I. Sur le bonheur des sols, 1782, in
prendre un long voyage. Pendant l'intervalle de repo dont je venais de jouir, mon imagination avait repris toute sa force, et mon cœur était prêt à recevoir les plus douces impressions ; tant ce passager anéantissement de la pensée peut augmenter son énergie ! Le fond de chagrin que ma situation précaire dans :e monde me faisait sourdement éprouver fut remplacé tout à coup par un sentiment vif d'espérance et de courage ; je me sentis capable d'affronter la vie et toutes les chances d'infortune ou de bonheur qu'elle traîne après elle.
Aitre brillant I m'écriai-je dans l'extase délicieuse qui me ravissait, incompréhensible production de l'éternelle pensée ! toi qui seul, immobile dans les cieux, veilles depuis le jour de la création sur une moitié de la terre ! toi qui diriges le navigateur sur les déserts de l'Océan, et dont un seul regard a souvent rendu l'espoir et la vie au matelot pressé par la èempête ! si jamais, lorsqu'une nuit sereine m'a permis de contempler le ciel, je n'ai manqué de te chercher parmi tes compagnes, assiste-moi, lumière céleste I Hélas ! la terre m'abandonne : sois aujourd'hui mon conseil et mon guide, apprends-moi quelle est la région du globe où je dois me fixer !
Fendant cette invocation, l'étoile semblait rayonoer plus vivement et se réjouir dans le ciel, en m'iovitantà me rapprocher de son influence protectrice.
Je ne crois point aux pressentiments ; mais je crois à une providence divine qui conduit les homme»
ÀUTOUrx ./c MA CHAMBRE. 1S7
par des moyens inconnus. Chaque instant de notre existence est une création nouvelle, un acte de la lûute-puissante volonté. L'ordre inconstant qui produit les formes toujours nouvelles et les phénomènes inexplicables des nuages est déterminé pour chaque instant jusque dans la moindre parcelle d'eau qui les compose : les événements de notre vie ne sauraient avoir d'autre cause, et les attribuer au hasard serait le comble de la folie. Je puis même assurer qu'il m'est quelquefois arrivé d'entrevoir les fils imperceptibles avec lesquels la Providence fait agir les plus grands hommes comme des marionnettes, tandis qu'ils s'imaginent conduire le monde; un petit mouvement d'orgueil qu'elle leur souffle dans le cœur suffit pour faire périr des armées entières, et pour retourner une nation sens dessus dessous. Quoi qu'il en soit, je croyais si fermement à la réalité de l'invitation que j'avais reçue de l'étoile polaire, que mon parti fut pris à l'instant même d'aller vers le nord ; et, quoique je n'eusse dans ces régions éloi gnées aucu.. point de préférence ni aucun but déterminé, lorsque je partis de Turin le jour suivant, je sortis par la porte Palais, qui est au nord de la ville, persuadé que l'étoile polaire ne m'abandonnerait pas.
18S EXHtUITluN NOCTURNE