CHAPITRE XXII
Origine et flliaUon des idées rdigleases.
A ces mots, un groupe nouveau, formé à l'instant d'hommes de divers étendards, mais lui-même n'en arborant point, s'avança dans l'arène; et l'un de ses membres portant la parole, dit :
a Législateur, ami de l'évidence et de la vérité!
« Il n'est pas étonnant que tant de nuages enveloppent le sujet que nous traitons, puisque,
so
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outre les difficultés qui lui sont pi^pres , la pensée u*a, jusqu'à ce moment, cessé d'y rencontrer des obstacles accessoires, et que tout travail libre, toute discussion lui ont été interdits par Tintolérance de cliaque système : mais puisque enfin il lui est permis de se développer, nous allons exposer ^u grand jour , et soumettre au jugement commun , ce que de longues recherdies ont appris de plus raisonnable à des esprits dégagés de préjugés; et nous Texposerons, non avec la prétention d'en imposer la croyance, mais avec l'intention de provoquer de nouvelles lumières et de plus grands éclaircissements.
« Vous le savez, docteurs et instituteurs des peuples! d'épaisses ténèbres couvrent la nature, l'origine , l'histoire des dogmes que vous enseignez : imposés par la force et l'autorité, inculqués par l'éducation, entretenus par l'exemple, ils se perpétuent d'âge en âge, et affermissent leur empire par l'habitude et l'inattention. Mais si l'homme, éclairé par la réflexion et l'expérience, rappelle à un mûr examen les préjugés de son enfance, il y découvre bientôt une foulededisparateset de contradictions qui éveillent sa sagacité et provoquent son raisonnement.
« D'abord, remarquant la diversité et l'opposition des croyances qui partagent les nations, il s'enbardit contre l'infaillibilité que toutes s'arrogent; et 8*armant de leurs prétentions réciproques, il con* ^it que les im$ et la raUony émanés immédkUe" ment de Dieu, ne sont pas une Ud moinssainte, un guide moins sûr que les code^ tnédkUs et corUradiO' ioire» des prophètes.
« S'il examine ensuite le tissu de ces codes euxmêmes, il observe que leurs Ms prétendues divines, •c'est-à-dire immuables et étemelles, sont nées par 'Circonstances de temps, de lieux et de personnes; qu'elles dérivent les unes des autres dans une espèce d'ordregénéalogîque, pulsqu'elless'empruntentmutuellement un fonds commun et ressemblant d'idées , que chacune modifie à son gré.
« Que s'il remonteàlasourcedeoes idées, il trouve qu'elle se perd dans la nuit des temps , dans l'enfance des peuples, jusqu'à l'origine du monde même, à laquelle elles se disent liées ; et là, placées dans l'obscuritédu chaos etdans l'empire fabuleux des traditions, elles se présentent accompagnées d'un état de choses si prodigieux, qu'il semble interdire tout accès au jugement ; mais cet état même suscite un premier raisonnement, qui en résout la difficulté : car si les faits prodigieux que nous présentent les systèmes théologiques ont réellement existé ; si, par exemple, les métamorphoses, les apparitions, les conversations d'un seul ou de plusieurs dieux, tracées dans les Uxtres sacrés des Indiens, des Hébreux, des Par-
sis, sont des événements historiques, il faut convenir que la nature d'alors différait entièrement de celle qui subsiste ; que les hommes actuels n'ont rien de conomun avec ceux de ces siède»-là, et qu'ils ne doivent plus s'en occuper.
« Si, au contraire, ces faits prodigieux n'ont pas réellement existé dans l'ordre physique , dès lors on conçoit qu'ils sont du genre des créations de l'entendement; et sa nature, capable encore aujourd'hui des compositions les plus fantastiques, rend d'abord raison de l'apparition de ces monstres dans l'histoire; il ne s'agit plus que de savoir comment et pourquoi ils se sont formés dans l'imagination : or en examinant avec attention les sujets de leurs tableaux , en analysant les idées qu'ils combinent et qu'ils associent, et pesant avec soin toutes les circonstances qu'ils aUèguent, l'on parvient à découvrir, à ce premier état incroyable, une solution conforme aux lois de la nature ; on s'aperçoit que ces récits d'un genre £Bd)uleux ont un sens figuré autre que le sens apparent; que ces prétendus faits merveilleux sont des faits simples et physiques, mais qui, mal conçus ou mal peints, ont été dénaturés par des causes accidentelles dépendantes de l'esprit humain ; par la confusion des signes qu'il a employés pour peindre les objets ; par l'équivoque des mots, le vice du langage, l'imperfection de l'écriture ; on trouve que ces dieux, par exemple, qui jouent des rôles si singuliers dans tous les systèmes, ne sont que \ts puissances physiques de la nature, lès éléments, \e&vents, lestutres, et les météores, qui ont été personnes par le mécanisme nécessaire du langage et de l'entendement ; que leur rie^ leurs mœurs, leurs actions, ne sont que le jeu de leurs opérations, de leurs rapports; et que toute leur prétendue histoire n'est que la description de leurs phénomènes, tracée par les premiers physiciens qui les observèrent, et prise à contre-sens par le vulgaire, qui ne l'entendit pas, ou par les générations suivantes , qui l'oublièrent. On reconnaît, en un mot, que tous les dogmes théologiques sur Yorigine du monde, sur la nature de Dieu, la révélation de ses lois, Yapparition de sa personne, ne sont que des récits de faits astronomiques , que des narrations figurées et emblématiques du jeu des constellations. On se convaincra que l'idée même delà Divinité, cette idée aujourd'hui si obscure, n'est, dans son modèle primitif, que celle des puissances physiques de Vunivers, considérées tantôt comme muUiples à raison de leurs agents et de Xtm^pfiénoménes, et tantôt comme un être unique et simple par V ensemble et le rapport de toutes leurs parties : en sorte que l'être appelé Dieu a été tantôt le ren/^ \%f€U, Veau, tous les éléments; tantôt le soleil, les astres, lesplanétes et leurs influences ; tantôt la ma-
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mn du numdevisibie, la A^toiii^deruohrers; tantôt les quaUiés abstraites et métaphysiques, telles que Vespace, la durée, le mouoemenl et Vmtdligenee; et toujours avecce résultat, que Vidée de la Diviniié c'a point été une révéiaiion nUrcundeuse d'êtres invisibles, mais nueproductiofituUurelle de Venienr dément, une opération de Tesprit humain, dont elle a suivi les progrès et subi les révolutions dans la connaissance du monde physique et de ses agents, « Oui, vainement les nations reportent leur culte à des inspirations célestes ; vainement leurs dogmes invoquent un premier état de choses surnaturel : la barbarie originelle du genre humain, attestée par ses propres monuments, dément d'abord toutes ces assertions; mais de plus, un fait subsistant et irrécusable dq)ose victorieusement contre les faits incertains et douteux du passé. De ce que rhomme n'acqidert et ne reçoit d'idées que par l'intermède. de ses sens, il suit avec évidence que toute notion qui s'attribue une autre origine que celle de Texpérience et des sensations, est la supposition erronée d'un rai^nnement dressé dans un temps postérieur : or il suffit de jeter un coup d'œil réfléchi sur les systèmes sacrés de Vorigine du monde, l'action des dieux, pour découvrir à chaque idée, à chaque mot, ranticipationd'un ordrede choses qui ne naquit que longtemps après ; et la raison , forte de ces contradictions, rejetant tout ce qui ne trouve pas sa preuve dans Tordre naturel, et n'admettant pour bon système historique que celui qui s'accorde avec les vraisemblances, la raison établit le sien , et dit avec
« Avant qu'une nation eût reçu d'une autre nation des dogmes déjà inventés; avant qu'une génération eût hérité des idées acquises par une génération antérieure, nul de tous les systèmes composés n'existait encore dans le monde. Enfants de la na« ture, les premiers humains, antérieurs à tout évé^ nement, novices à toute connaissance, naquirent sans aucune idée, ni de dogmes issus de disputes scolastiques ; ni de rites fondés suj des usages et des arts à nattre ; ni de préceptes qui supposent un développement de passions; ni de codes qui supposent un langage, un état social encore au néant ; ni de DMmté, dont tous les attributs se rapportent àdeschoses physiques , et toutes les actions à un état despotique de gouvernement ; ni enfin d'âme et de tous ces êtres métaphysiques que l'on dit ne point tomber sous les sens, et à qui cependant par toute autre voie l'accès à l'entendement demeure impossible. Pour arriver à tant de résultats, il fallut parcourir un cercle né* cessaire de faits préalables; il fallut que des essais répétés et lenis apprissent à l'homme brut l'osaga
de ses organes; que l'expérience accumulée de générations successives eût inventé et perfectionné les moyens de la vie, et que l'esprit, dégagé de l'entrave des premiers besoins , s'élevât à l'art compliqué de comparer des idées, d'asseoir des raisonnements, et de saisir des rapports abstraits.
g I. Origixie de l'idée de Dlea : cnlte des éléments et des puiisanoes physiques de la nataie.
« Ce ne fut qu'après avoir franchi ces obstacles et parcouru déjà une longue carrière dans la nuit de l'histoire, que l'homme méditant sui^sa condition, commença de s'apercevoir qu'il était soumis à des forces supérieures à la sienne et indépendantes de sa volonté. Le soleil l'éclairait, l'échaufiait, le feu le brûlait, lé tonnerre l'effrayait, l'eau le suffoquait, le vent l'agitait; tous les êtres exerçaient sur lui une action puissante et irrésistible. Longtemps automate, il subit cette action sans en rechercher la cause; mais du moment qu'il voulut s'en rendre compte , il tomba dans Vétonnement; et passant de la surprised'une première pensée à la rêverie de la curiosité, il forma une série de raisonnements.
« D'abord, considérant Vaction des éléments sur lui , il conclut de sa part une idée de faiblesse , d'assujetUssement, et de leur part une idètdtpuissanee, de domination ; et cette idée de puissance fut le typa primitif et fondamenta de toute idée de la Divinité.
« Secondement, les êtres naturels, dans leur action, excitaient en lui des sensations de plaisir ou de douleur, de bien ou de mal : par un effet naturel de son organisation, il conçut pour eux de Vamour ou de Vaversion; il désira ou redouta leur présence : et la crainte ou Yeq>oir furent le principe de toute idée de reUgkm.
« Ensuite, jugeant de tout par comparaison, et remarquant dans ces êtres un mouoement spontané conune le sien , il supposa à ce mouvement une wh lonté, une intelligence de l'espèce de la sienne; et de là, par induction, il fit un nouveau raisonnement. Ayant éprouvé que certaines pratiques envers ses semblables avaient l'effet de modifier à son gré leurs affections et de diriger leur conduite, il employa ces pratiques avec les êtres puissants de l'univers ; il se dit : a Quand mon sendilable, plus/or/ que moi , veut me fûre du mal , je m'abaisse devant lui , et ma prière a l'art de le calmer. Je prierai les êtres puissants qui me frappent; je supplierai les intelligences desyeaU^ des astres, des eaux, et elles m'entendront; je les conjurerai de détourner tes maux, de me donner les biens dont elles disposent ; je les toucherai j^meslurmes, jeles fiécfateaipar mes dons, et \e jouirai du bien^tre. »
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« Et rhomme , simple dans Tenfauce de sa raison, pai'la au soleil, à la lune; il anima de son esprit et de ses passions les grands agents de la nature; il crut, par de vains sons, par de vaines pratiques, changer leurs lois inflexibles : erreur funeste! H pria la pierre de monter , Teau de s'élever , les montagnes de se transporter ; et substituant un monde fantastique au monde, véritable, il se constitua des êtres d'opinion, pour Tépou vantail de son esprit et le tourment de sa race.
« Ainsi les idées de Dieu et de reUgUm, à Tégal de toutes les autres, ont pris leur origine dans les objets physiques , et ont été, dans l'entendement de rhomme, le produit de ses sensations, de ses besoins, des circonstances de sa vie et de l'état progressif de ses connaissances.
« Or, de ce que les idées de la Divinité eurent |)our premiers modèles les êtres physiques, il résulta que la Divinité fut d'abord variée et multiple, eonune les formes sous lesquelles elle parut agir : chaque être fut xai^ puissance^ un génie; et l'univers pour les premiers hommes fut rempli de dieux innombrables.
« Et de ce que les idées de la Divinité eurent pour moteurs les affections du cœur humain, elles subirent un ordre de division calqué sur ses sensations de douleur et ^t plaisir, d'amour ou de haine; les puissances de la nature, les dieux, les génies, furent partagés en bienfaisants et en malfaisants, en bons et en mauvais; et de là l'universalité de ces deux caractères dans tous les systèmes de religion.
« Dans le principe, ces idées analogues à la condition de leurs inventeurs , furent longtemps confuses et grossières. Errants dans les bois, obsédés de besoins, dénués de ressources, les hommes sauvages n'avaient pas le loisir de combiner des rapports et des raisonnements : affectés de plus de maux qu'ils n'éprouvaient de jouissances, leur sentiment le plus habituel était la crainte, leur théologie la terreur; leur culte se bornait à quelques pratiques de salut, et d'offrande à des êtres qu'ils se peignaient /(^rore5 et avides comme eux. Dans leur état d'égalité et d'indépendance, nul ne s'établissait médiateur auprès de dieux insubordonnés et pauvres comme lui-même. Nul n'ayant de superflu adonner, il n'existait ni parasite sous le nom de prêtre, ni tribut sous le nom de victime, ni empire sous le nom d'autel; le dogme et la morale confondus n'étaient que la conservation de soimême; et la religion, idée arbitraire sans influence sur les rapports des hommes entre eux, n'était qu'un vain honunage rendu aux jpKJf^anctfi visibles de In nature.
« Telle fut l'origine nécessaire et première de toute idée de la Divinité. » , Et l'orateur s'adressant aux nations sauvages : « Nous vous le demandons , hommes qui n'avez pas reçu d'idées étrangères et factices ; dites-nous si jamais vous vous en êtes formé d'autres. Et vous, docteurs, nous vous en attestons ; dites-nous si tel n'est pas le témoignage unanime de tous les anciens monuments.
§ n. Second système. Culte des astres, ou sabéisme.
« Mais .ces mêmes monuments nous offrent ensuite un système plus méthodique et plus compliqué, celui du culte de tous les astres, adorés tantôt sous leur forme propre, tantôt sous des emblèmes et des symboles figurés; et ce culte fut encore l'effet des connaissances de l'honune en physique, et dériva immédiatement des causes premières de l'état social, c^est-à-dire, des besoins et des arts de premier degré qui entrèrent aomme éléments dans la formation de la société.
« En effet, alors que les hommes commencèrent de se réunir en société, ce fîit pour eux une nécessité d'étendre leurs moyens de subsistance, et par conséquent de s'adonner à l'agriculture : or l'agriculture, pour être exercée, exigea l'observation et la connaissance des cieux. Il fallut connaître le retour périodique des mêmes opérations de la nature , des mêmes phénomènes de la voûte des cieux ; en un mot, il fallut régler la durée, la succession des saisons et des mois de l'année. Ce fut donc un besoin de connaître d'abord la marche du soleil, qui dans sa révolution isoe/tacofe^ se montrait le premier et suprême agent de toute création ; puis de la lune, qui par ses phases et ses retours, réglait et distribuait le temps ; enfin des étoiles et même des planètes , qui par leurs apparitions et disparitions sur l'horizon et l'hémisphère nocturnes, formaient de moindres divisions. Enfin il fallut dresser un système entier d'astronomie, un calendrier; et de ce tra vai I résulta bientôt et spontanément une manière nouvelle d'envisager \espuissa7ices dominatrices et gouvernantes. Ayant observé que les productions terrestres étaient dans des rapports réguliers et constants avec les êtres célestes ; que la naissance, V accroissement, le dl^pérf^^em^n^ de chaque plante étaient liés à Vapparition, à Vexaltation, au décUn d'un même astre, d'un même groupe d'étoiles; qu'en un mot la langueur ou l'activité de la végétation semblaient dépendre d'influences célestes, les hommes en conclurent une idée d^ action , de piUssance de ces êtres célestes, supérieurs, sur les corps terrestres ; et les astres dispensateurs d'abondance ou de disette de-
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Tinrent des ptdssances, des génies, des dieux auteurs des bieris et des maux.
« Or, comme Tétat social avait déjà introduit une hiérarchie méthodique de rangs, d'emplois, de con* ditions , les hommes continuant de raisonner par comparaison, transportèrent leurs nouvelles notions dans leur théologie; et il en résulta un système compliqué de dîvmiiés graduelles, dans lequel le soleil, dieu premier, fut un .cA^ militaire, un roi politique; la lune, une reine sa compagne; les planètes, des serviteurs, des porteurs d'ordre, des messagers; et la multitude des étoiles, un pétale, une armée de héros, de génies chargés de régir le monde sous les ordres de leurs officiers; et chaque individu eut des noms, des fonctions, des attributs tirés de ses rapports et de ses influences, enfin même un sexe tiré du genre de son appellation.
< Et comme Tétat social avait introduit des usages et des pratiques composés, le culte marchant de front, en prit de semblables : les cérémonies, d*abord simples et privées, devinrent publiques et solennelles; les offrandes furent plus riches et plus nombreuses, les rites plus méthodiques; on établit des lieux d'assemblée, et Ton eut des chapelles , des temples; on institua des officiers pour administrer, et l'on eut des pontifes, des prêtres; on convint de formules, d'époques, et la religion devint un acte civil, un lien politique. Mais dans ce développement, elle n'altéra point ses premiers principes, et l'idée de Dieu fut toujours l'idée d'êtres physiques agissant en bien ou en mal, c'est-à-dire , imprimant des sensations de peine ou déplaisir; le dogme fut la connaissance de leurs lois ou manières d'agir; la vertu et le péché, l'observation ou l'infraction de ces lois; et la morale, dans sa simplicité native, fut une pratique judicieuse de tout ce qui contribue à la conservation de l'existence, au bien-être de soi et de ses semblables.
« Si l'on nous demande à quelle époque naquit ce systèoie, nous répondrons, sui^'autorité des monuments de Tastronomie elle-même, que ses principes paraissent remonter avec certitude au delà de quinze mille ans : et si l'on demande à quel peuple il doit être attribué, nous répondrons que ces mêmes monuments, appuyés de traditions unanimes, l'attribuent aux premières peuplades de V Egypte : et lorsque le raisonnement trouve réunies dans cette contrée toutes les circonstances physiques qui ont pu le susciter; lorsqu'il y rencontre à la fois une zone du ciel, voisine du tropique, également purgée des pluies de Féquateur et des brumes du Nord; lorsqu'il y trouve le point central de la sphère antique, un climat salubre, un fleuve immense et cepeh-
dant docile, une terre fertile sans art, sans futiguo, inondéesans exhalaisons morbifiques, placée entre deux mers qui touchent aux contrées les plus riches, il conçoit que l'habitant du M, agricole par la nature de son sol, géomètre par le besoin annuel d« mesurer ses possessions, commerçant par la facilité de ses communications, astronome enfin par l'état de son ciel, sans cesse ouvert à l'observation^ dut le premier passer de la conditioa sauvage à l'état social, et par conséquent arriver aux connaissances physiques et morales qui sont propres à l'homme civilisé.
« Ce fut donc sur les bords supérieurs du Nil , et chez un peuple de* race noire, que s'organisa le système compliqué du culte des astres, considérés dans leurs rapports avec les productions de la terre et les travaux de l'agriculture ; et ce premier culte , caractérisé par leur adoration sous leurs />rm€5 ou leurs attributs naturels, fut une marche simple de l'esprit humain : mais bientôt la multiplicité des objets, de leurs rapports, de leurs actions réciproques, ayant compliqué les idées et les signes qui les représentaient, il survint une confusion aussi bizarre dans sa cause que pernicieuse dans ses effets.
g m. Trolalème système. Culte des symboles , ou MoUtiit.
« Dès l'instant où le peuple agricole eut porté un regard observateur sur les astres , il sentit le besoin d'en distinguer les individus ou les groupes, et de les dénommer chacun proprement, afin de s'entendre dans leur désignation ; or une grande difiiculté se présenta pour cet objet : car d'un cêté les corps célestes, semblables en formes , n'offraient aucun caractère spécial pour être dénommés; de l'autre, le langage, pauvre en sa naissance, n'avait point d'expressions pour tantd'idécs neuveselmétaphysiques. Le mobile ordinaire du génie, le besoin, sut tout surmonter. Ayant remarqué que dans la révolution annuelle, le renouvellement et l'apparition périodiques des productions terrestres étaient constamment associés au lever ou au coucher de certaines étoiles et à leur position relativement au soleil, terme fondamental de toute comparaison , l'esprit , par un mécanisme naturel, lia dans sa pensée les objets terrestres et célestes qui étaient liés dans le fait; et leur appliquant un même signe, il donna aux étoiles ou aux groupes qu'il en formait, les nomr mêmes des objets terrestres qui leur répondaient.
« Ainsi l'Éthiopien de Thèbes appela astres de- Vinondation ou du verse-eau, ceux sous lesquels lé fleuvecommençait son débordement; astresdu bœu/ ou du taureau, ceux sous lesquels il convenait d^ppliquer la charrue à la terre; astres du Uon, ceux où
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cet animal , chassé ^es déserts par la soif, se montrait sur les bords du fleuve , astres de !*épi ou de la vierge moissonneuse, ceux où se recueillait la moisson ; astres deVagneau, astres des chevreaux, cetu où naissent ces animaux précieux : et ce premier moyen résolut une première partie des difficultés.
« D'autre part, l'homme avait remarqué dans les êtres qui l'environnaient, des qualités distinctives et propres à chaque espèce ; et par une première opération , il en avait retiré un nom pour les désigner ; par une seconde , il y trouva un moyen ingénieux de généraliser ses idées; et transportant le nom déjà inventé à tout ce qui présentait une propriété , une action analogue ou semblable, iiei^'ichit son langaged'une métaphore perpétuelle.
« Ainsi le même Éthiopien ayant observé que le retour de l'inondation répondait constamment à l'apparition d^une très-belle étoile qui , à cette époque, se montrait vers la source du Nil, et semblait avertir le laboureur de se garder de la surprise des eaux , il compara cette action à celle de l'animal qui par son aboiement avertit d'un danger, et il appela cet astre le cMen, Vaboyeur (Sirius); de même il nomma astres du crabe ceux où le soleil , parvenu à la borne du tropique, revenait sur ses pas, en marchant à reculons et de côté, comme le crabe ou cancer; astres du bouc sauvage, ceux où, parvenu au point le plus culminant du ciel , au faîte du gnomon horaire, le soleil imitait l'action de l'animal qui se pMtkgrimper aux faites des rochers ; astres delà balance ceux où les jours et les nuits ^^ato; semblaient en équilibre comme cet instrument; o^/r^^ du scorpion, ceux où certains vents réguliers apportaient une vapeur brûlante comme le venin du scorpion. Ainsi encore , il appela anneaux et serpents la trace figurée des orbites des astres et des planètes; et tel fut le moyen général d'appellation de toutes les étoiles , et même des planètes prises par groupes ou par individus, selon leurs rapports aux opérations champêtres et terrestres, et selon les analogies que chaque nation y trouva avec les travaux agricoles et avec les objets de son climat et de son sol.
« De ce procédé il résulta que des êtres abjects et terrestres entrèrent en association avec les êtres siq)érieurs et puissants des cieux; et cette associa- ^i'OAse resserra chaque jour par la constitution même du langage et le mécanisme de l'esprit. On disait , par une métaphore naturelle : « Le taureau réi^^nà « sur la terre les germes de la fécondité (au prin- « temps); il ramène l'abondance et la création des « plantes (qui nourrissent). \J agneau (ou bélier) « délivre \e%c\e\ï\àe& génies mal/aisantsde l'hiver; « il sauve le monde du serpent ( emblème de Thu-
« mide saison), et il ramène le règne du bien (de « Vété, saison de toute jouissance). Le scorpion « verse son venin sur la terre, et répand les maladies « et la mort, etc. ; » et ainsi de tous les effets semblables.
« Ce langage, compris de tout le monde, subsista d'abord sans inconvénient; mais par le laps du temps, lorsque le calendrier eut été réglé, le peuple, qui n'eut plus besoin de l'observation du cid , perdit de vue le motif de ces expressions; et lem* allégorie, restée dans l'usage de la vie, y devint un écaeil fatal à l'entendement et à la raison. Habitué à joindre aux symboles les idées de leurs modèles, l'esprit finit par les confondre : alors ces mêmes animaux, que la pensée avaittransportés aux deux, en redescendirent sur la terre; mais dans ce retour, vêtas des livrées des astres, ils s'en arrogèrent les attributs, et ils en imposèrent à leurs propres auteurs. Alors le peuple croyant voir près de lui ses dieux, leur adressa plus facilement sa prière; il demanda au bélier de son troupeau les influences qu'il attendait du bélier céleste ; il pria le scorpion de ne point répandre son venin sur la nature; il révéra le crabe de la mer, le scarabée du limon, le ptHsson du fleuve; et par une série d'analogies vicieuses, mais enchaînées, il se perdit dans un lai^nthe d'absurdités conséquentes,
« Voilà quelle fut l'origine de ce cuUe antique et bizarre des animaux; voilà par quelle marche d'idées le caractère de la divmité passa aux phis viles des brutes , et comment se forma le système tJiéologique très-yaste, très-compliqué, très-savant, qui des bords du Nil porté de contrée en contrée par le commerce, la guerre et les conquêtes, envahit tout rancien monde; et qui modifié par les temps, par les circonstances, par les préjugés, se montre encore à découvert chez cent peuples, et subsiste comme base intime et secrète de la théologie de ceux-là mêmes qui le méprisent et le rejettent. »
A ces mots, quelques murmures s'étant fait entendre dans divers groupes : « Oui , continua l'orateur, voilà d'où vient, par exemple, chez vous, peuples africains! l'adoration de vos fétiches , plantes, animaux, cailloux, morceaux de bois, devant qui vos ancêtres n'eussent pas eu le délire de se courber, s'ils n'y eussent vu des talismans en qui la vertu des autres s'était insérée. Voilà , nations tartares! l'origine de vos marmousets et de tout cet appareil d'animaux dont vos chamans bigarrent leurs robes magiques. Voilà l'origine de ces figures d'oiseaux, de serpents, que toutes les nations sauvages s'impriment sur la peau avec des cérémonies mystérieuses et sacrées. Vous, Indiens! vainement
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fOus eiivdIoppeE-TOiisdu voiledu mystère : répervier de TOlre diea Vichenou n'est que Tun des miUê em- Uèmesdu «^^ en Egypte; et vos incarnations d'un dieu eùpoUêon, en sanglier, en lion, en tortme, et toutes ses monstmeoses aventures, ne sont que les niétamwphoses de Tastre qui passant successivement dans les Ji^ies des efouM onimatu;, fîit censé en prendre les figures et en remplir les rôles astronomiques. Vous, Japonais! votre tattreau qui brise Vaâifdumonde, n*est que celui du ciel , qui jadis ouvrailtàge de la création, l'équinoxe du printemps. (Test oe même 6aBt(^^/»is qu'adorait rÉgypte, et que vos anoétres, à rabbins juiû! adorèrent aussi dans l'idole du veau d'or. Cest eneore votre taureau, enfonts de Zoroastre! qui , sacrifié dans les mystères symboliques de MUhra, versait un eang fécond pour le monde. Et vous, chrétiens! votre hoçurf de l'Apocalypse, avec ses ailes, e^mboie de Vair, n'a pas une autre origine; et votre açneau de Dieu, imoK^é, comme le totreotide MUhra, pour le JoAi^ du monde, n'est eneore que ce même soM/au signe du héUxr céleste, lequel, dans un âge postérieur, ouvrant k son tour l'équinoxe , fut censé délivrer le nMinde du r^ne du mal, c'est-à-dirt, de la constella* tion du seiT^en^, de cette ^rofuie cou^nc^yv, m^e d(0 thiver, et emblème de VAhrîmanies on Satan des Perses, vos instituteurs. Oui , vainement votre zèle imprudent dévoue les idolâtres aux tourments du Tartare qu'ils ont inventé; toute la base de votre système n'est que le culte du jofetf, dont vous avei rassemblé les attributs sur votre principal person* nage. Cest le soleil qui , sous le nom d'On», naissotf, comme votre dku , au fofi^tf d'hiver , dans les bras de la vierçe céleste, et qui passait une enfance obscure, dénuée, disetteuse, comme l'est la saison des fnmas. Cest lui qui, sous le nom d*Osiris, j^eacséenté par T^pAoïi et par les ^^ans de l'air , était mil àmort, renfermé dans un tombeauobscur, en^lème de Vhémisphére d'Mver, et qui ensuite se relevant de la aone inférieure vers le point culminant des cieux, ressttscitoi^ vainqueur des j^éofi^ et des a?i^ destructeurs.
« Vous, prêtres! ^ murmurez, vous portez ses signes sur tout votre corps : votre tonsure est le duque du soleil, votre étoU est son X€diaque, vos ckapelets sont l'emblème des astres et des planètes. • Vous, pontifes et prélats ! votre mitre, foteecrosse, votre manteau, sont c8ux à'Osiris; et cette croix dent vous vantez le mystère sans le comprendre, est la croix de Séraipis, tracée par la main des prêtres égyptiens sur le plan d*un monde figuré, laquelle passant par les égiiifMMreret par les tropiques, é^ venait l'emMèmede la vie future et de la résurrec'
Uon, parce qu'elle touchait suxportes d'ivoire et de oome par où les Ames passaient aux deux. •
A ces mots, les docteurs *de tous les groupes commencèrent de se r^rder avec étonnement; mais nul ne rompant le silence» l'orateur continua:
« Et trois causes principales concoururent à cette cokifusion des idées. Premièrement, les expressions ^figurées par lesquelles le langage naissant ûit contraint de pemdre les rapports des objets ; expressions qui passant ensuite d'un sens propre à un sens général, d'un sens physique à un sens moral, causèrent, par leurs équivoques et leurs synonymes , une foule de méprises.
« Ainsi, ayant dit d'abord que \e soleil surmontait, venaitàboutde dowte animaux, on crut par la suite qu'il les tuait, les eonUfattait, les domptait; et l'on en fit la vie historique d'Hercule.
« Ayant dit qu'il réglait le temps des travaqx , des semailles, des moissons, qu'il distribuait les saisons, les occupations; qu'il parcourait les climats, qu^il dominait sur la terre, etc. on le prit pour un roi législateur, pour un guerrier conquérant; et l'on en composa l'histoire d'Osiris, de Bacckus et de leurs semblables.
« Ayant dit qu'une planète entrait dans un signe , on Ûtàeleœtco9^fonctionvaïmariage,vaï adultère, un inceste. Ayant dit qu'elle était cctcîkée, ensevelie, parce qu'après avoir disparu elle revenait à la Aimière et remontait en exaltation^ on la dit morte, ressuscitée, enlevée au ciel, etc.
« Une seconde cause de confusion fht les figures matérielles elles-mêmes par lesquelles on peignit d'abord les pensées , et qui , soûs le nom é* hiéroglyphes ou caractères sacrés, furent la première invention de l'esprit. Ainsi , pour avertir de Vinondation et du besoin de s'en préserver, l'on avait peint une nacelle, le navire Ârgo; pour ligner le vent, l'on avait peint une atk d'oiseau; pour spécifier la saison, le moif , l'on avait peint Voiseau depassage, Vinsecte, V animal qui apparaissait à cette époque; pour exprimer Vhiver, on peignit un porc^ on serpent, qui se plaisent dans les Heux humides; et la réiinion de ces figures avait des sens convenus de phrases et de mots. Mais comme ce sens ne portait par lui-mêiiie rien de Axe et de précis; comme le nombre de ces figures et de leurs combinaisons de> vint excessif, et surchargea la mémoire , il en résulta^ d'aboTd des confusions, des explications feusses.. Ensuite le génie ayant inventé i*art plus simple d^appliquer les signes aux sons, dont le nombre est limité , et de peindre la parole au lieu des pensées , 1'^ criture alphabétique fit tomber en désuétude les.
LES RUINES
peinkires hiérogiyphiqu€s;el de jour en jour leurs significations oubliées donnèrent iieu à une foule d'illusions, d'équivoques et d'erreurs.
« Enfin une troisième cause de confusion fut l'organisation civile des anciens États. En effet, lorsque les peuples commencèrent de se livrer à l'agriculture, là formation du calendrier rural exigeant des observations astronomiques continues, il fut nécessaire d'y préposer quelques individus chargés de veiller à Tapparition et au coucher de certaines étoiles; d'avertir du retour de l'inondation , de certains vents, de l'époque des pluies , du temps propre à semer chaque espèce de grain : ces hommes , à raison de leur service, furent dispensés des travaux vulgaires, et la société pourvut à leur entretien. Dans cette position, uniquement occupés de l'observation, ils ne tardèrent pas de saisir les grands phénomènes de la nature, de pénétrer même le secret de plusieurs de ses op^ations : ils connurent la marche des astres et des planètes; le concours de leurs phases et de leurs retours avec les productions de la terre et le mouvement de la végétation ; les propriétés médicinales ou nourrissantes des fruits et des plantes; le jeu des éléments et leurs affinités réciproques. Or, parce qu'il n'existait de moyens de communiquer ces connaissances que par lesoinpéniblede l'instruction orale, ils ne les transmettaient qu'à leurs amis et à leurs parents; et il en résulta une concentration de toute science et de toute instruction dans quelques familles, qui s'en arrogeant le privilège exclusif, prirent un esprit de C077)5 et d'isolement funeste à la chose publique. Par cette succession continue des mêmes recherches et des mêmes travaux , le progrès des connaissances filt à la vérité plus hâtif; mais par le mystère qui l'accompagnait, le peuple, plongé de jour en jour dans de plus épaisses ténèbres, devint plus superstitieux et plus asservi. Voyant des mortels produire certains phénomènes, annoncer, comme.à volonté , des éclipses et des comètes , guérir des maladies, manier des serpents, il les crut en communication avec les puissances célestes; et pour obtenir les biens ou repousser les maux qu'il en attendait, il les prit pour ses médiateurs et sesinterpré" tes; et il s'établit au sein des États des corporations sacrilèges d'hommes hypocrites et trompeurs, qui attirèrent à eux tous les pouvoirs ; et lesprétres, à la fois astronomes, théologues, physiciens, médecins, magiciens, interprêtes des diettx, oracles des peuples, rivaux des rois, ou leurs complices, établirent sous le nom de religion, un empire de mystère et un monopole d'instruction, qui ont perdu jusqu'à ce jour les nations »
A ces mots, les prêtres de tous les groupes in-
terrompirent l'orateur ; et jetant de grands cris , ils l'accusèrent d'impiété, d'irréligion , de blasphème, et voulurent l'empédier de continuer : mais le législateur ayant observé que ce n'était qu'une exposition défaits historiques; que si ces faits étaient faux ou controuvés, il serait aisé de les démentir; que jusque-là l'énoncé de toute opinion était libre, sans quoi il était impossible de découvrir la vérité, l'orateur reprit :
« Or, de toutes ces causes et de l'association continuelle d'idées disparates, résultèrent une foule de désordres dans la théologie, dans la morale, dans les traditions; et d'abord, parce que les animaux figurèrent les oestres, il arriva que les qualités des brutes, leurs penchants, leurs sympathies, leurs aversions passèrent aux dieux, et furent supposés être leurs actions : ainsi le dieu ichneunum. fit la guerre au dieu crocodile, le dieu Un^ voulut munger le dieu mouton, le dieu ilHs dévora le' dieu serpent; et la Divinité devint un être bizarre, capricieux, féroce, dont l'idée dérégla le jugement de l'homme, et corrompit sa morale avec sa raison.
a Et parce que, dans l'esprit de leur culte, chaque famille, chaque nation avait pris pour patron spécial un astre, une constellation, les affections et les antipathies de Vanimal - symbole passèrent à ses sectateurs; et les partisans du dieu chien furent ennemis de ceux du dieu Unq); les adorateurs du dieu bcRitf ement en horreur ceux qui le mangeaient ; et la religion devint un mobile de haines et de combats, une cause insensée de délire et de superstition.
« D'autre part, les noms des astres-animaux ayant , par cette mêmCvraison de patronage , été imposés à des peuples , à des pays , à des montagnes , à des fleuves, ces objets furent pris pour des dieux, et il en résulta un mélange d'êtres géographiques, historiques et mythologiques , qui confondit toutes les traditions.
« Enfin , par l'analogie des actions qu'on leur supposa , les dieux^stres ayant été pris pour des hommes, pour des héros, pour des rois, les rois et les héros prirent à leur tour les actions des dieux pour modèles, et devinrent par imitation guerriers, conquérants , sanguinaires , orgueilleux , lubriques , pa- •resseux; et la religion consacra les crimes des d^ potes , et pervertit les principes des gouvernements.
S IV. Qoatrième système. Culte des deux principes, oa dualisme.
« Cependant les prêtres astronomes , dans l'abondance et la paix de leurs temples, firent de jour en jour de nouveaux progrès dans les sciences; et
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le système du monde s'étant développé graduellement à leurs yeux , ils élevèrent successivement diverses hypoàièses de ses effets et de ses agents y qui devinrent autant de systèmes théotogiques.
« Et d'abord les navigations des peuples maritimes et les caravanes des nomades d'Asie et d'Afrique leur ayant fait connaître la terre depuis les iles Fortunées jusqu'à la Sérique,et depuis la Baltique jusqu'aux sources du Nil, la comparaison des phénomènes de diverses zones leur découvrit la rondeur du globe , et fit naître une nouvelle théorie. Ayant remarqué que toutes les opérations de la nature, dans la période annuelle, se résumaient en deux principales, celle àe produire et celle de détnàre; que , sur la majeure partie du globe , chacune de ces opérations s'accomplissait également de Pun à l'autre équinoxe; c'est-à-dire que pendant les six mois d'été tout st procréait, se multipliait , et que pendant les six mois d'hiver tout languissait, était presque mort, ils supposèrent dans la natube des puissances contraires en un état continuel de lutte et d'effort; et considérant sous ce rapport la sphère céleste, ils divisèrent les tableaux qu'ils en figuraient en àexkxmoitUs on hémisp/iéres tels , que les constellations qui se trouvaient dans le ciel d*été formèrent un empire direct et supérieur, et celles qui se trouvaient dans le ciel d'hxoet formèrent un empire <mt^)ode et inférieur. Or, de ce que les constellations d'été accompagnaient la saison des jours longs , brillants et chauds , ainsi que des fruits et des moissons , elles furent censées des puissances de Iwmiére, de fécondité, de création, et par transition du sens physique au moral, des génies, des anges de science, de bienfaisance, dt pureté et de vertu ; et de ce que les constellations d'hiver se liaient aux longues nuits , aux brumes polaires , elles furent des génies de ténèbres, de destruction, de mxyrt, et par transition, des anges d'ignorance, de méchanceté, de péché et de vice. Par une telle disposition , le eid se trouva partagé en deux domaines, en deux factions : et déjà l'analogie des idées humaines ouvrait une vaste carrière aux écarts de l'imagination ; mais une circonstance particulière détermina, si même elle n'occasionna, la méprise et l'illusion. ( Suivez la planche. )
« Dans la projection de la sphère céleste que traçaient les prêtres astronomes, le zodiaque et les constellations, disposés drculairement, présentaient loirs moitiés en opposition diamétrale, Thémîsphère d'hiver, antipode à celui d'été, lui était adverse, contraire, opposé. Par la métaphore perpétuelle, ces mots passèrent au sens moral; et les anges, les génies adverses devinrent des révoltés.
des ennemis. Dès lors toute l'histoire astronomique des constellations se changea en histoire politique; le ciel fut un État humain où tout se passa ainsi que sur la terre. Or, comme les États, la plupart despotiques , avaient leur monarque, et que déjà le soleil en était un appâtent des cieux , Vhémisphère d'été, empire de lumière et ses constellatUms, peuple d'anges blancs, eurent pour roi un dieu éclairé, intelligent, créateur et bon. Et comme toute faction rebelle doit avoir son chef, le ciel d'hiver, empire souterrain de ténèbres et de tristesse, et ses astres, peuple d'anges noirs, géants ou démons, eurent pour chef un génie malfaisant, dont le rôle fut attribué à la constellation la plus remarquée par chaque peuple. En Egypte, ce fut d'abord le scoipion, premier signe zodiacal après la balance, et longtemj)s chef des signes de l'hiver; puis ce fut Vours, ou Vâne polaire, appelé Typhon, c'est-à-dire déluge, à raison des pluies qui inondent la terre pendant que cet astre domine. Dans la Perse, en un temps postérieur, ce fut le serpent qui, sous le nom dJhHmânes, forma la base du système de Zoroastre; et c'est lui, ô chrétiens et juifs! qui est devenu votre serpent d'Eve (la vierge céleste) et celui de la croix, dans les deux cas, emblème de Satan, V ennemi, le grand adversaire de V ancien des jours, chanté par Daniel.
« Dans la Syrie, ce fut \eporc ou le sanglier ennemi d Adonis, parce que dans cette contrée le rôle de Vours boréal fut rempli par l'animal dont les inclinations/an^et^e^ sont emblématiques deVhivei*; et voilà pourquoi, enfants de Moïse et de Mahomet ! vous l'avez pris en horreur, à l'imitation des prêtres de Memphis et de Baalbeh, qui détestaient en lui le meurtrier de leur dieu soleil. C'est aussi le type premier de votre Chib-en, ô Indiens! lequel fut jadis le Pluton de vos frères les Romains et les Grecs : ainsi que votre Brahma, ce dieu créateur n'est que VOrmuzd persan et VOsiris égyptien, dont le nom même exprime un pouvoir créateur, producteur de formes. Et ces dieux reçurent un culte analogue à leurs attributs vrais ou feints, lequel, à raison de leur différence, se partagea en deux branches diverses. Dans l'une, le dieu bon reçut le culte d amour et de joie, d'où dérivent tous les actes religieux du genre gai, les fêtes, les danses, les festins, les offrandes de fleurs, de lait , de miel , de parfums , en un mot , de tout ce qui flatte les sens et l'âme. Dans l'autre, le dieu mauvais reçut , au contraire, un culte de crainte et de douleur, d'où dérivent tous les actes religieux du genre triste, les pleurs, la désolation, le deuil.
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les privations , les offrandes sanglantes et les sacrifices cruels.
« De là vient encore ce partage des êtres terrestres en purs ou impurs, en sacrés ou abominables, selon que leurs espèces se trouvèrent du nombredes constellations de Tun des deux dieux , et firent partie de leur domaine : ce qui produisit d'une part les superstitions de souillures et de purifications, et de Fautre les ^rélenduesvertus efficaces des amulettes et des toRsmans,
« Vous concevez maintenant, continua Forateur en s'adressant aux Indiens, aux Perses, aux juifis, aux chrétiens, aux musulmans; vous concevez J'origine de ces idées de combats, de rébellions, qui remplissent également vos mythologies. Vous voyez ce que signifient les anges blancs et les anges noirs, les chérubins et les séraphins à la tête d'aigle, de lion ou de taureau; les deûs, diables ou démons à cornes de bouc, à queue de serpent; les trônes et les dominations rangés en sq)t ordres ou gradations comme les s^t sphères des planètes; tous êtres jouant les mêmes rôles , ayant les mêmes at-^ tributs dans les rédas, les Bibles ou le Zendavesta, soit qu'ils aient pour chef Ormuzd ou Brahma, Tgphon ou Chiven, Michel ou Satan; soit qu'ils se présentent sous la forme de géants à cent bras et à pieds de serpent, ou de dieux métamorphosés en Uans, en ibis, en taureaux, en chats, comme dans les contes sacrés des Grecs et des Égyptiens; vous apercevez la filiation successive de ces idées, et comment, à mesure qu*elles se sont éloignées de" leurs sources, et que les esprits se sont policés, ils en ont adouci les formes grossières pour les rapprocher d'un état moins choquant.
« Or, de même que le système àe^ditoxprincipes, ou éUeux opposés, naquit de celui des symboles, entrés tous dans sa contexture , de même vous allez voir naître de lui un système nouveau, auquel il servit à son tour de base et d'échelon. »
g y. Culte mystlqae et moral , oo système de raotre monde.
« En effet, alors que le vulgaire entendît parler d*fm nouveau ciel et d'un autre monde , il donna bientôt un corps à ces fictions; il y plaça un théâtre solide, des scènes réelles; et les notions géographiques et astronomiques vinrent fiivoriser, si oiénie elles ne provoquèrent cette illusion.
« D'une part, les navigateurs phéniciens, ceux qui passant les colonnes d'Hercule, allaient chercher rétaio de Thulé et l'ambre de la Baltique, racontaient qu'à l'extrémité du monde, au bout de rOoéao ( la Méditerranée ), où le soleil se couche
pour les contrées asiatiques, étaient des Uesforhênées, séjour d'un printemps éternel, et plus loin des régions hyperboréennes placées sous terre { relativement aux tropiques), où régnait une éternelle nuit '. Sur ces récits mal compris, et sans doute confusément faits, l'imagination du peuple composa les champs Èlysées >, Ueux de délices placés dans un monde inférieur, ayant leur ciel , leur soleil , leurs astres, et le Tartare, lieu de Éénèbres, d'humidité, de fange, de frimas. Or, parce que l'homme, curieux de tout ce qu'il ignore et avide d'une longue existence, s'était déjà interro'^é sur ce qu'il devenait après sa mort, parce qu'il avait de bonne heure raisonné sur \tpriictpe de vie qui anime son corps, qui s'en sépare sans le déformer, et qu'il avait imaginé les substances déliées , les/antômes, les ombres, il aima à croire qu'il continuerait, dans le monde souterrain, cette vie qu'il lai coûtait trop de perdre; et les lieux infernaux furent un emplacement commode pour recevoir les objets chéris auxquels il ne pouvait renoncer.
« D'autre part , les prêtres astrologues et physiciens faisaient de leurs eieux des récits, et ils en traçaient des tableaux qui s'encadraient parfoitement dans ces fictions. Ayant appelé , dans leur langage métaphorique, les équinoxes et les solsHces, les portes des deux ou entrées des saisons, ils expliquaient les phénomènes terrestres en disant « que par la porte de corne (d'abord le taureau , puis le bélier ) et par celle du cancer, descendaient ksfeux vivifiants qui animent au printemps la Tégétation , et les esprits aqueux qui causent au solstice le débordement du Nil ; que par la porte d'feotre (la balance, et auparavant l'arc ou sagittaire) et par celle du capricorne ou de Vume, s'en retournaient à leur source ^ remontaient à leur origine les émanations ou i/^kiences des cieux ; » et la vme lactée, qui passait par o&s portes des solstices , leur semblait placée là exprès pour leur servir de route et de véhicule; de plus, dans leur atlas, la scène céleste présentait un fleuve ( le Nil , figuré par les plis de V hydre) ^ une barque (le navire Argo ) et le chien SUius, tous deux relatif à ^fleuve y dont ils présageaient Vinonàation, Ces circonstances, associées aux premières et y ajoutant des détails , en augmentèrent les vraisemblances ; et pour arriver au Tartare ou à V Elysée, il fallut que les âmes traversassent les fleuves ùxiStyx eXAtVAchéron dans la nacelle du nocher Coron, et qu'elles passassent par les portes de corne ou d'ivoire, que gardait le chien Cerbère, Enfin un usage civil se joignit à
* Les nuits de six mois.
'ÂUs, eDpliénicieDOuhébno,«isnUiedaiii«iitetjc7«Q&
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Umtas ces fictions, el acheva de leurdonner delà consistance.
« Ayant remaitiué que dans leur climat brAlant la putréfiictloii des cadavres était mi levain de peste et de maladies, les habitants de FËgypte avaient «. dans plusieurs ' États, institué l'usage d'inhnraer les morU hors de la terre habitée, dans le désert qui est an cmicharU. Pour j arriver, il fallait passer les canaux du fleuve, et par conséquent être reçu dans une barquey payer un safaire an nocher, sans quoi le corps privé de sépulture eût été la proie des bétes féroces. Cette coutome inqnra aux législateurs civils et religieux un moyen puissant d'influer sur les mœurs; et saisissant par la piété iliale et par le respect pour les morts, des hommes grossiers et féroces, ils établirent jxrar condition nécessaire, dVoir subi un jugement préalable qui décidât si le mort mé* ritait d'être admis au rang de sa famille dans la ntrire eUé. Une telle idée s*adaptait trop bien à toutes les autres pour ne pas s'y incorporer; le peuple ne tarda pas de l'y associer, et les enfers eurent \eax Mines et leur Rhadamanthe , avec la baguette, le siège, les huissiers et l'urne, comme dans rétat terrestre et civil. Alors la Divinité devint un être moral et politique, un législateur social d'autant phis redouté, que ce législateur suprême, ce juge final, fut inaccessible aux regards : alors ce monde fabuleux et mythologique , si bizarrement composé de membres épars, se trouva un Ben dt châtiment et de récompense, où lajtes- Hce divine fut censée corriger ce que celle des hommes eut de vicieux, d'erroné; et ce système spirituel et mystique acquit d'autant plus de crédit, qu'il s'empara de l'homme par tous ses penchants : le faible opprimé y trouva l'espoir d'une indemnité , la consolation d'une vengeance future; roppresseur comptant par de riches offrandes arriver toujours à l'impunité, se fit de l'erreur du vulgaire une arme de plus pour le subjuguer , et les diefs des peuples , les rois et les prêtres, y virent de nouveaux moyens de le maîtriser, par le privilège qu*ils se réservèrent de répartir les grâces ou les châtiments du grand juge, selon des délits ou des actions méritoires qu'ils caractérisèrent à leur gré.
« Voilà comment s'est introduit, dans le monde visible et réel, un monde invisible et imaginaire; voilà Torigine de ces lieux de délices et de peines dont vous, Perses! avez fait votre terre rajeunie, votre ville de résurrection placée sous Véquipleur, avec l'attribut singulier que les heureux n'y donneront point d^ombie. Voilà, juifs et chrétiens, disciples des Perses! d*oik sont venus votre
.^^msaiiras de l'Apocalypse, votre paradis, votre del, caractérisés par tous les détails du ciel astrologique d'Hermrà. Et vous, musuhnans! votre enfer, abtme souterrain, surmonté d'un pont; votre balance des dsnes et de leurs œuvres, votre jugement^ les anges Monkir et Nékir, .ont paiement pris leurs modèles dans les cérémonies mystérieuses de Vanire de MiOira; et votre ciel ne diffère en rien de celui d'Osiris, ^Ormmd et de Brahma.
8 TI. Sixième lyitime. Monde atrimé, on oolte de ranlTen flous (Uven emUèmet.
n Tandis qne les peuples s'égarèrent dans le labyrinthe ténébreux de la mythologie et des fobles, les prêtres physiciens poursuivant leurs études et leurs recherches sur l'ordre et la disposition de Vunivers, arrivèrent à de nouveaux résultats, et dressèsent de nouveaux systèmes de puissances et de causes motrices.
« Longtemps bornés aux simples apparences ils n'avaient vu dans les mouvements des astres qu'un jeu inconnu de corps lumineux, qu'ils croyaient rouler autour de la terre, point central de toutes les sphères; mais alors qu'ils eurent découvert la rondeur de notre planète , les conséquences de ce premier fiiit les conduisirent à des considérations nouvelles; et d'induction en induction , ils s'élevèrent aux plus hautes conceptions de l'astronomie et de la physique.
« En effet, ayant conçu cette idée lumineuse et simple, qne le ghbe terrestre est un petit cercle inscrit dans le cercle plus grand des deux, la théorie des cercles concentriques s'offrit d'elle-même à leur hypothèse, pour résoudre le cercle inconnu du globe terrestre par des' points connus du cercle céleste; et la mesure d'un ou de plusieurs degrés du méridien donna avec précision la circonférence totale. Alors saisissant pour compas le diamètre obtenu de la terre, un génie heureux l'ouvrit d'une main hardie sur les orbites immenses des cieux; et par un phénomène inouï, du grain de sable qu'à peine il couvrait, lliomme embrassant les distances infinies des astres, s'élança dans les abtmes de l'espace et de 'la durée : là se présenta à ses regards un nouvel ordre de Vtmivers; le globe atome qu'il habitait ne lui en parut plus le centre : ce rôle important fut déféré à la masse énorme du soleil; et cet astre devint le pivot enflammé de huit sphères environnantes , dont les mouvements furent désor* mais soumis à la précision du calcul.
« C'était déjà beaucoup pour l'esprit humain, d'avoir entrepris de résoudre la disposition et l'or'» dre des grands êtres de la n atuab; mais non con«
tent de ce premier effort, il voulut encore en résoudre le mécanisme, en deviner Vorigine et le principe moteur; et c'est là qu^engagés dans les profondeurs abstraites et métaphysiques du moW' vement et de sa cause première, des propriétés inhérentes ou communiquées de la matière, de ses formes successives, de son étendue, c'es^à-dire de Tespace et du temps sans bornes , les physiciens théologues se perdirent dans un chaos de raisonnements subtils et de controverses scolastiques.
« £t d*abord l'action du soleil sur les corps terrestres leur ayant fait regarder sa substance comme un feu pur et élémentaire, ils en firent le foyer et le réservoir d'un océan de fluide igné, lumineux^ qui , sous le nom û'éther, remplit l'univers et alimenta les êtres. Ensuite les analyses d'une pky^ signe savante leur ayant fait découvrir ce même feu, ou un autre parfaitement semblable, dans la composition de tous les corps, et s'étant aperçus qu'il était l'agent essentiel de ce mouvement spontané que Ton appelle vie dans les animaux et végétation dans les plantes, ils conçurent le jeu et le mécanisme de Vunivers comme celui d'un tout homogène, d'un corps identigue, dont les parties^ guoique distantes, avaient cependant une liaison intime; et le monde fut un être vivant, animé par la circulation organique d'un fluide igné ou même électrique, qui par un premier terme de comparaison pris dans V homme et les animaux , eut le soleil pour cœur ou foyer.
« Alors, parmi les philosophes théologues, les uns partant de ces principes, résultats de l'observation, « que rien ne s'anéantit dans le monde; que les éléments sont indestructibles; qu'ils changent de combinaisons, maistion de nature; que la vie et la mort des êtres ne sont que des modifications variées des mêmes atomes; que la matière possède par elle-même des propriétés d'où résultent toutes ses manières d'être; que le monde est étemel, sans bornes d'espace et de durée; » les uns dirent que Vunivers entier était Dieu; et selon eux, Dieuiut un être à la fois ejfet et cause, agentelpcUient, principe moteur et chose mue, ayant pour lois les propriétés invariables qui constituent la fatalité. Et ceux-là peignirent leur pensée tantôt par l'emblème de Pan (le GBAND TOUT) , OU dc JupÛer au front d'étoiles, au eorçs planétaire , aux pieds d'animaux, ou de Vœufofphique, dont le jaune, suspendu au milieu d'un liquide enceint d'une voûte, figura le globe du 5ofei/ nageant dans Véther au milieu de la voûte des cieux : tantôt par celui d'un grand serpent rond, figurant les cieux où ils plaçaient le premier mobile; par cette raison de couleur d'azur, parsemé de ta-
ches (Tor (les étoiles), dévorant sa queue, c'est-àdire, rentrant en lui-même et se ré7)/ia»^ éternellement comme les révolutions des sphères : tantôt par celui d'un homme ayant les pieds liés et joints, pour signifier V existence immuable; enveloppé d'un manteau de toutes les couleurs, comme le spectacle de la nature, et portant sur la tête une sphère d'or, emblème de la sphère des étoiles : ou par celui d'une autre homme quelquefois assis sur la fleur du lotos portée sur l'abîme des eaux , quelquefois couché sur une pile de douze carreaux, figurant les douze signescélestes. Et voilà, Indiens, Japonais, Siamois, Tibétains, Chinois! la théologie qui , fondée par les Égyptiens , s'est transmise et gardée chez vous dans les tableaux que vous tracez de Brahma, ùeBeddou, de Sommonacodom , d'OmUo : voilà même. Hébreux et chrétiens! Topinion dont vous avez conservé une parcelle dans votre Dieu, souffle porté sur les eaux, par une allusion au vent, qui à Vorigine du monde, c'est-àdire au départ des sphères du signe du cancer, annonçait l'inondation du NU, et semblait préparer la création.
8 Vn. SepUème système. Coite de Tame du monde , c*est4Hlire de rélément du feu, principe vital de l'oniTen.
. « Mais d'autres répugnant à cette idée d'im être à la fois effet et cause, agent et patient, et rassemblant en une même nature des natures contraires , distinguèrent le principe moteur de la chose mue; et posant que la matière était inerte en ellemême, ils prétendirent que ses propriétés lui étaient communiquées par un agent distinct, dont elle n'était que V enveloppe et le fourreau, Ôet agent pour les uns fut leprincipe igné, reconnu l'auteur de tout mouvement; pour les autres ce fut le fluide appelé éUier, cru plus actif et plus subtil : or, comme ils appelaient dans les animaux le principe vital et moteur, une àme, un esprit, et comme ils raisonnaient sans cesse par comparaison , surtout par celle de Vétre humain, ils donnèrent au principe moteur de tout l'univers le nom d'âme, d'intelligence, d'esprit; et Dieu fut VesprU vital qui , répandu dans tous les êtres, anima le vaste corps du monde. Et ceux-là peignirent leur pensée tantôt par Youpiter, essence du mouvement et de Vanimation, principe de Vexistence, ou plutôt V existence elle-même ; tantôt par rulcain ou Phtha, feu-principe et élémentaire, ou par l'autel dc Festa, placé centralement dans son temple, comme le soleil dans les sphères; et tantôt par Kneph, être humain vêtu de bleu foncé, ayant en main un sceptre et une cein/iiTf (lezodiaque),coi£féd'unbonnet depkanes.
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Gl
poor exprimer la JugneUé de sa pensée, et produisant de sa fooache le grand ceuf.
« Or Y par une conséquence de ce système, cha* que être contenant en soi une portion du fluide igné ou éihérten, moteur universel et commun; et ce fluide âme du monde étant la divinité, il s'ensttîTît que les âmes de tous les êtres furent une portion de Dieu même, participant à tous ses attributs, c'est-à-dire, étant une substance indivisible, simple, immortelle; et de là tout le système de VimmoriaUté de Tâme, qui d'abord fut éternité . De là aussi ses transmigratiàns connues sous le nom de mélemptycose , c'est-à-dire, de passage du prinâpe vital d'un corps à un autre; idée née de la transmigration véritable des éléments matériels. Et Toilà, Indiens, boudistes, chrétiens, musulmans! d'où dérivent toutes vos opinions sur la spiritualité de Fâme : voilà quelle fut la source des rêveries de Pythagore et de Platon, vos instituteurs , qui eux-mêmes ne furent que les échos d'une dernière secte de philosophes visionnaires qu'il faut développer.
% Ym. Hoittème lystème. MoNDE-MACHn s miourgos ou Gnuid Ouvrier.
; culte du Dé-
« Jusque-là les théologiens, en s'exerçant sur les substances déUées et subtiles de Véiher et du feu-principe, n'avaient cependant pas cessé de traiter d'êtres palpables et perceptibles aux sens,* et la théologie avait continué d'être la théorie des puissances physiques, placées tantôt spécialement dans les astres, tantêt disséminées dans tout l'univers; mais à cette époque, des esprits superficiels perdant le fil des idées qui avaient dirigé ces études profondes, ou ignorant les faits qui leur servaient de base, en dénaturèrent tous les résultats par rintroduction d'une chimère étrange et nouvelle. Ils prétendirent que cet univers, ces cieux, ces astres, ce soleil, n'étaient qu'une machine d'un genre ordinaire ; et à cette première hypothèse appliquant une comparaison tirée des ouvrages de Vart, ils élevèrent l'édifice des sophismes les plus bizarres. « Une machine, dirent-ils, ne se fabrique point elle-même : elle a un ouvrier antérieur, elle l'indique par son existence. Le monde est une machine : donc il existe un fiaibricateur. »
« De là le démUntrgos ou grand ouvrier, constitué êbrirdté autocratrice et suprême. Vainement Pancienne philosophie objecta que Vouvrier même avait besoin àe parents et d'auteurs, et que l'on ne faisait qu'ajouter un échelon en étant l'éternité ao monde pour la lui donner. Les innovateurs, non contents de ce premier paradoxe, passèrent à un
second; et appliquant à leur ouvrier la théorie de Ventendement humain, ils prétendirent que le démiourgos avait fabriqué sa machine sur un plan ou idée résidant en son entendement. Or, comme leurs maîtres, les physiciens , avaient placé dans la sphère des fixes le grand mobile régulateur, sous le nom d'intelligence, de raisonnement, les spiritua^ Ustes, leurs màmes, s'emparant de cet être, l'attribuèrent au démiourgos, en en faisant une substance distincte, existante par elle-même, qu'ils
appelèrent mefw ou ^os(j9aro/^ et roifonn^men/). Et comme d'ailleurs ils admettaient l'existence de Vâme du monde, ou pHnc^ solaire, ils se trouvèrent obligés de composer trois grades ou échelons de personnes divines, qui furent, !• le démiourgos ou diéu-ouvrier ; T" le logos, parole et raisonnement; et 3» V esprit ou Vdme ( du monde ). Et voilà, chrétiens! le roman sur lequel vous avez fondé votre Trinité; voilà le système qui, né hérétique dans les temples égyptiens, transporté païen dans les écoles de l'Italie et de la Grèce , se trouve aujourd'hui catholique orthodoxe par la conversion de ses partisans, les disciples de Pythagore et de Platon devenus chrétiens.
« Et c'est ainsi que la Divinité, après avoir été dans son origine Vactûm sensible, multiple, des météores et des éléments;
« Puis Xdi puissance combinée des <istres considérés sous leurs rapports avec les êtres terrestres;
ft Puis ces êtres terrestres eux-mêmes par la confusion des symboles avec leurs modèles;
« Puis la double puissance de la nature dans ses deux opérations principales de production et de destruction; •
« Puis le monde animé sans distinction d'agetit et de patient, ^ effet et de cause;
« Puis le prineipe solaire ou Vêtement du feu reconnu pour motewr unique ;
« C'est ainsi que la Divinité est devenue, en dernier résultat, un être chimérique et abstrait; une subtilité scclastique de substance sans/orm^, de corps sans figure; un vrai délire de l'esprit, auquel la raison n'a plus rien compris. Mais vainement dans ce dernier passage veut-elle se dérober aux sens : le cachet de son origine lui demeure ine£6açablement empreint; et ses attributs, tous calqués, ou sur les attributs physiques de Vunivers, tels que YimmensUé, Vétemité, Yindivisibilité , Tmcompréhensibilité; ou sur les affections morales de l'homme, telles que la bonté, la justice, la majesté, etc.; ses noms mêmes, tous dérivés des êtres physiques qui lui ont servi de types, et spécialement du soleU, des planètes et du monde ,
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retracent incessamment, en dépit de ses corrapteurs, les traits indélébiles de sa Yiéritable nature.
« Telle est la chaîne des idées que l'esprit humaita avait déjà parcoonie à une époque antérieure aux récits positifs de l'histoire; et puisque leur contîmiité proure qu'elles ont été le produit d'une même série d'études et de travaux , tout engage à en pla* cer le théâtre dans le berceau de leurs éléments primitife, dans V Egypte : et leur marche j put être rapide, parce que la curiosité oiseuse des prêtres physiciens n'avait pour aliment , dans la retraite des temples , que Vémigme toujours présente de VurUvers; et que, dans la division politique qui longtemps partagea cette contrée, chaque État eut son collège de prêtres, lesquels tour à tour auxiliaires ou rivaux, hâtèrent par leurs disputes les progrès des sciences et des découvertes.
« Et déjà il était arrivé sur les bords du Nil ce qui depuis s'est répété ^r toute la terre. A mesure que chaque 8]rstème s'était formé, îl avait suscité dans sa nouveauté des querelles et des schismes; puis accrédité par la persécution même , tantôt il avait détruit les idoles antérieures, tantôt il se les était incorporées en les modifiant : et les révolutions politiques étant survenues, l'agrégation des États et le mélange des peuples confondirent toutes les opinions ; et le fil des idées s'étant perdu , la théologie tomba dans le chaos, et ne fut phis qu'un logogriphe de vieifles traditions, qui ne furent plus comprises. La rdigion, égarée d'objet, ne fut plus qu'un moyen politique de conduire un vulgaire crédule, dont s'emparèrent tantôt des hommes crédules eux-mêmes et dupes de leurs propres visions, et tantôt des hommes hardis et d'une âme énergique, qui se proposèrent de grands objets d'ambition.
8 a. BeUgk» de Moïse, ou coite de rime da monde (Touplter).
« Tel fut le législateur des Hébreux, qui voulant^séparer sa nation de toute autre , et se former un empire isolé et distinct, conçut le dessein d'en asseoir les bases sur les préjugés religieux , et d'élever autour de lui un rempart sacré d'opinions et de rites. Mais vainement proscrit-il le culte des «yntboies régnant dans la basse Egypte et la Phénicie; son Dieu n'en fut pas moins. un dieu égypHen de l'invention de ces prêtres^ont Moïse avait été le disciple; et Yahouh, àécSé par son |»ropre nom, Vessenee ( des êtres ), et par son symbole, le 6»jtâon de feu, n'est que Vàme du numde, le principe mûteur que, peu après, la Grèce adopta sous la même dénomination dans son Yaïq^Uer, être générateur, et sous celle ù*Êi, VexUienee; que les
Thébains consacraient sous le nom de Kneph; que Sais adorait sous l'emblèmed'isis voilée, avec cette inscription : Je suis tout ce qui a été, tout ce qui est, tout ce qui sera, et nul mortein'a levé mon voile; quePythagorehonoraitsous lenomde y'esta, et que la philosophie stoïcienne définissait avec précision en l'appelant le principe du feu. Moïse voulut en vain effacer de sa religioii tout ce qui rappelait le culte des astres : une foule de traits restèrent malgré hii pour le retracer ; et les sept toiîëres ou planètes du grand chandelier, les douze pierres GVLsignesde l'tirimdu grsmd prêtre, la fête desdeux équinoxes , ouvertures ^portes de deux hémisphères, la cérémonie de Vagneau ou bétier céleste; enfin le nom û!Osiris même conservédans son canr Hque, et Yarche ou cofifre indté du tombeau où œ dieu fo t enfermé , demeurent pour servir de témoins à la filiation de ses idées tX à leur extraction de la source commune.
S X. Religioa de Zoroastre.
« Tel fut aussi Zoroastre , qui , deux siècles après Moïse, rajeunit et moralisa chez les Médes et les Btu:triens tout le système égyptien û*Osiris et de 7^phon^ sous le nom é'Chrmuzd et d'Ahrimanes; qui pour expliquer lesystèmede la nature , supposadeux grands di^ ou pouvoirs, l'un occupé à créer , à produire, dans un empire de lumière et de douce chaleur ( dont le type est Pété ), et par Cila die» de science, de bieftfaisanee, de vertu; l'autre occupé à détruire dans un empire de ténèbres tléb froid ( dont le type est le pôle d'hiver ), et par cela dieu d'ignorance, de malfcUsance et de péché; qui |>ar des expressions figurées, ensuite méconnues, appela création du monde le renouvellement de la scèae physique à chaque printemps; appela résurrection le renouvellement des périodes des astres dans leurs conjonctions; vi€ fâmre, enfer, paradis, ce qui n'était que le Tàrtare et VÉlgsée des astrologues et des géographes; en un mot, qui ne fit que eonsacrer les rêveries déjà existantes du système oqrstique.
§ XI. Brahmisme, oa système Indien.
« Tel encore fut le législateur indien qui , sous le nom de Ménou, antérieur à Zoroastre et à Moïse , consacra, sur les bords du Gange, la doctrine des trois prific^ ou dieux que connut la Grèee, l'ua desquds, nommé Brahma ou YoupUer, fîit l'aotenr de toute production ou création ( le soleil du printemps ) ; le second , nommé Chiven ou PkUon, fut le dieu de toute destruction ( le soleil d'hiver ) ; et le troisième, nommé yichenou ou Neptune^ fui
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lediea eonserwiieur de l'état statioanaire ( le soleil solslidal, sUUor ), tous trois distincts, et cependant toos trois ne fonnant qu'un seul iUeu ou pouvoir , lequel, chanté dans les ridas comme dans les hymnes orphiques, n'est autre chose que le Yot^pUer aux trois yeux s ou soleil aux trois formes d'action, dans les trois rUous ou saisons : là vous avez la source de tout le système trinUaire subtilisé par Pytfaagore et Platon , totalement défiguré par leurs interprètes.
flzn.
, on systèmes niystiqQfls*
« Teb enfin i^nt été les réformattors moralistes révérés depuis Ménou , sous les noms de Boudah, Gaspa, Chekia, Goutama, etc. qui des principes de la métempsycose, diversement modifiés , ont déduit des doctrines mystiques d*abord utiles en ce qu'elles in^iraient à leurs sectateurs Yhorreur du meurtre, \si compassion pour tout être sensible, la cramie des peines et V espoir des récompenses destinées à la vertu et au vice, dans une autre vie, sous une forme nouvelle; mais ensuite dçvenues pernicieuses par Tabusd'une métaphysique visionnaire, qui prenant à tâche de contrarier l'ordre naturel , voulut que le monde partie et matériel fût une illusion faniastiquei que l'existence de l'homme fût «n rêve dont la mort était le vrai réveil; que son corps fût une prison impure dont il devait se hâter de sortir, ou une enveloppe grossière que pour rendre perméable à la lumière interne, il devait a^ ténuer, diaphaniser par le jeûne, les macérations, les contemplations, et par une foule de pratiques anacfaorétiques si étranges, que le vulgaire étonné ne put s'expliquer le caractère de leurs auteurs qu*en les considérant comme des êtres surnaturels, avec cette difficulté de savoir s'ils furent Dieu devenu homme, ou Vhomme devenu Dieu.
« Voilà les matériaux qui , depuis des siècles nombreux, existaient épars dans l'Asie, quand un concours fortuit d'événements et de circonstances Tînt, sur les bords de l'Euphrate et de la Méditerranée, en former de nouvelles combinaisons.
g XHL caulsttaiiisDe» oa culte aUégoriqae du soleil, sous ses noois cabalistiqiies de Ckris-en oa Chritt, et d'IémistmJétiiê.
• En constituant un peuple séparé, Moïse avait vaineinent prétendu le défendre de l'invasion de toute idée étrangère : un penchant invincible, fondé sur lesaffinitésd'une même origine , avait sans cesse ranoené les Hébreux vers le culte des nations voisines; et les relations indispensables du conunerce
* OEO et sdefl s'expriment par on même mot dans la pla- Wtfl des «Mknnci laogiies d*Asle.
et de la politique qu'il entretenait avec elles, en avaient de jour en jour fortifié l'ascendant. Tant que le régime national se maintint, la force coercitivedu gouvernement et des lois, en s'opposant aux innovations retarda leur marche; et cependant les hauts lieux étaient pleins d'idoles, et le dieu soleil avait son char et ses chevaux peints dans les palais des rois et jusque dans le temple d* Yahouh; mais lorsque les conquêtes des sultans de Nmive et de Babylone eurent dissous le lien de la puissance publique, le peuple, livré à lui-même, et sollicité par ses conquérants, ne contraignit plus son penchant pour les opinions profanes, et elles s'établirent publiquement en Judée. D'abord les colonies assyriennes, transportées à la place des tribus, ren»purent le royaume de Samarie des dogmes des mages, qui bientôt pénétrèrent dans le royaume de Juda; ensuite Jérusalem ayant été subjuguée, les Égyptiens, ksSyriens, les JreUfes, accourus dans ce pays ouvert, y apportèrent de toutes parts les leurs , et la religion de Moïse fut déjà doublement altérée. D'autre part, les prêtres et les grands transportés à Babylone et élevés dans les sciences des Kaldéens , s'tmburent, pendant un séjour de cinquante ans, de toute leur théologie; et de ce moment se naturalisèrent chez les Jui£i les dogmes du génie eitJiemt (Satan), de Varchange Michd,àt YawHen des jours (Qrmuzd) , des anges rebettes, du combat des deux, de l'dme immortette, et de la résurrection; toutes choses istconnues à MùUe, ou condamnées par le silél^e même qu*îl en avait gardé.
« De retour dans leur patrie, les émigrés y rapportèrent ces idées; et d'abord leur innovation y suscita les disputes de leurs partisans les pharisiens, et de leurs opposants les saâucéens, représentants de l'ancien culte national. Mais les premiers, secondés du penchant du peuple et de ses habitudes déjà contractées, appuyés de l'autorité des Perses, leurs libérateurs et leurs maîtres, terminèrent par prendre l'ascendant sur les seconds, et les enfants de Moïse consacrèrent la théologie de Zoroastre.
« Une analogie fortuite entre deux idées princf> pales favorisa surtout cette coalition , et devint la base d'un dernier système, non moins étonnant dans sa fortune que dans les causes de sa formation.
« Depuis que les Assyriens avaient détruit le royaume de Samarie, des esprits judicieux, pré« poyantisi même destinée pour /^nifo/^, n'avaient cessé de Vannoneer, de la/iréeftre ; et leanprédiC' lions avaient toutes eu ce caractère particulier,
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d'être terminées par des vosux de rétablissement et de régénération, énoncés sous la forme de prophéties : les hiérophantes, dans leur enthousiasme, avaient peint un roi libérateur qui devait rétablir la nation dans son ancienne gloire; le peuple hébreu devait redevenir un pétale puissant, conquérant, et Jérusalem la capitale d'un empire étendu sur tout l'univers.
« Les événements ayant réalisé la première partie de ces prédictions, la ruine de Jérusalem, le peuple attacha à la seconde une croyance d'autant plus entière, qu'il tomba dans le malheur; et les Juifs affligés attendirent avec l'impatience du besoin et du désir, le roi victorieux et Ubérateur qui devait venir sauver la nationde Moïse et relever l'empire de David,
« D'autre part , les traditions sacrées et mythologiques des temps antérieurs avaient répandu dans toute l'Asie un dogme parfaitement analogue. On n'y parlait que d'un grand médiateur, d'un Juge final, d'un sauveur Jutur , qui, roi, cÛeu conquérant et législateur, devait ramener Vàge d*or sur ' la terre, la délivrer deVempire du mal, et rendre auK hommes le règne du bien, \2i paix elle bonheur. Ces idées occupaient d'autant plus les peuples, qu'ils y trouvaient des consolations de l'état funeste et des maux réels où les avaient plongés les dévastations successives des conquêtes et des conquérants, et le barbare despotisme de leurs gouvernements. Cette conformité entre les oracles des nations et ceux des prophètes, exeità l'attention des Juifs; et sans doute les prophètes avaient eu l'art de calquer leurs tableaux sur le style et le génie des livres sa- . crés employés aux mystères païens : c'était donc en Judée une attente générale que celle du grand envoyé, du sauveur final, lorsqu'une circonstance singulière vint déterminer l'époque de sa venue.
« U était écrit dans les livres sacrés des Perses et des Kaldéens, que le monde, composé d'une révolution totale de douze mille, était partagé en deux révolutions partielles, dont l'une, âge et règne du bien, se terminait an bout de six mille, et l'autre, âge et règne du mtU, se terminait au bout de six autres mille,
• Farces récits, les premiers auteurs avaient entendu la révolution annuelle du grand orbe ce" leste, appelé le monde (révolution composée de douze mois ou signes, divisés chacun en mille parties); et les deux périodes systématiques de l'Aiver et de Vété, composées chacune également de six mille. Ces expressions, toutes équivoques, ayant été mal expliquées, et ayant reçu un sens absolu et moral, au lieu de l&xraeoBphysiqueetastrologiqHe,
il arriva que le monde annuel fut pris pourun monde séculaire, les mille de temps pour des mille d'années; et supposant, d'après les faits, que l'on vivait dans Xàge du malheur, on en inféra qu'il devait finir au bout des six mille ans prétendus.
« Or, dans les calculs admis par les Juifis, on commençait à compter près de six mille ans depuis la création (fictive) du monde. Cette coïncidence produisit de la fermentation dans les esprits. On ne s'occupa plus que d'une un prochaine; on interrogea les hiérophantes et leurs livres mystiques, qui en assignèrent divers termes; on attendit le réparateur; à force d'en parler, quelqu'un dit l'avoir vu , ou même un individu exalté crut l'être et se fit des partisans, lesquels, privés de leur chef par un incident vrai sans doute, mais passé obscurément, donnèrent lieu par leurs récits à line rumeur graduellement organisée en histoire : sur ce premier canevas établi, toutes les drconstancesdes fracUtlons mythologiques vinrent bientôt se placer , et il en résulta un système authentique et complet, dont il ne fat plus permis de douter.
« Elles portaient, ces traditions mythologiques : « Que dans Yorigine une femme et un homme « avaient, par leur chute, introduit dcms le monde « le mal elle péché. » {Suivez la pi. III.)
« Et par là elles indiquaient le fait astronomique de la vierge céleste et de Vhomme bomHer (Bootes), qui, en se couchant héliaquement à Véquinoxe d'automne, livraient le ciel aux 'constellations de V hiver, et semblaient, en tombant sous l'horizon , introduire dans le monde le génie du mal, Jhrimanes, figuré par la constellation du serpent.
« Elles portaient, ces traditions : « Que là femme « avait entraîné, séduit Vhomme. »
« Et en effet, la vierge se couchant la première, semble entraîner à sa suite le bouvier.
« Que la femme V avait tenté en lui présentant « des fruits beaux à voir et bons à manger, qui « donnaient la science du bien et du mal. •
« Et en effet, la vierge tient en main une branche de fruits qu'elle semble étendre vers le 6of<vier; et le rameau, emblème de l'automne, placé dans le tableau de Mithra, sur bi frontière de V hiver et de Vété, semble ouvrir la porte et donner la science, la clef du bien et du mal.
« Elles portaient : « Que ce coiq)le avait été « chassé du jardin céleste, et qu'un chérubin à « épée flamboyante avait été placé à h porte pour « le garder. »
« Et en effet , quand la vierge et le bouvier tombent sous l'horizon du couchant, Pertée monte de
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Paatre c6t6, et^ Tépée à la main, ce génie semble les chasser du ciel de Vété, jardin et régne des fi-mU et des fleurs,
« Elles portaient : « Que de cette vierge de- « voit nafire, sortir «n rejeton^ un enfant qtd « écraserait la tête du serpent, et déUvrercàt « ie monde du péché. »
« Et par là elles désignaient le «ofei/, qui à Vépoque du solstice à'hiver, au moni^n/ précis où les mages des Perses tiraient l'horoscope de la nouoelle année, se trouvait placé dans le sein de la vierge, en lever héUaque à Vhorizon orientai, et qui, à ce titre, était figuré dans leurs tableaux astrologiques sous la forme d'un enfant allaité par une vierge chaste, et devenait ensuite, à réquinoxe du printemps, le bélier ou Vagneau, vainqueur de la constellation du serpent, qui disparaissait des cieut.
« Elles portaient : « Que, dans son enfance, ce « réparateur de nature divine ou céleste vivrait • abaissé, humble, obscur, indigent. »
« Et cela, parce que le soleil d*hîyer est abaissé sous l'horizon , et-que cette période première de SCS quatre âges ou saisons, est un temps d^obseuriié, dé disette, de Jeûne, de privations.
« Elles portaient : « Que, mis à mort par des m méchants, \\ éuït ressuscité glorieusement; qa'ïi « était remonté des enfers aux cieuXy où il régne- « rait éternellement. »
« Et par là elles retraçaient la vie du sfMl, qui terminant sa carrière au solstice d'hiver, lorsque dominaient Typhon et les anges rebelles, semblait être mis à mort par eux; mais qui, bientôt après, renaissait, résurgeait dans la voûte des cieux, où il est encore.
« Enfin ces traditions citant jusqu'à ses noms astrohgiques et mystérieux, disaient qu'il s'appelait tantôt Chris, c'est-à-dire le conservateur; et ▼oilà ce dont vous. Indiens, avez fait votre dieu €^hris-en ou Chris-na; et vous, chrétiens. Grecs et Occidentaux, votre Chris-tos, fils de Marie : et tantôt, qu'il s'appelait Yés, par la réunion de trots lettres, lesquelles, en valeur numérale, formaient le nombre 608, l'une des périodes solaires; et voilà, ô Européens! le nom qui, avec la finale latine, est devenu votre lês^s ou Jésus, nom ancien et cabalistique attribué au jeune Bacchus-, fils clandestin (nocturne) de la vierge Minerve, lequel, dans toute l'histoire de sa vie et même de sa mort, retrace l'histoire du dieu des chrétiens, c'est*à^ire de Vastre du Jour, dont ils sont tofia les deux l'emblème. »
A ces mots, un grand murmure s'éleva de la
VOLMET.
part des groupes chrétiens : mais les musuknans, les lamas, les Indiens, les rappelèrent à l'ordre, et l'orateur achevant son discours :
« Vous savez maintenant, dit-il, comment le reste de ce système se composa dans le chaos et l'anarchie des trois premiers siècles; comment une foule d'opinions bizarres partagèrent les esprits, et les partagèrent avec un enthousiasme et une opiniâtreté réciproques, parce que, fondées également sur des traditions anciennes, elles étaient également sacrées. Vous savez comment, après trois cents ans, le gouvernement s'étant associé à l'une de ces sectes, en fit la religion orthodoxe, c'est-à-dire dominante, à l'exclusion des autres, lesquelles, par leur infériorité, devinrent des A^résies; comment et par quels moyens de violence et de séduction cette religion s'est propagée, accrue, puis divisée et affaiblie; comment, six cents ans après l'innovation du cAris^ii^me, un autre système se forma encore de ses matériaux et de ceux des Juifs, et comment Mahomet sut se composer un empire politique et théologique aux dépens de ceux de MoUe et des vicaires de Jésus....
« Maintenant, si vous résumez l'histoire entière de l'esprit religieux, vous verrez que dans son principe il n'a eu pour auteur que les senstttions et les besoins de l'homme ; que Vidée de Dieu n'a eu pour type et modèle que celle des puissances physiques , des êtres matériels agissant en bien ou en mal, c'est-à-dire, en impressions de plaisir ou de douleur sur Vétre sentant; que dans la formation de tous ces systèmes, cet esprit religieux a toujours suivi la même marche, les mêmes procédés; que dans tous, le dogme n'a cessé de représenter, sous le nom des dieux, les opérations de la nature, les passions des hommes et leurs préjugés; que dans tous , la morale a eu pour but le désir du bien-être et Vaversion de la douleur; mais que les peuples et la plupart des législateurs , ignorant les routes qui y conduisaient, se sont fait des idées fausses, et par là même opposées, du vice et de la vertu, du bien et du mal, c'est-à-dire, de ce qui rend l'homme heureux ou malheureux; que dans tous, les moyens et les causes de propagation et d'établissement ont offert les mêmes scènes de passions etd'événements, toujours des disputes de mots, des prétextes de zèle, des révolutions et des guerres suscitées par V ambition des chefs, par la fourberie des promut gateurs, par la crédulité des prosélytes, par l'ignofance du vulgaire, par la cupidité exclusive et l'orgueil intolérant de tous : enfin vous verrez que Khistoire entière de l'esprit religieux n'est que celle des incertitudes de V esprit humain, qui, placé
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dans un monde qu'il ne comprend pas, veut cependant en deviner Vémgme; et qui, spectateur toujours étonné de ce prodige mystérieux et visible, imagine des causes, suppose des fins, bâtit des systèmes; puis en trouvant un défectueux, le détruit pour un autre non moius vicieux, hait Terreur qu'il quitte, méconnaît celle qu'il embrasse, repousse la vérité qui l'appelle, compose des chimères d'êtres disparates, et rêvant sans cesse scLgesse elbonhewr, s'égare dans un labyrinthe de peines et de folies. >