LE COMTE, LA MARQUISE, NANINE, PHILIPPE HOMBERT
LE COMTE à n min.
Son seul aspect devrait vous en instruire.
Embrasse-moi cent fois , ma chère enfant.
Elle est vêtue un peu mesquinement :
Mais qu'elle est belle, et comme elle a l'air sage!
NANINE
(courant entre lei bras de Philippe Hombert, «prêt l'itre.fcaistée défaut la Marquise. )
Ah ! la nature a mon premier hommage.
Mon père !
PHILIPPE HOMBERT
ciel ! 6 ma fille ! ah , monsieur !
Vous répares quarante ans de malheur.
LE COMTE
Oui; mais comment faut-il que je répare
L'indigne affront qu'un mérite si rare ,
Dans ma maison, put de moi recevoir?
Sous quel habit revient-elle nous voir !
Il est trop vil , mais elle le décore.
Non , il n'est rien que sa vertu n'honore. t
Eh bien , parlez : auriez- vous la bonté
De pardonner à tant de dureté?
NANINE
Que me demandez-vous? Ah! je m'étonne Que vous doutiez si mon cœur vous pardonne.
Je n'ai pas cru que vous pussiez jamais Avoir eu tort après tant de bienfaits.
LE COMTE
Si vous avez oublié cet outrage, Donnez-m'en donc le plus sûr témoignage :
Je ne veux plus commander qu'une fois , Mais jurez-moi d'obéir à mes lois.
PHILIPPE HOMBERT
Elle le doit , et sa reconnaissance...
NANINE à son père.
Il est bien sûr de mon obéissance....
LE COMTE
J'ose y compter. Oui , je vous avertis Que vos devoirs ne sont pas tous remplis.
* Je vous ai vue aux genoux de ma mère, Je vous ai vue embrasser votre père; Ce qui vous reste en des momens si doux....
C'est.... à leurs yeux.... d'embrasser.... votre époux»
NANINE
Moi!
LA MARQUISE
Quelle idée! est-il bien vrai?
PHILIPPE HOMBERT
Ma fille!
LE COMTE à sa mère.
. Le daignez-vous permettre?
LA MARQUISE
La famille Étrangement, mon fils, clabaudera.
LE COMTE
En la voyant, elle l'approuvera.
PHILIPPE HOMBERT
Quel coup du sort! non , je ne puis comprendre Que jusque-là vous prétendiez descendre.
NANINE. 661
LE COMTE
On m'a promu d'obéir.... je le veux.
« LA MARQUISE
Mon fils! ^ ;
LE COMTE
^ Ma mère , il s'agit d'être heureux.
L'intérêt seul a fait cent mariages; Nous avons vu les hommes les plus sages Ne consulter que les mœurs et le bien :
Elle a les mœurs , il ne lui manque rien; Et je ferai par goût et par justice Ce qu'on a fait cent fois par avarice.
Ma mère, enfin terminez ces combats , Et consentez.
Non , n'y consentez pas ; Opposez-vous à sa flamme.... à la mienne; Voilà de vous ce qu'il faut que j'obtienne.
L'amour l'aveugle ; il le faut éclairer.
Ah ! loin de lui , laissez-moi l'adorer.
Voyez mon sort , voyez ce qu'est mon père s Puis- je jamais vous appeler ma mère?
LA MARQUISE
Oui, tu le peux, tu le dois ; c'en est fait; Je ne tiens pas contre ce dernier trait; ' Il nous dit trop combien il faut qu'on t'aime ; Il est unique aussi-bien que toi-même.
NANINE
J'obéis donc à votre ordre , à l'amour; Mon cœur ne peut résister.
LA MARQUISE
Que ce jour Soit des vertus la digne récompense) Mais sans tirer jamais à conséquence.
66a THÉÂTRE.
COMÉDIE. — 1749
AVERTISSEMENT des éditeurs de l'éditio» de Kehl.
Ciette petite comédie est un impromptu de socie'té où 'plusieurs personnel mirent la main. Elle fit partie d'une fête qu'on donna au roi Stanislas , duc de Lorraine , en 1 ^49-
On a trouvé dans les portefeuilles de M. de Voltaire , cette même pièce en un acte : elle ne diffère de celle-ci que par la suppression de quelques scènes et quelques changemens dans la disposition de la pièce. Il a paru inutile de la joindre à cette collection.
PERSONNAGES
M. DURU
M»«. DURU
Le Marquas D'OUTREMON|l\ DAMJS, fil» de M. Duru.
ÉRISE, fille de M. Duru.
M. GRIPON, correspondant de M. Duru.
MARTHE, suivante de M me . Duru.
La scène est chez M"". Duru , dans la rue Tnévenot , à Paris.