LIVRE PREMIER
COUP D'OEIL SUR L'HISTOIRE D'ÉCOSSE AYANT LA MORT DE JACQUES v,
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Les premiers temps de l'histoire d'Ecosse se perdent dans l'obscurité de la fable. Les nations, ainsi que les hommes, n'arrivent que par degrés à la force de l'age. Les événemens de leur enfance, ou de leur tendre jeunesse, ne laissent pas de trace dans la mémoire, et ne méritent guère d'en laisser. ‘
L'ignorance grossière qui régnait ancienne-
les plus assurées, ne se tirent poiut de leurs propres auteurs, et qu'on est obligé d'avoir recours à ceux des Romains.
Lorsque les Romains, sous la conduite d'Agricola, portèrent pour la première fois leurs armes au nord de la Bretagne, ils trouvèrent ce pays habité par les Calédoniens, peuple féroce et guerrier. Après les avoir repoussés plutôt que ment dans tout le nord de l'Europe, les trans- subjugués, ils élevèrent une forte muraille entre migrations continuelles de ses peuples, et les | les embouchures des rivières de Forth et de révolutions fréquentes et destructives qu'elles | Clyde, et ils y fixèrent les bornes de leur em occasionèrent, mettent dans l'impossibilité de | pire. L'empereur Adrien, frappé des difficultés donner aucun renseignement bien authentique | qu'il y avait à défendre une frontière aussi r'esur l'origine de tous les royaumes qui sont éta- | Culée, resserra les bornes de la province romaine blis aujourd'hui dans cette partie du monde, | en Bretagne, et fit construire un nouveau rem-
Tout ce qui est au-delà de ce court espace de | part entre Newcastle et Carlisle. Les empetemps , décrit par des annalistes dignes de foi, | reurs suivans eurent l'ambition de recouvrer ce est plein d'obscurités , et laisse à l'invention un | qu'Adrien avait abandonné, et le pays renfermé
vide immense à remplir, Chaque nation, parune | entre les deux remparts fut possédé alternati-
vanité inséparable de la nature humaine, a cher- | vement par les Romains et par les Calédoniens.
| | Ché à remplir ce vide en combinant des faits | Verslecommencement ducinquième siècle, les in-
propres à relever son éclat et son antiquité; ct | cursions des Goths, et autres peuples barbares, l'histoire, destinée à présenter le vrai et à donner | obligèrent les Romains à rappeler les légions qui des leçons de sagesse, débute par un tissu de gardaient les provinces frontières pour venir fictions et d'absurdités. défendre le centre de leur empire. Ils abandon- Les Écossais sont aussi entètés de l'antiquité | nèrent alors toutes leurs conquètes dans la Brede leur origine qu'aucun de leurs voisins. Ils tagne, cherchent à se prévaloir de quelques légendes Le long séjour qu'ils avaient fait dans cette apochryphes, d’'anecdotes encore plus incer- | île avait commencé à policer ces peuples, et leur taines, tirées de leurs anciens bardes, et ils ! avait fait perdre quelque chose de leur ancienne étalent en conséquence une longue suite de rois | férocité. Les Bretons durent à leur commerce avec plusieurs siècles avant la naissance de Jésus- | les Romains l’art d'écrire, et celui de chiffrer et Christ, avec des détails bien circonstanciés des | de calculer, sans le secours desquels il est im poschoses remarquables arrivées Sous leurs règnes. | sible dé transmettre à la postérité la mémoire Cependant il est certain que pour ce qui con- | des événemens.
cerne l'Écosse et les autres Pays du nord, les ; Après la retraite des Romains, la Bretagne
premières connaissances que nous en avons, et : septentrionale resta sous la domination des u
Scots ou Écossais, et des Pictes. Les premiers, dont lesauteurs romains ne font aucunemention avant la fin du quatrième siècle, étaient vraisemblablement une colonie de Celtes ou Gaulois. On aperçoit cetie affinité dans leur langage, leurs mœurs, leurs rites et leurs cérémonies religieuses; circonstances bien plus décisives pour connaître l'origine des nations, que les traditions fabuleuses ou les contes d'annalistes crédules et mal informés, Les Écossais, suivant l'opinion commune, s'établirent d’abord en Irlande, et,
continuant ensuite à s'étendre par degrés le |
long des côtes, ils abordèrent enfin sur les côtes opposées à celte Île, et y fixèrent leur demeure. Ils eurent pendant plusieurs siècles des guerres vives et sanglantes à soutenir contre les Pictes. A la fin, Kenneth II, le soixante-neuvième roi des Écossais, suivant leur tradition fabuleuse, remporta une victoire complète sur les Pictes, et réunit en une seule monarchie tout le pays renfermé entre la muraille d'Adrien et la mer du Nord. Ce royaume prit le nom sous lequel il est aujourd'hui connu, et il le reçut de ces peuples qui y étaient d'abord arrivés comme étrangers, et qui y étaient pendant long-temps restés ignorés et peu considérables.
À cette époque l'histoire d'Écosse commencerait à mériter quelque attention, si les faits por- |
taient le caractère d'authenticité. Mais en partageant avec les autres nations l'inconvénient
d'avoir nos antiquités reculées, ensevelies dans |
d'épaisses ténèbres, nous avons le malheur particulier de voir nos faits les plus récens couverts à peu près de la même obscurité par la politique envieuse d'Édouard Ke”, roi d'Angleterre. Vers la fin du treizième siècle, ce prince entreprit de révoquer en doute lindépendancede l'Écosse, alléguant que ceroyaumeétait un fief de la couronne d'Angleterre, et soumis à- tous les devoirs de
vassalité, Pour établir cette prétention, il s'em- !
Para des archives publiques, il fit piller les églises et les monastères, il se saisit par force ou per sunercherie de plusieurs monumens d'histoire, qui tendaient à prouver, les uns l’ancien-
neté, d'autres la liberté da royaume d'Écosse ; il !
en emporta un grand nombre en Angleterre, et ordonna qu'on brûlât le restet, Cette fatale époque devait ensevelir dans l'oubli tous les évé-
lInne, &ssai, 552,
nemens passés ; cependant quelques chroniques imparfaites échappèrent à Édouard : des écrivains étrangers avaient recueilli quelques faits des plus importans relatifs à l'Écosse, et une tradition non suspecte conservait le souvenir des événemens les plus récens. Jean de Fordun, qui vivait dans le quatorzième siècle, rassembla avec unzèle industrieux ces fragmens épars, etilen'tira des matériaux dont il forma une histoire suivie.
Cet ouvrage fut reçu avec applaudissement par ses concitoyens ; et comme il ne se trouvait plus d'autres monumens plus anciens auxquels on pôt avoir recours, cette histoire prit la place des annales authentiques du royaume d'Écosse. On en tira des copies dans plusieurs monastères, et quelques religieux en donnèrent la continua tion sous les règnes suivans. Vers le commencement du seizième siècle, Jean Major et Hector Boethius publièrent leurs histoires d'Écosse, le premier d'un style sec et concis, le second avec plus d'agrément et d'abondance ; mais l'un et l'autre adoptant trop facilement les traditions fabuleuses. Quelques années après, Buchanan entreprit le même ouvrage, et si l'exactitude et l'impartialité se rencontraient avec l'élégance , le goût, la pureté, le nerf de son style, cette histoire pourrait aller de pair avec les plus beaux ouvrages de l'antiquité. Mais au lieu de rejeter Jes absurdités des anciens chroniqueurs, il s'attache à les embellir, il donne des grâces à la fiction, à ces vieilles légendes, qui n'avaient auparavant que de la rudesse et de l'extravagance.
L'histoire d'Écosse peut être divisée en quatre périodes. La première depuis l'origine de la monarchie jusqu'au règne de Kenneth II. La se conde depuis la conquête de Kenneth sur les Pictes jusqu’à la mort d'Alexandre IL. La troisième va jusqu’à la inort de Jacques V. Et I: quatrième continue jusqu'à l'avénement de Jacques VI au trône d'Angleterre,
La première période ne présente que fab!es et conjeetures. On doit l'abandonner aux recherches et à la crédulité des Compilateurs de vieilles chroniques. A la seconde époque on commence à entrevoir la vérité. Cette première lueur s'accroît par degrés : on peut passer légèrement sur les événemens qu’elle présente, sans s'attacher au détail et à la discussion. A la troi sième époque , l'histoire d'Écosse devient plus intéressante et plus authentique au moyen des
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monumens qui se sont conservés en Angleterre. Le récit des événemens y est accompagné de l'exposition de leurs causes et de leurs effets : on y peint le caractère des principaux acteurs Ps les mœurs du siècle y sont présentées : on y trouve les divers changemens arrivés dans. la constitution ; un Écossais peut alors commencer à lire avec attention et avec fruit l'histoire de son pays.
Les affaires d'Écosse sont , pendant le cours de la quatrième période , tellement mélées avec celles des autres nations ; sa position dans l'état politique de l'Europe devient si intéressante , et si liée avec celle des royaumes voisins , que son histoire devient un objet d'attention pour tous les étrangers, et qu'il serait impossible de. se former de justes idées, tant des événemens: les plus remarquables , que. des personnages, les plus distingués, du seizième siècle, sans. avoir quelque connaissance des révolutions extraordinaires et variées qui. ont agité le royaume d'Écosse.
Je me bornerai dans cet ouvrage. à. donner l'histoire de la quatrième époque. Un coup d'œil sur l’état politique de ce royaume, pendant Celle qui la précède immédiatement, fera le sujet de ce premier livre. Cette introduction est. également nécessaire aux étrangers, et aux Écossais qui veulent s'instruire de l'histoire de leur pays.
La période depuis la mort d'Alexandre Hi, jusqu’à la mort de Jacques V, contient environ deux cent cinquante ans, depuis l'année 1286 k jusqu'en 1542.
La scène s'ouvre par la fameuse contestation au sujet de l'indépendance de l'Écosse, Avant la réunion des deux royaumes, d'Angleterre et d'Écosse, cette question était très importante, Si l'une des deux couronnes avait été regardée comme feudataire et vassale de l'autre, le traité d'union n'aurait pas pu être fait de pair à pair, et les avantages donnés au royaume dépendant auraient été regardés comme une concession laite par un souverain à son vassal. Vers le commencement du siècle passé, pendant que le traité d'union se négociait , cette question fut agitée avec toute la chaleur et l'animosité naturelles entre deux nations rivales. Ce qui était alors une dispute sérieuse est devenue depuis la réunion, un simple objet de curiosité. Cependant
cette contestation, qui a paru si importante à no$ ancêtres, ne peut pas nous être absolument indifférente.
Les rois d'Écosse possédaient anciennement quelques-uns des comtés situés. an nord de l'An: gleterre, et suivant les plus anciennes traditions des coutumes féodales » ils tenaient ces possessions du roi d'Angleterre et lui en rendaient hommage, Cet hommage, que le roi d'Écosse ne devait que pour les pays qu’il possédait en. Angleterre, ne dérogeait en aucune manière à sa dignité royale. Rien de plus. analogue à l'esprit du droit féodal que de voir la même personne être en même temps seigneur et vassal + libre et dépendant , à raison de ces différentes possessions, 1.
La couronne d'Angleterre était sans contredit indépendante, quoique les princes qui l'ont portée aient été pendant plusieurs. siccles vas. saux des rois de France, et, à raison des pays qu’ils possédaient dans ce royaume, tenus de rendre tous les services qu'un souverain féodal est en droit d'exiger. Les rois d'Écosse étaient
dans le même cas : monarques libres et indé pendans, mais vassaux des rois d'Angleterre, pour raison des pays qu'ils possédaient dans l'étendue de ce royaume. Le monarque anglais, content des droits qui lui étaient acquis par la loi, et qui ne lui étaient point contestés, ne songeait point à en usurper d'autres. L'Angleterre conquise par les Saxons ; Qui la divisèrent en plusieurs petits royaumes, n'était point en état d'étendre son domaine aux dépens de l’'É- Cosse, qui ne formait alors qu’une seule monarchie. Ces petites principautés se réunirent à la vérité peu à peu, et formèrent à la fin un royaume; mais les princes qui y régnaient , exposés
! On en voit un exemple bien singulier dans l’histoire de France. Arpin vend la vicomté de la ville de Bourges au roi Philippe Ier, qui rend hommage au comte de San cerre pour la portion du territoire qui relevait de ce seipneur, an 1100. Je crois que, ni dans l'histoire d’Angleterre ni dans celle d'Écosse, on ne trouverait un pareïl, exemple d'un roi rendant hommage à son propre sujet. Philippe-le-Bel abolit cet usage en France en 1302, Hénault, Abrégé chronologique: Un fait à peu près semblable est celui de l'abbé de Melrose, qui, en l’année 1535, nomme le roi Jacques V bailli ou steward de ceite ab baye, l'investissant de tous les pouvoirs appartenant à cet office, ec lui déclarant qu'il est responsable à Fabbé dë l'excreice dudit office. (4rchives publiques d'Edinbourz.) :
pl
continuellement aux invasions des Danois, et souvent obligés de plier sous le joug de ces pirates formidables, portèrent rarement leurs armes en Écosse, et furent absolument hors d'état de tenter avec succès des entreprises sur ce pays. Les premiers rois normands, occupés à introduire leurs lois et leurs coutumes dans le royaume qu'ils avaient conquis , ou bien à se maintenir sur un trône, auquel plusieurs d’entre eux n'avaient que des droits fort incertains, ne son-
D be "art ae
geaient point à é*:: re leur autorité, ni à for- | mer des prétentions sur l'Écosse. L'infortune |
imprévue d'un roi d'Écosse fit concevoir aux Anglais le projet d’assujettir ce royaume. Guillaume fut fait prisonnier, à Alnwick, par Henri II, roi d'Angleterre, qui, pour prix de sa liberté , exigea de lui une rançon exorbitante, avec promesse de lui remettre les places les plus fortes de ses états, et le força en même temps de lui rendre hommage de tout son royaume.
Richard 1”, prince généreux , renonça solennel- ‘cet hommage, ct affranchit Guillaume
tions dures que Henri lui avait impo- ‘ out d'un siècle ou environ, après la me. « alexandre IT, Édouard I°" sut se prévaloir de la situation des affaires d'Ecosse ; il acquit plus d'influence et d'autorité dans ce royaume qu'aucun des rois d'Angleterre, ses prédécesseurs , et s'attachant plutôt à imiter la politique intéressée de Henri que la grandeur d'âme de Richard, il fit revivre la prétention de souveraineté que le premier avait formée.
Marguerite de Norwège, petite-fille d’Alexandre, et héritière de sa couronne, ne lui survécut pas long-temps. Le droit de succession échut aux descendans de David,comte del luntington, troisième fils du roi David K, De ce nombre étaient Robert Bruce et Jean Baliol , deux illustres compétiteurs qui se mirent sur les rangs. Bruce était fils d'Isabelle, seconde fille du comte David. Baliol était petit-fils de Marguerite , fille atnée de ce mème comte, Suivant les lois actuellement établies pour les successions, le droit de Baliol était le meilleur, et quoique Bruce eût pour lui la proximité du sang et du degré, la prétention de Baliol, comme représentant sa mère et sa grand'mère, aurait dû paraître incontestable. Mais l'ordre de succession n'était point déterminé alors avec la même précision qu’il l'est au-
jourd'hui. La question parut aussi difficile qu'elle était importante, et quoique les préjugés du peuple, et peut-être les anciennes lois du royaume, parlassent en faveur de Bruce, les deuxcandidats furent , chacun de leur côté, soutenus par des factions puissantes. Il était à craindre qu'un différend que la loi ne décidait point fût terminé par les armes. Pour éviter les malheurs d’une guerre civile, Édouard fut choisi pour arbitre , et les deux parties convinrent de s'en rapporter à sa décision. Cette démarche pensa être fatale à l'indén:ndance de l'Écosse, et la nation, par son empressement àse garantir de la guerre civile , fut non-seulement exposée à cette calamité, mais même sur le point d'être soumise à un joug étranger. Édouard était artificieux , brave, entreprenant , régnant sur un peuple puissant et guerrier, en paix avec tout l'univers. L'anarchie où se trouvait l'Écosse, l'ambition des compétiteurs prèts à sacrifier leur patrie pour se procurer une couronne, même dépendante , invitèrent Édouard à se mettre premièrement en possession du royaume, et ensuite à lassujettir. L'autorité d’arbitre qui lui avait été conférée imprudemment , et dont les Écossais n'avaient pas senti les conséquences dangereuses, le mit en état d'exécuter ses projets avec la plus grande facilité. Sous prétexte d'examiner la question avec plus de solennité, il convoqua tous les barons d'Écosse, à Norham, il en gagna quelques-uns, il intimida les autres, et il les amena tous , sans eu excepter Bruce et Baliol, à reconnaître l'Écosse pour fief de la couronne d'Angleterre, et à lui prêter serment de fidélité , comme à leur seigneur lige, ou à leur souverain. Ce premier pas fait le conduisit à un autre bien plus important. Édouard représenta qu'il serait inutile qu'il prononçât un jugement qu'il ne serait point en droit de faire exécuter , et il demanda en conséquence qu’on le mit en possession du royaume, pour qu'il pôt ensuite le remettre à celui dont le droit serait trouvé le meilleur. La pusillanimité des nobles , l’impatiente ambition des prétendans, étaient portées à un tel point, que tous consentirent à cette étrange demande, à l'exception d’un seul homme , Gilbert d'Umfraville, comte d’Angus, qui eut le courage de refuser de rendre à l'ennemi de son pays les châteaux qu’il avait en garde, Édouard , trouvant Baliol
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le plus soumis et le moins à craindre des deux compétiteurs, se hâja de prononcer en sa faveur.
Baliol renouvela ses actes de sujétion, se reconnut vassal de l'Angleterre, et se soumit à toutes les conditions que le souverain qu'il venait de reconnaître voulut lui imposer.
Édouard, après avoir ainsi placé sa créature sur le trône d'Écosse, et forcé la noblesse de renoncer à l'indépendance et à l’ancienne liberté de son pays, pensa que son haut domaine ! sur l'Écosse était solidement établi. Mais il voulut trop tôt agir en maitre. L'esprit d'indépendance, une sort: de férocité, faisoient porter impatiemment à ces nouveaux vassaux un joug auquel ils n'étaient point accoutumés.
Baliol lui-même, cet esprit bas et rampant , commençait à se rautiner. Édouard, qui n'avait plus besoin de ce fantôme de roi, le força de descendre du trône, et entreprit mème owertement de s'emparer de la couronne, comme lui étant dévolue pour forfaiture et crime de rébellion de son vassal. Dans ce moment critique parut sur la scène un héros, à qui l’enthousiasme et l’admiration des Écossais a fait attribuer des prouesses fabuleuses , quoique sa valeur , sa probité , sa sagesse, n'eussent pas besoin d’être relevées par le merveilleux de la fiction. Guillaume Wallace, presque seul, osa prendre les armes pour la défense du royaume, et sa hardiesse réveilla les esprits de ses concitoyens. Enfin Robert Bruce, petit-fils de celui qui avait disputé la couronne à Baliol, se présenta pour venger l'honneur de
sa patrie. Les nobles, confus de leur bassesse , furieux des affronts continuels qu'on faisait à la
“nation , se rangèrent en foule sous ses étendards-
Le monarque anglais, dans le dessein d’écraser d'un seul coup la rébeilion, entre en Écosse à la tête d'une armée formidable. Les Écossais, quoique souvent vaincus dans plusieurs batailles, ne furent point domptés. Le zèle ardent de la noblesse pour l'indépendance du royaume, la prudence et la valeur de Bruce, et, plus que tout, l'enthousiasme national pour une cause de cette espèce, repoussèrent tous les efforts d'Édouard, renversèrent tous ses projets, et contre-balancèrent les avantages qu'il tenait du grand nombre
! Dominium eminens, c'est le droit de suzeraineté. |
et de l'opulence de ses sujets. La guerre continuée pendant plus de soixante-dix ans, presque sans interruption, n'eut pas un meilleur succès pour les rois d'Angleterre. Bruce et sa postérité se maintinrent en possession du trône d'Écosse ; et gouvernérent avec une autorité qui ne le cédait en rien à celle des premiers rois.
Mais pendant que le sort des armes , juge souverain des querelles entre les nations, était employé pour terminer ce démélé, ni Édouard ni les Écossais ne paraissaient douter de leur bon droit. On en appelait à l'histoire, on compulsait les anciens registres, et de part et d'autre on produisait des titres qu'on regardait comme incontestables, On voit encore aujourd'hui les lettres et mémoires adressés par les partis au pape, qu'on regardait comme le père commun, et qu'on réclamait aussi trés souvent comme le juge légitime de tous les princes chrétiens. Les fables des premiers temps de l'histoire d’Angleterre , la partialité des chroniqueurs, des traités et des chartres supposées , étaient les preuves dont Édouard se servait pour appuyer son droit de souveraineté sur l'Écosse ; et l'hommage rendu par les rois d'Écosse, pour les pays qu'ils possée daient en Angleterre, était faussement allégué comme renfermant implicitement la preuve de la sujétion de tout le royaumet Quelque mal fondées que fussent les prétentions des Anglais, ilsne manquèrent jamais de les faire revivre dans toutes les querelles qui s’élevérent depuis entre Jes deux nations, et ellés furent toujours rejetéesavec indignation par les Écossais : de là cette haine implacable et forcenée qui subsista pendant si long-temps entre ces deux royaumes. Cette antipathie nationale était fomentée non-seulement
par des hostilités fréquentes, par des injustices réciproques, mais aussi parce que l’Angiais re gardait l'Écossais comme un vassal qui avait ed l'audace de se révolter, et que l'Écossais de s08 côté regardait l'Anglais comme un usurpateur qui n'avait pour but que de l’asservir.
Dans les premières années du règne de Bruce la forme du gouvernement en Écosse était la même que dans tous les autres royaumes de l'Eu-
| rope. Cette ressemblance étonnante de constitu-
tions et de lois, prouve démonstrativement que
1 Essais historiques d'Anderson, concernant l’indépendance, etc.
les nations qui renversèrent l'empire romain, et qui fondérent ces royaumes, quoique partagées en différentes colonies, et distinguées par des noms différens, étaient originairement le même peuple, Lorsqu'or jette les yeux sur le système féodal, sw les lois, sur la politique, et sur la construction singulière de cet édifice prodigieux, le premier objet qui nous frappe est le roi. On prétend qu'il est le seul propriétaire .de toutes les terres qui sont dans ses états ; que ses sujets tiennent de lui leurspossessions et que par reconnaissance ils consacrent leurs vies à son service ; que toutes les marques.de distinction, les titres, les dignités, découlent de lui comme de la source de tous les honneurs et de toutes .les grâces. Nous voyons les pairs les plus puissans, prosternés à ses pieds, les mains jointes , lui prêter serment de fidélité, et le reconnaitre pour leur seigneur lige et souverain: de là nous pourrions conclure que ce prince est un monarque tout-puissant, et même absolu : cependant ce raisonnement serait peu exact. Le génie du gouverment féodal est purement aristocratique. Avec tout l'appareil de la royauté, avec tout cet extérieur de despotisme, le pouvoir du roi, dans un gouvernement féodal, était de tous le plus limité.
La plupart des nations du nord, avant que de sortir de leurs habitations pour conquérir le monde, ne paraissent point avoir été soumises au gouvernement des rois!, et même dans les endroits où le pouvoir monarchique avait lieu , il paraît qe le prince avait peu d'autorité. Plutôt général que roi, son autorité dans le ruilitaire était fort étendue, mais sa juridiction très bornée dans le gouvernement civil 2, L'armée qu'il commandait n’était point composée de soldats enrôlés et forcés de servir, mais de volontaires qui suivaient ses étendards?. Ils ne faisaient pas des conquêtes pour leur chef ; mais pour eux-mêmes, Libres dans leur pays, ils ne renonçaient point à leur liberté lorsqu'ils avaient acquis de nouveaux établissemens.
Ils n'ôtaient point la vie aux habitans des pays qu'ils avaient conquis, ils s'enparaient de la plus grande partie des terres, et prenaient les hommes sous leur protection. La difficulté de
1 Cæsar, lib, vi, cap. xxur,
3 Tacit., de Mor, Germ., cap. vu, 11.
* Cæsar, 1bid,
se maintenir dans de nouvelles conquêtes, et le danger d’être envahis par d’autres, les mettant dans la nécessité de se teni:: toujours en état de défense, le gouvernement qu'ils y formaient était entièrement militaire , et presque semblable à celui du pays où ils avaient pris naissance, Leur général continuant toujours à être le chef de la colonie, la plus grande partie des terres conquises lui.était assignée, le reste était partagé entre ses principaux officiers, et ces concessions étaient appelées bénéfices ou fiefs. Comme il était nécessaire pour le bien commun et pour la sûreté, que les officiers fussent dans toutes les occasions prêts à paraitre armés pour la défense commune, et qu'ils devoient alors continuer à obéir à leur général, ils s'engagèrent eux-mêmes à se mettre en campagne lorsqi'ils seraient appelés, et à le servir avec un nombre d'h5mmes proportionné à l'étendue des pays qu'ils possédaient, Ces grands officiers partagtrent ensuite leurs terres entre ceux qui les suivaient, er leur imposant les mêmes conditions. Un royaume féodal était propreme:.
le camp d’une grande armée, Le génie militaire y dominait, la subordination militaire y était établie, et la possession du sol était la paie que chaque soldat recevait pour le service personnel. On voit par ce détail que la possession du pays était accordée à volonté, et que le roi était électif, Enfin, un officier désagréable à son général était privé de sa paie, et la personne qu'on jugeait la plus capable de conduire une armée était choisie pour commander. Tels furent les élémens et l'enfance du gouvernement féodal.
Mais long-temps avant le commencement du quatorzième siècle, lesystème féodal avait subi plusieurs changemens. Les principaux étaient que le roi, anciennement électif , devint héréditaire : les fiefs, qui n'étaient auparavant donnés qu'à volonté, passèrent du père au fils, et furent rendus perpétuels et héréditaires. Ces changemens également avantageux aux nobles et au roi, ne causèrent aucune altération à l'esprit aristocratique de la constitution féodale, Le roi, à une certaine distance, paraissait revêtu de pouvoir et de majesté; de plus près, 4 n'apercevait en lui aucun des avantages qui cuastituent la grandeur et l'autorité d’un monarque, Ses revenus étaient médiocres : il n'avait point un état d'ar-
DÉDRRAAE e
(1329) onquêtes, et le es, les mettant Jurs en état de s y formaient esque semblapris naissance, à-être le chef rtie-des terres este était par- S, et ces conices ou fiefs, bien commun s fussent .-dans re armés pour devoient alors ils s'engagèimpagne lorsrvir avec un l'étendue des ands officiers ntre ceux qui s mêmes cont propreme:.i énie militaire taire y était it la paie que ice personnel.
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mée subsistante, et la juridiction ne lui appartenait point en propre.
Dans ce temps où la pompe et le faste étaient inconnus , mème dans les palais des rois; où les
officiers de la couronne avaient des appointe-.
mens peu considérables au-délà des droits et du casuel de leurs offices; où les ambassades dans les cours étrangères étaient très rares; où les armées étaient composées de soldats qui servaient sans paye; il n’était pas nécessaire que le roi possédât de si grands revenus, et l'état de l'Europe ne procurait point alors tant de riches-
ses à ses princes. Le commerce faisait peu de
progrès dans des royaumes où le gouvernement féodal était établi,
L'institution de ce gouvernement qui n’avait pour objet que de porter les esprits à la guerre, de former des soldats, et de leur persuader que la profession des armes était la seule qui fût honorable, devait naturellement décourager les arts et le commerce. En conséquence, les revenus qui se tirent de taxes imposées sur les différentes branches de commerce, étaient peu considérables, et le trésor du prince recevait peu d’accroissement d’une source qui, chez un peuple commerçant, coule avec abondance, et devient presque inépuisable, 11 n'y avait pas même de taxes fixes sur les terres; un fardeau de cette sorte aurait paru insupportable à des hommes qui avaient reçu leurs biens comme la récompense de leur valeur, et qui regardaient leurs services à la guerre comme une rétribution suffisante pour les terres qu'ils possédaient. Le domaine du roi, ou les terres qu’il retenait en ses mains et qui devenaient inaliénables, fournissaient à la subsistance de la cour, et aux dépenses ordinaires du gouvernement, Les seules taxes déterminées par le droit féodal, et que le vassal était obligé de payer au roi, ou bien à celui dont il tenait ses terres, étaient de trois sortes : l’une, lorsque son fils aîné était fait chevalier; l'autre, lorsque sa fille aînée se mariait : et la troisième, lorsqu'il s'agissait de payer sa rançon s'il lui arrivait d'être fait prisonnier, Outre cela, le roi avait les droits éventuels de fief, de garde-noble, de mariage, et autres, sur ses propres vassaux, Dans des cas extraordinaires ,
lCraig., de Feud,, \ib.r, Dicg., 14, Du Cange, Gloss., voc. Dominicrim.
ses sujets lui-donnaïent un subside, qui prenait le nom de bénévolence , ou don gratuit, pour montrer que le roi ne recevait ce secours .en vertu d'aucun droit, mais comme un présent fait de bonne volonté t. Tous ces objets réunis ne formaient qu'un revenu médiocre et précaire, qui, bien loin de mettre le roi-en état de former aucune entreprise qui pôt exciter la jalousie des nobles, ou leur donner de la crainte, le tenait au contraire dans un état continuel d'indigence, d'inquiétude et de dépendance.
Le roi ne pouvait pas suppléer à la modicité de ses finances par la terreur de ses armes. On ne connut point les soldats mercenaires, ni les troupes réglées, tant que le gouvernement féodal fut en vigueur. Toute l'Europe était peuplée de soldats. Les vassaux du roi, les arritre-vassaux relevant des barons étaient tous obligés de porter les armes. La pauvreté des rois ne leur permettait point alors de fortifier leurs places frontières ; quelques semaines terminaient une campagne : le courage farouche , impétueux, était toujours impatient de commettre au sort d'une bataille la décision de toutes les querelles; une armée sans paye et peu disciplinée était suffisante pour tous les projets quiavaient pour objet la sûreté et l'honneur de la nation. Une telle armée , bien loin d’être un instrument de force et de terreur à la disposition du roi, était, au contraire, aussi formidable pour lui-même que pourses ennemis. Plus un peuple était guerrier, plus il devenait indépendant. Les mêmes personnes étant soldats et sujets, les priviléges dans la vie civile et es immunités étaient les suites de leurs victoires et la récompense de leurs exploits. Ces conquérans, dont les armées mercenaires sont le plus souvent, dans la forme actuelle de nos gouvernemens , des tyrans de leurs peuples, des fléaux de l'humanité , étaient ordinairement , dans le système de la constitution féodale, les princes les plus humains, les plus doux pour leurs sujets, parce qu'ils avaient toujours de plus en plus besoin de leur assistance. Un prince que la guerre et les victoires mème ne rendaient pas maître de sa propre armée, ne conservait pas l'ombre du pouvoir militaire en temps de paix. Les soldats licenciés se mélaient avec les autres sujets : personne ne
? Du Cange, au mot Æuæxilium.
enr arnnnenmeerm an nenmn
recevait de lui de solde ni de salaire : plusieurs
siècles s'écoulèrent avant que l'usage fût intro- ; Personnes du : l'administration de la justice dans leurs propres
duit d'une garde soudoyée pour la sûreté de sa personne : privé d’une armée toujours sur pied, le plus fort appui de la domination , l'autorité royaleïrestait dans un état de faiblesse, et tombait même souvent dans le mépris.
D’autres circonstances tendaient encore à déprimer la puissance royale. Le système féodal resserrait dans des bornes très étroites l'autorité du roi, pour ce qui concernait l'administration de la justice. Il paraît qu'anciennement les princes étaient les juges suprèmes de leurs peuples. Ils tenaient les audiences en personne, et décidaient toutes les contestations. La multiplication des procès mit bientôt dans la nécessité de commettre des juges pour décider, au nom du roi, les affaires qui appartenaient à la juridiction royale. Mais lorsque les Barbares inondérent toute l’Europe, après avoir détruit la plupart des grandes villes, ils partagèrent les pays dont ils s'étaient emparés entre plusieurs barons puissans , suivis d'une foule de vassaux qui leur étaient tout dévoués, et auxquels, en revanche, ils promettaient secours et protection contre ceux qui voudraient es attaquer ou leur faire quelque tort. L'administration de la justice fut bar ce moy£n considérablement interrompue, et l’exécu‘ion des sentences judiciaires devenait presque impraticable. Le larcin, les brigandages , les meurtres, les désordres de toute espèce furent portés, dans tous les royaumes de l'Europe, à un degré presque incroyable, et rarement compatible avec l'existence d’une société civile,
L'agresseur se réfugiait sous la protection de quelque seigneur puissant, qui le mettait à couvert des poursuites de la justice. L'union et les efforts de la moitié d'un royaume étaient quel-
- quefois nécessaires pour venir à bout de se saisir À d'un criminel , et de le punir !.
! On en voit encore, en l’année 1461, un exemple re-
: marquable, dansle cours de cette histoire. La reine Marie, ; ayant ordonné qu'on tiendrait sur les frontières une cour
? de justice, onze provinces au moins furent sommées de
veiller à la garde de celui qui devait, comme juge, prési-
der à cette commission, et de lui prêter main forte pour faire exécuter ses décisions.
Les propres termes de la déclaration méritent d’être rapportés comme étant une preuve convaincante de la faiblesse du gouvernement féodal. «Et d'autant qu'à est
Pour remédier à ces inconvéniens , plusieurs personnes de distinction furent chargées de
territoires. Autant qu'on peut le présuner, cette concession ne fut d'abord que passagère, le privilége n'était que personnel ; mais l'esprit d’usurpation des nobles vint bientôt à bout de le convertir en un droit réel, et même héréditaire. Les terres de quelques-uns furent érigées en baronnies, d’autres en reégalités. La juridiction des premiers était d’une très grande étendue, celle des autres était royale, ainsi que le nom le porte, et presque illimitée, Toutes les causes civiles ou criminelles étaient portées devant des juges commis par le seigneur de la régalité; et si quelque personne de son territoire était appelée en justice par les tribunaux du roi, le seigneur de la régalité pouvait arrêter la procédure, et par le privilége de repleige, ou recours, évoquer l'affaire à sa propte juridiction, et même punir son vassal , s’il s'était soumis volontairement à une juridiction étrangère !, Toutes les questions qui intéressaient des personnes domiciliées dans
| les pays des nobles étant ainsi décidées par des
juges commis par les nobles mêmes, leurs vassaux avaient rarement occasion de s’apercevoir qu'ils étoient sujets de la couronne. Un royaume féodal était morcelé en plusieurs petites principautés, presque indépendantes, et qui ne se tenaient que par un lien d'union très faible et souvent imperceptible. Le roi était non-seulement dépouillé de l'autorité attachée à la per-
«nécessaire pour le service et l'exécution des commande- «mens de son altesse, que sa justice soit bien accompa- « gnée, et son autorité suffisamment fortifiée par le con. «cours d'un grand nombre de ses fidèles sujets. À ces « causes et par ces considérations, ordonnons et mandons «à tous comtes, seigneurs, barons, francs-tenanciers, «possesseurs de fonds de terre, et autres gentilshommes «quelconques, habitant dans lesdites provinces, qu'ils «aient tous et un chacun, avec leurs parens, amis, ser- «vileurs et domestiques, bien équipés pour crainte de «guerre en la manière la plus effective (c'est-à-dire, «pleinement armés et pourvus), el avec des vivres pour «vingt jours, à se rendre près de lui, et s’avancer avec «lui au bourg d’ledbourg, pour y demeurer pendant «iedit espace de vingt jours, et là y recevoir les ins- «tructions et commandemens qui leur seront par lui « donnés au nom de la dame notre souveraine, pour la «tranquillité de la province , et de mettre iceux à exécu- «tion, sous peine de perdre leur vie, terres et biens, » Histoire d'Écosse de Keith, p. 198.
1 Craig., lib. x Dieg. 7.
tant
tribu répul dépel offici noble rent dir p tous |
iens, plusieurs t chargées de s leurs propres résumer, cette ssagère , le pril'esprit d’usur- Jout de le coniéréditaire. Les igées en baronjuridiction des : étendue , celle le nom le porte, auses civiles ou des juges comté; et si quelait appelée en le seigneur de cédure, et par ours , évoquer et même punir lontairement à s les questions omiciliées dans cidées par des es, leurs vasde s’apercevoir 1e. Un royaume petites princi- , et Qui nese \ très faible et tait non-seulechée à la per-
n des commandeit bien accompaifiée par le con.
èles sujets. À ces anons et mandons rancs-tenanciers, es gentilshommes provinces, qu'ils arens, amis, Serpour crainte de ve (c’est-à-dire, c des vivres pour et s’avancer avec 2meurer pendant eceyoir les insr seront par lui veraine, pour la re iceux à exécuterres et biens, »
sonne d’un juge suprême ; mais ses finances souffraient aussi une diminution considérable ; par la privation des émolumens pécuniaires qui étaient alors attachés à la personne qui administrait la justice.
L’affaissement de l'autorité royale élevait dans la même proportion la puissance des nobles, et la portait jusqu'à l'indépendance. Non contens d'avoir obtenu le droit d'hérédité pour des fiefs qu’ils ne possédaient auparavant qu'à volonté, l'ambition leur faisait concevoir des projets plus hardis. Ils établirent l'usage des
‘ substitutions, et ils épuisèrent toutes les ressour-
ces de l'esprit humain et de l'invention, pour rendre leurs possessions inaliénahles et perpétuelles. Comme ils avaient toute liberté d’ajouter aux héritages qui leur étaient transmis par leurs ancêtres, et qu’ils ne pouvaient en aucune manière en rien diminuer, des mariages, des legs et d’autres événemens, firent, avec le temps, un accroissement continuel de richesses et de dignités. Telle qu'une’rivière qui s'enrichit des eaux qu’elle reçoit dans son lit à mesure qu'elle s'éloigne de sa source, une grande famille, en s'éloignant de son origine, accumulait des honneurs, et augmentait successivement ses possessions. Le baron féodal possédait dans toute leur étendue le crédit et l'autorité attachée aux titres d'honneur. Ces titres d'honneur qui, par leur nature, tiennent à l'office ou à la personne, qui proviennent ou de l'exercice de fonctions honorables, ou du tribut d'admiration que l'huma-
nité rend au vrai mérite, n'auraient dù être que
personnels : mais un fils dépourvu de tout mé-
rite ne voulut point être privé de ces avantages.
Sans autres droits que la présomption, on vint
à bout de les rendre héréditaires, et la noblesse,
qui n'étoit déjà que trop puissante, en reçut
un nouveau lustre. On porta encore plus loin
l'audace et l'ambition.
La direction suprème de toutes les affaires, tant pour le civil que pour le militaire, était at tribuée aux grands officiers de la couronne : la réputation et la sûreté des princes et des peuples dépendait de la fidélité et de la capacité de ces officiers. Mais telle fut l'ambition effrénée des nobles, leurs entreprises les plus téméraires furent suivies de tant de succès, la snif de s’agrandir prévalut chez eux à un tel point, que dans tous les royaumes féodaux la plupart de ces nf-
fices furent attachés aux famflles des grands, et possédés comme fiefs à titre d’hérédité. Souvént un homme odieux à son prince par un manque de subordination, ou bien exposé par son incapacité à la risée du public, avait en main la confiance et l'autorité, objets de la plusgrande importance dans un état, tant pour le prince que pour le peuple. En Écosse, les offices de lord-chef général de la justice, de grand chambellan, de grand steward ou sénéchal, de grand connélable, de comte-maréchal, de grand amiral, étaient tous héréditaires, et dans quelques comtés, l'office même de shériff était possédé à pareil titre, Des nobles dont les possessions étaient si étendues, et le pouvoir si grand, ne pouvaient pas manquer d’être remuans et formidables. Ils avaient toujours en main des instrumens pour l'exécution des entreprises les plus hardies. La portion de leurs (erres qu'ils Partageaient entre ceux qui leur étaient attachés leur procurait un grand nombre de vassaux fidèles et déterminés, et celle qu'ils retenaient pour eux leur donnait encore les moyens de tenir le plus grand état. La grande salle d’un baron ambitieux était souvent plus fréquentée que le palais du souverain. Les châteaux fortifiés dans lesquels les nobles faisaient leur résidence étaient toujours une retraite assurée pour les mécontens et les séditieux. Ils distribuaient une grande partie de leurs revenus à une foule de gens dans l’indigence, mais tous dévoués et déterminés. Si dans quelques occasions ils quittaient leurs retraites pour venir à la cour du souverain, ils ÿ paraissaient toujours, même en temps de paix, bien accompagnés et suivis d’un cortégenombreux de gens armés. La suite ordinaire de Guillaume VI, comte de Douglas, était de deux mille chevaux. Celle des autres nobles était magnifique et formidable à proportion. De tels barons, fiers et puissans , qui souffraient impatiemment d'être subordonnés, et qui s'oubliaient à un tel point, étaient plutôt les rivaux que les sujets de leur prince. Ils méprisaient ses ordres, ils insultaient à sa personne, et souvent même ils lui arrachaient sa couronne. Pendant plusieurs siècles l'histoire de l'Europe ne contient autre chose que desrécits de guerres et de révolutions occasionées par l'ambition démesurée de ces barons.
Mais si l’antorité des barons avait de besucoup excé@é ses bornes naturelles chez les autres nations de l'Europe, on peut affirmer que la balance qui doit toujours se maintenir entre le roi et les nobles était entièrement perdue en
"Écosse. La noblesse écossaise avait, comme cel-
les des autres nations, pour étendre son autorité, tous les moyens qui résultent du génie: aristocratique du gouvernement féodal, et jonissait, outre cela, d'avantages qui lui étaient propres. Les sources accidentelles de son pouvoir étaient abondantes, et des circonstances particulières concouraient avec l'esprit de la consti- ; tution du gouvernement pour les agrandir. | Pour faire l'énumération de ces causes du pouvoir excessif des barons , particulières à l'Écosse, il est à propos d'exposer l'état politique du
‘royaume, et de rapporter lesévénemens les plus
remarquables de la période que nous parcourons.
1. La nature du pays était une des causes du pouvoir et de l'indépendance dela noblesse d'Écosse, Les pays plats et tout ouverts sont faits pour la servitude, L'autorité du magistrat suprême se porte facilement dans les parties les plus éloignées, et lorsque la nature n’a point ! élevé de barrières ni formé de retraites, les | criminels ou les gens suspects sont bientôt découverts et punis. D'un autre côté lesmontagnes, les marais et les rivières forment des bornes na- : turelles au pouvoir despotique, et c'est là qu'est lesiége naturel de la liberté et de l'indépendance. C'est là que les nobles d'Écosse fixaient ordinairement leur résidence. Un baron séditieux,renfermé dans son château ,bravait le pouvoir du souverain, parce qu’il était impossible de conduire une armée dans des pays déserts et dans des lieux où un homme seul avait même de la peine à pénétrer. Les mêmes causes qui avaient arrêté les conquêtes des Romains, et qui avaient rendu inutiles tous les efforts d'Édouard 1°", mirent souvent les nobles d'Écosse à couvert de la vengeance de leur prince : ils durent leur indépendance personnelle à ces mêmes montagnes, à ees mêmes marais qui avaient tant de fois sauvé leur ‘pays de la fureur des conquérans,
2. Le manque de grandes villes en Écosse ne contribuait pas peu à l'accroissement de la puissance de la noblesse et à la diminution de celle
du souverain, Dans les Tieux où un certain nom-
bre d'hommes est rassemblé, l'ordre doit être
mieux établi, la forme du gouvernement plus
régulière, l'autorité du magistrat mieux recon-
nue, et les décisions exécutées avec plus de sou-
mission et de promptitude. Les loïs et la subor-
dination ont pris naissance dans Îles villes ; et
dans les pays où elles sont rares, comme en Po-
logne , et où, comme en Tartarie, il n’y en a
point du tout, on n’aperçoit presque point de
traces d'aucune sorte de police. Mais sous le gouvernement féodal, le commerce, qui est le principal moyen de rassembier les hommes,
était totalement négligé. Les nobles, dans le dessein d'affermir leur pouvoir sur leurs vassaux, résidaient au milieu d'eux, paraissaient rarement à la cour, où ils auraient trouvé un'supérieur, nonplus que dans des villes où ils se trouvaient avec leurs égaux. La partie méridionale, la plus riche contrée de l'Écosse, était tout ouverte aux Anglais, et les villes qui y étaient situées ne pouvaient pas se peupler et s'enrichir au milieu des alarmes et des incursions continuélles : la résidence de nos rois n'était fixée en aucun endroit : une grande étendue de pays restait en friche; et ces circonstances particulières jointes aux causes générales provenant de la nature du gouvernement féodal, faisaient que les villes en Écosse étaient-en petit nombre et peu considérables. Les vassaux de chaque baron occupaient une certaine portion du royaume, distincte et séparée, et formaient mme société particulière et presque indépendante. Au lieu de donner des secours pour faire rentrer dans l'obéissance leur chef rebelle , ou ceux qu'il avait pris sous sa protection , ils prenaient tous les armes pour sa défense , et ils mettaient des obstacles invincibles au cours de la justice. Le prince était obligé de tolérer des criminels qu'il ne pouvait punir. Les nobles se prévalaient de cet avantage, et se portaient à tous les excès qu'entraine l'impunité.
3. La division du pays en clans ou tribus contribuait encore beaucoup à augmenter le crédit et la considération de la noblesse. Les nations qui se répindirent dans toute l'Europe étaient originairement divisées en plusieurs petites tribus ; lorsqu'elles en vinrent au partage des pays qu'elles avaient conquis, chaque capitaine donna d’abord ‘une portion de terres à
Ra
ceux ticuli chef; dait se ré ment tingu ques | des a paren ses ar suivre le non ceux q se forr génér:
temps fut re, union une ut lontair temps chef d lité de Il n'y voie dl nons d régulil du has sortes d'Irlan eussen par fan fédérat n'était ment d systèm dediss( des ass turels à vaient- Saux , € honora qui éta gne au pour dé tation !
bien du des sol force, e
in certain nomordre doit être vernement plus at mieux reconec plus de souloïs et'la suborns les villes; et , comme en Poie, il n’y en a resque point de e, Mais sous le erce, qui est le r les hommes, 10bles, dans lle sur leurs vas- IX, paraissaient nt trouvéun'suvilles où ils se ‘partie méridiol'Écosse, était les villes qui y s se peupler ét s et des incurde nos rois n’égrande étendue es circonstances rénérales provenement féodal, étaient-en petit vassaux de chaaine portion du t formaient une indépendante.
pour faire renebelle, ou ceux n, ils prenaient et ils mettaient rs de la justice.
r des criminels s se prévalaient à tous les excès
lans ou tribus igmenter le créblesse. Les natoute l’Europe en plusieurs perent au partage s, chaque capion de terres à
ceux de sa propre famille ou tribu. Tous les particuliers tenaient leurs terres du capitaine ou chef; et comme le salut de chaque tribu dépendait de l'union générale, ces petites sociétés se réunirent , et, long-temps avant l'établissement des surnoms et des armoiries , elles se dis- jusqu’à la première division des propriétés dans tinguèrent par des dénominations patronymi- | le royaume ; mais suivant les notions les plus ques ou locales. Lorsque l'usage des surnoms et | reculées que nous pouvons en avoir, il paraît des armoiries fut introduit, les descendans et | u'anciennement les possessions des nobles parens de chaque capitaine prirent son nom et | étaient fort étendues. Les anciens {hanes 1 ses armes. Les autres vassaux furent jaloux de | étaient les égaux et même les rivaux de leur suivre leur exemple, et peu à peu les armes et prince. La plupart des comtes et barons qui leur le nom du capitaine devinrent communs à tous | succédérent ne possédaient pas moins d'étendue ceux qui relevaient du même suzerain. Ces tribus | de pays. La France et l'Angleterre, pays vastes se formèrent ainsi par degrés ; ét en une ou deux | et fertiles, fournissaient des établissemens pour générations, une parenté qui dans les premiers | une noblesse puissante et nombreuse. L'Étemps était leplussouvent purement imaginaire, | cosse, peu riche et resserrée dans des bornes fat regardée comme quelque chose de réel. Une plus étroites, ne pouvait pas contenir un si grand union qui, d’abord, n'était que fictive, devint | nombre de propriétaires. Mais le pouvoir d’une une uniou naturelle. Ces hommes suivirent vo- : aristocratie diminue toujours en proportion du lontairement celui qu’ils regardaient en même | nombre de ceux qui la composent. Faible lorstemps comme suzerain de leurs terres et comme | qu'elle est divisée entre plusieurs, rien ne peut chef de leur famille ; ils le servirent avec la fidé- | lui résister lorsqu'elle se partage entre peu de lité de vassaux et l'affection: de véritables parens. : personnes. Lorsque les nobles sont en grand I n'y a point de royaume féodal où l'on ne | nombre, leurs opérations ont beaucoup de rapvoie de ces sortes d’unions, telles que nous ve- | port à celles du peuple: ils ne sont réveillés que nons de les décrire, mais dans une forme moins | par une sensation vive et prochaine, jamais par régulière. En Écosse, soit que ce fût un effet | un danger éloigné : ils se soumettent à plusieurs du hasard, ou bien de la politique, soit que ces | actes d’oppression ou de pouvoir arbitraire avant sortes d'associations introduites par la colonie que d'oser prendre les armes contre leur souved'Irlandais dont nous avons parlé ci-dessus y ! rain, Un corps moins nombreux est au contraire eussent pris plus de faveur, l'usage des unions plus sensible et plus impatient : sentant vivepar familles ou tribus était général. De telles con- | ment le danger, prompt à le repousser, tous ses fédérations pouvaient être subjuguées, mais il | mouvemens sont aussi subits que les autres sont m'était pas possible de les rompre. Le change- | lents et mesurés. De là provenaient cette exment dans les usages, les vicissitudes dans le | trème Jalousie des nobles d'Écosse contre leurs système du gouvernement, rien n'était capable | rois, cette attention à observer toutes leurs en- |
drapeaux, avec l'ardeur et le zèle qui animaient les vassaux de ces nobles!
4. Le petit nombre de nobles en Écosse peut encore être regardé comme ane des causes de leur grandeur, Nos annales ne remontent point
de dissoudre , danscertaines parties du royaume, | treprises et à s'y opposer avec violence. Les verdes associations fondées sur des préjugés si na- | tus du prince ne les rendaient pas moins vigi= turels à l'esprit humain. Combien ces nobles de: | lans ni moins ardens à défendre leurs droits. vaient-is être formidables à la tête de leurs vas- | Robert Bruce au milieu de ses victoires, pen- Saux , qui regardaient toujours comme juste et | dant que ‘out retentissait du bruit de son nom
honorable la cause que leur chef embrassait , | fut sur le point d’éprouver des contrariétés aussi qui étaient toujours prêts à semettre en campa- | fortes que Jacques IE, l'un de ses descendans, gne au premier ordre, et à sacrifier leurs vies | prince qui mérita peu la confiance ct l'amour pour défendre sa personne et sgutenir sa répu- | deses peuples. Les alliances qui se contractaient tation! Le roi combattait de te ennemis avec | fréquemment par des mariages entre les grandes bien du désavantage, Quelle comparaison entre | des soldats mercenaires, souvent enrôlés par ; force, et qui suivaient toujours froidement leurs !
! Thane où theyne, vieux mot saxon : un noble, un grand seigneur, un officier du roi; seigneurs qut te= naient des domaines relevant immédiatement du roi,
familles , étaient encore une suite naturelle de leur petit nombre : et comme la consanguinité était alors le lien d'union le plus fort, tous les parens d'un noble embrassaient sa querelle, faisaient cause commune avec lui, et le moindre démélé que le roi avait avec un simple baron aitiroit contre lui les armes de toute une confédération.
5. Les nobles d'Écosse, pour cimenter ces liens naturels, formés avec leurs égaux et avec leurs inférieurs, se servirent d’un moyen qui à la vérité ne leur est point particulier, mais dont ils fournissent beaucoup plus d'exemples qu'aucune autre nation. Dans les temps mème de la paix la plus assurée, ils formaient des associations qui, entre égaux, s'appelaient une ligue de déeense mutuelle, etavecdes inférieurs, prenaient le nom de lien de servitude ou de vassalité.
Par la première, les parties s’engageaient à se donner des secours mutuels, dans toutes les vccasions et contre toutes sortes de personnes : Ja seconde renfermait, d'une part, assurance de protection, et de l’autre, service personnel et fidélité. Il yalieu de croire que dans les premiers temps , les hommes furent forcés, pour leur propre conservation, de former de ces sortes de confédérations. La licence et le brigandage qui dominaient, le défaut d'ordre dans le gouvernement, l'ignorance et le mépris des lois, obligèrent les habitans d’un même canton de se réunir pour leur sûreté, et le faible fut dans la nécessité de rechercher la protection du plus fort. Ces associations devinrent par degrés autant d’alliances offensives et défensives contre le trône; et comme les obligations qu'on y contractait étaient regardées comme plus inviolables que celles d'aucun autre lien , tlles donntrent beaucoup d'ombrage à nos rois , et elles ne contribuèrent pas peu à établir le pouvoir ct l'indépendance de la noblesse. Sous le règne de Jacques Il, Guillaume VIII , Comte de Douglas,
fit une ligue avec les comtes de Granford, de Ross, de Murray, d'Ormond , les lords Hamilton, Balveny, et autres seigneurs; cette ligue parut si formidable au roi, qu'il eut recours à des moyens aussi violens qu’injustes pour la rompre.
6. Les guerres fréquentes entre l’Angleterre et l'Ecosse furent encore une cause de l'augmentation du pouvoir de la noblesse. La nature |
n'a point mis de barrière entre les deux royaumes. Une rivière qu'on peut presque partout passer à gué les sépare du côté du levant; vers le couchant ils ne sont divisés que par une ligne imaginaire. Les faibles revenus de nos rois ne leur permettaient point de fortifier ni de munir de garnisons les places frontières, et de plus la jalousie de leurs sujets ne l'eût jamais souffert, Les barons dont les biens étaient situés sur les limites se regardaient comme obligés par honneur et par intérêt à repousser l'ennemi. La garde des marches, emploi de la plus grande confiance et de la dignité la plus relevée ; leur était toujours confiée. Ils avaient ainsi le commandement dans la partie méridionale, théâtre perpétuel de la guerre, et leurs vassaux exposés à des hostilités continuelles, ou ne jouissant tout au plus que d’une paix mal assurée, étaient plus endurcis aux travaux militaires que tous leurs autres concitoyens, et plus disposés à suivre leur capitaine dans les entreprises les plus hardies; ce fut autant par la valeur que parle nombre de leurs vassaux que les Douglas se rendirent puissans. La plupart des nobles de la partie septentrionale et du milieu du pays étaient soumis et dévoués à la couronne, mais nos rois trouvaient toujours des difficultés insurmontables à domp-
ter les esprits mutins et indociles de ceux des :
frontières. Dans toutes nos querelles domestiques, ceux qui pouvaient attirer dans leur parti les habitans des provinces méridionales étaient sûrs de la victoire; les lords qui dans ces pays avaient en main toute l'autorité, fiers de cet avantage , étaient capables d'oublier les sermens qu’ils avaient faits à leur souverain , et d'aspirer à sortir de la classe de sujets.
7. Les malheurs arrivés à nos rois ont contribué plus qu'aucune autre rause à la diminution de l'autorité royale. Jamais race ne fut plus infortunée que celle des princes d'Écosse. De six qui occupèrent successivement le trône, depuis Robert IL jusqu’à Jacques VI, quatre moururent de mort violente. Les minorités ont été plus longues et plus fréquentes en Écosse que dans tout autre royaume. De dix princes qui ont régné depuis Robert Bruce jusqu'à Jacques VI, sept furent appelés au trône étant encore mineurs et presque enfans. Les gouvernemens les plus réglés et les mieux établis ressentent les effets pernicieux d'une minorité : ils tombent
ui
dan son!
inco dan:
tué tin c laut à la au f L'au des gatir se ré levai narcl duré attac gean!
qu'ur rable:
étaier donn:
moins vaien!
leur } plusie torité ils s’a remus despo toujou bles. I du go pées < usurpé més à | règne ramen( racher d'une :
arrivé heur d la vérit raissen
re les deux royaut presque partout té du levant; vers que par une ligne us de nos rois ne rtifier ni de munir tres, et de plus la ût jamais souffert, ient situés sur les > obligés par honsser l'ennemi. La de la plus grande plus relevée ; leur ient ainsi le comridionale , théâtre r'S VASSaUX EXPOSÉS u ne jouissant tout urée , étaient plus es que tous leurs posés à suivre leur
les plus hardies; par le nombre de se rendirent puisla partie septenétaient soumis et os rois trouvaient ontables à domp-
ciles de ceux des :
uerelles domestir dans leur parti idionales étaient ui dans ces pays ité, fiers de cet iblier les sermens rain, et d’aspirer
os rois ont conuse à la diminurace ne fut plus d'Écosse. De six le trône , depuis quatre mouruinorités ont été en Écosse que princes qui ont qu'à Jacques VI, tant encore miuvernemens les s ressentent les té: ils tombent
11329] LIVRE I. 13 dans la langueur et dans l'inaction, ou bien ils sont jetés dans des convulsions violentes. Ces jeune roi de se réfugier en France : Baliol prit inconvéniens étaient bien plus considérables | Possession du trône. Cependant un petit nombre dans un gouvernement imparfait et mal consti- | de nobles resta fidèle à son prince exilé, et chassa tué comme celui d'Écosse, L'esprit féroce et mu- | Baliol de l'Écosse. David, après une absence de tin des nobles , qui ne pouvait être contenu par | neufannées, revint deFranceet reprit en main le l'autorité d’un roi, dédaignait de se soumettre | &ouvernement de son royaume. Mais les nobles, à la juridiction déléguée d'un régent, ou bien | qui avaient prodigué leur sang et leurs trésors au faible commandement d'un prince mineur, pour la défense de la couronne, étaient en droit L'autorité royale se trouvait alors resserrée dans | de demander la paisible possession de leurs andes bornes plus étroites que jamais. Les préro- | ciens priviléges, et avaient même en quelque gatives de la couronne, faibles en elles-mêmes, | manière acquis un titre- pour s'en arrogcr de se réduisaient presque à rien; et l'aristocratie s'é- nouveaux. Il paraît que , dans ce siècle > ON avait levait par degrés sur les ruines du pouvoir mo- | adopté cette maxime » Que chaque général pounarchique. Pour modérer l’activité du pouvoir | vait réclamer, comme à lui. appartenant, le terdurégent, réuni en une seule personne, l'autorité | ritoire que son épée avait gagné sur l'ennemi. attachée à cette place était affaiblie en la Parta- | La noblesse fit, en conséquence de cet usage, &eant entre plusieurs ; ou bien si l'onne nommait | de grandes acquisitions, et elles furent encore qu’un seul régent, les nobles les plus considé- | augmentées par la reconnaissance et la libéralité rables et les chefs des familles les plus illustres | de David, qui distribua à ceux qui lui étaient étaient rarement pourvus de cette dignité. On la | demeurés fidèles, les vastes possessions dévolues donnait le plus souvent à ceux qui avaient le | à la couronne par les confiscations des biens de moins de crédit dans le royaume, et qui ne pou- | ses ennemis. La famille de Douglas qui, sous le vaient causer aucune jalousie, Les régens, sentant | règne de Robert Bruce, avait commencé à s’éleleur propre faiblesse, fermaient les yeux sur | ver au-dessus des autres nobles ; augmenta enplusieurs contraventions. Pour soutenir une au- | core sa puissance et ses possessions pendant la torité qui n'était en quelque sorte que précaire, | minorité de David II. ils s’attachaient à gagner les barons les plus Pendant le cours d'une trève faite entre les remuans et les plus accrédités, en leur accordant royaumes d'Écosse et d'Angleterre, Jacques Ie des possessions et desprivilégesquiaugmentaient fut pris par les Anglais, qui eurent la perfidie toujours de plus en plus la puissance de ces no- de le retenir prisonnier pendant près de dixbles. Lorsque le roi prenait en main les rênes | neuf années. Durant sa détention le royaume du gouvernement, il trouvait ses finances dissi- | fut gouverné, d'abord par son oncle Robert, pées ou aliénées, le domaine de la couronne | duc d’Albanie, ensuite par Murdo, fils de ce duc. usurpé ou donné , et les nobles tellement accoutu- Ces deux régens aspirérent au trône ; et si nous més à l'indépendance , que les efforts de tout un | pouvons ajouter foi à la plupart de nos historègue n'étaient presque jamais suffisans pourles | riens, leur ambition désordonnée les porta à ramener au même état où ils s'étaient trouvés au | trancher les jours du prince David, frère aîné commencement de la minorité, et pour leur ar- | du roi, et même à prolonger la captivité de racher ce qu'ils avaient usurpé pendant le cours Jacques I®”. Ils se flattaient de se frayer plus ai-
risa d'abord : le succès de ses armes obligea le
d’une régence. En jetant les yeux sur ce quiest |
arrivé à tous ceux de nos rois qui ont eu le malheur de se trouver dans ces cruelles positions, la vérité et l'importance de ces observations paraissent dans tout leur jour. .
La minorité de David I, fils de Robert Bruce, fut troublée par les prétentions d'Édouard Ba-
liol, qui, comptant sur le secours de l'Angleterre : ct sur l'appui de quelques barons mécontens en |
Écosse, envahit le royaume, La fortune le favo-
sément le chemin de la royauté pendant que le | trône était pour ainsi dire vacant; et ils craignaient le retour du roi, comme l’anéantissement deleur autorité et le terme de leurs espérances. Is firent entamer quelques négociations pour obtenir la liberté du roi; mais elles furent suivies avec beaucoup de négligence. Cependant ils met- | (aient tout en usage pour flatter les nobles, | pour les corrompre, pour les engager à seconder : leurs projets ambitieux. Ils laissaient flotter les
rênes du gouvernement, ils favorisai ent les usurpations de priviléges, ils toléraient les entreprises les plus illégitimes, ils se faisaient euxmêmes un jeu de l'opposition, et la laissaient jouir dans les autres de l'impunité ; ils faisaient un trafic du patrimoine de la couronne, et le prodiguaient à ceux dont ils craignaient le ressentiment ou dont ils s'étaient. coucilié la hienveillance ; ils réduisirent enfin l'autorité royale à un tel état de faiblesse, que les monarques suivans s’efforcèrent en vain de l'en relever.
Durant la minorité de Jacques IL. l'administration des affaires et la garde de la personne du roi furent confiées aux chevaliers Guillaume Crichton et Alexandre Livingston. La jalousie et la discorde furent les suites de cette autorité partagée : chacun d’eux, dans le dessein de s’affermir, accordait de nouvelles possessions, de nouveaux priviléges aux grands dont il mendiait l'assistance. Cependant le jeune comte de Douglas, enhardi par ces divisions, érigeait dans le sein même de l'état une sorte de principauté indépendante, défendait à ses vassaux de reconnaître d'autre autorité que la sienne, créait des chevaliers, se formait un conseil privé, nommait des officiers de toute espèce, civils et militaires, prenait, à l'exception du titre de roi, tous les attributs de la royauté, et se montrait en public avec un appareil plus pompeux que celui d'un monarque.
Huit personnes furent choisies pour gouverner le royaume pendant la minorité de Jacques III, Mais le lord Boyd s'empara de la personne du jeune prince, et prit un tel ascendant sur son
esprit, qu'il eut bientôt envahi toute l'autorité. | IL osa former le projet d'élever sa famille au | même degré de puissance et de grandeur que |
celles de la haute noblesse, et il y réussit. Tout occupé de ces projets ambitieux, il laissa énerver le gouvernement, ct les barons s'accoutumérent de plus en plus à l'anarchie et à l'indépendance. Cependant ce pouvoir excessif que Boyd avait eu tant de peine à acquérir ne fut pas de longue durée, Sa famille eut le sort de celles de tous les favoris, La catastrophe fut subite : elle tomba et S’anéantit. Mais celle des Hamilton s'éleva sur ses ruines, et parvint bientôt dans le royaume au plus haut degré de grandeur. ,
La minorité de Jacques V, plus longue que celles des règnes précédens, fut aussi plus rem-
[Ma7)
plie de troubles. Les différens partis des nobles, encouragés ou protégés par les rois de Ffunce ou d'Angleterre, se formèrent en factions plus régulières, el mépristrent plus que jamais la contrainte des lois et de l'autorité. La France avait l'avantage de voir la régence entre les mains d'un homme qui lui était tout dévoué; c'était le duc d’Albanie, né en France, et petit-fils de Jacques II. Mais le lord Alexandre Home, le plus considérable des pairs d'Écosse, et qui avait échappé à la fatale bataille de Flowden!, rompit toutes ses mesures pendant les premiers temps de son administration; et dans les dernières années elle ne fut pas moins traversée par les intrigues de la reine douairière, sœur de Henri VIIL Quoique le duc d'Albanie fût soutenu par les troupes de France, les nobles faisaient peu de cas de son autorité. Deux fois conduits par le régent jusques aux frontières, de l'Angleterre, ils refusèrent absolument d'y entrer, sans vouloir écouter ni ses menaces ni ses supplications. Le duc, touché de ces marques de mépris réitérées, abandonna cette nation tumultueuse et se retira en France, oùil préféra la tranquillité d’une vie privéeàla possession d'unoffice de régent dépourvu d'autorité réelle. Alors.Douglas, comte d’Angus, se rendit maître de la personne du roi et gouverna le royaume en son nom. On fit plusieurs efforts pour lui enlever cette autorité usurpée; mais il avait une grande suite de vassaux et d'ainis qui lui étaient attachés, parce qu'il partageait avec eux le pouvoir et les émolumens de son office; le peuple aimait et respectait le nom de Douglas : sans avoir le titre de régent, il avait une autorité plus entière et plus étendue qu'aucun de ceux qui avaient joui réellement de cette dignité; enfin cette ancienne et formidable puissance des Douglas paraissait revivre en lui dans toute son étendue,
Ce fut à ces causes et à plusieurs autres omises ou négligées par nos historiens, que la noblesse écossaise fut redevable de ce pouvoir exorbitant et singulier dont on voit tant d'exemples dans l’histoire d'Écosse. Mais rien ne prouve plus clairement toute l'étendue de sa puissance que la longueur de sa durée. Plusieurs années après
la décadence du système féodal dans les autres,
royaumes de l'Europe, et lorsque les armes et la
! Donnée en *513. Le roi d'Écosse y fut tué. (Rapin Thoiras.)
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politique des princes furent venues à bout de | état. Le rof n'y étendait point ses prérogatives , l'ébranlter ou de le détruire en tous lieux, les | et ne nettait point. les communes en état d'emfondemens de cet ancien édifice subsistaient en- piéter sur l'aristocratie ; non-seulement les nocore en Écosse presque en leur entier. bles conservaient leurs priviléges et leurs da- Le pouvoir que les principes du gouverne- | maines, mais ils en acquéraient encore tous les ment féodal donnaient aux nobles devint bien. | jours de nouveaux. tôt insupportable à tous les princes de l'Europe, Gen'’était dans nos rois ni défaut de vigilance, qui se lassèrent de ne posséder qu'üne autorité | ni manque d’ambition. Ils sentaient vivement le précaire. L'impatience de briser ces entraves pouvoir exorbitant des nobles, et ils désiraient précipita Henri I, roi d'Angleterre, Édouard IL, | fort de les rabaisser; mais ils n'avaient pas de et plusieurs autres princes faibles, dans des en- moyens suffisans pour y réussir, Leurs ressourtreprises imprudentes et prématurées contre les | ces étaient médiocres, et les progrès de leur priviléges des barons ; des princes plus habiles | autorité encore moins considérables. Cependant se contentèrent d’adoucir des maux qu'ils ne | comme le nombre des vassaux et. l'étendue de pouvaient pas guérir : ils s’attachèrent à donner, : la juridiction étaient les deux principales cirpar des guerres fréquentes et des expéditions | constances qui rendaient la noblesse formidable, au dehors, une occupation à l'esprit turbulent | nos rois s’atlachèrent à contre-balancer l’un et à des nobles; et, s'ils n'en retirèrent point d’au- | restreindre l'autre : ils eurent tous recours aux tres avantages , ils assurèrent au moins la tran- | mêmes expédiens. 2 quillité au dedans. Le temps et les circonstances 1. Parmi des nobles d'un courage féroce et amenèrent enfin la destructiondugouvernement de mœurs peu civilisées, entourés de vassaux féodal. Vers la fin du quinzième siècle, et dansle hardis et licencieux , qu'ils étaient obligés, par commencement du seizième, tous les princes de honneur et par intérêt de défendre et de prol'Europe attaquèrent comme de concert puis- | téger, les motifs de discorde étaient fréquens sance desnobles, Des hommes de génie entrepri- et inévitables. Comme les parties qui étaient en rent avee succès ce que leurs prédécesseurs mal querelle s’accordaient rarement à reconnaître habiles avaient essayé en vain. Louis XI »roide un supérieur et un juge commun, et que leur france, esprit le plus profondet leplusentrepre- ; fougue ne s'accommodait point des délais de la nant de son siècle, exécuta presque en entier, dane justice, tous les démélés se terminaient ordinar le cours de son règne, le plan de la destruction | rement par l'épée. Le baron offensé rassemblait du pouvoir de la noblesse. La politique sourde, | ses vassaux, dévastait le pays ou répandait le mais toujours infaillible, d'Henri VIE, roi d'An- sang de son ennemi. Pardonner une injure était gleterre, produisit le même effet, Les moyens | bassesse, négliger d’en tirer vengean'e était que-:ces monarques employèrent étaient cépen- | une infamie et une lâcheté!. dant très différens. Le coup que Louis porta fut | prompt. Les artifices d'Henri ressemblaient à | ‘L'esprit de vengeance était encouragé non-senlèmen, ces poisons lents qui détruisent le tempérament, | P* je que du temp, mais ce qui est plus reman
: : à ' - | quable, il était même autorisé par les lois. Si quelqu’ua, mais qui ne deviennent mortels qu'au bout d'un | d'une famille offeusée trouvait Ja poursuite d’une injure
temps fort éloigné. La suite de l'exécution de | trop incommode et trop dangereuse, la loi salique lui leur plan présente des circonstances qui ne sont Lilian de re ss RARE EU de la vengeanee : F j 3 | Mais la même loi le privait du droit de Succession, pour pes moins opposées. Louis réunit hardiment à | le punir de sa couardise et de son manque d'affection Sa couronne toutes les possessions qu'il avait | pour sa famille, (Hénault, Abrégé chronologique, p. 96, enlevées aux nobles. Henri mina les barons en | 3° édit. in-12.) les encourageant à vendre des terres qui enri- | Ontrouve chez les Anglo-Saxons un établissement sin chissai + gulier, sous le nom de sodalilium , association volonä je les communes , et leur donnaient, | taire, dont l'objet était la sûreté personnelle de ceux qui us a égislation, un poids inconnu à leurs | y entraient, et que la faiblesse du gouvernement de ces prédécesseurs. | temps-là rendait nécessaire. On peut juger des règle- Mais pendant que ces deux royaumes, si voi- | mens de ces sortes d'associations, par celui-ci : « Si quelsins ‘É È ! «que associé mange ou boit avec une personne qui a Lué pr ne Écosse, offraient ce grand spectacle de «quelque membre du sodalitium, x moins que ce ne ‘volutions l'Écosse demeurait dans le même | « soit en la présence du roi, de l'évêque ou du comte, et
Les querelles passaient ainsi du père au fils, et perpétuaient pendant plusieurs générations une haine irréconciliable, L'intérêt de la couronne était de fomenter plutôt que d'apaiser ces divisions. En multipliant et en entretenant les semences de discorde parmi les nobles on affaiblissait cette union de la noblesse, qui aurait fourni à l'aristocratie des forces invincibles , et qui pouvait anéantir l'autorité royale; ce fut à ces mêmes circonstances que nos rois furent redevables des avantages qu'ils remportèrent quelquefois contre les chefs les plus puissans. Ils surent mettre à profit cet esprit de vengeance entre les particuliers, pour venir à l'appui des
réduisait presque à rien. Nos rois sentaient bien ces limitations mises à leur Pouvoir , et ils les supportaient fort impatiemment ; mais il n'était pas possible de détruire en un moment ce qui avait jeté de si profondes racines, ni d'ôter tout d'un coup aux nobles des priviléges dont ils avaient joui pendant si iong-temps, et qui étaient, pour ainsi dire, identifiés avec la constitution féodale. Cependant l'exécution de ce grand projet fut l'objet continuel des plus sérieuses attentions de tous nos rois. Jacques 1er traça le chemin dans cette occasion , ainsi que dans d'autres, pour parvenir à un gouverne-
lois générales, faibles et impuissantes, Si quel-
qu'un avait encouru leur disgrâce, ils armaient contre lui les familles rivales qui désiraient sa ruine, et ils récompensaient leurs services en leur distribuant les dépouilles du vaincu; mais cet expédient n'affaiblissait point le corps de la noblesse. Ceux même qui avaient servi d'instrumens à la vengeance du prince étaient bientôt pour lui des personnages redoutables. Après avoir accru leur puissance et leurs richesses en servant la couronne, ils visaient à leur tour à l'indépendance : ce flux et reflux de puissance et de propriété, la chute des anciennes familles, élévation des nouvelles laissaient toujours l'aristocratie dans toute sa force,
2. Comme l'administration de la justice est un des liens les plus forts entre un monarque et ses sujets, tous nos rois firent les derniers efforts pour restreindre la juridiction des barons et pour étendre celle de la couronne. La forme extérieure de subordination propre au système féodal favorisait cette entreprise. Les affaires étaient portées par appel, des tribunaux des barons à ceux du roi. Mais le droit de juger en première instance appartenait toujours aux nobles, et ils trouvaient aisément les moyens d'éluder l'effet des appels, ainsi que ceux de plusieurs autres ordonnances féodales. La juridiction royale était resserrée dans les bornes étroites des domaines de nos rois. Hors de leur territoire, leurs juges prétendaient encore avoir beaucoup d'autorité; mais, dans le fait, elle se
«à moins qu'il ne prove qu'il ne connaissait pas la per- «sonne, qu'il paie une grosse amende. » Hickesius, Dissert. epistolar. apud Thesaur. ling. septentr., vol. 1, p. 21.
ment plus parfait et mieux ordonné. 1] choisit dans les classes du parlement un certain nombre de personnes auxquelles il donna le nom de lords de session , et il leur donna commission de tenir des cours de justice pour le jugement des affaires civiles, trois fois dans l'année, quarante jours chaque fois, et dans telle ville qu'il lui plairait de désigner, Leur juridiction s’étendait sur toutes les matières dont on devait anciennement donner connaissance au conseil du roi; et comme c'était un comité du parlement ; son jugement était sans appel. Jacques II fit passer une loi qui réunissait à la couronne toutes les régalités qui seraient tombées en commise, et qui déclarait que le droit de juridiction qui y était attaché serait désormais inaliénable.
Jacques III prononça diverses peines contre les juges commis par les barons, et dont les jugemens seraient, après la révision, trouvés injustes ; il fit aussi plusieurs autres règlemens pour étendre l'autorité de sa juridiction !. Jacques IV, sous prétexte de remédier aux inconvénients qui résultaient de la brièveté des séances de la cour de session, commit d'autres juges, appelés lords of daily council , lords du conseil journalier. La session était une cour ambulatoire : et s’assemblait rarement. Le conseil journalier était sédentaire et résidait toujours à Édimbourg; et quoiqu'il ne fût point composé de membres du parlement, on lui avait donné la | même autorité qu'aux lords de session. Unfin | Jacques V érigea un nouveau tribunal ui: sut siste encore aujourd’hui, et qui fu! appelé cotlége de justice ; les juges ou sénateurs eurent
le nom de lords de conseil et session, Non-