ACTE II A
La théâtre représente le bocage des Maset. Les deux càtés du théâtre sont formés des deux collmet du Parnasse : des berceaux entrelacés de lauriers et de fleurs régnent sur le penchant des collines; au-dessous sont des grottes percées à jour , ornées comme les berceaux, dans lesquelles sont les bergers et bergères $ le fond est composé de trois grands berceaux en architecture.
LYDIE, ARSINE, BERGERS et BERGÈRES.
'LYDIE
Oui, parmi ces bergers aux Muses consacrés, Loin d'un tyran superbe et d'un amant volage , Je trouverai la paix , je calmerai l'orage Qui trouble mes sens déchirés.
ARSINE.
Dans ces retraites paisibles
Les Muses doivent calmer
Les cœurs purs , les cœurs sensibles ,
Quêta cour peut opprimer.
Cependant vous pleurez ; votre œil en vain contemple
Ces bois, ces nymphes, ces pasteurs; De leur tranquillité suive* l'heureux exemple.
LYDIE
La Gloire a vers ces lieux fait élever son temple ,
La honte habite dans mon cœur !
La Gloire , en ce jour même , au plus grand roi du monde Doit donner dé ses mains un laurier immortel ; Bélus va l'obtenir.
ARSINE.
Votre douleur profonde Redouble a ee nom si cruel.
LYDIE
Bélus va triompher de l'Asie enchaînée ; Mon cœur et mes états sont au rang des vaincus. L'ingrat me promettait un brillant hy menée ; H me trompait du moins j il ne me trompe plus > Il me laisse ; je meurs, et meurs abandonnée !
ARSINE.
Il a trahi vingt rois $ il trahit vos appas : *
Il ne connaît qu'une aveugle puissance.
LYDIE
Mais vers la Gloire il adresse ses pas j Pourra-t-il sans rougir soutenir ma présence?
ARSINE.
Les tyrans ne rougissent pas.
Quoi ! tant de barbarie avec tant de vaillance ! O Muses , soyez mon appui ; Secoufez-moi contre moi-même;
Ne permettez pas que j'aime
Un roi qui n'aime que lui.
LES BERGERS «t LES BERGÈRES, «mm************* de* antre» du Parnasse , au son des instrumens champêtres . LYDIE aux berger».
Venez, tendres berger*, tous qui plaigne* me* larmes,
Mortels heureux , de* Muses inspires , - Dans moniteur agité répandez tous les charmes ; ' ? ° De la paix que vous célébrez.
LES BERGERS EN CttOEUR.' ' *
Oserons-nous chanter sur nos faibles musettes , Lorsque les horribles trompettes Ont épouvanté les échos!
UNE BERGÈRE. ■ ' ,*'"'
Que veulent donc tous ces héros ?
Pourquoi troublent-ils nos retraites? , r
LYDIE
Au temple de la Gloire ils cherchent le bonheur. [
LES, BERGERS. ' - **
Il est aux lieux où vous étea, • ■ • Il est auf fond de noire coeur. . ^
UN BERGER
Vers ce temple, où la mémoire
Consacre les noms fameux, • ' »
Les bergers sont assez heureux Pour voir au moins que la gloire N'est poi# faite pour eux
( on entend un bruit de timbales et de trompette* )' CHOEUR DE GUERRIERS qu'on ne voit pti enéw.
La guerre sanglante , La mort , l'épouvante Signalent nos fureurs.
Livrons-nous ut» passage , t •
A travers le carnage , Au faîte des grandeurs.
PETIT CHOBUR DE BERGERE
Quels sons affreux ! quel bruit sauvage" !
O Muses, protégez nos fortunés climats!
UN BERGER
O Gloire, dont le nom semble avoir tant d'appas , Serait-ce là votre langage ? (
BELUS parait sous le berceau du milieu , eatouré de $f guerrier*; il est sur un trône porté par huit rois enchaînés. BÉLUS.
Roirqui nortez mon trône, esclaves couronnés Que j ai daigné choisir pour orner ma victoire, Allez*, allez m'ouvrir le temple de la Gloire , Préparez les honneurs qui me sont destinés.
(il deteend et continue. )
Je veux que votre orgueil seconde Les soins de ma grandeur ;
W 4 ,.i . THÊÀTKfiL
ta'Ôlbire, en Wéteflatit au premier rang Ai monde, Honore a$se% votre malheur.
£*a suite sort. )
Mais quels acceuf. plein» ^\ ra^ljLes^, . ,j Offensent irçon oreille et ré volteat^ mou cœur ?•- ■ .
. LYDIE- . . t .i ;i-., L'humanité, grands dieux ! es t^elle une faiblesse?
Parjure amant , cruel vainqueur fi
Mes cris te poursuivront sans t cesse.
BÉLUS, Vos plaintes et vos crjs ne peuvent oi'arrêter ;
La Gloire loin, de vous m'appelle:.
Si je pouvais vous écouter,
Je deviendrais indigne d'elle.
Non , la Gloire irest point barbare et sàni *pttte ; Non , tu te fais des dieux à tdi-méHne semblables •
A leurs autels tu n'a» sacrifié Que les pleurs et le sang «de» mortels miaéraMes'. • [ BÉLUS.
Ne condamnez point me» exploits ; <
Quand on veut se rendre le matera ,
On est malgré soi quelquefois!
Plus cruel qu'on ae voudrait être.
Que je bais tes exploits heureux I Que le sort t'a changé ! que ta grandeur t'égare ! Peut-être es-tu né généreux t- Ton bonheur t'a rendu barbare.
BÉLttS.
Je suis né pour dompter. , pour changer lSmive'fs»:
Le faible oiseau dans un bocage
Fait entendre ses doux concerts ;
L'aigle qui voie au haut des airs .
Porte la; foudre etJe.nayage.: a.-.
Cessez de m'arrêfcer, paa vos iwmrinuntsyaiiisv j Et laissez-moi rempli nmes, augustes destins.
( Çelus sort pour aller au tempU. ) ' ' ' LYDIE. ' [] , ][
Muses , puissantes déesses , 4 ' ~ .I>e cet ambitieux fléchissez la fierté; ' 4
Secourez-moi contre sa cruauté , Ou du moins contre mes faiblesses.
APOLLON et les Mbses descendent dans un char qui repose par les deux beats sér les deux colline* da Pâmasse.
(rfk3 chantent circbteur.) :•■<"■ ■**
Nous- adoucissons
Par nos arts aimables Les cœurs impitoyables , ' r \
Ou nous les punissons. *
LE TEMPLE DE LA GLOIRE. torô
1PQL>I/0N. * Bergers qui dans ce* bocages r * .
Apprîtes nos chants divins , *
Vous calmez les monstres sauvages ;
Fléchissez les cruels humains. , : •* -
, . (1m bçrgers Rament. ). ( APOLLON. ' Vole, Amour, dieu des dieux, embellis morf empire ; Désarme la guerre en fureur :
D'un regard, Watt mot , d'un s6urïrê* " *
Tu calmes le trouble et l'horreur; Tu peux changer un cœur', Je ne peux que l'instruire. ' ' Vole , Amour , dieu des dh'etrx , embellis mon empire ; Désarma teçuérrte eu fureur. . •' *
IrELuS rentre, suivi de *€* guerriers.
Quoi ! ce temple 'pour inoi rie s'ouvre point encore ? ' Quoi ! cette Gloire -que j'adore Près de ces lieux pré par* mes autels :
Et je ne vois que de faibles* mortels y *■ *; : Et de faibles dieux que j^igoo^el ' < .
C'est assez vous faire craindre^;
Faites-vous enfin chérir * ■ '
Ah ! qu'un grand cœur est à plaindre;
Quand rîeé ne peut Fatténdr^rr ! •
v UNE BERGÈRE.
D une beauté tendre et soumise - - -
Si tu trahis les appas, • ,; ' j
Cruel vainqueur, n'esperfe pas Que lâ^lbfrc te favorise.
\ . * ut* imioi». . . • *:v »• n^ :
Quoi ! vers la Gloire il a porté s*s pas , , v , :
Et son cœur serait* infidèle t
Ah ! parmi .nous une honte éternelle , . ,
Est le supplice des ingrats. ' '.'-. ri .* T
BÉLUS.' ,, * -\ , fi j
Qu'entends-je ! il est au monde un peuplé qui m'ôgense ! Quelle est la faible voix qui murmure en ces lieux r
Quand la terre tremble -en silence?
Soldats', délivrez-moi de ce peuple odieux.