I/OUVRIER
Anathème sur les boutiquiers, sur les fabricants!. . . les belles aimées que d'autres passent à aimer les jeunes filles, à combattre en pleins champs, à naviguer en pleine mer, je les ai passées à étouffer dans un réduit obscur, courbé sur un métier à soie.
LE COMTE
Vide d(>nc la coupe que tu tiens en main. l'ouvrier.
Je n'en ai plus la force, je ne puis la porter à mes lèvres; à peine ai-je pu me traîner jusqu'ici. Je ne verrai point se lever le soleil de la liberté. Anathème aux marchands qui vendent la soie, et aux riches qui la portent! Anathème ! anathème !
(Il meurt.) LE JUIF.
Quel hideux cadavre !
LE COMTE
Trembleur libéral, citoyen renégat, regarde celte tête sans vie éclairée par les sanglants rayons du soleil couchant. Que sont maintenant pour cet homme, vos grandes phrases, vos promesses, — l'égalité, — la perfection, — le bonheur du genre humain?
LE JUIF (à part).
Puisses-tu aussi crever avant le temps, et que ton corps soit mis en pièces par les chiens ! — (Haut.) Laissez-moi aller, je dois rendre compte de mon message.
LE COMTE
Tu diras que je t'ai retenu, te croyant un espion. -- (U jette les yeux autour de lui.) Les échos du festin s'aiïaiblissent et s'éteignent ; — nous n'avons plus devant nous que des sapins et des chênes que dorent les derniers rayons du jour.
Des nuages s'amoncellent au-dessus des arbres. — Vous feriez mieux de rejoindre vos gens, qui depuis longtemps
vous attendent dans le val de Saint-Ignace.
LE COMTE
C'est trop de sollicitude, monsieur le Juif, — retournons sur nos pas. — Je veux encore, à la lueur du crépuscule, contempler ces citoyens.
VOIX socs LES ARBRES.
Les fils de Cham disent bonsoir au bon vieux soleil.