DO
Vita ne litterts mors est : telle fut la devise que prit dès l’âge de quinze ans, au sortir des premières écoles, le jeune Williara Robertson, et la culture des lettres, dans leur sens le plus noble, continua à être l'affection de toute sa vie: La profession de ministre presbytérien, qu'il avait embrassée après avoir terminé ses études à l’université de Glasgow, lui faisait un devoir de continuer, dans le silence du cabinet, ces graves études qui pouvaient donner plus d'autorité à l’enseignement moral dû à ce: petit cercle religieux confié à ses conseils. Robertson fut toujours dévoué au sentiment du devoir, et ici ses goûts venaient plus activement féconder ses travaux. On le voit occupé tantôt d’une traduction de Marc-Aurèle, dont les principes stoïques furent toujours si conformes à ceux sur lesquels il régla sa propre conduite, tantôt cherchant à se perfectionner, dans des réunions d'hommes choisis à l'exercice d'une improvisation élégante et solide, Ce ne fut tutefoié qu’assez tard, à l’Age de trente-huit ans, qu'il compta assez sur ses propres forces pour se présenter sur un plus vaste théâtre que celui sur lequel s'était déjà fait sentir son influence éclairée, Ce n’était plus une congrégation religieuse assez restreinte, ce n’était plus un petit cercle d'amis lettrés qu’il allait admettre dans la confidence de ses travaux, et le public européen tout entier était appelé à en recueillir les fruits et à les apprécier. Le {°° février 1759, il publia à Londres sa première édition de l'Histoire d'Écosse, dont il avait conçu le plan quinze ans auparavant, dès son établissement dans le presbytère de Gladsmuir, en 1743; et un mois s'était à peine écoulé que son libraire lui en demanda une second” édition.
Dès ce moment, sa réputation fut assurée, et avec saréputation, sa fortuneet l'avenir d’une famille qui s'était plus rapidement augmentée que son revenu. Avec une ambition vulgaire il eût pu aspirer aux honneurs du monde. On lui offrait en perspective l'épiscopat anglais s’il eût voulu passer du presbytérianisme dans l'anglicanisme; mais Robertson était un homme de conscience, et il resta fidèle à ses principes religieux comme à ses goûts littéraires, qui n'étaient pas pour lui un marchepied,
maïs un but. De son obscure retraite de Gladsmur il passa à une des églises d'Édimbourg, et fut successivement nommé principal de l'université de cette ville et historiographe du roi pour l'Écosse, 11 me suffira, pour faire connaître l'opinion du public éclairé sur la première production de Robertson, de citer celle de deux des hommes les plus distingués de l’Angleterre, Walpole, connu en France par sa spirituelle correspondance avec madame du Deffand, et le célèbre historien Hume, qui venait de publier le volume desonHistoire relatif au règne de la reine Marie et du roi Jacques son fils.
Fragment d'une lettre de W.: alpole à W”. Robertson.
«J'ai terminé le premier volume de votre Histoire d'Écosse et je suis assez avancé dans la lecture du second: mais je ne veux pas attendre plus long-temps pour vous dire combien j'admire votre ouvrage. Votre modestie vous fera probablement supposer que c’est là un compliment de forme: mais comme je puis vous donner de bonnes raisons pour justifier mon approbation, vous devez croire que je ne veux pas plus vous flatter que je n’ai voulu vous lire superficiellement, à la hâte ou sans soin. Votre style est pur, convenable, égal; il est toujours naturel et facile, excepté çà et là, dans les mor- Ceaux où vous vous trouvez comme forcé de traduire de mauvais écrivains. Vous conviendrez Sans doute avec moi qu’un historien qui compose d'après des témoignages écrits ne saurait jamais avoir un style aussi coulant que celui dont le récit s'appuie sur ses informations personnelles, Vous êtes aussi clair qu’ingénieux, et votre narration intéresse vivement sans jamais languir. Vous avez réuni selon moi deux mérites bien difficiles à faire marcher d'accord : je veux dire que, bien que vous ayez composé votre Histoire de morceaux dont chacun pour. rait faire un mémoire séparé, vous avez su cependant les fondre si habilement qu'ils forment un corps d'histoire assez Compacte... Vous avez su être grave sans raideur, et vous avez évité le défaut danse lequel je tombe maintenant, l’antithèse et l'affectation. , ete.»
Fragment d'une lettre de Hume à #. Robertson.
«Vous devez avoir toute raison d’être satisfait du succès de votre Histoire, Je n’ai entendu personne qui n’en parlât avec une approbation chaleureuse; et ma lettre serait remplie d’une liste de noms propres si je voulais vous citer tous ceux dont les suffrages vous sont favo. rables..….., etc. »
ÿ VIE DE WILLIAM ROBERTSOY.
Fragment d'une autre lettre de Hume.
«Le grand succès de votre livre, indépendamment de con mérite réel, est encore augmenté par votre déférence pour les opinions établies. Comme c’est voire premier ouvrage, et qu’il a surpris un public qui n’était point sur ses gardes, on n’en a été aussi que plus disposé à rendre justice à son mérite; et ce mérite est tel que je ne connais aucun autre premier ouvrage qui ait autant approché de la perfection. »
«Cet ouvrage, dit Dugald-Stewart dans l'éloge de son ami prononcé devant la société royale d’Édimbourg, cet ouvrage, reçu d’une manière si flatteuse dès sa première apparition, n’eut pas moins de quatorze éditions pendant la vie de l’auteur; et malgré les attaques répétées qu'il eut à soutenir de la part de divers écrivains célèbres par la subtilité de leur esprit de controverse, et secondés par tous les préjugés qui agissent communément sur l'opinion des masses, Robertson eut la satisfaction de voir le succès de son livre aller toujours en croissant. Le caractère de Marie y a été retracé d’une manière nouvelle; ct l’histoire de ses malheurs a été redite avec une grande puissance d'expression et de pathétique par un historien plus indulgent pour ses erreurs, et plus enclin à la louer en toutes choses ; mais après tout, c'est dans l’histoire de Robertson que tout le monde voudra lire les événemens de son règne. Et tel est l'habile contraste des jours et des ombres, tel est l'irrésistible charme de sa narration, que son récit des aventures de cette si belle et si infortunée reine excite un plus profond intérêt dans ses diverses chances , éveille une plus profonde sympathie sur sa triste fin, que n’ont pu le faire tous les es:ais répétés pour canoniser sa mémoire, soit à l'inspiration du zèle sympathique de l’église romaine, soit à celle del’enthousiasme chevaleresque des Écossais »
A peine ce grand ouvrage historique était-il terminé que Robertson résolut de consacrer ses forces et ses connaissances à un autre. Divers sujets importans se présentèrent à son esprit, et avant de se décider, il consuita ses amis. Le docteur Blair l'engageait à écrire une histoire générale d’Angleterre, sans redouter la concurrence de Hume ; mais , bien qu’un tel sujet fût conforme à ses goûts et à ses études, et qu’on lui offrit de lui faire donner par la chambre des pairs un encouragement public à son exécution, il déclina tout espoir de réputation ou de fortune qui eùt pu nuire à son ami. Quatre autres époques s’offraient à son investigation : la première était une histoire de la Grèce antique; les conseils de Walpole et de Hume l'en détournèrent; la seconde, une histoire de la littérature; la troisième, une histoire du monde sous cinq grands princes, Nerva, Trajan, Adrien
et les deux Antonins. Walpole lui conseillait sur tout le choix de cette époque qui offrait, selon lu, une véritable histoire de l'humanité.
«Je ne suis pas, lui écrivait-il ,; grand admirateur des monarchies électives; et cependant je ne puis m’empécher de remarquer que, lorsqu’au lieu de passer à l'héri. tier le plus vertueux, le diadème de Marc-Aurèle passa à l'héritier de son sang , cette série de bienfaiteurs de l'humanité fut brisée ; car héréditaire et mauvais sont, j'ai regret de le dire, deux mots à peu près synonymes.»
Le dernier sujet était l'histoire de Charles V; c'était celui qui plaisait surtout à Robertson, et que Hume lui conseillait d'adopter, à moins qu'il ne se décidât pour une histoire de la réformation ; et ce fut aussi celui pour lequel il se décida.
L'histoire de Charles V, précédée de son admirable Introduction, parut enfin en 1769, dix ans après l’histoire d'Écosse. Robertson avait senti que toute composition historique devait être un tout complet , et que Jes divers événemens qni s’y trouvaient retracés devaient trouver leur explication dans l'œuvre même, sans autre recours à une œuvre étrangère. Les suffrages universels du monde savant furent la récompense de tant d’études consciencieuses.
«Votre Histoire, lui écrivait Hume, est écrite avec une noblesse, une dignité, une élégance, une solidité de jugement avec lesquelles peu d’autres peuvent entrer en comparaison. Elle surpasse de beaucoup , suivant moi votre Histoire d'Écosse.»
QÏ y a quatre jours, lui écrivait Voltaire, de Ferney, le 26 février 1770, que j'ai recu le beau présent dont vous m'avez honoré. Jele lis malgré les fluxions terribles qui me font craindre de perdre entièrement les yeux. Il me fait oublier tous mes maux. C’est à vous et à M. Hume qu’il appartient d'écrire l’histoire, Vous êtes éloquent , savant et impartial, Je me joins à l’Europe pour vous estimer. »
Pendant que la réputation de Robertson se répandait en Angleterre, il eut la bonne fortune
. de trouver dans Suard. un traducteur habile, qui
la répandit dans l'Europe entière , en reproduisant l'histoire de Charles V dans une langue plus universelle. Suard avait été désigné à Robertson par le baron d'Holbach , et jamais, il faut le dire, aucun traducteur n’a mieux reproduit les qualités de son modèle. Cette traduction fut pour Suard un titre qui lui ouvrit les portes de l'Académie française.
En composant son Histoire de Charles V, Robertson s'était aperçu que les événemens d'Amérique, dont il voulait faire un épisode de sa vaste narration , s'étendaient de manière à exiger une narration à part. De même que dans son Introduction il avait présenté un vaste tableau de l’avant-scène de cegrand drame, il voulait faire des affaires d'A. mérique un complément nécessaire de l’ensemble,
«J’ voyer rique d’acce mon l'instr consid par la ment | point épargi ceux « opinio plicati
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mier, le tieux de du doct l'amitié n'entre] puisse :
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admirateur des > puis m’empépasser à l'héri.
-Aurèle passa À aiteurs de l’hunauvais sont, ès synonymes.»
le Charles V; tobertson, et à moins qu’il éformation, décida.
de son admi- 769, dix ans vait senti que être un tout qni s’y trour explication rs à une œuls du monde l'études cons-
écrite avec une solidité de juent entrer en , Suivant moi
re, de Ferney,
présent dont xions terribles ent les yeux. Il set à M. Hume êtes éloquent, pour vous e8-
ertson se rénne fortune ‘ habile, qui reproduisant jue plus unià Robertson faut le dire, t les qualités pour Suard e l'Académie
es V, Robert d'Amérique, à vaste narer une narntroduction 'avant-scène affaires d'A.
l'ensemble,
et parut en 1777.
Hume était mort en 1776, uneannée avant la publication de l'Histoire d'Amérique; mais si letémoi- &nage de son approbation manque à Robertson ; un nouvel et puissant suffrage vient le remplacer. Le premier volume de Gibbon venait de paraître quelques mois avant la mort de Hume, et une liaison épistolaire s'était formée dès l’année suivante entre les deux grands historiens du Bas-Empire et de Charles V. Voici les six lettres de cette cor-
respondance qui nous ont été conservées.
Lettre du docteur Robertson à Gibbon.
«Au collége d'Édimbourg , le 5 juin 1727.
«Monsieur,
«J'ai désiré que M. Strahan prit la liberté de vous envoyer, en mon nom, un exemplaire de l'Histoire d’Amérique, que je souhaite que vous me fassiez l'honneur d'accepter, comme un témoignage non - seulement de mon respect, mais de ma reconnaissance, tant pour l'instruction que j'ai retirée de vos écrits, que pour la considération que vous avez fait réfléchir sur mon nom <
par la manière si obligeante dont vous m'avez publiquement traité. Je souhaite que ce nouvel ouvrage n’altère point des sentimens si flatteurs pour moi. Je n'ai pas épargné ma peine, dans la vue d'obtenir l'approbation de ceux dont j'avais tant à cœur de m'assurer la bonne opinion ; et je me flatte qu'on applaudira du moins à l’application que j'ai mise à la mériter.
«Une malheureuse indisposition a empêché l'exécution du dessein que j'avais formé de passer deux mois à Londres le printemps dernier, L’honneur de faire connaissance avec vous était un des plaisirs dont je m'étais flatté. Mais j'espère être plus heureux l'année prochaine : je vous prie de croire que je suisavec beaucoup de respect, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur, »
me
Lettre de Gibbon au docteur Robertson.
«Paris, 1777.
«Monsieur,
«Quand j'osai prétendre au titre d’historien, le premier, le plus naturel, mais en même temps le plus ambitieux des désirs que je formai, fut d'obtenir l'approbation du docteur Robertson et de M Hume : deux noms que
l'amitié a unis, et que la postérité ne séparera jamais, Je n’entreprendrai donc pas de dissimuler, quoique je ne puisse aisément l'exprimer, le plaisir que m'a fait votre obligeante lettre ainsi que la nouvelle du présent si
VIE DE WILLIAM ROBERTSON. ste
Mais à mesure que ses recherches s’étendaient, il s'apercevait qu'une histoire d'Amérique qui se bornerait à ce qui avait été entrepris dans le Nouveau-Monde par les Espagnols seuls serait nécessairement imparfaite et tronquée. Il résolut donc d'agrandir son plan et d’en faireun ouvrage toutà-fait distinct du premier, et dans lequel il comprendrait tout ce qui avait été fait dans le Nouveau-Monde par toutes les nations de l’Europe, Cet ouvrage employa huit années de son temps,
11} précieux qu’elle m’annonce, La satisfaction que, dans tous les cas, j'aurais partagée avec le public, sera actuellement relevée par un sentiment d’une nature plus personnelle et plus flatteuse, et il m'arrivera souvent de me dire tout bas à moi-même que j'ai, à quelques éfards, mérité l’estime de l'écrivain que j'admire.
«Une excursion de peu de durée que j'ai faite ici, et pour laquelle j'ai choisi les mois d’été » a été cause d’un peu de retard qu'a éprouvé l’arrivée de votre lettre, et m’empechera d’être en possession jusqu'à mon retour de l’exemplaire de votre Histoire que vous avez si poliment désiré qui me fût envoyé par M. Strahan. Mais j'ai déjà satisfait l’avidité de mon impatience ; et quoique j'aie été oblige de renvoyer le livre beaucoup plus tôt que je n'aurais souhaité, j'en ai assez lu Pour me convaincre que cette nouvelle publication soutiendra, et, s'il est possible, augmentera la réputation de l’auteur; que les matériaux ont été rassemblés avec soin et disposés avec habileté; que le premier livre renferme un compte savant et satisfaisant des progrès de la découverte; que les exploits, les dangers et les crimes des aventuriers espagnols, sont rapportés avec une chaleur tempérée ; et que la plus ori- Sinale, peut-être la plus curieuse portion de l'histoire des mœurs et des coutumes humaines, est enfin mise à l'abri
des incursions des sophistes et des déclamateurs. Lord
Stormont et le petit nombre de personnes de cette CaPie
tale qui ont eu l’occasion de lire l'Histoire d'Amérique, se
réunissent unanimement à cette opinion. Votre ouvrage est déjà devenu le sujet favori des conversations, et
M. Suard est incessamment pressé, comme je l'ai entendu
dire plusieurs foie, de fixer le temps où paraltra sa tra-
duction.
«Je meflatie que vous ne renoncerez pas à votre projet de faire une visite à Londres l'hiver prochain, ayant déjà joui par anticipation dans mon esprit des avantages que je tirerai d’une relation si intéressante et si honorable, Cependant je m’estimerai heureux s’il est quelque commission littéraire pour laquelle vous croyiez que je puisse vous étre utile à Paris, où je me propose de demeurer à peu près jusqu'aux approches du temps où le parlement se réunira, Permettez, par exemple, que je vous indique une recherche qui ne saurait vous être indifférente, et qui est peut-être à ma portée. Je dinai, il y a peu de jours, avec Bagniouski, ce fameux aventurier qui s’est échappé de son exil au Kamtschatka, et est revenu en Europe par le Japon et la Chine. Son récit est amusant, quoique j'ignore jusqu'où l’on peut avec sûreté se fier à sa véracité, quant aux circonstances. Son premier dessein avait été de pénétrer à travers le passage nord-est; et il a
suivi la côte d'Asie, en s'élevant jusqu’au 700 35 de lati-
tude, où il a été arrêté dans ses progrès par la glace, dans un détroit entre les deux continens, qui n’a que sept lieues de largeur. De là il est descendu le long de la côte d'Amérique jusqu’au cap Mendocin; mais, repoussé par les vents contraires, il n’a pu fagner, comme il se le proposait, le port d’Acapulco. Le journal de son voyage, avec sa carie originale, sont à présent à Versailles, au dépôt des affaires étrangères, et si vous jugiez qu'ils pussent vous être de quelque utilité nour une seconde
édition, je verrais ce qu’on peut faire, quoique je n’ignore
pas ce q'"1 dnit craindre de la basse jalousie que vous
avez pro: , . “ous-même, et que vous avez si justement repoussée, Je suis, etc. »
iv VIE DE WILLIAM ROBERTSON.
Lettre du docteur Robertson à Gibbon.
«Monsieur,
«J'ai requ. la lettre obligeante que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, et: certes il faudrait que je füsse bien orgueilleux si je n'étais: pas vain de l’approbatton que vous daignez nvaccorder. Vous devez’ à présent avoir eu:occasion delire plus attentivement l'ouvrage que vous n'aviez pu que: parcourir quand vous: n'écrivites; et j'aime à me flatter: que l'opinion: favorable que vous en aviez conçue n’est:pas diminuée, La manière dont vous parlez de: mon amitié avec M. Hume na été extrémement agréable, Je l'ai toujours considérée comme ime des plus heureuses: et. des plus honerables circonstances de ma vie, C’est un bonheur du siècle et du pays où nous vivons, que les hommes dé lettres puissent entrer dans Ia même carrière de scienees et la Parcourir avec succès, sans éprouver le moindre: sentiment d'envie ou de rivalité. Dans les rapports entre M. Hume et moi, nous avons toujours trouvé quelque chose à blâmer, aussi bien que quelque chose à louer. J'ai recu fréquemment de lui d’excellentes critiques sur mes ouvrages, et j'ai hasardé quelquefois de lui faire. mes observations sur les siens. Permettez-moi de compter sur la même indul- &ence de votre part. Si, en lisant l'Histoire d'Amérique, quelque chose, soit dans le sujet, soit dans le style, vous a paru répréhensible, je regarderai comme la faveur la plus signalée que vous veuilliez bienm’en faire part avec franchise. Je suis bien sûr de fagner à cette communicatiun,
«Recevez mes remercimens pour votre offre loyale de vous charger de mes commissions littéraires, Je l’accepte sans cérémonie, et je suis flatté de l'idée de vous devoir des secours. Je ne sais des aventures de Bsÿniouski que ce qui en a été débité dans quelques papiers pubiics.Si l'on peut se fier à sa véracité, ce qu'il rapporte ne peut qu'être très intéressant pour moi. Si vous aviez écrit l’histoire de l'Amérique, la question concernant la manière de la peupler n'aurait peut-être pas occupé beau- Coup votre attention: mais il me convenait davantage de la considérer avec étendue. Bagniouski (si on peut avoir confiance en lui) a vu ce qu'il me serait très utile de savoir. Je ne vois point de motif à la réserve que mettrait la cour de France à la communication de son journal e: des cartes qui l’éclaircissent, Mon nom peut-être pourra aider à obtenir une copie des deux objets. Votre intervention, je n’en doute pas, ÿ pourra beaucoup. Le refus d'une telle communication serait vraiment peu loyale, Lord Stormont { de qui j'ai reçu les marques d’attention les plus honorables) ne refuserait pas son appui s'il était nécessaire. Mais si votre cour ressemble à celle d’Espagne, je crains que toute proposition venant de la pat d'un ambassadeur n’excite la jalousie, Je crois que Vos soins particuliers seront plus efficaces, Comme il est
robable qu'une seconde édition sera mise de bonne heure sous pressé cet hiver, ce sera une faveur de plus, si VOUS voulez ne pas tarder à m'informer du succès de votre négociation. Comme tout ceci est un peu du style diplomatique, permettez-moi de vous recommander un diplomate, M, Füllarton, Ie nouveau secrétaire d'ambassade, est moti ami particulier. C’est un jeune Homme qui réunit les qualités du cœur et de esprit qui te rendent digne de votre’estime ct de votre amitié, Dai-
Sriez me rappeler à lui, J'ai l'honneur d’être avec le Plus profond respect, etc. »
Lettre du docteur Robertson à Gibbon.
sAu.collége: d'Édimbourg , le:12 mai:t78t. «Mon ctier monsieur,
a Je suis ronteux d’avoit’si lonig-temps différé de vous remeréler de l’aägréable présent de vos deux nouveaux volumes, Mais:au moment mére: où j'en achevais Ia pre: mière lecture, je suis tombé malade » €t jo n'ai pas:cessé pendant deux ou trois semaines d’étre ébranié,. lourd et languissant, Je suis à présent assez bien rétabli pour vous dire avec quélle parfaite satisfaction j'ai non-seulement lu, mais étudié cette partie de votre ouvrage, Vos talens ef votre application m’étaient assez connus pour me faire concevoir une grande attente : mais vous l'avez de beaucoup surpassée, Je né me sou viens pas d'avoir lu aucun ouvrage historique dont j'aie jamais retiré autant d'instruction ; et quand je considère dans quel champ stérile il vous a fallu glaner et chercher vos matériaux, je suis véritablement étonné que vous en ayez formé une histoire aussi intéressante et aussi liée, Je préfere Ie style de ces deux volumes à celui du premier. Cest ici la même beauté, la même richesse, la même clarté de langage, avec moins de cette recherche à laquelle la séduction de votre amour pour Tacite vous avait quelquefois entraîné, Le règne de Julien m'a fait infiniment de plaisir. Je craignais un peu que vous winclinassiez à quelque partialité envers lui; mais les bigots eux-mêmes avoueron!, je le crois, que vous avez tracé son caractère si singulier d'une main supérieure à toutes celles qui jus-
qu’à vous se sont exercées sur ce sujet. Votre ouvrage m'a ramené aux siens, dont j: n’avais qu’une légére
idée, et j'ai été frappé du bonheur avec lequel vous avez représenté ce mélange de fanatisme païen et de fanfaronnade philosophique, associés en lui aux qualités de héros et d’esprit supérieur. Votre chapitre concernant les peuples pasteurs est admirable, et quoique je me croie un passablement bon historien en général, il a été Houveau pour moi en grande partie. AussitôL que j'en aurai le loisir, je me propose de vous suivre dans les sources où vous avez puisé vos informations; et je ne doute pas de vous trouver aussi exact ici que dans les passages sur lesquels mon examen, s’est déjà exercé. Mon sentiment fut toujours qu’un historien doit se considérer comme un témoin qui dépose sous serment. J'aime À juger, d'après votre scrupuleuse exactitude, que vous pensez de même, Le dernier chapitre est le seul de votre ouvrage dont je ne suis pas parfaitement satisfait. Je trouve que otre description de la jurisprudence et des institutions des Franes est anticipée, et il me semble que le compte de leurs. guerres particulières, de leurs épreuves, de leur chevalerie, etc., aurait été mieux à sa place au siècle di Gharlemagne , vu même plus tard. Mais sur cela, et sur quelques autres légères critiques, j'aurai occasion de vous parler plus amplement, me proposant de me mettre en roule pour Londres lundi prochain. Jai véritablement beaucoup de choses à vous dire, et mon séjour devant être fort court, j'espère que votre porte, à laquelle je me présenterai souvent, sera toujours ouverte pour moi, Je ne saurais terminer sans vous dire combien j'approuve la
« la du
cons
d’att
ture
crair suite
prop
de vc toriq de se ait p conn aussi
avec étonr ficati je m' l'histc hélas éloge comp ces n Vous d'écri idées :
d'être avec le plus
à Gibbon.
g, le 12 mai 1784.
nps différé de vous 78 deux nouveaux n'achevais la pre:
et ju n'ai pas:cessé ébranié,. lourd et rétabli pour vous ai non-seulement re ouvrage. Vos ssez connus pour : mais vous l'avez iens pas d'avoir lu mais retiré autant dans quel champ er VOS matériaux, n ayez formé une Je préfere 1e style nier. Cest ici la me clarté de lanlaquelle la séducavait quelquefois finiment de plaiiclinassiez à quelgots eux-mêmes acé son caractère tes celles qui jus- . Votre ouvrage $ qu'une légére vec lequel vous sme paien et de lui aux qualités pitre concernant L quoique je me général, il a été siLôt que j’en aue dans les sour- 8; et je ne doute Jans les passages , Mon sentiment nsidérer comme ime à juger, d'a- Vous pensez de e votre ouvrage t. Je trouve que des institutions que le compte de 1reuves, de leur lace au siècle d:
sur cela , et sur )ccasion de vous.
le me mettre en ii véritablement 1 séjour devant à laquelle je me le pour moi. Je 1h j'approuve la
PPDA
VIE DE WILLIAM ROBERTSON
réserve avec laquelle sont éerits ces nouveaux volumies.
| C’est un point que j'ai examiné avec beaucoup d’atten- J'espère qu’elle vous mettra à l'abri de l'abus mathon:-
tion, ef je ne puis n’empécher dé troûver encore nète qu'on a fait contre vous de la liberté dupremier: Je | mon Opimiort est bien fondée;
suis toujours votre fidèle et affectionné. » au “quelles je me suis référé ; ear lorsque mes sentimens
difi irent des vôtres, c'est une raison pour rñ’en défier, et je pourrai bien vous importuner d’une lettre Sur ce sujet. Je suis extrémement flatté de la manière dont VOUS avez si souvent cité mon nom, lætus sim laudari à te laudato viro. C’est Pour moi une grande satisfaction d’avoir été distingué par les deux historiens de notre temps dont j’ai si fort ambitionné d'obtenir lopi- «..... Depuis votre Yoyage sur le continent, je n’ai nion favorable. »
pas travaillé autant que je l'aurais voulu, Ma santé n’a pas
été bonne, et en avançant en âge (j’aï à présent soixantesix ans), quoiqe mes facultés, je le crois du moins, soient encore dans leur entier, je trouve que mon esprit
Lettre du docteur Robertson à Gibbon.
Édimbourg » le 27 février 1788.
«Mon cher monsieur,
Après avoir términé la narration des expéditions eépagnoles, Robertson allait s’occuper de compléter son Histoire-par celle des colonies anglaises en a moins d'activité et d’ardeur, J'ai Pourtant terminé une Amérique, lorsque la guerre de l'indépendance Rae pt ad 2 : AS américaine vint l'arrêter dans l'exécution de son J'ai ajouté quelque chose à tous, et les additions à l’His- plan : il COnrprenait se l'importance dé Sie toire d'Écosse sont assez considérables. J'ai chargé lutte et voulait en attendre l'issue. La première M. Strahan de vous les envoyer uniformément reliés, et | partie, livrée au public, suffisait toutefois, à elle je souhaite que vous les receviez comme un témoignage | seule, à la fortune de l'ouvrage. de mon estime et de mon affection. Vous verrez que j'ai « Quelle force et quelle beauté de description,
trouvé dans M. Whitaker un adversaire tellement bigot | dit Dugald-Stewart , n’admire-t-on pas dans les et zélé, que quoique je n’aie récusé aucun article de foi,
que € L ..°® | détails des voyages de Colomb, de lapparition de sine je sois pour Ie moins aussi orthodoxe que lb | cénonvear continent, de l’entrevue des naturels me poursuit cependant avec toute l’âpreté de la haine du pays avec les avéituri bee lr Aves l théclogique. Notre ami, M Smith, que nous avons été en pay Fe : 1ers espagnols! Ave que rand danger de perdre, est à présent presque entière. | feu et quelle vie ne décrit-1l Pas tous les pas de ment rétabli. J'ai l'honneur d’être, etc., etc. » Cortès à travers les fortunes diverses de sa vaste et hasardeuse carrière! S'il cède parfois à l’influence des passions qui dominaient son héros, quel ardent tribut d’admiration et de sympathie ne paie-t-il pas aux vertus et aux malheurs des peuples subjugués! Les arts, les institutions, les mœurs de l'Europe et de l'Amérique, et surtout les brillans caractères de Cortès et de Guatimozin, lui permettent, dans cette partie de son ouvrage, d'alure, et assez avancé dans le dernier volume. Je n'ai pas at de ae D NT nt gas Nr OUIe de cette ter l'histoire. » :
NN au LDEN SE ae Cependant la lutte des colonies anglaises avec ravail des recherches, tant his- | 1a mère-patrie se prolongeait avec des succès divers, ct l'intérêt de Robertson était trop vivement OCCupé par la puissance des faits présens pour a # . que son jugement restât libre sur les faits passés. Connu, dans aucun siècle, ni chez aucune nation, d'un Il le comprit et abandonna son premier projet. On TE dede voit par une des lettres de Gibbon qu’un autre sujet YA Pas sans un peu de morti- | NON Moins national lui semblait appeler ses études. Quoiqu'il eùt abandonné dans le temps, par amitié regarder avec vanité comme | pour Hume, les propositions qui lui avaient été i » | faites d'écrire une histoire d'Angleterre , ce projet ra perl de ne puis Ha plus prétendre à cet n'avait cependant jamais cessé de lui sourire. el Je dois dire, comme Pline cle : Si F i i comparier li sum desidiosissinus. Fur Mats la mort de Hume syent EHVÉPFOITIEU ie n Hisces Nouveaux volumes, me Parait perféctionné encore, toire d'Angleterre avant qu'elle Fat complétement Vous avez acquis, par l'habitude d'écrire, l'avantage | Mise à fin, Robertson résolut de continuer el de d'écrire avec plus d'aisance. Je suis fâcheé de voir que nos | Compléter Hume, en écrivant l'Histoire d’Angleidées sur les effets des croisades ne se rencontrent pas, | terre depuis la révolution de 1688 jusqu’à l’acces-
\J sion de la maison de Hanovre. Les documens originaux publiés par J. Dalrymple et Mac-Pherson, et ensuite par lord Hardwick; les Mémoires de Noaïlles, si curieux pour les négociations françaises en Espagne; une précieuse collection des papiers du duc de Marlborougbh, et plusieurs autres collections particulières, lui offraient de nombreuses ressources. Dugald-Stewart, qui a reçu de son fils, M. W. Robertson, avocat à Édimbourg, et de plusieurs autres amis et membres de sa famille, la communication de tous ses papiers, n’a pu noûs apprendre pourquoi ce projet fut abandonné.
Robertson avait alors passé sa soixantième année. Ses talens et son caractère lui avaient acquis denombreux amis, dont la société charmait les loisirs que lui laissaient les soins moraux de ses occupations religieuses. Les importans événemens publics qui se succédaient avec rapidité étaient pour son patriotismecomme autant d'événemens desa vie. Lessoins de sa fortune avaient cessé de lui faire une loi d'une active occupation littéraire, et ses jours s’écoulaient studieux , paisibles et heureux. La lecture d'un méinoire du major Rennel sur une carte de l'Inde lui mit cependant encoreune fois la piume à la main : il avait alors soixante-huit ans. Il voulait n’écrire qu’un Mémoire pour examiner, plus complétement qu'il ne l’avait fait dans son Histoire d'Amérique, la connaissance que les anciens avaient de 1 inde, et ce Mémoire se transforma insensiblement en un volume riche de faits, tels qu’on pouvait les vutenir alors, et dont le style toujours pur et animé ne se sent en rien du déclin de l’Age, et conserve tous les caractères de ses premières compositions.
En décrivant la vie littéraire de Robertson, j'ai décrit les événemens de cette vie si noble et si belle. Ce n'est pas que ses talens le rendissent impropre à l’action de la vie publique; la sagacité avec laquelle il suit un événement dans ses causes et dans ses effets prouve assez ce qu'il eût pu faire, si son propre choix ou le hasard des circonstances l’eût porté à exécuter des faits dignes de l’histoire, plutôt qu’à se faire l'historien des grands faits des autres. Un jugement droit, une morale pure, un caractère ferme, une élocution choisie, le pouvoir de se concilier l'affection de tous, ce sont là des dons qui veuvent à la fois embellir la vie privée et honorer la vie publique.
Robertson en jouit paisiblement et sans hasard dans la longue douceur de la vie privée. Sa santé, qui avait toujours été excellente, parut décliner vers la fin de l’année 1791. Il vit philosophique-
VIE DE WILLIAM ROBERTSON
ment approcher la mort au milieu de ses amis et de sa famille. Pour jouir pendant ses derniers instans de la vue des champs et de la beauté du paysage, qui avaient toujours eu de grands charmes pour lui, il demanda qu'on le transportât d'Édimbourg à Grange-House, maison de campagne voisine de cette ville. Ce fut là que, délicieusement charmé encore de l'aspect des premières floraisors d'un printemps tardif, il mourut le 11 juin 1793 à l’âge de soixante-onze ans.
Les années ‘ui se sont écoulées depuis la mort de Robertson n'ont fait qu'ajouter à la gloire de ce grand historien dans son pays et dans le reste de l’Europe.
Suard qui avait si élégamment traduit son Histoire de Charles-Quint a également traduit les huit premiers livres de son Histoire d'Amérique ; et l’abbé Morellet a traduit les deux derniers. Il faut le dire, cesont peut-être les seules traductions dont le style puisse être cité à côté du style du modèle. Aucun autre traducteur n'oserait entreprendre de les refaire : ce sont celles que je reproduis ici,
Il existe plusieurs traductions de l'Histoire d'Écosse. L'une de Besset de la Chapelle, dont la première édition est de Londres, 1764, 2 vol. in-12, et la deuxième édition, augmentée d’un Appendice et de pièces justificatives, de Londres, 1772, 4 vol. in-12. Quoiqueinférieureen mérite aux deux traductions de Suard, celle de la Chapelle, n’est cependant pas sans mérite. Elle est toujours fidèle. Le Style en est naturel et ne manque pas de vivacité, Une autre a été donnée récemment par M. Campenon. Jai fait choix de celle de Besset de la Chapelle.
Le Mémoire sur la connaissance que les ancier s avaient de l'Inde, a été traduit par un écrivain anonyme, 1 vol. in-8°, Paris, 1792. C'est la seule traduction que je connaisse : c’est celle qu’on trouve reproduite dans cette édition.
J'ai tiré les principales données de cette bice graphie littéraire d’un excellent mémoire de Dugald-Stewart, imprimé en tête de la belle édition deLondres en un gros volume in-8°, 11 m'est doux de payer ici un nouvel hommage de reconnaissance à un ami enlevé trop tôt à un monde. qu'il honorait par ses vertus et éclairait par ses ouvrages.
J. A. C. Bucuon.
Paris, 12° décembre 1835,
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