‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 25 sur 325 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

verre aveuglant des larmes, — divise un seul objet en plusieurs ; — comme ces cristaux à facettes qui, considérés de face, — ne montrent rien que confusion, et, vus obliquement, —font saillir une figure. Ainsi, votre chère majesté, — voyant de travers le départ de son seigneur, — y trouve maintes formes de douleur qui la font gémir, — mais qui en réalité ne sont que des reflets — chimériques. Donc, trois fois gracieuse reine, — ne pleurez que le départ de votre seigneur : c'est là votre seul ennui évident. — Si vous en voyez d'autres, c'est avec le regard trouble d'une douleur — qui pleure comme véritables des maux imaginaires.

LA REINE

— C'est possible ; mais un sentiment intime — me persuade qu'il en est autrement. Quoi qu'il en soit, — je ne puis être que triste, profondément triste : — bien que ma pensée ne s'arrête à aucune pensée, ~ je ne sais quelle oppression m'énerve et m'écrase.

BUSHY

— Cette douleur n'est qu'une imagination, ma gracieuse dame.

U REINE

— Nullement; si c'était une imagination, — elle serait enfantée -- par quelque chagrin antérieur ; elle ne l'est pas, — car rien n'a engendré ce qui m'afflige ; — le néant dont je soufi're n'est pas né de quelque chose. — C'est par anticipation que j'ai cette douleur ; — ce qu'elle est, je ne le sais pas encore, — je ne puis la décrire ; c'est un mal sans nom.

Entre Green.

GREEN

— Dieu garde Votre Majesté!... Heureuse rencontre, messieurs ! — J'espère que le roi n'est pas encore embarqué pour l'Irlande.

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