Oeuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2
Lieras pièce est bien moins une traduction qu'une esquisse légère de la fameuse comédie de Wicherlejr * , intitulée Plain dealer , C Homme au franc procédé. Cette pièce a encore en Angleterre la même réputation que le Misanllirope en France. L'intrigue est infiniment plus compliquée, plus intéressante, plus chargée d'incidens; la satire y est beaucoup plus forte et plus insultante ; les mœurs y sont d'une telle hardiesse , qu'on pourrait placer la scène dans un mauvais lieu attenant un corps de garde. Il semble que lés Anglais prennent trop de liberté , et que les Français n'en prennent pas assez. Wicherlejr ne fit aucune difficulté de dédier son Plain dealer à la plus fameuse appareilleuse de Londres. On peut juger par la protectrice du caractère des protégés. La licence , du temps de Charles n , était, aussi débordée 2ue le fanatisme avait été sombre et barbare du temps de l'infortuné iharles 1.
Croira-t-on que , chez les nations polies, les termes de gueuse , de p.... , de bor... , de rufien , de m... , de y... , et tous leurs accompagnemens , sont prodigués dans une comédie où toute une cour très-spirituelle allait en foule ?
Croira-t-on que la connaissance la plus approfondie du cœur humain , les peintures les plus vraies et les plus brillantes , les traits d'esprit les plus fins, | se trouvent dans le même ouvrage ?
Rien n'est cependant plus vrai. Je ne connais point de comédie chez les ! anciens ni chez les modernes , où il y ait autant d'esprit ; mais c'est une
sorte d'esprit qui s'évapore dès qu'il passe chez l'étranger.
Nos bienséances , qui sont quelquefois un peu fades , ne m'ont pas permis d'imiter cette pièce dans toutes ses parties; il a fallu en retrancher des rôles t tout entiers.
y Je n'ai donc donné ici qu'une très-légère idée .de la hardiesse anglaise ; et
t cette imitation, quoique partout voilée de gaze, est encore si forte , qu'on
n oserait pas la représenter sur la scène de Paris.
Nous sommes entre deux théâtres bien différens l'un de l'autre : l'espagnol 'fit l'anglais. Dans le premier on représente Jésus-Christ , des possédés et de» diables ; dans le second , des cabarets et quelque chose de pi».