Hnndnval, vol. I, p. 32. Minian . Cont., p
* Salvinu». F. Barre, vol. VIII, 1085.
1 I*. Mart., Ep, p. 402. Ferrera», vol. Vlll, p. 473.
compagnies militaires, qui s'assujettireut à la discipline et aux manœuvres d'une troupe réglée. Le désir de se soustraire à l’oppression des grands, fut le premier motif et le lien puissant de cette association. Comme l’indépendance et les privilèges aristocratiques étaient plus étendus à Valence que dans les autres royaumes d'Espagne , les nobles , ne reconnaissant presque aucun supérieur qui pùt leur demander compte de leur conduite, traitaient le reste des habitans non-seulement en vassaux, mais en esclaves. Cependant alarmés de ce soulèvement inattendue, ils craignirent que le peuple ne s'enhardit jusqu'à vouloir secouer entièrement le joug ; mai* comme ils ne pouvaient arrêter ces mouvemens sans prendre les armes, il fallut avoir recours à l’empereur et lui demander la permission d'attaquer les rebelles. Le peuple de son côté nomma des députés chargés d’aller exposer ses griefs au souverain et implorer sa protection. Ces députés arrivèrent à la cour , heureusement pour eux , dans le moment où Charles était le plus irrité contre la noblesse. L’empressement qu’il avait de passer en Allemagne , où sa présence devenait de jour en jour plu3 nécessaire , et l’impatience plus grande encore de ses courtisans flamands , à qui il tardait d'aller porter dans leur patrie les dépouilles de la Castille, ne permettaient pas au prince d'aller tenir lui-méme les états de Valence. Il nomma le cardinal Adrien pour le représenter à cette assemblée , et l'autorisa & recevoir en son nom le serment d'obéissance des peuples, à confirmer leurs privilèges avec les solennités accoutumées et à leur demander un don gratuit. Les nobles de Valence regardèrent cet arrangement comme un affront fait à leur pays, qui n'avait pas moins de droit que les autres royaumes d'Espagne à l'honneur de jouir de la présence de son souverain : ils déclarèrent en conséquence que suivant les lois fondamentales de la constitution , ils ne pouvaient ni reconnaître comme roi un prince absent, ni lui accorder un subside, et ils soutinrent cette résolution avec une hauteur et une obstination que rien ne put fléchir. Charles, offensé de cette conduite, se déclara en faveur du peuple et l'autorisa imprudemment à rester armé. Les députés retournèrent ‘triomphans et fureut reçus par leurs concitoyens comme les
libérateurs de la patrie. L’insolence de la multitude s’accroissant avec les succès, le peuple chassa de la ville tous les nobles , confia le gouvernement à des magistrats qu’elle choisit clle-mèroé, et forma une association, distinguée par le nom de Germanada ou Fraternité , laquelle devint la source non-seulement des plus affreux désordres, mais encore des plus grandes calamités pour le royaume de Valence *.
Dans ce même temps celui de Castille n’était pas agité avec moins de violence. L’empereuf n’eut pas plirtftt fait connaître l’intention où fl était de quitter LEspagne, que plusieurs villes du premier ordre résolurent de faire des remontrances contre ce départ . et de solliciter de nouveau la réforme des abus sur lesquels clics avaient déjil porté leurs plaintes. Charlcs se' dispensa adroitement de donner audience à leurs députés; et comme il vit , par cette démarche , combien il serait difficile de réprimer l’esprit séditieux des villes les plus considérables , il convoqua l’assemblée des états de. Castille à Compostellc en Galice. Son unique motif était l’espérance d’obtenir un nouveau don gratuit ; caries richessesde ses ministres s’étaient accrues aux dépens de son trésor, et il n’était pas en état, sans quelque nouveau secours, de paraître en Allemagne avec l’éclat qui convenait à la dignité impériale. Mais convoquer les états dans ime province si éloignée , et demander un nouveau subside avant le terme fixé pour payer le précédent, c’étaient-là des innovations de la plus dangereuse conséquence , et qui ne pouvaient manquer de jeter l’alarme dans l’espril d’un peuple jaloux de sa liberté et accoutumé il ne pourvoir qu'avec beaucoup d'économie aux besoins de ses rois. Les magistrats firent des remontrances très fortes contre la convocation des états il Compostellc et contre la demande d'un nouveau subside, fa» habitans de Valladolid, qui avaient espéré que les états se tiendraient dans leur ville , irrités de voir leurs espérances trompées , s’armèrent tumultuaircment; et leur fureur alla si loin , que si Charles ne s’était échappé heureusement avec scs courtisans étrangers , à la faveur d’une violente tempête, tous les Flamands auraient été massacrés, et le roi aurait eu beaucoup de peine à continuer sa route vers Compostclle.
' P. Mart,, Ep, p. 651 • Ferrer., vol. VIII, p. 476, 4S4,
Toutes les villes par lesquelles Charles passa , lui présentèrent des mémoires contre la convocation des états en Galice ; mais il fut inflexible dans sa résolution. Quoique les ministres eussent employé toutes les ressources de l'intrigue et de l'autorité pour faire choisir des représentai favorables à leurs desseins, cependant tel était l'esprit général de la nation , que dès l’ouverture de l’assemblée une grande partie des députés laissèrent entrevoir des dispositions si marquées de mécontentement , qu'on rut lieu de craindre la plus forte opposition i tous les projets de la cour. La ville de Tolède n'avait point envoyé de représentans, parce que le sort, qui , suivant un ancien usage , y décidait de l'élection , était tombé sur deux personnes vendues aux ministres flamands; les bourgeois, ne voulant pas confier leurs intérêts à des représentons corrompus, refusèrent de leur donner une commission dans la forme ordinaire , et à leur place envoyèrent à Compost clic deux députés, autorisés à protester contre la légalité de rassemblée des états. Les représentans de Salamanque refusèrent de prêter le serment ordinaire de fidélité, à moins que Charles ne consentit à choisir un autre lieu pour tenir les états, lats députés de Toro, de Madrid , de Cordoue et de plusieurs autres villes, déclarèrent hautement que la demande d'un nouveau subside était sans exemple, sans nécessité et contraire il la constitution. Cependant tous les artifices qui peuvent influer sur des assemblées populaires , l'argent , les places , les promesses , les menaces, la violence même, tout fut mis en cruvre pour gagner des suffrages. Les nobles, séduits par la respectueuse assiduité avec laquelle Chièvrcs et les autres Flamands leur faisaient la cour, ou voyant peut-être avec un sentiment de basse jalousie l’esprit d'indépendance qui animait les communes, favorisèrent ouvertement les prétentions de la cour, ou du moins ne s'y opposèrent pas. Enfin, malgré le vteu de la nation , et au mépris des anciennes formes du
gouvernement , on accorda, à la pluralité des voix , le don gratuit que l’empereur avait demandé *. A la vérité les états présentèrent en même temps à Charles des remontrances sur les griefis dont le peuple se plaignait et sur lesquels il demandait justice , mais ce prince, ayant obtenu ce qu'il désirait , n’eut aucun égard à cette requête tardive , et sentit qu’il pouvait alors la rejeter sans danger J.
Comme rien ne retardait plus le départ de l’empereur, il fit connattre ses intentions, qu'il avait tenues cachées jusqu’alors, sur le choix des personnes qui resteraient chargées de l'administration de ses royaumes pendant son absence. Il conféra la régence de Castille au cardinal Adrien, la vice-royauté d’Arragon à don Juan de Lanuza , et celle de Valence à don Diègue Mendoza , comte de Mélito. Le choix des derniers fut très agréable aux Castillans; mais la nomination d’Adrien, qui cependant était le seul Flamand pour qui ils eussent conservé quelqu’estime , ne fit qu'accroître leur haine et leur jalousie contre les étrangers. Les nobles euxmêmes, qui avaient souffert si patiemment d’autres usurpations plus importantes, sentirent vivement l’affront qu’on leur faisait , et protestèrent contre ce choix qu’ils prétendirent illégal. Mais Charles avait un si grand désir d'aller en Allemagne, et ses courtisans tant d’impatience de sortir d'Espagne, que , sans avoir égard aux murmures des Castillans, sans prendre même aucune précaution contre un soulèvement qui se préparait à Tolède, et qui eut dans la suite les plus funestes conséquences , ce prince s’embarqua i la Corogne, et mit à la voile le 22 de mai. En précipitant ainsi son départ pour aller recevoir une couronne nouvelle, il s’exposa à en perdre une d'un bien plus haut prix, et dont il était déjà possesseur 3.
1 P. Marivr, Ep , p. 663. Sandoval, p. 32, etc.
* Sandoval , p. 8t.
* P. Mart., Ep , p. 678. Sandoval. n. 86.
UVRF. II.