JEAN CHOUAN
Jean Chouan bondit, fier, tranquille, altier, viril, Debout : — C'est moi qui suis Jean Chouan! cria-t-il. Les bleus dirent : — C'est lui, le chef! Et cette tète, Prenant toute la foudre et toute la tempête, Fit changer à la mort de cible. — Sauve-toi! Cria-t-il, sauve-toi, ma sœur ! — Folle d'ellroi, Jeanne hâta le pas vers la forêt profonde. Comme un pin sur la neige ou comme un mât sur l'onde, Jean Chouan, qui semblait par la mort ébloui. Se dressait, et les bleus ne voyaient plus que lui.
— Je resterai le temps qu'il faudra. Va, ma fille! Va, tu seras encor joyeuse en ta famille,
Et tu mettras encor des fleurs à ton corset! Criait-il. — C'était lui maintenant que visait L'ardente fusillade, et sur sa haute taille. Qui semblait presque prête à gagner la bataille, Les balles s'acharnaient, et son puissant dédain Souriait; il levait son sabre nu... — Soudain Par une balle, ainsi l'ours est frappé dans l'antre, Il se sentit trouer de part en part le ventre ; Il resta droit et dit : — Soit. Ave Marin! Puis, chancelant, tourné vers le bois, il cria ;
— Mes amis! mes amis! Jeanne est-elle arrivée? Des voix dans la forêt répondirent : — Sauvée ! Jean Chouan murmura : C'est bien ! et tomba mort.
Paysans! paysans! hélas! vous aviez tort, Mais votre souvenir n'amoindrit pas la France; Vous fûtes grands dans l'âpre et sinistre ignorance;
Vous que vos rois, vos loups, vos prêtres, vos halliers Faisaient bandits, souvent vous fûtes chevaliers; A travers l'affreux joug et sous l'erreur infâme Vous avez eu l'éclair mystérieux de l'âme; Des rayons jaillissaient de votre aveuglement; Salut! Moi le banni, je suis pour vous clément; L'exil n'est pas sévère aux pauvres toits de chaumes; Nous sommes des proscrits, vous êtes des fantômes; Frères, nous avons tous combattu; nous vouhons L'avenir; vous vouHez le passé, noirs lions; L'effort que nous faisions pour gravir sur la cime, Hélas! vous l'avez fait pour rentrer dans l'abîme; Nous avons tous lutté, diversement martyrs, Tous sans ambitions et tous sans repentirs, Nous pour fermer l'enfer, vous pour rouvrir la tombe ; Mais sur vos tristes fronts la blancheur d'en haut tombe, La pitié fraternelle et sublime conduit Les fils de la clarté vers les fils de la nuit, Et je pleure en chantant cet hymne tendre et sombre. Moi, soldat de l'aurore, à toi, héros de l'ombre.