‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 249 sur 325 · FIN DE HENRY IV · texte numérisé non relu

FIN DE HENRY IV

(1) Ce surnom de Bolingbroke fut donné à Henry IV en souvenir du lieu de sa naissance, Bolingbroke Castle, dans le comté de Lincoln. Les derniers restes de ce vieil édifice seigneurial s'écroulèrent en mai 1815,

(2) Le lion figure dans l'écusson royal d'Angleterre, le léopard, dans le blason de Norfolk.

(3) L'hôtel de Savoie, ancienne demeure des ducs et comtes de Lancastre, était situé sur la rive gauche de la Tamise, tout près de l'emplacement oii aboutit aujourd'hui le pont de Waterloo. Ce château avait appartenu, au xiif siècle, à Pierre, comte de Savoie, oncle d'Éléonore, femme de Henry HL La reine, en ayant hérité à la mort du comte, le légua à son second fils, Edmond, comte de Lancaslre, qui le transmit à ses successeurs.

(4) Les sept fils d'Edouard étaient : 1° Edward de Woodstock, surnommé le prince Noir, père de Richard H; 2" William de Halfield; 3" Lionel, duc de Clarence; 4" Jean de Gand, père de Henry IV ; 5" Edmond de Langley, duc d'York; 6" William de

Windsor ; 7° Thomas de Woodstock, duc de Glocester, le même qui fut assassiné en 1398 par ordre de Richard II.

(5) Toute celte scène est fondée sur le récit du chroniqueur Holinshed. J'extrais de cette narration la pittoresque description des préparatifs du combat judiciaire, si brusquement interrompu par la sentence arbitraire du roi Richard :

« Le duc d'Aumerle, agissant en ce jour comme connétable d'Angleterre, et le duc de Surrey, comme maréchal, tous deux armés de toutes pièces, entrèrent les premiers dans la lice avec une grande compagnie d'hommes habillés d'une étoffe de soie, brodée d'argent richement et à merveille, chaque homme ayant un bâton ferré pour maintenir le champ en ordre. Vers l'heure de prime arriva aux barrières de la lice le duc de Hereford, monté sur un coursier blanc, bardé de velours vert et bleu brodé somptueusement de cygnes et d'antilopes, armé de pied en cap de travail d'orfèvrerie.

» Le connétable et le maréchal vinrent aux barrières, lui demandant qui il était. Il répondit : « Je suis Henry de Lancastre, » duc de Hereford, qui suis venu ici pour l'aire mon devoir » contre Thomas Mowbray, duc de Norfolk, comme traître, infi- » dèle à Dieu, au roi, à son royaume et à moi, » Alors, incontinent, il jura par les saints évangélistes que sa querelle était légitime et juste, et sur ce point il demanda à entrer dans la lice. Puis il rengaina son épée, qu'auparavant il tenait nue dans sa main, et, abaissant sa visière, fit le signe de la croix sur son cheval, et, la lance à la main, entra dans la lice, et descendit de son cheval, et s'assit sur une chaise de velours vert, à un bout de la lice, et là se reposa, attendant la venue de son adversaire.

« Bientôt après entra dans la plaine avec grand triomphe le roi Richard, accompagné de tous les pairs du royaume, et en sa compagnie était le comte de Saint-Pol, qui était venu de France en toute hâte pour voir exécuter ce cartel. Le roi avait là plus de dix mille hommes armés, dans la crainte que quelque bagarre ou tumulte ne s'élevât entre ses nobles par suite de querelles ou de factions. Quand le roi fut assis sur son siège, lequel était richement tendu et orné, un roi d'armes fit une proclamation pu-

blique, défendant à tous, au nom du roi et du grand connétable et du grand maréchal, d'essayer ou de tenter de toucher aucune partie de la lice, sous peine de mort, ceux-là exceptés qui étaient chargés de maintenir l'ordre dans le champ-clos. La proclamation terminée, un autre héraut cria : « Regardez céans Henry de » Lancastre, duc de Hereford, appelant, qui est entré dans la » lice royale pour faire son devoir contre Thomas Mowbray, duc » de Norfolk, défendant, sous peine d'être reconnu félon et mé- )) créant. »

» Le duc de Norfolk attendait à l'entrée de la lice, son cheval étant bardé d'un velours cramoisi, richement brodé de lions et de branches de mûriers d'argent ; et, quand, pardevant le connétable et le maréchal, il eut fait le serment que sa querelle était légitime et juste, il entra dans le champ-clos, s'écriant hardiment : « Dieu aide celui qui a le droit. » Et alors il descendit de cheval, et s'assit sur sa chaise, qui était de velours cramoisi, avec courtine de damas blanc et rouge. Le lord maréchal examina les lances pour voir si elles étaient d'égale longueur, et remit luimême une lance au duc de Hereford, et envoya l'autre au duc de Norfolk par un chevalier. Alors Je héraut cria que les traverses et les chaises des champions fussent écartées, leur commandant au nom du roi de monter à cheval et de s'adonner à la bataille et au combat.

» Le duc de Hereford fut vite en selle, et ferma sa visière, et mil sa lance en arrêt, et, dès que la trompette sonna, avança courageusement sur son ennemi de six à sept pas. Le duc de Norfolk ne s'était pas encore pleinement avancé, que le roi lança à terre son bâton de commandement et que les hérauts crièrent : Halte! halte 1 Alors le roi leur fit enlever leurs lances, et leur commanda de retourner à leurs chaises, où ils restèrent deux longues heures, tandis que le roi et son conseil délibéraient sur la décision à prendre en une cause si grave,

» Finalement, après qu'ils eurent réfléchi, et pleinement déterminé ce qu'il y avait à faire, les hérauts crièrent Silence ! et sir John Bushy, le secrétaire du roi, lut la sentence et détermination du roi et de son conseil, dans un long rôle, dont la teneur était que Henry, duc de Hereford, quitterait le royaume dans les

qdnze jours, et ne reviendrait pas avant l'expiration du teritte de dix ans, à moindre d'êtfe rappelé par le roi, et cela sous peine de mort, et qllé Thomas Mowbray, duc de Norfolk, ayant semé la division datis le royaume par ses paroles, viderait également le royaume, et ne reviendrait jamais efi Angletetre sous peine de mort. »

(6) Les deux répliques qui précèdent, comprenant vingt-six vers, ne se trouvent que dans les éditions 10-4° publiées du vivant de Shakespeare. Elles ont été supprimées du texte de la grande édition posthume de 1623.

(7) « En cette 22^ année du roi Richard, le bruit public courut que le roi avait affermé le royaume à sir William Scrope, comte de Willshire, et alors trésorier d'Angleterre, à sir John Bushey, sir John Bagot, et sir Henry Greene, chevaliers. » — Chronique de Fabian.

(8) Edward, duc à'Aumerle ou ô' Albemarle (dérivation britannique à'Aumak), était le fils aîné du duc d'York. Il fut tué à Azincourt.

(9) « Il y avait certains navires frétés et préparés pour lui (le duc de Lancastre) à un lieu en Basse-Bretagne appelé le Port- Blanc, comme nous le trouvons dans les chroniques de Bretagne; et quand toute sa provision fut prête, il prit la mer, ensemble avec ledit archevêque de Cantorbéry et son neveu Thomas Arundel, tils et héritier du feu comte d'Arundel^ décapité à la Tour, comme vous l'avez ouï. Il y avait aussi avec lui Reginald lord Cobham, sir Thomas Erpingham, et sir Thomas Ramston, chevaliers, John Norburie, Robert Waterton et Francis Coint, écuyers. Peu d'autres étaient là, car il n'avait pas plus de quinze lances, comme on les appelait en ces jours, c'est-à-dire des hommes d'armes équipés et armés suivant la coutume du lempsv Pourtant d'autres écrivent que le duc de Bretagne lui remit trois mille hommes de guerre pour l'escorter, et qu'il avait huit gros vaisseaux bien garnis pour la guerre, là où Froissaft ne parle que

de trois... Le duc de Lancastre, après avoir longé la côle un certain temps, et s'être assuré par des intelligences comment les esprits de la population étaient disposés pour lui, débarqua vers le commencement de juillet en Yorkshire, à un lieu appelé autrefois Ravenspur, entre HuU et Bridlington ; et avec lui pas plus de soixante personnes, écrit-on ; mais il fut si joyeusement reçu par les lords, chevaliers et gentilshommes de ces contrées, qu'il trouva moyen (par leur assistance) d'assembler immédiatement un grand nombre de gens qui désiraient prendre son parti. Les premiers qui vinrent à lui furent les lords du comté de Lincoln et autres pays environnants, comme les lords Willoughby, Ross, Darcie et Beaumont. » —Holinshed.

(10) Thomas Arundel, archevêque de Cantorbéry, frère du comte d'Arundel, un des principaux chefs du parti aristocratique et parlementaire, avait été déposé de son siège par le pape, à la requête de Bichard IL

(11) «Il arriva que dans le même temps oij le duc de Hereford ou de Lancastre, comme il vous plaira l'appeler, arriva ainsi en Angleterre, les mers étaient tellement troublées par des tempêtes, et les vents tellement contraires à toute traversée d'Angleterre en Irlande oii le roi résidait toujours, que, durant l'espace de six semaines, il ne reçut pas de nouvelles de ce côté-là. Pourtant à la fin, quand les mers devinrent calmes et les vents un peu plus favorables, il arriva un navire par lequel le roi apprit les circonstances du débarquement du duc. Sur quoi ii résolut immédiatement de retourner en Angleterre pour faire résistance au duc ; mais, par la persuasion du duc d'Aumerle (à ce qu'on croit), il resta jusqu'à ce qu'il eût tous ses navires et ses approvisionnements entièrement prêts pour le passage.

» Sur ces entrefaites il envoya le comte de Salisbury en Angle* terre, pour y rassembler des troupes, pai* l'aide des amis du roi, dans le pays de Galles et le Cheshire, avec toute la rapidité possible, en sorte qu'elles fussent prêtes à l'assister contre le duc, dès son arrivée, car il comptait lui-même suivre le comte dans les six jours. Le comte, passant au pays de Galles, débarqua à

Conway, et envoya des lettres aux amis du roi, et enGalles et en Cheshire, pour qu'ils levassent leurs gens et vinssent en toute hâte assister le roi : à laquelle requête tous se rendirent avec grand empressement et très-volontiers, espérant trouver le roi lui-même à Conway, si bien que, dans l'espace de quatre jours, ils étaient rassemblés au nombre de quarante mille hommes, prêts à marcher avec le roi contre ses ennemis, s'il avait été là en personne.

» Mais quand ils reconnurent l'absence du roi, le bruit se répandit parmi eux que le roi était sûrement mort : ce qui produisit une impression et une disposition si mauvaise dans les esprits des Gallois et autres que, malgré toutes les instances du comte de Salisbury, ils ne voulurent pas marcher avec lui, avant d'avoir vu le roi ; ils consentirent seulement à rester quinze jours pour voir s'il viendrait ou non; mais, comme il n'arriva pas dans cet intervalle, ils refusèrent de demeurer plus longtemps, se dispersèrent et s'en allèrent; au lieu que, si le roi était venu avant leur licenciement, ils auraient certainement forcé le duc de Hereford à l'aventure d'une campagne. C'est ainsi que les retards du roi firent arriver les choses selon le désir du duc et enlevèrent au roi toute occasion de recouvrer plus tard des forces suffisantes pour lui résister, » — Holinshed.

(12) « En cette année, presque par tout le royaume d'Angleterre, les vieux lauriers se flétrirent, et ensuite, contrairement à l'opinion de tous les hommes, ils reverdirent, — étrange spectacle qu'on supposa annoncer quelque événement inconnu. » — Holinshed.

[ 1 3) Whilst we icere imndering loith ihe antipodes. Ce vers a été retranché de l'édition de 1623.

(14) L'if doM&/emen« fatal, c'est-à-dire fatal en raison de la nature vénéneuse de sa feuille et de la transformation de son bois en instrument de mort.

(15) And do your foUies fight against yourself. Ce vers est omis dans l'édition de 1623.

(16) Thomas Holland, duc de Surrey, était frère de mère du roi Richard II.

(17) Cette harangue légitimiste transporte d'aise le critique tory Johnson qui, dans la ferveur de son enthousiasme, n'hésite pas à attribuer à Shakespeare lui-même l'opinion de l'évêque de Carlisie: « Voici une autre preuve, écrit le célèbre docteur, que notre auteur n'a pas appris à la cour du roi Jacques ses notions si élevées sur le droit des rois. Je ne connais pas un courtisan des Stuarts qui ait exprimé cette doctrine en termes beaucoup plus énergiques. » Sans pitié pour l'illusion royaliste de Johnson, qui commet cette bizarre erreur de confondre la pensée d'un auteur avec la pensée de son personnage, Steevens réplique à cette remarque que « Shakespeare a représenté le caractère de l'évêque, tel qu'il l'a trouvé dans Holinshed, où ce discours fameux (qui contient, dans les termes les plus exprès, la doctrine de l'obéissance passive) est conservé. » En effet, Shakespeare, fidèle à la vérité historique, s'est astreint à développer en beaux vers une prosaïque harangue rapportée par Holinshed. — Voici le récit du chroniqueur:

« Le mercredi suivant, une requête fut faite par les communes à cet effet que, puisque le roi Richard avait abdiqué et était légalement déposé de sa dignité royale, un jugement fût rendu contre lui, qui le rendît incapable de troubler le royaume, et que les causes de sa déposition fussent publiées par tout le royaume pour édifier le peuple : laquelle demande fut accordée. Sur quoi l'évêque de Carlisie, homme à la fois sage et plein d'audace, remontra hardiment son opinion concernant celle demande; affirmant qu'il n'y avait nul parmi eux qui fût digne ou capable de donner un jugementsur un noble prince comme Richard qu'ils avaient eu pour leur souverain lige et seigneur, durant l'espace de vingt-deux ans et plus :

» Et je vous assure (dit-il) qu'il n'existe pas un traître endurci, un voleur fieffé, un meurtrier cruel, appréhendé ou détenu en prison pour son crime, qui ne soit produit devant la justice pour ouïr son jugement; et vous voulez procéder au jugement du roi, de l'oint du Seigneur, sans entendre sa réponse ni son XI. S9

iH RICHARD il ET HENRY IV.

excuse ! Je dis que le duc de Lancastre, que vous appelez roi, a plus de torts envers le roi Richard et son royaume que le roi Richard n'en a envers lui et nous: car il est manifeste et bien connu que le duc a été banni du royaume par le roi Richard et son conseil, et par le jugement de son propre père, pour l'espace de dix ans, pour la cause que vous savez; et pourtant, sans la permission du roi Richard, il est revenu dans le royaume, et (ce qui est pis) a usurpé le nom, le titre et la prééminence du roi. Et je dis conséquerament que vous commettez une offense manifeste en procédant en quoi que ce soit contre le roi Richard, sans l'appeler publiquement à se défendre. »

« Aussitôt que l'évêqueeut fini son discours, il fut appréhendé par le comte-maréchal, et enfermé sous bonne garde à l'abbaye de Saint-Albans. »

(18) A partir de ces mots: Daignez, milords, accédera la requête des communes, l'édition de 1597, la seule qui ait été publiée sous le règne d'Elisabeth, omet 154 vers pour reprendre le dialogue à ces paroles que Rolingbroke prononce vers la fin de la scène : A mercredi prochain nous fixons solennelleme^it notre couronnement. La conséquence de ce retranchement, évidemment imposé à l'éditeur par une raison politique, est que la déposition du roi Richard n'est pas accomplie effectivement, et que la proclamation du nouveau roi Henry IV a lieu sans transition, après la violente protestation de l'évêque de Carlisle. Le sens de la scène et du drame est ainsi complètement défiguré.

(19) Isabelle de France, fille aînée de Charles VI, avait épousé, à l'âge de huit ans, le 31 octobre 1396, le roi d'Angleterre Richard II. Séparée de son mari par la révolution de 1399, elle fut ramenée solennellement en France, en 1402, après la conclusion du traité de Leulinghen, et épousa en secondes noces le fils aîné du duc d'Orléans. Sa sœur cadette Catherine, que nous verrons figurer bientôt sur la scène shakespeyrienne, lui succéda plus tard comme reine d'Angleterre en épousant Henry V.

(20) « Cette description est si vivante, et les paroles en sont

si pathétiques, que je ne sais rien qui y soit comparable en aucune langue. » — Drijden,

(21) Les ducs à'Aumerle, de Surrey et d'Exeter furent dépouillés de leurs duchés par un acte du premier parlement du roi Henry IV, tout en étant autorisés à garder leurs comtés de Riitland, de Kent et de Huntingdon. Holinshed, p. 513, 514.

(22) « Voici une très-habile introduction au futur personnage de Henry V, aux débauches de sa jeunesse et à la grandeur de sa virilité. » — Johnson.

(23) Allusion à la célèbre ballade Le Roi et la Mendiante.

(24) Le beau-frère en question était John, duc d'Exeter et comte de Huntingdon, frère de Richard H, et mari de lady Elisabeth, propre sœur de Bolingbroke.

(25) Tout cet incident est historique. Voici le récit de Holinshed que Shakespeare a mis en scène :

« Le comte de Rulland, ayant quitté Westminster pour voir son père le duc d'York, comme il était assis è dîner, avait dans son sein sa cédule du traité de confédération. Le père, l'apercevant, voulut voir ce que c'était ; et quoique le fils refusât humblement de la montrer, le père, étant d'autant plus désireux de la voir, la prit de force hors de son sein ; et, en ayant reconnu le contenu, dans une grande rage, fit seller ses chevaux ; et, accusant de trahison son fils, pour qui il était devenu caution, il monta incontinent en selle, pour chevaucher jusqu'à Windsor et déclarer au roi la malicieuse intention de son fils et de ses complices. Le comte de Rutland, voyant en quel danger il se trouvait, prit son cheval et galopa par un autre chemin jusqu'à Windsor, si vite qu'il y arriva avant son père ; et, quand il fut descendu de cheval à la porte du château, il fit fermer les portes, disant qu'il devait en remettre les clefs au roi. Dès qu'il fut venu en présence du roi, il se mit à genoux, implorant sa merci et

456 RICHARD II Eï HENRY IV.

sa clémence, et lui déclarant toute l'affaire dans les moindres détails ; il obtint pardon ; et aussitôt arriva son père qui, étant introduit, remit au roi la cédule qu'il avait prise à son fils. Le roi, reconnaissant la vérité de ce que lui avait dit le comte de Rutland, changea sa détermination d'aller à Oxford, et dépêcha des messagers, pour signifier au comte de Northumberland, son grand connétable, et au comte de Westmoreland, son grand maréchal, le terrible danger auquel il venait d'échapper. »

(26) L'histoire nous a légué trois versions différentes de la mort de Richard II. Selon le moine d'Evesham et les annalistes Otterbourne et Walsingham, Richard se laissa volontairement mourir de faim dans la prison de Pomfret. — A en croire le manifeste publié par les Percys, lors de leur insurrection contre leur ancien allié Henr}^ IV, Richard aurait été affamé par une lente torture de quinze jours. Cette conjecture est confirmée par les chroniqueurs contemporains Harding et Polydore Virgile. — Enfin, suivant le récit de Fabyan, corroboré par Hall et consacré par Holinshed, Richard fut assassiné dans son cachot parsirPiers d'Exton et huit hommes armés, à l'instigation du roi Henry IV qui, un jour, étant à table, dit en soupirant devant ses courtisans: « N'ai-je pas un ami fidèle qui me délivrera de celui do.it la vie sera ma mort et dont la mort sera la préservation de ma vie? » C'est celte version si tragique que Shakespeare a adoptée.

(27) Lapremière partie de Henry IV, enregistrée au dépôt de la librairie anglaise [Staiioner's Hall) en février 1597, fut imprimée pour la première fois, sous format in-quarto, en 1598. Elle fut réimprimée successivement en 1599, en 1604, en 1608, en 1613 et en 1622, avant de trouver sa place dans l'édition in-folio de 1623. Ces six réimpressions distinctes attestent la continuité du succès obtenu par cet illustre drame historique.

La seconde par lie de Henrij IV fut enregistrée en même temps que Beaucoup de bruit pour rien, le 23 août 1600. Elle fut publiée la même année par les éditeurs Andrew V^ise et William Aspley. Mais celte première édition ayant été imprimée avec une grande négligence, la scène viii notamment ayant élé omise tout entière, une seconde édition plus complète et plus correcte fut

lancée presque immédiatement. La troisième édition, celle de 1623, contient un grand nombre de passages ajoutés par l'auteur au manuscrit primitif. Nous avons indiqué toutes ces additions dans les notes que le lecteur lira plus loin.

On ignore à quelle époque précise furent composées les deux parties de Henry IV. Mais il est certain qu'elles furent écrites l'une et l'autre avant l'année 1597. Ainsi que je l'ai dit à l'Introduction de ce livre, une des répliques de Falstafï dans la seconde scène de la seconde partie est restée inscrite, dans le texte de l'édition primitive, sous le nom à'Oldcaslle : preuve évidente que le héros comique portait encore le nom du martyr protestant, quand cette seconde partie fut composée. D'un autre côté, nous savons que, dès février 1597, l'auteur avait substitué le nom de Falstaff au nom à'Oldcaslle, par cette mention officielle que nous trouvons dans le registre du Stationefs Hall.

25 Février 1597.

Andrew Wiae. Un ouvrage intitulé ri/istoîVe de Henry Quatre, avec sa bataille de Shrewsbury contre Henry Hotspur du Nord, avec les spirituelles bouffonneries de sir John Falstaffe.

La seconde partie de Henry IV, ayant été écrite avant la substitution du nom de Falstaff ai} nom d'Oldcastle, est donc antérieure au mois de février 1597, époque à laquelle eut lieu publiquement cette substitution.

Henry IV a provoqué dans presque foutes les langues de l'Europe un grand nombre d'imitations. De nos jours, Paul Meurice et Auguste Vacquerie ont condensé la partie bouffonne dudrame en une comédie qui a été jouée au mois d'octobre 1842 sur la scène de l'Odéon avec un succès encore retentissant.

(28) « Ce Harry Percy fut surnommé, parce qu'il piquait souvent des deux, Henry Hotspur [Éperon chaud), comme un homme qui se reposait rarement s'il y avait quelque service à faire en campagne. » — Holinsbed, Histoire d'Ecosse, p. 240.

(29) L'accoutrement traditionnel de Falstaff nous est connu par une note manuscrite du célèbre architecte Tnigo Jones, qui

était surintendant des fêtes royales, au temps de Jacques I*"". Décrivant le costume d'une personne appelée à figurer dans une mascarade de la cour,Inigo écrit qu'elle doit être habillée «comme un sir John Falstaff, en manteau de laine brune tout à fait long, avec un gros ventre, comme un homme enflé, — longues moustaches, souliers courts laissant voir les doigts des pieds nus, guêtres montrant une grosse jarahe enflée. » — Extrait d'un manuscrit appartenant au duc de Devonshire.

(30) Dans ce refus, Hotspur était justifié par la coutume de la guerre, — tout captif dont la rédemption n'excédait pas dix mille écus appartenant à celui qui l'avait pris. Cependant Mordake, comte de Fife, étant neveu de Robert III d'Ecosse et par conséquent de race royale, pouvait être légalement réclamé par le roi.

Voici, du reste, comment Holinshed présente l'origine de la querelle entre les Percys et le roi Henry IV : « Henry, comte de Norlhuraberland, ainsi que son frère Thomas, comte de Worcester, et son fils, le lord Henry Percy, surnommé Hotspur, qui étaient pour le roi Henry, au commencement de son règne, de fidèles amis et de sérieux alliés, commencèrent dès lors à envier sa fortune et sa félicité; et ils étaient spécialement marris, parce que le roi demandait au comte et à son fils les prisonniers écossais saisis àHolmedon et à Nesbit; car, de tous les captifs pris dans les deux conflits, Mordake, comte de Fife, fils du duc d'Albany, était le seul qui eût été remis au roi, malgré maintes réclamations du roi qui insistait avec grandes menaces pour que le reste lui fût livré. De quoi les Percys étaient gravement ofl'ensés, car ils revendiquaient les autres prisonniers, comme leurs prises spéciales : aussi, sur le conseil de lord Thomas Percy, comte de Worcesler, dont l'unique soin était (selon quelques écrivains) de créer des ressentiments et de mettre les choses en brouille, ils vinrent trouver le roi à Windsor et là demandèrent que, soit par rançon, soit autrement, il délivrât de prison Edmond Mortinier, comte de March, leur cousin germain, qu'Owen Glendower (à ce qu'ils prétendaient) gardait dans une sale prison, chargé de fers, uniquement parce que Mortimer avait pris le parti du roi, et lui

avait été fidèle et dévoué. Le roi, ayant réfléclii à ce sujet, répondit que le comte de March n'avait pas été fait prisonnier pour sa cause, ni à son service, mais s'était laissé prendre volontairement, ne pouvant résister aux efforts d'OAven Glendower et de ses complices, et que par conséquent il ne ferait rien pour le racheter ou le délivrer. Les Percys ne furent pas peu irrités de cette réponse et de cette frauduleuse excuse ; et Henry Hotspur dit ouvertement : « Voyez, l'héritier du royaume est dépouillé de ses droits, et celui qui le vole ne veut même pas le racheter! » Sur ce, dans leur furie, les Percys se retirèrent, résolus à déposer le roi Henry de sa haute dignité royale et à installer à sa place Edmond, comte de March. Et non-seulement ils délivrèrent celui-ci de captivité, mais encore (au grand déplaisir du roi Henry) ils entrèrent en ligue avec le susdit Owen Glendower. »

(31) Moorditch était une portion du grand fossé, plein d'eau stagnante, qui entourait l'ancienne enceinte de Londres et qui avait été creusé au commencement du iii'^ siècle. La tranchée de Moorditch s'étendait de la poterne appelée Moorgate jusqu'à la porte de Bishopsgate.

(32) « La sagesse crie dans les rues et personne ne l'écoute. » Cette sentence de l'Ecriture fut retranchée de l'édition in-folio en vertu d'un acte du parlement (1605-6) qui défendait de prononcer le nom de Dieu ou le nom de la Trinité, et de citer le texte sacré « dans les pièces de théâtre, intermèdes, jeux de mai et parades. »

(33) Falstaff, Bardolphe, Peto, Gadshill. Le texte ici a été rectifié par Théobald , — les noms de deux acteurs , Harvey et Rossil étant 'substitués par erreur aux noms de Bardolphe et de Peto dans l'édition originale. On a conclu de cette méprise que les deux comédiens étaient chargés, l'un, du rôle de Bardolphe, l'autre, du rôle de Peto.

(34) D'après le principe héréditaire de la monarchie, Edmond Mortimer avait en effet un droit supérieur à celui de Henry IV, ainsi que le démontre cette table généalogique :

Edmond

moriimer

comte de Marcb.

Éléonore,

morte

sans postérité.

Anne, mariée à Richard , comte

de Cambridge, représentant de la

branche d'York.

(35) « Nicholas [Old Nick], en argot anglais, désignait le diable. Les clercs de saint Nicholas étaient les voleurs.

(36) Les anciens croyaient que la fougère ne donnait pas de graine : « Il y a deux espèces de fougère, dit Pline, qui ne produisent ni fleur ni graine. » La graine ou plutôt le spore, organe reproducteur de la fougère est, en effet, si menue qu'elle est à peine perceptible, et c'est ce qui explique l'erreur des anciens. Nos pères du moyen âge, mieux renseignés que ceux de l'antiquité, reconnaissaient que la fougère avait une graine; mais ils prétendaientque cette graine n'étaitvisibleque grâce à cerlai nés incantations magiques, dans la nuit delà Saint-Jean, au moment précis de la naissance du saint. Ils ajoutaient que celui qui parvenait à s'emparer alors de la mystérieuse semence devenait invisible.

(37) Extrait de la vieille pièce anonyme, les Fameuses victQires du Roi Henry V:

Entrent le jeune prince, Ned et Tom,

Avancez, Ned et Tom.

NED et TOM.

Voici, milord.

Avancez, mes enfants. Dites-moi, mes maîtres, combien d'or avezvouspris?

NED

Ma foi, milord, j'ai pris cinq cents livres.

Mais, dis-moi, Tom, qa'as-tu pris?

TOM

Ma foi, milord, quelque quatre cents livres.

Quatre cents livres I... Bravo, enfants! Mais, dites-moi, mes maîtres, croyez-vous pas que c'était un vilain rôle pour moi de voler les receveurs de mon père?

NED

Bah! non, milord, ce n'a été qu'une espièglerie de jeunesse.

Ma foi, Ned, tu dis vrai. Mais, dites-moi, mes maîtres, où sommesnous?

TOM

Milord, nous sommes à environ un mille de Londres.

Mais, mes maîtres, je m'étonne que sir John Oldcastle n'arrive pas. Tndieu! le voici qui vient.

Entre sir John Oldcastle.

Eh bien! Jockey, quelles nouvelles apportes-tu?

SIR JOHN OLDCASTLE

Ma foi, milord, la nouvelle de ce qui se passe. La ville de Detford poursuit à cor et à cris votre homme qui nous a quittés la nuit dernière, et a attaqué et détroussé un pauvre voiturier. HENRY V.

Tudieu ! le maraud qui avait coutume de nous signaler le butin !

SIR JOHN OLDCASTLE

Oui, milord, lai-même.

Ah ! le vil coquin ! voler un pauvre voiturier ! Pourtant, n'importe I Je sauverai la vie du misérable drôle. Oui, je le puis, Mais, dis-moi, Jockey, où sont les receveurs?

SIR JOHN OLDCASTLE

Ma foi, milord, ils sont tout près d'ici. Mais le meilleur de l'affaire, c'est que nous sommes à cheval et qu'ils sont à pied. Ainsi nous pouvons leur échapper.

C'est bon. Si les drôles viennent, laissez-moi seul avec eux. Mais, dis-moi. Jockey, combien as-tu eu de ces coquins? Quant à moi, je suis sûr d'avoir quelque chose, car un de ces marauds m'a si bien étrillé les épaules, que je m'en ressentirai un mois durant.

SIR JOHN OLDCASTLE

Ma foi, milord, j'ai une centaine de livres.

Une centaine de livres ! Bravo, Jockey! Mais, approchez, mes maîtres, et mettez tout votre argent devant moi... Ah! par le ciel, voilà une magnifique exhibition. Foi de gentilhomme, je veux que la moitié de ceci soit dépensé celte nuit; mais voici les receveurs, laissez-moi.

Entrent deux receveurs.

PREMIER RECEVEUR

Hélas! cher camarade, que ferons-nous? Jamais je n'oserai retourner à la cour, car je serais pendu. Mais voici le jeune prince! que faire?

Ah çà, marauds, qui êtes-vous?

PREMIER RECEVEUR

Parlez-lui, vous.

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