COMÉDIE EN TROIS ACTES ET EN VERS, DE BARTHE
IVLadame de Melcour, femme du grand monde, dissipée, aimant à plaire, et qui, dans sa première jeunesse, a été célèbre par sa beauté, a, d'un premier lit , une fille de seize ans , qu'elle a tenue jusqu'alors au couvent.
Elle est mariée en secondes noces à M. de Melcour , homme plein de droiture et de raison, ne soupçonnant pas les défauts, et jugeant toutes les âmes par la sensibilité honnête de la sienne.
M. de Melcour a un ami qui a servi comme lui et avec lui; cet ami se nomme Vilmon. C'est un homme froid , observateur , épiant les défauts, les démêlant avec finesse, et d'une honnêteté un peu maligne.
Madame de Melcour a une belle-sœur du côté de son premier mari : c'est madame de Nozan ,
femme d'une soixantaine d'années, d'un caractère singulier et piquant; elle est brusque, vive, sensible , impatiente et bonne , offensant sans s'en douter, prompte à revenir sur elle-même, n'ayant aucun des amours-propres de son sexe, très-désintéressée sur sa figure et sur son âge , surtout très-passionnée pour sa nièce.
Julie, fille de madame de Melcour, et nièce de madame de Nozan , a toute la beauté de son âge, les grâces de son sexe, et cette naïveté timide que doit donner l'ignorance du monde , et un caractère contraint par la première éducation. Elle a vu au couvent un jeune homme , nommé Terville, à qui elle a inspiré de l'amour, et qu'elle aime aussi en secret.
Terville a de la fortune, de l'esprit, des grâces, de la sensibilité. Il aime avec passion, mais il ne s'est point encore déclaré. Il est conduit par Vilmon, qui lui a conseillé, pour réussir, de commencer par se bien mettre dans l'esprit de la mère , en lui faisant la cour.
La mère a d'autres vues sur sa fille ; comme elle est peu flattée de l'avoir auprès d'elle , son projet est de l'éloigner, en la mariant en province. Son choix est tombé sur un nommé Jersac , de Bayonne.
Ce Jersac est riche, assez avare, aimant peu, calculant beaucoup, se mariant par intérêt , et
55o SUR LA MÈRE JALOUSE,
ne péchant j3oint par trop de finesse. Tels sont les personnages de cette comédie.
Acte I. Melcour et Vilmon ouvrent la scène. Melcour remarque avec chagrin que , depuis quelque temps, il s'est fait un changement dans sa maison. Plus de gaieté, plus de soupers, plus de concerts. Madame de Melcour paraît rêveuse et mélancolique. Vilmon convient de tout; et, sans faire part encore à Melcour de ses soupçons, il lui fait remarquer la conduite singulière qu'elle a avec sa fille , sa tristesse , son humeur , son mécontentement dès qu'elle la voit parée , son obstination à ne la mener nulle part et à la tenir renfermée. Melcour excuse sa femme , qui ne peut sortir, qui a la migraine.