‹ Œuvres complètes du comte Xavier de MaistreChapitre 30 sur 114 · XAVIER DE MAISTRE. XXXY · texte numérisé non relu

XAVIER DE MAISTRE. XXXY

D'autres liens que ton caprice.

Ni d'autre prison que les cieux.

Peut-être un jour dans la campagne, Conduit par tes goûts inconstants, Tu rencontreras deux enfants Qu'une mère triste accompagne :

Vole aussitôt la consoler; Dis- lui que son amant respire, Que pour elle seule il soupire ; Mais, hélas l... tu ne peux parler.

Étale ta riche parure Aux yeux de mes jeunes enfants ; Témoin de leurs jeux innocents, Plane autour d'eux sur la verdure.

Bientôt, vivement poursuivi, Feins de vouloir te laisser prendre.

De fleurs en fleurs va les attendre Pour les conduire jusqu'ici.

Leur mère les suivra sans doute.

Triste compagne de leurs jeux :

Vole alors gaîment devant eux Pour les distraire de la route.

D'un infortuné prisonnier Ils sont la dernière espérance :

Les douces larmes de l'enfance Po»irront attendrir mon geôlier.

XXXVI NOTICE SUR LE COM l tt

A l'épouse la plus fidèle On rendra le plus tendre époux; Les portes d'airain, les verroux.

S'ouvriront bientôt devant elle.

Mais, ah ! ciel ! le bruit de mes feri Détiuit l'erreur qui me console ; Hélas! le Papillon s'envole...

Le voilà perdu dans les airs * I

Maintenant en route vers la Russie, où des affaires l'ont rapoelé et où l'accompagnent nos vœux, M. de Maistre a laissé ici, au passage, des souvenirs bien durables chez tous ceux qui ont eu l'honneur de l'approcher. On prendrait plaisir et profit à plus d'un de ses jugements naïfs et fins. Il a peu lu nos auteurs modernes; en arrivant, il ne les connaissait guère que de nom, même le très-petit nombre de ceux qui mériteraient de lui agréer. En parcourant les ouvrages à la mode, il s'est efl'rayé d'abord, il s'est demandé si notre langue n'avait pas changé durant ce long espace de temps qu'il avait vécu à l'étranger :

1. Cette jolie pièce a été traduite en rnsse, puis retraduite en yers frau' çais par un de nos secrétaires d'ambassade qui n'en savait pas la première origine. Pareille aventur» est arrivée à ta Chute dct Feuilles de Mil- MToyt.

XAVIER DE MAISTRE. XXXVIl

- Pourtant ce qui me tranquillise un peu, ajoutait-il, c'est que, si l'on écrit tout autrement, la plupart des personnes que je rencontre parlent encore la même langue que moi. » En assistant à quelque séance de nos Chambres, il s'eH trouvé bien déroiité'de tant de paroles; au sortir du silence des villas et du calme des monarchies absolues, il comprenait peu l'utilité de tout ce bruii, et l'on aurait eu peine, je l'avoue, à la lui démontrer pour le moment. Il était tombé aussi dans un quart d'heure li'op désagréable pour la forme représentative : que ne prenait-il un instant plus flatteur? La Chambre des députés, chaque fois qu'il passait devant, lui rappelait involontairement le Vésuve, disait-il. — Oui, pour la lumée au moins, sinon pour le péril de l'explosion; mais, lui, il croyait môme au péril. Il n'aimait guère mieux le qnai Voltaire (antipathie de famille), et y passait le plus rapidement qu'il pouvait, baissant la tête, disait-il, et détournant ses regards vers la Seine. Il admire, comme on le peut penser, les oiivi'ages de son illustre frère, et, en tpiite tolérance, sans cmbre de dogmatisme, il semble ëts adopter naturellement comme l'ordre d'idées !e plus simple du monde; il trouve que le plus beau

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