ACTE IL SCÈNE PREMIÈRE
M. CRIPON , DAMIS.
M. GRIPON.
Comment ! dans ce logis est-on fou, mon garçon ? Quel tapage a-t-on fait la nuit dans la maison ? Quoi ! deux tables encore impudemment dressées ! Des débris d'un festin, des chaises renversées, Des laquais étendus ronflant sur le plancher , Et quatre violons, qui, ne pouvant marcher , S'en vont en fredonnant à tâtons dans la rue ! , N'es-tu pas tout honteux ?
DAMIS
Non ; mon âme est émue D'un sentiment si doux, d'un si charmant plaisir, Que devant vous encor je n'en saurais rougir. M. GRIPON.
D'un sentiment si doux ! que diable veux-tu dire ?
DAMIS
Je dis que notre hymen à la famille inspire
Un délire de joie , un transport inouï.
A peine hier au soir sortîtes-vous d'ici ,
Que, livrés par avance au lien qui nous presse,
Après un long souper, la joie et la tendresse
Préparant à Penvi le lien conjugal ,
Nous avons , cette nuit, ici donné le bal. ,
M. GRIPON.
Voilà trop de fracas avec trop de dépense.
Je n';iime poîqt qu'on ait du plaisir par avance. Cette vie à ton père à coup sûr déplaira; Et que feras-tu donc quand on te marîra?*
DAMIS
Ah! si vous connaissiez cette ardeur vive et pure. Ces traits, ces feux sacrés l'âme de la nature, Cette délicatesse et ces ravissement , Qui ne sont bien connus que des heureux amans! Si vous saviez....
M. GRIPON.
Je sais que je ne puis comprendre Rien de ce que tu dis.
DAMIS
: Votre cœur n'est point tendre.
Vous ignorez les feux dont je suis consumé.
Mon cher monsieur -Gripon , vous n'avez point aimé.
• M. GJtlPON.
Si fait , si fait. .
DAMIS
Comment ! Vous aussi ? vous ?
M. GRIPOW.
Moi-même.
DAMIS
Vous concevez donc bien l'emportement extrême ,
Les douceurs....