‹ Œuvres complètes de W. Robertson précédées d'une noticeChapitre 23 sur 73 · IS24J LIVRE · texte numérisé non relu

IS24J LIVRE

Au lieu des rigoureuses poursuites que le nonce avait sollicitées xmtrc Luther et ses sectateurs , la résolution ou le reccz de la diète contenait seulement une injonction générale à tous les ordres de l’empire d'attendre paisiblement es décisions du concile général qu'on devait convoquer, et jusqu’à ce temps de ne publier aucune opinion nouvelle contraire aux dogmes reçus dans l'église; et l’on avertissait les prédicateurs de s’abstenir de traiter aucun point de controverse dans leurs discours publics, et de se borner à une exposition simple et instructive des vérités de la religion

Les réformateurs tirèrent de grands avantages de ces actes de la diète : ils y trouvaient la preuve la plus complète et la plus authentique de l’énorme corruption quis’élaitétablie à la cour de Rome et des charges insupportables dont le clergé opprimait l'empire; iisavaient une preuve du premier article , dans le témoignage du pape même, qui reconnaissait que leurs invectives et leurs accusations n’étaient ni calomnieuses ni injustes. A l’égard du second , c’étaient les rcprésentans mêmes du corps germanique, dans une assemblée où il s’en fallait de beaucoup que les protecteurs de la nouvelle doctrine russent les plus nombreux et les plus puissans, qui avsvnt mis au nombre des principaux griefs de I empire les pratiques de l’église romaine qu’attaquaient tous les jours Luther et ses disciples. Aussi dans tous les écrits de controverse qu’ils publièrent depuis cette é|toquc, ils en appelèrent souvent à la déclaration expresse d’Adrien et aux cent grieft de la diète pour appuyer tout ce qu’ils avançaient sur les déréglcmens ou sur les rapines et l’insatiable ambition de la cour de Rome.

A Rome on regarda la conduite d’Adrien comme une preuve d’une extrême imprudence et d’une simplicité puérile. Ces hommes, vieillis au milieu des artifices et de la corruption de la cour des papes, et accoutumés à prendre pour règle de leurs actions non la justice, mais leur intérêt , furent étonnés de voir un pontife qui , s écartant des prudentes maximes de ses prédécesseurs, avouait ingénument des désordres qu’il devait cacher, et qui , sans égard à ce qu'il devait à sa dignité , demandait conseil à ceux

Faicic. rer. expet. et fugiend., p. 248.

même à qui il aurait dû donner des ordres. Ils craignaient que , par cette franchise si peu politique, au lieu de rappeler les ennemis de l’église dans son sein, U ne les rendit plus présomptueux, et que, loin d’étouffer l’hérésie, il n'ébranlàt les fondemens de la puissance des papes , et ne fit tarir les principales sources des revenus du clergé >. Ce fut par cette raison qu’ils s’opposèrent adroitement à tous les plans de réforme que proposait Adrien , et qu’à force de multiplier les objections et les difficultés, ils tâchèrent d’en empêcher ou d’en retarder l’exécution. Adrien surpris, d’un côté , de l’obstination des Luthériens, de l’autre, révolté des mœurs et des maximes italiennes, gémit souvent sur sa situation , et regretta le temps de sa vie où, simple doyen de Louvain, il se trouvait plus heureux dans un poste moins élevé , où l’on attendait peu de lui , et où rien ne pouvait arrêter l’effet de ses bonnes intentions a.

Clément VU , son successeur, fut autant audessus de lui dans l’art de gouverner , qu'il lui était inférieur du côté de la pureté des mœurs et de la droiture des intentions. 11 avait non-seulement, comme tous les papes , une répugnance extrême pour la convocation d'un concile ; mais comme il n'avait assuré son élection que par des moyens très peu canoniques , il redoutait une assemblée qui aurait le droit de la soumettre à un examen dont le résultat pouvait lui être funeste. 11 résolut donc pour sortir de l’embarras où l’avait jeté l'imprudence et la maladresse de son prédécesseur, d'éluder par toutes sortes de moyens les demandes des Allemands, tant sur la convocation d'un concile que sur la réforme des abus de la cour de Rome. Dans celte vue , il fit choix du cardinal Campege, homme très adroit, que les papes avaient déjà chargé de plusieurs négociations importantes , et il l’envoya en qualité de nonce à la diète de l’empire assemblée de nouveau à Nuremberg.

Campege , sans faire mention de ce qui s'était passé à la diète précédente, fit un long discours où il exhorta l'assemblée à exécuter avec vigueur l’édit de Worms , comme le seul moyen d'extirper l’hérésie de Luther. La diète répondit quelle voulait savoir auparavant les intentions

■ Krj-Paolo, Jfiit. del Concit., p.28. Pallatic. Fut pag. 58. *

* Jovfus , Vi la Adr.t p. 1 18

22t> HISTOIRE DK CHARLES-QU1ÏST. [1524]

du pape sur la proposition d'un concile , et sur les cent griefit qu'elle avait exposés. Le nonce tâcha d’éluder le premier article, en déclarant d’une manière va|;uc et générale que l'intention du pape était de preudre les mesures qui seraient les plus avantageuses au bien de l'église : quant au second point , comme la liste des cent griefs n’était arrivée à Rome qu'après la mort d’Adrien , et qu’ainsi elle n’avait |K>int été pré- , sentée dans les formes au pape actuel, Campege se prévalut de cette circonstance pour éviter de faire au nom de son maître une réponse positive sur cet objet : il observa pourtant que cette liste contenait plusieurs articles aussi peu soumis que peu décens, et que la diète, en publiant cette liste de sa propre autorité . avait manqué ouvertement au respect dé au saint siège. Il Hnit par demander encore qu’on procédât avec rigueur coutre Luther et ses adhérera; mais quoiqu'il fût vivement secondé par l'ambassadeur de l’ero-

pereur qui dans ce temps-là s’empressait de flatter le pape, et qui fit Iteaucoup de protestations sur le zèle de son maître pour l'Itonncur et la dignité du saint siège, le recez de la diète fut conçu presque dans les mêmes termes que celui de la précédente, et l'on n’y ajouta aucune déclaration plus sévère contre Luther et son parti1. •

Avant de quitter l'Allemagne, Campege, dans la vue d’éblouir et de gagner le peuple , publia certains règlemens pour réformer quelques désordres et quelques abus qui dominaient pasmi le bas clergé; mais cetté légère réforme , qui était bien éloignée de répondre au désir des luthériens et aux demandes de la diète, ne satisfit personne , et produisit très peu d’effet. Le nonce , d'une main timide , élaguq quelques branches: les Allemands voulaient qu’on frappât un coup plus ferme, et qu'on attaquât le mal jusque dans les racines de l’arbre 3.

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