‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 362 sur 466 · UNE NYMPHE · texte numérisé non relu

UNE NYMPHE

Vous voyez l'éloquent Mercure j Il est avec Pandore; il confirme en ces lieux. De la part du maître des dieux, La paix de la nature.

(le» Nymphéa m retirent: Pandore a'araace arec Neméai», qui paraît

sons la figure de Mercure. )

NÉMÉSIS

Je vous l'ai déjà dit, Prométhée est jaloux, H abuse de sa puissance.

PANDORE

H est l'auteur de ma naissance , Mon roi , mon amant , mon époux.

NÉMÉSJS.

Il porte à trop d'excès les droits qu'il a sur vous.

Devait-il jamais vous défendre De voir ce don charmant que vous tenez des dieux ?

PANDORE

Il craint tout ; son amour est tendre , Et j'aime & complaire à ses vœux.

NÉMÉSIS

H en exige trop, adorable Pandore; H n'a point fait pour vous ce que vous méritée. Il put en vous formant vous* donner des beautés , Dont vous manquez peut-être encore.

Il m'a fait un cœur tendre, il me charme, il m'adore; Pouvait-il mieux m'embeîlir?

NÉMÉSIS

Vos charmes périront.

PANDORE

Vous me faites frémir.

PANDORE; io4y

' NÉMÉSIS

Cette boite mystérieuse Immortalise la beauté.

Vous serez , en ouvrant ce trésor enchanté , Toujours belle , toujours heureuse.

Vous régnerez sur votre époux j Il sera soumis et facile.

Craignez un tyran jaloux, Formez un sujet docile.

PANDORE

Non, il est mon amant, il doit l'être à jamais; H est mon roi , mon dieu , pourvu qu'il soit fidèle. C'est pour l'aimer toujours qu'il faut être immortelle; C'est pour le mieux charmer que je veux plus d'attraits. NÉMÉSIS.

Ah! c'est trop vous en défendre j Je sers vos tendres amours ; Je ne veux que vous apprendre À plaire , à brûler toujours.

Mais n'abusez-vous point de ma faible innocence? Auriez-vous tant de cruauté?

NÉMÉSIS

Ah! qui pourrait tromper une jeune beauté?

Tout prendrait votre défense*

PANDORE

Hélas ! je mourrais de douleur, Si je méritais sa colère,

Si je pouvais déplaire

Au maître de mon cœur.

NÉMÉSIS

Au nom de la nature entière , Au nom de votre époux, rendez-vous à ma voix.

PANDORE

Ce nom l'emporte, et je vous crois; Ouvrons.

(Elle ouvre la bohe. La nuit se répau* tur le theâtte , et p* eptap4 um bruit souterrain. )

Quelle vapeur épaisse, épouvantable, M'a dérobé le jour et trouble tous mes sens ! Dieu trompeur ! ministre implacable !

Ah ! quels maux affreux je ressens !

Je me vois punie et coupable.

NÉMÉSIS

Fuyons de la terre et des airs.

Jupiter est vengé , rentrons dans les enfers.

(Némésis s'abîme. Pandore est éyauouie Wt un lit de gafon. ) PROMÉTHÉE attire d«f*t* 4» UtéAtre.

surprise ! o douleur profonde !

Fatale absence ! horriMes changeants!

Quels astres malfcsans Ont flétri la face du monde?

Je ne vois point Pandore , elle ne répond pas

Aux accens de ma voix plaintive.

Pandore ! Mais , hélas ! de l'infernale rive Les monstres déchaînés volent dans ces climats.

LES FUBIES et LES DÉMONS accourant m U tfcéilm

Les temps sont remplis; Voici notre empire; Tout ce qui respire Mous sera soumis.

La triste froidure Glace la nature Dans les flancs du Nord.

La crainte tremblante, L'injure arrogante, Le sombre remord , La guerre sanglante Arbitre du sort , Toutes les furies, Vont avec transport Bans ces lieux impies Apporter la mort.

PROMÉTHÉE

Quoi ! la mort en ces lieux s'est donc fait un passage ! Quoi! la terre a perdu son éternel printemps, Et ses malheureux habitans Sont tombés en partage A la fureur des dieux, de l'enfer et du temps! Ces nymphes de leurs pleurs arrosent ce rivage. Pandore f cher objet, ma vie et mon image , Chef-d'œuvre de mes mains , idole de mon cœur ,

Répondez à ma douleur.

Je la vois , de ses sens elle a perdu l'usage.

PANDORE

Ah ! je suis indigne de vous ; J'ai perdu l'univers , j'ai trahi mon époux.

Punissez-moi ; nos maux sont mon ouvrage.

Frappez !

PROMÉTHÉE

Moi la punir !

PANDORE

Frappez , arrachez-moi Cette vie odieuse Que vous rendiez heureuse, Ce jour que je vous doi.

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