SCÈNE V
TANIS
Princesse , dans mes yeux vous lisez mon offense ; Mon crime éclate devant vous.
Je crains la céleste vengeance ; Mais je crains plus votre courroux.
ZÉLIDE
J'ignore à quels desseins votre cœur s'abandonne. Je vois en vous mon défenseur.
S'il est un crime au fond de votre coeur, Je sens que le mien vous pardonne.
TANIS
Un berger vous adore , et vous lui pardonnez ! Ah! je tremblais à vous le dire.
TANIS ET ZÈLIDE. i 5 7
J'ai bravé les fronts couronnés , Et leur éclat et leur empire.
Mon orgueil mê trompait,- j'écoutai' trop sa voit.' Cet orgueil s abaisse; il commence.
Depuis le jour que je vous vois , A sentir qu'entre nous il est trop de distance.
ZELIDE.
Il n'en est point , Tanis , et , s'il en eût été ,
L'amour l'aurait fait disparaître. 1
Ce n'est pas des grandeurs où les dieux m'ont fait nattre Que mon coeur est le plus flatté. '
TANIS
L'amant que votre cœur préfère Devient le premier des humains.
Vous voir , vous adorer , vous plaire , Est le plus brillant des destins.
Mais quand vous m'êtes propice, Le ciel paraît en courroux j J'aurais cru que sa justice ....
Pensait toujours comme vous.
ZÉLIDE
Non , je ne puis douter que le ciel ne vous aime.
TANIS
Je viens d'entendre ici son oracle suprême :
L'amour doit dans Memphis me punir à vos yeux.
ZÉLIDE
Vous punir ? vous, Tanis ! quelle horrible injustice ! Ah ! que plutôt Memphis périsse !
^ Evitons ces murs odieux j .
Evitons cette ville impie et meurtrière.
Je renonce à Memphis , je demeure en ces lieux j Vos lois seront mes lois , vos dieux seront mes dieux; Tanis me tiendra lieu de la nature entière :
, Je n'y vois plus rien que nous deux.
TANIS et ZÈLIDE.
Osiris, que l'amour engage, Toujours aimé d'isis et toujours amoureux, Nous serons fidèles , heureux
Dans cet obscur bocage , Comme vous L'êtes dans les cieux.