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qui avait défendu Sun nie contre Tamerlan et cent mille Tartares , les maréchaux de Retz et de Saint-Sevère, Jean Chabot, Guillaume d'Albret et toute l'élite de la chevalerie de Fiance se pressaient autour de la jeune fille. Le peuple jetait des fleurs sur son passage, et répétait le vieux cri de joie, Noël! JVoël!
Tandis que les troupes et les charriots du convoi pénétraient sans combat dans la place, au travers des lignes ennemies, les Anglais, glacés d'effroi, restaient immobiles derrière leurs retranchements. « Un étonnement stupide régnait parmi les soldats, naguères si enorgueillis par la victoire1; » et, dans l'impuissance de cacher leur honte, ils attribuaient à la magie cette subite et inexplicable terreur. Le vaillant Talbot lui-même, d'ordinaire si généreux, partageait l'opinion commune; et peu s'en fallut qu'il ne fit jeter au feu un des hérauts de la Pucelle, comme s'il eut été un envoyé de l'enfer.
« Or t'en retournes , dit l'héroïne au héraut Ambleville, en apprenant cette nou- » velle. va réclamer ton compagnon ; et dis à Talbot, que s'il arme, je m'armera) » aussi, et s'il me peult prendre, qu'il me face ardoir (brûler ); et si je le dé- » confis, qu'il face lever les sièges et les Anglois s'en aillent en leur pays. »
« Auparavant qu'elle arrivast, ajoute la chronique, deux cents Anglois cliassoient aux escarmouches cinq cents François; et depuis sa venue, deux cents François chassoient mille Anglois. »
Jeanne à cheval . au milieu des hommes d'armes, dirigeait elle-même toutes les attaques, et semblait « un cavalier descendu du ciel. » Elle avait communiqué à la garnison sa foi intrépide et son pieux enthousiasme. Toujours la première dans la mêlée, elle écartait les coups qu'on lui portait, avec la lance de son étendard, sans faire usage de l'épée, et prenait les prisonniers et les blessés sous sa sauvegarde.
A l'assaut de la principale bastille, au moment même où elle dressait une échelle contre le rempart, une flèche la frappa au-dessus du sein. Un vieux chevalier, Jean de Gamaches, la transporta évanouie sur le bord d'un ruisseau. Le sang jaillissait de la blessure, et le fer était resté dans la plaie. Jeanne, saisie de frayeur, ne put d'abord retenir ses larmes. Elle appela son chapelain; et quoi qu'elle eût reçu le matin même « en grande dévocion le précieulx corps de Rostre Seigneur. »
Hume, Histoire d'Angleterre.
elle demanda à genoux l'absolution. Puis après une courte prière, animée d'une force surnaturelle, elle arrache le trait de sa blessure, et dit à ceux qui l'entouraient : « Ce n'est rien, je suis consolée. » On lui met un léger bandage , et elle demande à l'instant son cheval et ses armes.
La nuit, qui approchait, avait mis fin au combat ; déjà la retraite était sonnée, lorsque la Pucelle parut de nouveau dans les rangs. « En mon Dieu , dit-elle en » montrant la forteresse, vous entrerez dedans bien brief; n'ayez doubte, quand » vous verrez mon estendard flotter vers la bastille , reprennez vos armes. »
Elle rallie les soldats en désordre, et les ramène à l'assaut. Les échelles sont appliquées à la muraille : « Tout est vostre, s'écrie-t-elle , entrez-y. » En un instant le fort est emporté, et les Anglais, qui ne sont pas tués ou précipités dans la Loire , ne doivent la vie qu'à sa prière.
Le lendemain 4, le Te Deurn était chanté dans toutes les églises d'Orléans, au son des cloches, des bombardes et des instruments de guerre. Le comte de Suffolk avait levé ses tentes; il fuyait avec les débris de son armée, et abandonnait, dans son camp, les blessés, les malades, l'artillerie de siège et les bagages. Peu de jours après, de nouveau vaincu à Jergeau, il armait chevalier, sur la brèche, un simple écuyer, qui le forçait de rendre son épée.
La prise de Meung , de Beaugency et la victoire de Patay, où Jeanne fit des prodiges de valeur, sous les yeux du connétable de Richemont, délivrèrent l'Orléanais et dispersèrent l'armée ennemie. « Gentil prince, avait dit la Pucelle au duc » d'Mençon, au commencement de cette journée , il faut combattre les Anglois, » fussent-ils pendus aux nues, et se munir de bons espérons pour les suyvre. En » avant, et n'ayez doubte. Ne savez-vous pas que j'ai promis à votre femme de » vous ramener sain et entier à la maison. »
Après la bataille de Patay, l'armée royale prit la route de Reims. La victoire
1 Monstrelet dit que l'armée anglaise perdit huit raille hommes devant Orléans. Le siège , commencé depuis sept mois , fut levé, dix jours après l'entrée de la Pucelle dans la ville. Le vendredi 29 avril , arrivée de Jeanne à la tète du convoi. — Le samedi 30 , reconnaissance de l'ennemi.
— Le dimanche 1er mai , consacré à la prière. — Le lundi 2 , conseil de guerre et sommation aux Anglais.
— Le mardi 3 , fête patronale d'Orléans , consacrée à la prière. — Le mercredi i , sortie et attaque des lignes ennemies. — Le jeudi 5 , fête de l'Ascension , consacrée à la prière. — Vendredi 6 et samedi 7, prise des principaux forts. — Dimanche 8 , l'ennemi lève le siège.
Pf titot , Journal du siège d'Orléans .
avait confirmé les prédictions de la Pucelle; et Charles, partageant la confiance du peuple et des soldats, s'abandonnait à ses mystérieuses inspirations.
Jeanne, chevauchant à l'avant-garde, réglait elle-même les marches et les repos, et pourvoyait aux besoins d'une armée , qui s'avançait comme à une fête, sans vivres et sans bagages, mais assurée de vaincre sous la protection du ciel. Les plus illustres chevaliers exécutaient les ordres de la bergère : « Et c'estoit grande merveille que l'entendement qu'elle avoit en ces choses, veu que en aultres, elle estoit la plus simple pastourelle, que on veit oncques. »
Toutes les fois que l'armée s'arrêtait près d'un village, Jeanne allait à l'église , et faisait chanter les antiennes de Marie. Souvent elle se levait la nuit pour prier Dieu; mais c'était au pied des autels qu'elle retrouvait ses joies de jeune fille, lorsque confondue dans la foule des pieuses villageoises, elle approchait avec elles de la table sainte.
Dans celte longue route de soixante lieues, à travers les provinces occupées par les Bourguignons et les Anglais, l'armée royale éprouva peu d'obstacles. Troyes et Châlons ouvrirent leurs portes sans attendre l'assaut; et la garnison de Reims, qui n'était que de six cents hommes, abandonna précipitamment la ville.
Charles y ht son entrée en triomphe, précédé de la Pucelle, qui portait son étendard. Après une nuit passée en prières, le duc d'Alençon arma chevalier le monarque, qu'allait consacrer l'huile sainte. L'épée nue, qui lui était remise, ne devait rentrer dans le fourreau qu'après la conquête de son royaume.
A la nouvelle du sacre de Charles Vil, presque toutes les villes de la Champagne, de la Brie et de l'Ile de France, chassèrent les Anglais de leurs murs. Les cris de joie, qui avaient ébranlé les voûtes de la grande basilique de Saint-Rémi, retentissaient dans tout le royaume; la mission de la Pucelle était finie, mais Dieu lui réservait une dernière couronne.
Deux années plus tard , à Rouen, sur la place du Vieux-Marché, huit cents soldats entouraient le charriot qui conduisait au martyre l'héroïque jeune fille. D'indignes liens attachaient ses mains victorieuses ; et au pied du bûcher, le bourreau avait ceint sa tète d'une mitre, où on lisait ces mots : hérétique , relapse , apostate, ydolastre. Son crime était d'avoir vaincu les Anglais et sauvé son pays.
Jeanne, la tète inclinée et le visage baigné de larmes, priait avec ferveur pour