‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 145 sur 466 · COLETTE, ACANTHE, COLETTE · texte numérisé non relu

COLETTE, ACANTHE, COLETTE

À mon secours ! me voilà déboutée. (

, T , , ! ACANTHE

Déboutée ! * •> •' - • >;

» COLETTE

, „ 0u *> *'' n g rat vous est promis.

On me déboute. . ' * •

,. ACAJÏTHE. \

Hélas! je suis biea pis. T

De mes chagrins mon âjne est oppressée; Ma chaîne est prête f et je $uis fiancée , Ou je vais l'être auwQir^s cfans un moment.

COLETTE

Ne hais-tu pas mon, lâche*?

, ♦ ,. . Honnêtement.

Entre nous deux , juges-tu sur ma mine Qu'il soit bien doux d'être ici Mathurine ?

COLETTE

Non pas 1 . ,.

Je ne sais ^

A Mathui

Et ce ma , ..,/

J'ai par e »;« . . :

Dis-moi, »y u:i> -, I

Moi? non • .u'! >• \ %

t Le bailli; Métaprose ) f ;.

M en a prêté;... Mon Dieu, la belle chose! ,.,,/.. »

■ » COUETTE. »! i< 'ï^ î

En quoi si belle ? * , r -^ .- • i

ACANTHE

. On y voit des amans , M

Si courageux , si tendres , si galans !

COLETTE.'

Oh! Mathurin n'eBt pas codumeieux. #

f ' ' ACANTHE '• • ' ,:

Colette, Que les romans rendent l'âme inquiète ! •■

Et d'où vient donc? • *

ACANTHE

Ils forment trop l'esprit En les lisant le mien bientôt s'ouvrit.

7 6i THÉÂTRE.

A réfléchir que de muts j'ai panées !

Que les romaos font naître de pensées !

Que les héros de ces livres charmans

Ressemblent peu , Colette , aux autres gens !

Cette lumière était pour moi féconde;

Je me voyais dans un tout autre monde ;

J'étais au ciel.... Ah ! qu'il m'était bien ddi . .

De retomber dans mon état obscur !

Le cœur tout plein de ce grand étalage,

De me trouver au fond de mon village !

Et de descendre , après ce vol divin ,

Des Amadis à maître Mathurin !

COLETTE

Votre propos me ravit ; et je Jure Que j'ai déjà du goût pour la lecture.

ACÀÏTfHE. T'en souvient-il , autant qn'il m'en souvient , Que ce marquis , ce beau seigneur qui tient Dans le pays le rang , l'état d un prince, De sa présence honora la province?

Il s'est passé juste un an et deux mois Depuis qu'il vint pour cette seuk fois.

T'en souvient-il ? nous le vîmes à table; U m'accueillit : ah ! qu'il était affable 1 Tous ses discours étaient des mots choisis, Que l'on n'entend jamais dans ce paya.

C'était, Colette, une laqgut nouvelle, Supérieure , et pourtant naturelle* J'aurais voulu l'entendra tout le jour. ,

cqlçtts. , Tu l'entendras sans doute à son retour. .

ACANTHE

Ce jour, Colette, occupe ta mémoire , OU monseigneur, tout rayonnant dé gloire, Dans nos forêts , suivi àr un peuple entier , Le fer en main courait le sanglier ?

COLETTE

Oui , quelque idée et Confuse et légère Peut m'en rester.

ACANTHE

• Je l'ai distincte et claire. »

Je crois le voir avec cet air si grand , Sur ce cfcevaj superbe et bondissant ; Près d'un gros chine il perce de sa leuoe .

Le sanglier, qui contre lui s'élance.

Dans ce moment j'entendis mille voi*, Que répétaient les échos de nos bois; f Et de bon ceeur ( il faut que j'en convienne > J'aurais voulu qu'il démêlât la mienne.

LE DROIT DU SEIGNEUR. y63

De son départ je fus encor témoin ; On l'entourait,* je n'étais pas bien loin.

Il me parla... Depuû ce jour , ma chère , Tous les romans ont le don de me plaire.

Quand je les lis, je n'ai jamais d'ennui ; U me parait qu'ils me parlent de lui.

COLETTE

Ah ! qu'un roman est beau!

ACANTHE

C'est la peinture Du cœur humain , j e crois , d'après nature.

COLETTE

D'après nature!... Entre nous deux, ton cœur N'aiine-t-il pas en secret monseigneur ?

ACANTHE

Oh ! non , je n'ose; et je sens la distance

Qu'eu tre nous deux mit son rang, sa naissance.

Crois-tu qu'on ait des sentimens si doux

Pour ceux qui sont trop au-dessus de nous? *

A cette erreur trop de raison s'oppose. .

Non 9 je ne l'aime point... mais il est cause '

Que, l'ayant vu, je ne puis à présent

En aimer d'autre.... et c'est un grand tourment.

# COLETTE

Mais de tous ceux qui le suivaient , ma bonne, Aucun n'a-t-il cajolé ta personne ?

J'ayoûrai, moi, que l'on m'en a conté.

Un étourdi pri

H s'appelait le

Son nermaint

Me ré vol taie ni

11 fut surpris i

Et , 0é primant

Je lui fis voir <

Était plus fière

Faire trembler

Ce chevalier s<

Et d'autres mœurs l'auraient pu rendre aimable.

Ah ! la douceur est l'appât qui nous prend.

Que monseigneur, ô ciel ! est différent !

COLETTE

Ce chevalier n'était donc guère sage ?

Ça , qui des deux te déplaît davantage , De Mathurin ou de cet effronté ?

ACANTHE

Oh ! Mathurin*... c'est sans difficulté.

COLETTE

Mais monseigneur est bon : il est le maître ; Pourrait-il pas te dépêtrer du traître?

Tu me parais si belle.

Hélas!

COLETTE

Je croi Que tu pourras mieux réussir que moi.

ACANTHE

Est-il bien vrai qu'il arrive ?

COLETTE

Sans doute, Car on le dit,

ACANTHE

Penses-tu qu'il m'écoute?

COLETTE

J'en suis certaine , et je retiens ma part De ses bontés.

ACANTHE

Nous le verrons trop tard ; , , 11 n'arrivera point; on me fiance, Tout est conclu, je suis sans espérance.

Berthe est terrible en sa mauvaise humeur ; Mathurin presse , et je meurs dérouleur.

COLETTE

Eh ! moque-toi de Berthe.

îe, Si je Je vc

De s( x *

Aux ne !

Laur Qui] De n Car s

Très- ?

Entr Elle i tt.

COLETTE

Pourquoi pleurer ?

ACANTHE

Mais... de ma destinée.

Elle voit bien que je ne suis pas née Pour Mathurin... Crois-moi, Colette, allons

Lui demander des conseils , des leçons

Veux-tu me suivre ?

COLETTE, '

Ah î oui , ma, chère Acanthe; u Enfuyons-nous , la chose est très-prudente.

Viens , je connais des chemins détournés Tout près d'ici: a

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