‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 83 sur 466 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

M" e . DURU, LE MARQUIS, ÉRISE, DAMIS, M. GRIPON, MARTHE.

M me . DURU.

Si tard, monsieur Gripon , quel sujet vous attire ?

M. GRIPON.

Un bon sujet.

Comment ?

M. GRIPON.

Je m'en vais vous le dire.

DAMIS

Quelque présent de l'Inde ?

M. GRIPON.

Ohï vraiment oui. Voici L'ordre de votre père , et je le porte ici.

Ma fille est votre bru , mon fils est votre gendre ; Ils le seront du moins , et sans beaucoup attendre. Lisez.

( il loi donne une lettre. )

M» e . DURU.

* L'ordre est très-net j que faire ?

M. GRIPON.

A votre chef Obéir sans réplique , et tout bâcler en bref. Il reviendra bientôt; et même , par avance , Son commis vient régler des comptes d'importance. J'ai peu de temps à perdre ; ayez la charité De dépêcher la chose avec célérité.

M m «. DURU.

La proposition , mes enfans , doit vous plaire. Comment la trouvez- vous ?

DAMIS, ERISE ensemble.

Tout comme vous , ma mère.

LE MARQUIS à M. Gripon.

De nos communs désirs il faut presser l'effet. Ah ! que de cet hymen mon cœur est satisfait !

M. GRIPON.

Que ça vous satisfasse , ou que ça vous déplaise , Ça doit importer peu.

LE MARQUIS

Je ne me sens pas d'aise.

M. GRIPON.

Pourquoi tant d'aise ?

LE MARQUIS

Mais.... j'ai cette affaire à Cœur.

M. GRIPON.

Vous, à cœur mon affaire ?

LE MARQUIS

Oui , je suis serviteur De yotre ami Dura, de toute la famille , De madame sa femme , et surtout de sa fille.

Cet hymen est si cher, si précieux pour moi !... Je suis le bon ami du logis.

M. GRIPON.

Par ma foi , Ces amis du logis sont de mauvais augure.

Madame , sans amis , hâtons-nous de conclure.

Quoi! si tôt?

M» e . DU RU.

Sans donner le temps de consulter, De voir ma bru , mon gendre , et sans les présenter ? C'est pousser avec nous vivement votre pointe.

M. GRIPON.

Pour se bien marier il faut que la conjointe N'ait jamais entrevu son conjoint.

M ae . DURU.

Oui, d'accord, On s'en aime bien mieux ; mais je voudrais d'abord , Moi mère, et qui dois voir le parti qu'il faut prendre, Embrasser votre fille et voir un peu mon gendre.

M. GRIPON.

Vous les voyez en moi, corps pour corps, trait pour trait , Et ma fille Phlipotte est en tout mon portrait. M m «. DURU.

Les aimables enfans !

DAMIS

Oh! monsieur, je vous jure Qu'on ne sentit jamais une flamme plus pure.

M. GRIPON.

Pour ma Phlipotte ?

DAMIS

Hélas ! pour cet objet vainqueur Qui règne sur mes sens et m'a donné son cœur.

M. GRIPON.

On ne t'a rien donné : je ne puis te comprendre ; Ma fille , ainsi que moi , n'a point l'âme si tendre.

(àÉrise.)

Et vous , qui souriez , vous ne me dites rien?

ÉRISE.

Je dis la même chose , et je vous promets bien De placer les devoirs , les plaisirs ae ma vie , A plaire au tendre amant à qui mon cœur me lie. M. GRIPON.

Il n'est point tendre amant , vous répondez fort mal»

LE MARQUIS

Je vous jure qu'il Test.

M. GRIPON.

Oh ! quel original !

L'ami delà maison , mêlez-vous, je vous prie, Un peu moins de la fête et des gens qu'on marie.

( le Marquis loi fait des grandes révérences.) (àM"*.Duru.)

Or ça , j'ai réussi dans ma commission.

Je vois pour votre époux votre soumission $

Il ne faut à présent qu'un peu de signature.

J'amènerai demain le futur , la future.

Vous aurez deux en fan s, souples , respectueux,

Grands ménagers; enfin on sera content d'eux.

Il est vrai qu'ils n'ont pas les grands airs du beau monde.

M»«. DURU

C'est une bagatelle , et mon espoir se fonde Sur les leçons d'un père , et sur leurs sentimens , Qui valent cent fois mieux que ces dehors charmans. DAMIS.

J'aime déjà leur grâce et simple et naturelle.

ÉRISE.

Leur bon sens , dont leur père est le parfait modèle. LE MARQUIS.

Je leur crois bien du goût.

M. GRIPON.

Ils n'ont rien de cela.

Que diable ici fait-on de ce beau monsieur-là?

(àM»«.Duru)

A demain donc , madame ; une noce frugale Préparera sans bruit l'union conjugale.

Il est tard , et le soir jamais nous ne sortons. DAMIS.

Eh ! que faites-vous donc vers le soir ?

M. GRIPON.

Nous dormons.

On se lève avant jour ; ainsi fait votre père : Imitez-le dans tout pour vivre heureux sur terre. Soyez sobre , attentif à placer votre argent; Ne donnez jamais rien et prêtez rarement.

Demain de grand matin je reviendrai, madame.

M œe . DURU.

Pas si matin.

Allez, vous nous ravissez l'âme.

J*. GRIPON.

Cet homme me déplaît. Dès demain je prétends Que l'ami du logis déniche de céans.

Adieu.

MARTHE l'arrêtant par le brai.

Monsieur , un mot.

M. GRIt>ON.

Eh quoi ?

MARTHE

Sans vous déplaire , Peut-on vous proposer une excellente affaire?

M. GRIPON.

Proposez.

MARTHE

Vous donnez aux enfans du logis Phlipotte votre fille et Phlipot votre fils?

M. GRIPON.

Oui.

MARTHE

L'on donne une dot en pareille aventure.

M. GRIPON.

Pas toujours.

MARTHE

Vous pourriez , et je vous en conjure , Partager par moitié vos généreux présens.

M. GRIPON.

Comment ?

MARTHE

Payez la dot et gardez vos enfans.

M. GRIPON.

Madame , il nous faudra chasser cette donzelle ; Et l'ami du logis ne me plaît pas plus qu'elle.

iYs'en va , et tout le monde loi fait la référence.)

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