mesme.

Or, pour le grand dessein où j'engage mes vers.

Il faut que tes destins me soient mieux descouvers.

Que j'entre dans ton ame, et que de là je tire

La matière du livre où je te veux descrire.

Mon travail sera long, et depuis ton berceau

Possible durera jusques à mon tombeau.

Au rapport de mes vers n'espère pas qu'on croye

Que tu sois descendu du fugitif de Troye :

Car mes inventions, sans prendre rien d'autruy,

Te feront bien sortir d'aussi bon lieu que luy.

Il fut un vagabond, et, quoy qu'on le renomme.

Je ne sçay s'il posa les fondemens de Rome.

Le conte de sa vie est fort vieux et divers :

Virgile par luy-mesme a desmenty ses vers.

Il le dépeint dévot, et le confesse traistre

Vers l'Amour que leurs Dieux recognoissent pour maistre;

Mais mon dessein n'est pas d'examiner icy

Les deffants du Troyen, ny du poëte aussi.

Plaise à Dieu que des miens nos escrivains se taisent,

Et qu'à leur goust tardif mes ardeurs ne desplaisent !

Toutesfois mon renom n'aura que faire d'eux.

Pourveu que mon travail soit au gré de nous deux.

Si mes esprits lassez perdent jamais haleme ,

Ton aggreable accueil r'animera ma veine.

En me louant un peu tu me feras plaisir.

Et me reschaufferas d'un plus ardant désir.

Un regard de mespris me rebutle et me lasse,

Et mon sang le plus chaud en devient tout de glace.

Donne-raoy du repos, et ne viens point choisir

A mes conceptions les lieux ny le loisir :

Ores j'ayme la ville, ores la solitude,

Tantost la pourmenade, et tantost mon estude.

Bref, si tu ne me tiens pour un fascheux rimeur.

Tu souffriras un peu de ma mauvaise humeur.

234 A Monsieur du Fargis.

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