‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 345 sur 466 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

BÉLUS et les Piecedehs.

BÉLUS

Ou suis-je ? qu'ai-je vu?

Non , je ne puis le croire ; Ce temple qui m'est dû , Ce séjour de la Gloire S'est fermé devant moi.

Mes soldats ont pâli d'effroi. La foudre a dévoré les dépouilles sanglantes

Sue j'allais consacrer à Mars ; Ile a brisé mes étendards Dans mes mains triomphantes.

Dieux implacables , dieux jaloux , Qu'ai-je donc fait qui voua outrage ?

J'ai fait trembler l'univers sous mes coups , J'ai mis des rois à mes genoux , Et leurs sujets dans l'esclavage ; Je me suis vengé comme vous , Que demandez-vous davantage ?

CHOEUR DE BERGERS

On n'imite point les dieux Par les horreurs de la guerre ; 11 faut , pour être aimé d'eux, Se faire aimer sur la terre.

UNE BERGÈRE

Un roi que rien n'attendrit Est des rois le plus à plaindre ; Bientôt lui-même il gémit, Quand il se fait toujours craindre.

CHOEUR DE BERGERS

Un roi que rien n'attendrit, etc.

LE TEMPLE DE LA GLOIRE. io3i

BÉLUS

Quoi ! dans cesHeux où brave ma fureur , Quand le monde à mes pieds se tait dans l'épouvante !

( on entend le son des musettes ) Un plaisir inconnu me surprend et m'enchante Dans le sein même de l'horreur.

(les musettes continuent)

De ces simples bergers la candeur innocente»

Dans mon cœur étonné fait passer sa douceur.

( on danse. ) UNE BERGERE.

Un roi,, s'il veut être heureux,

Doit combler nos vœux ; Le vrai bonheur le couronne .

Quand il le donie.

Dans les palais, dans les bois On chérit ses douces lois.

Il coûte, il verse en tous Keux

Les bienfaits des dieux.

A sa voix les vertus renaissent , Les Ris , les Jeux le caressent; La Gloire et l'Amour Partagent sa cour : ^

Dans son rang suprême, C'est lui seul qu'on aime ; C'est lui plus que ses faveurs Qui charme les cœurs.

Un roi, s'il veut, etc.

CHOEUR BiE BERGERS.

Un roi que rien n'attendrit Est des rois le plus à plaindre ; Bientôt lui-même il gémit Quand il se fait toujours craindre.

Page 1