‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 166 sur 466 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

LE MARQUIS sur te devant, DIGNANT au fond.

LE MARQUIS

Je vois d'où part l'attentat qui m'afflige.

Le chevalier m'avait presque promis De se porter à des coups si hardis.

Il croit au fond que cette gentillesse Est pardonnable au feu de sa jeunesse.

Il ne sait pas combien j'en suis choqué. A quel excès ce fou-là m'a manqué f Jusqu'à quel point son procédé m'offense !

H déshonore, il trahit l'innocence ; U perd Acanthe : et , pour percer mon cœur , . Je n'ai passé que pour son ravisseur !

Un étourdi, que la débauche anime, Me fait porter la peine de son crime!

Voilà le prix de mon affection Pour un parent indigne de mon nom !

H est pétri des vices de son père ; Il a ses traits, ses mœurs , son caractère; Il périra malheureux comme lui.

Je le renonce, et je veux qu'aujourd'hui Il soit puni de tant d'extravagance.

DIGNANT.

Puis- je en tremblant prendre ici la licence De vous parler ?

LE MARQUIS

/ Sans doute , tu le peux :

Parle-moi d^elle.

DIGNANT.

Au transport douloureux Où votre cœur devant moi s'abandonne ,

LE DROIT DU SEIGNEUR. *r 9 5

Je ne reconnais pins yotre personne.

Vous avez lu ce qu'on vous a porté , Ce gros paquet qu'on vous a présenté?....

LE MARQUIS

Eh? mon ami, suis-je en état de lire?

Vous me faites frémir.

Que veux-tu dire ?

DIGNANT.

Quoi ! ce paquet n'est pas encore ouvert ?

LE MARQUIS

Non.

DIGNAJNT.

Juste ciel ! ce dernier coup me perd !

LE MARQUIS

Gomment?.... -j'ai cru que c'était un mémoire

De mes forêts.

DIGNANT.

Hélas ! vous deviez croire Que cet écrit était intéressant.

LE MARQUIS

Eh! lisons vite.... Une table à l'instant 5 Approchez donc cette table.

DIGNANT.

Ah ! mon maître , Qu'aura-t-on fait, et qu'allez-vous connaître?

LE MARQUIS assis examine le paquet.

Mais ce paquet , qui n'est pas à mon nom , Est cacheté des sceaux de ma maison ?

DIGNANT.

Oui.

LE MARQUIS

Lisons donc.

DIGNANT.

Cet étrange mystère En d'autres temps aurait de quoi vous plaire } Mais à présent il devient bien affreux.

LE MARQUIS Usant.

Je nevois rien jusqu'ici que d'heureux.

Je vois d'abord que le ciel la fit naître D'un sang illustre : et cela devait être.

Oui, plus je lis, plus je bénis les cieux.

Quoi f Lauré* a mis ce dépôt précieux Entre vos mains? quoi! Laure est donc sa mère ? Mais pourquoi donc lui serviez-vous de père ? Indignement pourquoi la marier ? f

DIGNANT.

J'en avais Tordre , et j'ai dû vous prier En sa faveur.

UN DOMESTIQUE

En ce moment Dormène Arrive ici, tremblante, hors d'haleine, Fondant en pleurs : elle veut vous parler.

LE MARQUIS, Ah ! c'est à moi de Palier consoler.

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