CHŒUR DES BOUCHERS
La hache et le couteau, voilà nos armes; — égorger, c'est notre vie, — peu nous importe d'égorger des bètes ou des aristocrates !
Enfants de la force et du sang, nous ne connaissons que la force et le sang.
Nous sommes à qui nous veut. Pour les maîtres, nous égorgeons des bœufs; pour le peuple, nous égorgeons les maîtres! La hache et le couteau, voilà nos armes; égorger,c'est notre vie ! abattons! abattons! abattons!
LE COMTE
J'aime ceux-là, au moins ils ne parlent ni d'honneur, ni de philosophie. — Bonsoir, madame.
LE JUIF
Dites donc, citoyenne ou femme libre.. ,
LA FEMME
Que signifie ce titre? d'où vient-il, celui-là? fi! tu sens la vieillerie, l'ancien régime,
LE COMTE
J'ai dit un mot pour un autre.
LA FEMME
Je suis comme toi, femme indépendante, femme libre; — à la société, qui m'a. donné ces droits, je distribue mon amour.
Et en échange la société t'a donné ces bagues, ce collier
d'améthystes. Oh! deux fois bienfaisante et généreuse société !
LA FEMME
Non, ces bagatelles je les ai eues de mon mari, — avant l'ère derémancipalion, — de mon mari, ou plutôt de mon ennemi, de l'ennemi de la liberté, de celui qui me tenait à la chahie.
LE COMTE
Je te souhaite bien du plaisir, citoyenne, fiis s'éloignent.) Quel est cet étrange soldat appuyé sur un sabre à deux tranchants? Il n une tête de mort à son bonnet, une autre sur la poignée de son sabre, une autre encore sur la poitrine. Ne serait-ce pas le fameux Bianchetti, un de ces condottieri aujourd'hui au service des peuples, comme en avait jadis les gouvernements et les rois?
LE JUIF
C'est lui-même. Excellence, arrivé chez nous depuis une semaine.
LE COMTE
Qui vous rend si pensif, général ?