SCÈNE IV
BÉLUS et les Piecedehs.
BÉLUS
Ou suis-je ? qu'ai-je vu?
Non , je ne puis le croire ; Ce temple qui m'est dû , Ce séjour de la Gloire S'est fermé devant moi.
Mes soldats ont pâli d'effroi. La foudre a dévoré les dépouilles sanglantes
Sue j'allais consacrer à Mars ; Ile a brisé mes étendards Dans mes mains triomphantes.
Dieux implacables , dieux jaloux , Qu'ai-je donc fait qui voua outrage ?
J'ai fait trembler l'univers sous mes coups , J'ai mis des rois à mes genoux , Et leurs sujets dans l'esclavage ; Je me suis vengé comme vous , Que demandez-vous davantage ?
CHOEUR DE BERGERS
On n'imite point les dieux Par les horreurs de la guerre ; 11 faut , pour être aimé d'eux, Se faire aimer sur la terre.
UNE BERGÈRE
Un roi que rien n'attendrit Est des rois le plus à plaindre ; Bientôt lui-même il gémit, Quand il se fait toujours craindre.
CHOEUR DE BERGERS
Un roi que rien n'attendrit, etc.
LE TEMPLE DE LA GLOIRE. io3i
BÉLUS
Quoi ! dans cesHeux où brave ma fureur , Quand le monde à mes pieds se tait dans l'épouvante !
( on entend le son des musettes ) Un plaisir inconnu me surprend et m'enchante Dans le sein même de l'horreur.
(les musettes continuent)
De ces simples bergers la candeur innocente»
Dans mon cœur étonné fait passer sa douceur.
( on danse. ) UNE BERGERE.
Un roi,, s'il veut être heureux,
Doit combler nos vœux ; Le vrai bonheur le couronne .
Quand il le donie.
Dans les palais, dans les bois On chérit ses douces lois.
Il coûte, il verse en tous Keux
Les bienfaits des dieux.
A sa voix les vertus renaissent , Les Ris , les Jeux le caressent; La Gloire et l'Amour Partagent sa cour : ^
Dans son rang suprême, C'est lui seul qu'on aime ; C'est lui plus que ses faveurs Qui charme les cœurs.
Un roi, s'il veut, etc.
CHOEUR BiE BERGERS.
Un roi que rien n'attendrit Est des rois le plus à plaindre ; Bientôt lui-même il gémit Quand il se fait toujours craindre.