SUR T, V. S É T. O G ES. I ^C
« subsister en affamant le corps; c'est hâter la « chute (le l'État (i).
« Les libéralités et les secours peuvent sans « doute beaucoup , pour exciter à avoir des ence fants; mais l'espérance de la liberté et de la « sûreté peuvent encore plus. Que le prince ne « donne rien, pourvu qu'il n'ôte rien; qu'il ne « nourrisse pas, mais aussi qu'il ne tue point : « et les enfants naîtront en foule (2).
« En détruisant les délateurs , votre sage sé- « vérité a empêché qu'une ville fondée sur les c( lois, ne fut renversée par les lois (3).
«. Ce serait déjà bien assez que la vertu ne
eminet , qubd unum ex nohis putat : nec minus hominem se^ quntn hominihus' prœesse rneminit. Paneg. Traj. 1.
(i) Locu pietés ad tollendos liberos ingentia prœmia et pares pœnœ cohortantur : pauperihus educandiratio est bonus princeps. Hic fiduciâ sut procreatos nisi largâ manu fovet..... Occasum imperii , occasum reipuhlicœ accélérât , frustràque proceres , plèbe neglectd, ut defectum corpore caput.... tuetur^ Paneg. 26.
(2) Magnum quidem est educandi incitamentum , tollere liberos in spem congiariorum ; majus tamen in spem libertatis , in spem alimentorum , in spem securitatis ; atque adeo nihil largiatur princeps ^ diim nih.il auferat; non alat^ diim non occidat; nec deerunt qui filios concupiscant. Paneg. 27.
(3) Excidisti intestinum malum, et providâ severitate cavisti ne fundata legihus civitas , eversa legibus videretur, Paneg. 34-
l6o ESSAI
« fût pas funeste à ceux qui l'ont : vous faites « plus; elle leur est utile (i).
u Vos prédécesseurs aimaient mieux voir au- « tour d'eux le spectacle des vices que des verce tus; d'abord, parce qu'on désire que les autres « soient ce qu'on est soi-même; ensuite, parce « qu'ils croyaient trouver plus de soumission « à l'esclavage dans ceux qui ne méritaient en « effet que d'être esclaves (2).
« Le prince qui permet d'être vertueux, fait « peut-être plus pour les mœurs , que celui qui « l'ordonne (3).
« Du moment qu'on est prince , on est court damné à l'immortalité ; mais il y en a deux : « celle des vertus et celle du crime; le prince « n'a que le choix (4).
(i) Prodest bonos esse , càm sit satis abundèque si non nocet. Paneg. 44-
(2) Et priores quidem principes... vitiis potiùs civium quatn virtutibus lœtabantur^ primiim quod in alio sua quemque natura delectat, deindè qubd patientiores servitutis arbitrahantur quos non deceret esse nisi servos. Paneg. 4^.
(3) Nescio an plus moribus conférât princeps qui bonos esse patitur^ quàm quicogit. Ibid.
(4) Ut quisque factus est princeps , extemplo fama ejus , incertum bona , an mala ; cœterùm œterna est. Non ergo perpétua principi fama quœ invitum manet^ sed bona concupiscenda est. Paneg. 55.
SUR LKS KTJ)GKS. l (j I
« Prince , pour juger des hommes , rapportez - '( vous-eu à la renommée ; c'est elle qu'il faut « croire , et non pas quelques hommes : car « quelques hommes peuvent et séduire et être « séduits; mais personne n'a trompé un peuple « entier, et un peuple entier n'a jamais trompé « personne (i).
ce Sous un prince plus grand que ses aïeux , « ceux qui ont créé leur noblesse seraient-ils donc « moins honorés que ceux qui n'ont qu'hérité « de la leur (2)?
(c Quand on est dans la première place du « monde , on ne peut plus s'élever qu'en abaissant « sa propre grandeur (3). 1
« Trop long-temps les sujets et le prince ont « eu des intérêts différents ; aujourd'hui le prince
(i) Taies nos crede , Cœsar , qualis ejusquefama est. Huic aures , huic oculos intende. Meliùs omnibus quhin singulis creditur. Singulienim decipere etdecipi possunt. Nemo omnes., neminem omnes fefellerunt. Paneg. 62.
(2) Cur, te principe qui generis tui claritatern virtute superâsti, deterior es set conditio eorum qui posteros habere nobiles merentur., quam eorum qui parentes habuissent ? Paneg. 70.
(3) Cui nihil ad agendum fastigium superest^ hic uno modo crescere potest, si se ipse submittat^ securus magnitudinis suce. Paneg. 71.
i6i ESSAr
« ne peut plus être heureux sans les sujets, ni les
« sujets sans le prince (i).
« Dans certaines assemblées , ce qui est ap- « prouvé avec transport de tous , est ce qui dé- « plaît le plus sûrement à tous (2).
a Vous avez des amis parce que vous l'êtes « vous-même, car on commande tout aux su- « jets, excepté l'amour. De tous les sentiments, '( l'amour est le plus fier, le plus indépendant « et le plus libre. Un prince peut-être peut ins- « pirer la haine sans la mériter et la sentir ; mais « à coup sûr il ne peut être aimé, s'il n'aime « lui-même (3). »
On voit dans tous ces morceaux quelle est l'ame et le tour d'esprit de l'orateur ; ce sont des pensées toujours vraies, et quelquefois fortes,
(i) Fuit tempus f ac nimiùrn diàfuit^ quo alia adversa, alla secunda principi et nobis ; nunc communia tibi nobiscum tam lœta quàm tristia ; nec magis sine le nos essefelices, quàm tu sine nobis potes. Paneg. 72.
(2) Nulla magis omnibus dis p lice nt qucim quœ sic fiunt , tanquam omnibus placeant. Paneg. 76.
(3) Habes amicos quia amicus ipse es. Neque enim ut alia subjectis , ita amor vnperatur. Neque est ullus ajfectus tam erectus et liber , et dominationis impatiens , nec qui magis vires exigat. Potest fortassè princeps inique , potest tamen odio esse nonnullis , etiamsi ipse non oderit : amari , 'nisi ipse amet., non potest, Paneg. 83.
sir H LES KLOGKS. I f)3
aiguisées en épigranimes, et relevées toujours pai* un contraste ou de mots, ou d'idées. On peut assurément blâmer ce genre d'éloquence, qui n'est point le meilleur; mais il n'en faut pas moins estimer les vérités utiles et nobles dont cet ouvrage est rempli. Gardons-nous de pousser trop loin cette attention subalterne, qui pèse les phrases dans une balance, et fait plus d'attention aux mots qu'aux idées. Il importe encore plus, je crois, d'être bon citoyen qu'excellent orateur; et, s'il est utile de ne pas corrompre le goût, il vaut encore mieux ne pas corrompre les hommes et les princes.
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