‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 90 sur 466 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

M. DURU, MARTHE k la porte.

M. DURU

Oh ! quelle est cette jeune et belle demoiselle Qui va vers cette porte ? elle a l'air bien coquet. Est-ce ma fille? Mais.... j'en ai peur : en effet, Elle est bien faite au moins, passablement jolie , Et cela fait plaisir. Écoutez, je vous prie ; Où courez-vous si vite , aimable et chère enfant ?

MARTHE

Je vais chez ma maîtresse , en son appartement.

M. DURU

Quoi! vous êtes suivante? et de qui, ma mignonne?

MARTHE

De madame Dura.

M. DURU à part.

Je veux de la friponne Tirer quelque parti , m'instruire, si je puis. Écoutez.

MARTHE

Quoi , monsieur ?

M. DURU

Savez-vous qui je suis

MARTHE

Non ; mais je vois assez ce que vous pouvez être.

M. DURU

Je suis l'intime ami de monsieur votre maître , Et de monsieur Gripon. Je puis très-aisément Vous faire ici du bien, même en argent comptant.

HARTHE.

Vous me ferez plaisir. Mais, monsieur, le temps presse; Et yoici le moment de coucher ma maîtresse.

M. DURU

Se coucher quand il est neuf heures du matin ?

MARTHE

Oui. monsieur.

M. DURU

Quelle vie et quel horrible train I MARTHE.

C'est un train fort honnête. Après souper on joue; Après le jeu Ton danse, et puis on dort.

M. DURÛ.

J'avoue Que vous me surprenez ; je ne m'attendais pas Que madame Duru fit un si beau fracas.

MARTHE

Quoi ! cela vous surprend, vous bonhomme, à votre âge? Mais rien n'est plus commun. Madame fait usage Des grands biens amassés par son ladre mari ; Et , quand on tient maison , chacun en use ainsi. * M. DURU.

Mignonne, ces discours me font peine à comprendre ; Qu'est-ce tenir maison ?

MARTHE

Faut-il tout vous apprendre ?

D'où diable venez-vous ?

M. DURU

D'un peu loin.

MARTHE

Je le voi.

Vous me paraissez neuf, quoique antique.

M. DURU

Ma foi, Tout est neuf à mes yeux. Ma petite maîtresse , Vous tenez donc maison ?

MARTHE

. Oui.

M. DURU

Mais de quelle espèce? Et dans cette maison que fait-on , s'iL vous plait?

MARTHE

De quoi vous mêlez-vous ?

M. DURU

J'y prends quelque intérêt.

MARTHE

Vous, monsieur?

68o THÉÂTRE.

M. DURU. (ipart)

Oui , moi-même. Il faut que je hasarde Un peu d'or de ma poche avec cette égrillarde; Ce n'est pas sans regret ; mais essayons enfin.

( haot - ) .

Monsieur Duru vous fait ce présent par ma main.

MARTHE

Grand merci.

M. DURU

Méritez un tel effort , ma belle ; C'est à vous de montrer l'excès de votre zèle Pour le patron d'ici , le bon monsieur Duru, Que , par malheur pour vous , vous n'avez jamais ru. Quelque amant , entre nous , a, pendant son absence. Produit tous ces excès avec cette dépense ?

MARTHE

Quelque amant ! vous osez attaquer notre honneur ? Quelque amant ! A ce trait , qui blesse ma pudeur, Je ne sais qui me tient que mes mains appliquées Ne soient sur votre face avec cinq doigts marquées. Quelque amant ! dites-vous ?

M. DURU

Eh! pardon. •

MARTHE

Apprenez Que ce n'est pas à vous à fourrer votre nez Dans ce que fait madame.

M. DURU

Eh ! mais...

MARTHE

Elle est trop bonne, Trop sage , trop honnête et trop douce personne; Et vous êtes un sot avec vos questions...

( on sonne, )

J'y vais... un impudent, un rôdeur de maisons...

( on sonne. )

Tout à l'heure... un benêt qui pense que les filles Iront lui Confier les secrets des familles...

(on sonne. )

Eh , j'y cours... un vieux fou que la main que voilà

(on sonne. )

Devrait punir cent fois.... L'on y va , l'on y va.

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