Partie en est fouie, partie en est tuée
N'a ne boef , ne charrue , ne vilain eu arée (labourage).
Ne vigne provignie, ne couture (culture) seme'e ,
Mainte e'glise i a jà essilie e gastée :
Se ceste guerre dure, la terre iert(sera) de'gaste'e.
A ce triste récit, une voix unanime s'éleva de l'assemblée pour prier le roi de mettre enfin un terme à la guerre. Charles céda à ce vœu de tout un peuple, et chargea Francon , archevêque de Rouen, de porter un message de paix. Ce prélat , qui, par le seul ascendant de son courage et de ses vertus, avait préservé son troupeau des horreurs du pillage , exerçait une certaine influence sur le sauvage conquérant. «Le roi des Francs, lui dit-il, vous donnera sa fille Gizèle en mariage » et le territoire maritime qui s'étend de la rivière d'Epte aux frontières de la Bre- » tagne , si vous voulez vivre en paix , lui faire hommage de la terre et recevoir le » baptême. »
« Ces paroles sont bonnes , » répondit Rollon dont le caractère s'était adouci, depuis que de simple roi de la mer, commandant à des pirates , et ne reconnaissant aucune loi, il était devenu souverain d'une vaste province *.
A quelques jours de là, sur les bords de l'Epte, les Francs et les Normands plantèrent leurs tentes. Charles confirma la cession de la Neustrie , et Rollon , les deux mains dans celles du roi, lui jura fidélité.
« Je deviens votre homme de ce jour en avant, de vie, de membres, de terrestre » honneur , lui dit-il , et à vous serai féal et loyal ; et foi à vous porterai des tenei> ments que je reconnais tenir de vous 2. »
Le fier Normand avait prononcé ces paroles debout , armé et la tête haute , lors-
Guillaume de Jumièges. Augustin Thierry. Depping , Histoire des expéditions des Normands, Traité des fiefs. Chateaubriand , Études historiques.