TOUS
Oui, la mort! la mort! vivat.
(Ils sortent.)
(Un portique élevé. — Le comte Henri, Jacob.)
LE COMTE
Où est mon fils ?
JACOB
Dans la tour du Nord. Assis au seuil d'une ancienne prison, il chante ses prophéties.
LE COMTE
Garnis le bastion d'Éléonore, — toi-même reste là et observe attentivement avec ta lunette le camp des rebelles.
JACOB
Dieu nous soit en aide ! mais en attendant, il serait bon de distribuer un peu d'eau-de-vie à nos soldats.
LE COMTE
Fais vider, s'il le faut, les caves de nos princes et de nos comtes.
(Jacob sort.)
(Le comte monte quelques marches et s'approche de l'étendard planté sur une plate-forme.)
Vous voilà donc, ennemis que je hais, que j'exècre! — Pour lutter avec vous, plus de paroles vaines, plus d'inspiration insipide, mais le fer et les hommes, qui me sont soumis.
Oh ! qu'il est bon d'être le maître, le dominateur ! même au prix de la mort, d'être l'arbitre souverain de toutes les volontés, de contempler à mes pieds, là dans l'abîme, mes ennemis hurlant vers moi, sans m'atteindre, comme les damnés qui lèvent en vain la tête vers le ciel.
...Encore quelques jours, et moi, peut-être, et tous ces misérables qui ont oublié leurs ancêtres, nous n'existerons plus, — qu'importe ! quelques jours restent encore, — je veux me rassasier de la volupté de commander, de combattre, de vivre enfin. Ce sera là mon dernier chant.
Au delà des rochers, le soleil se couche dans un immense et noir cercueil de vapeurs. — Ses rayons sanglants inondent la vallée. — Signes précurseurs de ma fin, je vous salue, et d'un cœur plus ouvert, plus satisfait, que je ne vous ai jamais salués, promesses de joie, d'illusions et d'amour 1 Car ce n'estni par l'intrigue, ni par la trahison ou la bassesse, que je suis arrivé à mon but, mais d'un coup, soudainement.
commeje lavais toujours rêvé. — Me voilà au seuil de l'ékTnité, mais je suis le chef suprême de tous ceux qui, hier encore,, étaient mes égaux.
(Une salle du château éclairée par des torches. — Georges assis sur un lit. — Le comte entre et dépose ses armes sur la table.)
LE COMTE HENRI
Que cent hommes restent sur les remparts, — les autres peuvent se reposer après un combat aussi acharné.