CHŒUR DES ARTISTES
Sur les ruines gothiques nous bâtirons un temple nouveau, sans images ni statues. Les voûtes seront hérissées de poignards, les piliers seront portés par huit têtes d'hommes, et les chapiteaux ressembleront à des chevelures dégoûtantes (le sang. — Un seul aulel avec un seul symbole, — le bonnet rouge, — hourraha ! !
d'autres voix.
Allons ! allons ! l'aube blanchit.
Nous finirons par être pendus, — où est la potence ?
LE COMTE
Tais-toi, Juif, — ils se hâtent de rejoindre Léonard, et ne font plus attention à nous.
Une dernière fois, je contemple du regard et j'embrasse de la pensée ce chaos sortant des profondeurs du temps et du sein des ténèbres, pour ma perte et celle de mes frères. Ma pensée, poussée par le désespoir, torturée par la douleur, a pris une force nouvelle. Dieu, donne-moi celle puissance que naguère tu ne me refusais jamais, et dans un mot je renfermerai ce monde nouveau, immense, qui s'ignore lui-même, — et cette parole deviendra la poésie de l'avenir tout entier.
UNE VOLX DANS l'aIR.
Tu composes un drame.
LE COMTE
. Merci pour l'avertissement. — Vengeance pour les cendres
profanées de mes pères ! Anathème sur les nouvelles générations! Leurs courants m'entourent, mais ne m'entraîneront pas, — ô mon aigle, mon aigle, tiens tes promesses ! Et maintenant, descendons dans le val de Saint-Ignace.
LE JUIF
Voici le jour, je n'irai pas. plus loin.
LE COMTE
Mets-moi sur le chemin, et jeté laisserai aller.
A travers lo brouillard et les ruines, au milieu des épines et des cendres, où me traînez-vous?... laissez-moi, par pitié.
LE COMTE
En avant, en avant, et descends avec moi,— derrière nous s'éteignent les derniers chants du peuple, —à peine çà et là, quelque torche jette une faible lueur. Au milieu du pâle brouillard, entre ces arbres chargés de rosée, n'aperçois-tu pas les ombres du passé ?. . . entends-tu ces voix plaintives ?
LE JUIF
Le brouillard enveloppe tout, — nous descendons toujours plus bas.