SCÈNE IX
[Le camp de Boiingbroke à Brislol.]
Entrent Bolingbroke, York, Northumberland, Percy, Willoughby, Ross, suivis d'officiers qui amènent BusHY et Green prisonniers.
BOLINGBROKE
Faites avancer ces hommes. — Bushy et Green, je ne veux pas tourmenter vos âmes, — qui vont dans un moment être séparées de vos corps, — par une trop longue dénonciation de vos funestes existences ; — car ce ne serait pas charitable. Néanmoins, pour laver mes mains — de votre sang, ici, à la vue de tous, — je veux exposer quelques-uns des motifs de votre mort. — Vous avez égaré un prince, un roi vraiment royal, — un parfait gentilhomme de race et de nature ; — vous l'avez complètement dénaturé et défiguré. — Dans vos criminels loisirs, vous avez, en quelque sorte, — établi un divorce entre la reine et lui; vous avez dépossédé le lit royal, — et flétri les belles joues d'une charmante reine — avec les larmes arrachées de ses yeuxparvos noirs outrages. — Moi-même, prince par la fortune de ma naissance, — proche du roi par le sang , proche de lui par l'affection — jusqu'au jour où. vous m'avez fait méconnaître par lui, — j'ai dû courber la tête sous vos injures, — et exhaler dans les nues étrangères mes soupirs anglais, - mangeant le pain amer de la proscription, -
tandis que vous viviez de mes seigneuries, — que vous détruisiez mes parcs, et que vous abattiez mes forêts ; — tandis que vous arrachiez de mes fenêtres mon blason de famille — et que vous effaciez ma devise, ne me laissant d'autres signes — que l'estime des hommes et le sang de mes veines — pour prouver au monde que je suis gentilhomme. — Ces motifs et bien d'autres (je pourrais en dire
deux fois plus) — vous condamnent à mort Qu'on les