LES MAUVAIS ESPRITS
Frères ! réjouissez-vous ! réjouissez-vous ! l'époux.
Inutile de lutter, ^l'âpre volupté de la chute m'entraîne, — le vertige s'empare de mon âme, — ô Dieu ! l'ennemi est vainqueur !
l'ange gardien (apparaissant au-dessus de la mer).
Que la paix du Seigneur s'étende sur les flots; mer, calme-toi !
En ce moment, sur la tête de ton enfant, coule l'eau sainte. Retourne chez toi et ne pèche plus.
Reviens à ton enfant, et aime-le.
(Le salon où est le piano. — L'époux entre, les domestiques le suivent portant des lumières.}
OÙ donc est madame ?
LE DOMESTIQUE
Madame la comtesse est indisposée, monsieur le comte.
l'époux.
Comment? mais elle n'est pas dans sa chambre!
LE DOMESTIQUE
Madame la comtesse n'est plus ici.
l'épodx.
Où est-elle alors ?
LE DOMESTIQUE
Elle est partie hier.
l'js-.poux.
Pour OÙ?
le DOMESTIQUE (s'enfuyant).
Pour une maison de fous.
l'époux.
Marie, voudrais-tu te jouer de moi, — voudrais-tu me punir? Réponds-moi, je t'en conjure. Marie! ma chère Marie!...
Rien, — personne ne répond. — Jean ! Catherine! Cette maison tout entière est devenue muette, sourde!
C'est donc vrai?... Celle à qui j'ai promis la fidélité et le bonheur, je l'ai jetée vivante dans un séjour de damnés... *J'ai détruit tout autour de moi, et je me détruirai moimême... IN'ai-je échappé à l'enfer que pour en être quelques instants encore l'image sur la terre?
Sur quel oreiller reposera-t-elle aujourd'hui sa tête? Quels bruits s'élèveront cette nuit autour d'elle ? — les cris et les hurlements des fous !
...Je la vois :~ ce front si pur où se reflétait toujours une pensée sereine et bienveillante, ce front, elle le tient courbé; sa pensée, elle l'a envoyée dans les déserts à ma recherche, — elle erre maintenant dans l'angoisse...
UNE VOIX (quelque part).
Tu composes un drame.