SCÈNE
; *. ; MOtfRÔSE, ÉQLfiY/ • ' ■ ■ *
M OT^R OSÉ apercevant Polly qui passé.
Mademoiselle, un petit mot, de grâce.... Êtes-vous cette jeune et aimable personne* née en*É cosse , qui.. Y - i
POLLY. y. , ;.
Oui , monsieur, je suis encore assez jeune ; je suis Ecossaise ; et pour aimable , bien des gens me disent que je le- suif. ».
MON ROSE
Ne savez-vous aucune nouvelle 6V votre pays? ... ; -.
POLLY
Oh nou, monsieur, il y a si long-temps que jei'ai quitté ! : MONROSE.
Et qui sont vos parens, je vous prie? ; " ' '
POLLY
Mon père é*tait un excellent boulanger, à ce que j'ai ouï dire, et ma mère avait servi une dame de qualité.
MONROSE
Ah ! j'entends : c'est vous apparemment qui servez cette jeune personne dont on m'a tant parlé : je me méprenais.
POLLY
Vous me faites bien de J'honneur. , ,,
MONROSE
Vous savez sans doute qui -est votre maîtresse ?
POLLY
Oui , monsieur : c'est la plus douce , la plus aimable fille > la plus courageuse dans le malheur.
MONROSE
Elle est donc malheureuse ? #
POLLY
Oui , monsieur , et moi aussi ; mais j'aime mieux la servir que d'être heureuse.
MONROSE
Mais je vous demande si vous ne connaissez pas sa famille ?
POLLY
Monsieur, ma maîtresse veut être inconnue : elle n'a point de famille ; que me demandez-vous là ? pourquoi ces questions ?
MONROSE
Une inconnue! ô ciel si long-temps impitoyable ! s'il était possible qu'à la fin je pusse!... mais quelles vaines chimères ! Dites-moi , je vous prie, quel est l'âge. de votre maîtresse ?
POLLY
Oh pour son âge , on peut Je dire , car elle est bien au-dessus de son âge ; elle a dix-huit ans.
MONROSE
Dix-huit ans!.... hélas! ce serait précisément Tige qu'aurait ma malheureuse Mon rose, ma chère fille , seul reste de ma maison, seul enfant que mes mains aient pu caresser dans son berceau... Dix- huit
ans?... %
- . POLLY
Oui , monsieur, et moi je n'en ai que vingt-deux : il n'y a pas une si grande différence. Je ne sais pas pourquoi vous faites tout seul tant de réflexions sur son âge?
MONROSE
Dix-huit ans , et née dans ma patrie! et elle veut être inconnue ! je ne me possède plus : il faut, avec votre permission, que je la voie, que je lui parle tout à l'heure, r
POLLY* 'Os dix-hok ans tournent la tête à ce bon vieux gentilhomme. Monsieur, il est impossible que vous voyiez à présent ma maîtresse; elle est dans l'affliction la plus cruelle.
MONROSE
Ah ! d'est pour cela même que je veux la voir.
POLLY
De nouveaux chagrins qui l'ont accablée , qui ont déchiré son cœur, lui ont fait perdre l'usage de ses sens. Hélas ! elle n'est pas de ces filles qui s'évanouissent pour peu de chose. Elle est à peine revenue à elle, et le peu de repos qu'elle goûte dans ce moment est un repos mêlé de trouble et d'amertume : de grâce , monsieur, ménagez sa faiblesse et ses douleurs»
MONROSE
Tout ce que vous me dites redouble mon empressement. Je suis son compatriote ; je partage toutes ses afflictions , je les diminuerai peut-être ; souffrez qu'avant de quitter cette ville , je puisse entretenir votre maîtresse.
POLLY
Mon cher compatriote, vous m'attendrissez; attendez encore quelques momens. Les filles qui se sont évanouies sont bien longtemps* à se remettre avant de recevoir une visite. Je vais à elle : je reviendrai à vous.