UNE NYMPHE
Vous voyez l'éloquent Mercure j Il est avec Pandore; il confirme en ces lieux. De la part du maître des dieux, La paix de la nature.
(le» Nymphéa m retirent: Pandore a'araace arec Neméai», qui paraît
sons la figure de Mercure. )
NÉMÉSIS
Je vous l'ai déjà dit, Prométhée est jaloux, H abuse de sa puissance.
PANDORE
H est l'auteur de ma naissance , Mon roi , mon amant , mon époux.
NÉMÉSJS.
Il porte à trop d'excès les droits qu'il a sur vous.
Devait-il jamais vous défendre De voir ce don charmant que vous tenez des dieux ?
PANDORE
Il craint tout ; son amour est tendre , Et j'aime & complaire à ses vœux.
NÉMÉSIS
H en exige trop, adorable Pandore; H n'a point fait pour vous ce que vous méritée. Il put en vous formant vous* donner des beautés , Dont vous manquez peut-être encore.
Il m'a fait un cœur tendre, il me charme, il m'adore; Pouvait-il mieux m'embeîlir?
NÉMÉSIS
Vos charmes périront.
PANDORE
Vous me faites frémir.
PANDORE; io4y
' NÉMÉSIS
Cette boite mystérieuse Immortalise la beauté.
Vous serez , en ouvrant ce trésor enchanté , Toujours belle , toujours heureuse.
Vous régnerez sur votre époux j Il sera soumis et facile.
Craignez un tyran jaloux, Formez un sujet docile.
PANDORE
Non, il est mon amant, il doit l'être à jamais; H est mon roi , mon dieu , pourvu qu'il soit fidèle. C'est pour l'aimer toujours qu'il faut être immortelle; C'est pour le mieux charmer que je veux plus d'attraits. NÉMÉSIS.
Ah! c'est trop vous en défendre j Je sers vos tendres amours ; Je ne veux que vous apprendre À plaire , à brûler toujours.
Mais n'abusez-vous point de ma faible innocence? Auriez-vous tant de cruauté?
NÉMÉSIS
Ah! qui pourrait tromper une jeune beauté?
Tout prendrait votre défense*
PANDORE
Hélas ! je mourrais de douleur, Si je méritais sa colère,
Si je pouvais déplaire
Au maître de mon cœur.
NÉMÉSIS
Au nom de la nature entière , Au nom de votre époux, rendez-vous à ma voix.
PANDORE
Ce nom l'emporte, et je vous crois; Ouvrons.
(Elle ouvre la bohe. La nuit se répau* tur le theâtte , et p* eptap4 um bruit souterrain. )
Quelle vapeur épaisse, épouvantable, M'a dérobé le jour et trouble tous mes sens ! Dieu trompeur ! ministre implacable !
Ah ! quels maux affreux je ressens !
Je me vois punie et coupable.
NÉMÉSIS
Fuyons de la terre et des airs.
Jupiter est vengé , rentrons dans les enfers.
(Némésis s'abîme. Pandore est éyauouie Wt un lit de gafon. ) PROMÉTHÉE attire d«f*t* 4» UtéAtre.
surprise ! o douleur profonde !
Fatale absence ! horriMes changeants!
Quels astres malfcsans Ont flétri la face du monde?
Je ne vois point Pandore , elle ne répond pas
Aux accens de ma voix plaintive.
Pandore ! Mais , hélas ! de l'infernale rive Les monstres déchaînés volent dans ces climats.
LES FUBIES et LES DÉMONS accourant m U tfcéilm
Les temps sont remplis; Voici notre empire; Tout ce qui respire Mous sera soumis.
La triste froidure Glace la nature Dans les flancs du Nord.
La crainte tremblante, L'injure arrogante, Le sombre remord , La guerre sanglante Arbitre du sort , Toutes les furies, Vont avec transport Bans ces lieux impies Apporter la mort.
PROMÉTHÉE
Quoi ! la mort en ces lieux s'est donc fait un passage ! Quoi! la terre a perdu son éternel printemps, Et ses malheureux habitans Sont tombés en partage A la fureur des dieux, de l'enfer et du temps! Ces nymphes de leurs pleurs arrosent ce rivage. Pandore f cher objet, ma vie et mon image , Chef-d'œuvre de mes mains , idole de mon cœur ,
Répondez à ma douleur.
Je la vois , de ses sens elle a perdu l'usage.
PANDORE
Ah ! je suis indigne de vous ; J'ai perdu l'univers , j'ai trahi mon époux.
Punissez-moi ; nos maux sont mon ouvrage.
Frappez !
PROMÉTHÉE
Moi la punir !
PANDORE
Frappez , arrachez-moi Cette vie odieuse Que vous rendiez heureuse, Ce jour que je vous doi.