‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 331 sur 466 · ACTE II A · texte numérisé non relu

ACTE II A

La théâtre représente le bocage des Maset. Les deux càtés du théâtre sont formés des deux collmet du Parnasse : des berceaux entrelacés de lauriers et de fleurs régnent sur le penchant des collines; au-dessous sont des grottes percées à jour , ornées comme les berceaux, dans lesquelles sont les bergers et bergères $ le fond est composé de trois grands berceaux en architecture.

LYDIE, ARSINE, BERGERS et BERGÈRES.

'LYDIE

Oui, parmi ces bergers aux Muses consacrés, Loin d'un tyran superbe et d'un amant volage , Je trouverai la paix , je calmerai l'orage Qui trouble mes sens déchirés.

ARSINE.

Dans ces retraites paisibles

Les Muses doivent calmer

Les cœurs purs , les cœurs sensibles ,

Quêta cour peut opprimer.

Cependant vous pleurez ; votre œil en vain contemple

Ces bois, ces nymphes, ces pasteurs; De leur tranquillité suive* l'heureux exemple.

LYDIE

La Gloire a vers ces lieux fait élever son temple ,

La honte habite dans mon cœur !

La Gloire , en ce jour même , au plus grand roi du monde Doit donner dé ses mains un laurier immortel ; Bélus va l'obtenir.

ARSINE.

Votre douleur profonde Redouble a ee nom si cruel.

LYDIE

Bélus va triompher de l'Asie enchaînée ; Mon cœur et mes états sont au rang des vaincus. L'ingrat me promettait un brillant hy menée ; H me trompait du moins j il ne me trompe plus > Il me laisse ; je meurs, et meurs abandonnée !

ARSINE.

Il a trahi vingt rois $ il trahit vos appas : *

Il ne connaît qu'une aveugle puissance.

LYDIE

Mais vers la Gloire il adresse ses pas j Pourra-t-il sans rougir soutenir ma présence?

ARSINE.

Les tyrans ne rougissent pas.

Quoi ! tant de barbarie avec tant de vaillance ! O Muses , soyez mon appui ; Secoufez-moi contre moi-même;

Ne permettez pas que j'aime

Un roi qui n'aime que lui.

LES BERGERS «t LES BERGÈRES, «mm************* de* antre» du Parnasse , au son des instrumens champêtres . LYDIE aux berger».

Venez, tendres berger*, tous qui plaigne* me* larmes,

Mortels heureux , de* Muses inspires , - Dans moniteur agité répandez tous les charmes ; ' ? ° De la paix que vous célébrez.

LES BERGERS EN CttOEUR.' ' *

Oserons-nous chanter sur nos faibles musettes , Lorsque les horribles trompettes Ont épouvanté les échos!

UNE BERGÈRE. ■ ' ,*'"'

Que veulent donc tous ces héros ?

Pourquoi troublent-ils nos retraites? , r

LYDIE

Au temple de la Gloire ils cherchent le bonheur. [

LES, BERGERS. ' - **

Il est aux lieux où vous étea, • ■ • Il est auf fond de noire coeur. . ^

UN BERGER

Vers ce temple, où la mémoire

Consacre les noms fameux, • ' »

Les bergers sont assez heureux Pour voir au moins que la gloire N'est poi# faite pour eux

( on entend un bruit de timbales et de trompette* )' CHOEUR DE GUERRIERS qu'on ne voit pti enéw.

La guerre sanglante , La mort , l'épouvante Signalent nos fureurs.

Livrons-nous ut» passage , t •

A travers le carnage , Au faîte des grandeurs.

PETIT CHOBUR DE BERGERE

Quels sons affreux ! quel bruit sauvage" !

O Muses, protégez nos fortunés climats!

UN BERGER

O Gloire, dont le nom semble avoir tant d'appas , Serait-ce là votre langage ? (

BELUS parait sous le berceau du milieu , eatouré de $f guerrier*; il est sur un trône porté par huit rois enchaînés. BÉLUS.

Roirqui nortez mon trône, esclaves couronnés Que j ai daigné choisir pour orner ma victoire, Allez*, allez m'ouvrir le temple de la Gloire , Préparez les honneurs qui me sont destinés.

(il deteend et continue. )

Je veux que votre orgueil seconde Les soins de ma grandeur ;

W 4 ,.i . THÊÀTKfiL

ta'Ôlbire, en Wéteflatit au premier rang Ai monde, Honore a$se% votre malheur.

£*a suite sort. )

Mais quels acceuf. plein» ^\ ra^ljLes^, . ,j Offensent irçon oreille et ré volteat^ mou cœur ?•- ■ .

. LYDIE- . . t .i ;i-., L'humanité, grands dieux ! es t^elle une faiblesse?

Parjure amant , cruel vainqueur fi

Mes cris te poursuivront sans t cesse.

BÉLUS, Vos plaintes et vos crjs ne peuvent oi'arrêter ;

La Gloire loin, de vous m'appelle:.

Si je pouvais vous écouter,

Je deviendrais indigne d'elle.

Non , la Gloire irest point barbare et sàni *pttte ; Non , tu te fais des dieux à tdi-méHne semblables •

A leurs autels tu n'a» sacrifié Que les pleurs et le sang «de» mortels miaéraMes'. • [ BÉLUS.

Ne condamnez point me» exploits ; <

Quand on veut se rendre le matera ,

On est malgré soi quelquefois!

Plus cruel qu'on ae voudrait être.

Que je bais tes exploits heureux I Que le sort t'a changé ! que ta grandeur t'égare ! Peut-être es-tu né généreux t- Ton bonheur t'a rendu barbare.

BÉLttS.

Je suis né pour dompter. , pour changer lSmive'fs»:

Le faible oiseau dans un bocage

Fait entendre ses doux concerts ;

L'aigle qui voie au haut des airs .

Porte la; foudre etJe.nayage.: a.-.

Cessez de m'arrêfcer, paa vos iwmrinuntsyaiiisv j Et laissez-moi rempli nmes, augustes destins.

( Çelus sort pour aller au tempU. ) ' ' ' LYDIE. ' [] , ][

Muses , puissantes déesses , 4 ' ~ .I>e cet ambitieux fléchissez la fierté; ' 4

Secourez-moi contre sa cruauté , Ou du moins contre mes faiblesses.

APOLLON et les Mbses descendent dans un char qui repose par les deux beats sér les deux colline* da Pâmasse.

(rfk3 chantent circbteur.) :•■<"■ ■**

Nous- adoucissons

Par nos arts aimables Les cœurs impitoyables , ' r \

Ou nous les punissons. *

LE TEMPLE DE LA GLOIRE. torô

1PQL>I/0N. * Bergers qui dans ce* bocages r * .

Apprîtes nos chants divins , *

Vous calmez les monstres sauvages ;

Fléchissez les cruels humains. , : •* -

, . (1m bçrgers Rament. ). ( APOLLON. ' Vole, Amour, dieu des dieux, embellis morf empire ; Désarme la guerre en fureur :

D'un regard, Watt mot , d'un s6urïrê* " *

Tu calmes le trouble et l'horreur; Tu peux changer un cœur', Je ne peux que l'instruire. ' ' Vole , Amour , dieu des dh'etrx , embellis mon empire ; Désarma teçuérrte eu fureur. . •' *

IrELuS rentre, suivi de *€* guerriers.

Quoi ! ce temple 'pour inoi rie s'ouvre point encore ? ' Quoi ! cette Gloire -que j'adore Près de ces lieux pré par* mes autels :

Et je ne vois que de faibles* mortels y *■ *; : Et de faibles dieux que j^igoo^el ' < .

C'est assez vous faire craindre^;

Faites-vous enfin chérir * ■ '

Ah ! qu'un grand cœur est à plaindre;

Quand rîeé ne peut Fatténdr^rr ! •

v UNE BERGÈRE.

D une beauté tendre et soumise - - -

Si tu trahis les appas, • ,; ' j

Cruel vainqueur, n'esperfe pas Que lâ^lbfrc te favorise.

\ . * ut* imioi». . . • *:v »• n^ :

Quoi ! vers la Gloire il a porté s*s pas , , v , :

Et son cœur serait* infidèle t

Ah ! parmi .nous une honte éternelle , . ,

Est le supplice des ingrats. ' '.'-. ri .* T

BÉLUS.' ,, * -\ , fi j

Qu'entends-je ! il est au monde un peuplé qui m'ôgense ! Quelle est la faible voix qui murmure en ces lieux r

Quand la terre tremble -en silence?

Soldats', délivrez-moi de ce peuple odieux.

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