PL XV
Et premièrement, les bannières de tous princes se doivent apporter par ung de leurs chambellans chevaliers, et les pannons desdits chiefz se doyevent apporter par leurs premiers valez ou escuiers trenchans.
Et les bannières des autres bannerez, par leurs gentils hommes, ainsi qu'il leur plaira.
Les heaulmes des princes se doyevent aporter par leurs escuiers d'escuierie.
Et les heaulmes des autres bannerez, chevaliers et escuiers, par aucuns gentils hommes ou honnestes valez.
Icy dessous est pourtraicte l'istoire commant ils portent bannières et timbres de l'appellant ou cloistre, pour les arrenger et faire le despartement.
Item, et quant tous les heaulmes seront ainsi mis et ordonnez pour les despartir, viendront toutes dames et damoiselles, et tous seigneurs, chevaliers et escuiers, en les visitant d'ung bout à autre, là présens les juges qui maineront troys ou quatre tours les dames, pour bien veoir et visiter les timbres : et y aura ung hérault ou poursuivant, qui dira aux dames, selon l'endroit où elles seront, le nom de ceulx à qui sont les timbres, ad ce que s'il y en a nul qui ait des dames mesdit, et elles touchent son timbre, qu'il soit le lendemain pour recommandé. ToutefFoiz nul ne doibt estre batu oudit Tournoy, se non par l'advis et ordonnance des juges, et le cas bien desbatu et attaint au vray, estre trouvé tel qu'il mérite pugnicion : et lors en ce cas doibt estre si bien batu le mesdisant, que ses espaules s'en sentent très bien, et par manière que une autreffois ne parle ou mesdie ainsi deshonnestement des dames, comme il a acoustumé.
En oultre la recommandacion des dames, y a autres certains cas plus
griefs et plus deshonnestes que de mesdire d'elles, pour lesquels cas la pugnicion qui cy après s'ensuit, est deue à ceulx qui les ont commis.
Le premier cas et le plus pesant si est quant ung gentil homme est trouvé vrayement évidamment faulx et mauvais menteur de promesse, espécialement faicte en cas d'onneur.
Le second autre cas est d'ung gentil home qui est usurier publique, et preste à interestz magnifestement.
Le iije cas est d'ung gentil home qui se rabaisse par mariage, et se marie à femme roturière et non noble.
Desquels troys cas, les deux premiers et principaulx ne sont point remissibles, aincoys leur doit-on garder au Tournoy toute rigueur de justice, se ils sont si foulx et si outrecuidez d'eulx y trouver, après ce que on le leur aura notiffié, et bouté leur heauhne à terre.
Nota. Que s'il vient aucun au Tournoy, qui ne soit point gentil homme de toutes ses lignes, et que de sa personne il soit vertueux, il ne sera point batu de nul pour la première fois, fors seullement des princes et grans seigneurs, lesquels, sans mal lui faire, se joueront à lui de leurs espées et masses , comme s'ils le voulsissent batre , et ce lui sera à tousioursmais atribué à ung grant honneur à luy fait par lesdits princes et grans seigneurs. Et sera signe que par sa grant bonté et vertu, il mérite doresenavant estre du Tournoy, sans ce que on lui puisse jamais en riens reprouver son lignaige en lieu d'onneur où il se trouve , tant oudit Tournoy que ailleurs; et là aussi pourra porter timbre nouvel, ou acljouster à ses armes comme ilvouldra, pour le maintenir ou temps advenir pour lui et ses hoirs.
Laquelle pugnicion pour les deux cas plus griefs et principaulx dessus ditz, est telle que cv après s'ensuit.
C'est assavoir, que tous autres seigneurs, chevaliers et escuiersdu Tournoy qui le tiennent, en tournoyant se doivent arrester sur lui, et tant le battre qu'ils lui facent dire qu'il donne son cheval ; qui vault autant à dire en subtance comme : je me rens. Et lorsqu'il aura donné son cheval, les autres tournoyeurs doivent faire coupper les sangles de la selle par leurs gens tant à pied que à cheval , et faire porter le mal-faiteur à tout sa selle, et le mettre à cheval sur les barres des lices, et là le faire garder en cest estât, tellement qu'il ne se puisse descendre, ne couler à bas jnsques à la fui du Tournoy; et doibt estre donné son cheval aux trompettes et ménestrels.
La pugnicion de l'autre troisiesme cas, est que ceulx qui en sont convaincus doyevent estre bien batus, et tellement qu'ilz doyvent donner leurs chevaulx comme l'autre dessus-dit. Mais on ne leur doibt point coupper les sangles, ne les mettre à cheval sur les barres des lices, comme pour les autres deux premiers cas; aincois leur doibt-on oster les resnes de la bride de leurs chevaulx hors des mains et hors du col du cheval, et gecter leurs masses et espées à terre; puis doivent estre baillez par la bride à ung hérault ou poursuivant , pour les mener à une des corniers des lices, et illec les garder jusques à la fin du Tournoy comme prisonniers. Et s'ils s'en vouloient fouir ou eschapper hors des mains des hérauts ou poursuivans, après ce qu'ils y ont ainsi esté donnez, on les doibt batre de rechief et leur coupper les sangles, les mettant à cheval sur la lice , corne davant est dit des premiers pour rengrège de pugnicion.
Le iiije cas est d'ung gentil home qui dit parolles de dames ou de damoiselles en chargeant leur honneur, sans cause ou raison à part. Et pour pugnicion d'icellui, il doibt estre batu des autres chevaliers et escuiers tournoyans, tant et si longuement qu'il crie mercy aux dames à haulte voix, tellement que chascun love, en promettant que jamais ne lui advindra d'en mesdire ou villainement parler.
Et pour revenir à nostre matière, quant le despartement et devis des
heaulmes et bannières sera fait par les juges diseurs, chascun des serviteurs qui aura portez lesditz heaulmes et bannières oudit hostel, par la licence des juges les rapportera cbies son maistre et seigneur, en tel ordre et triumpbe qu'il les aura là portez, ou autrement à son plaisir. Et pour ce jour ne se fait autre chose, fors que après le soupper, seront lesdances comme le soir précédent, ausquelles tous chevaliers et escuiers se rendront. Et après la première ou la seconde dance, sera fait ung cry par les poursuivans et Roy d'armes et par le commandement des juges, comme avant est déclaré, en la forme qui s'ensuit :
« Haulx et puissans princes, contes, barons, chevaliers et escuiers, qui
» au jourd'ui avez envoyé présenter à messeigneurs les juges et aux dames
» aussi , vos timbres et bannières , lesquelz ont esté partis , tant d'ung
» cousté que d'autre par esgale porcion, soubs les bannières et pannons
» de très hault et très puissant prince et mon très redoubté seigneur le
» Duc de Bretaigne appellant, et mon très redoubté seigneur monseigneur
» le Duc de Bourbon deffendant : messeigneurs les juges diseurs font as-
» savoir que demain à une heure après medi, le seigneur appellant, avec
» son pannon seulement, viengne faire sa monstre sur les ranges, accom-
» paigné de tous les autres chevaliers et escuiers qui soubz lui ont esté
» partis, sur leurs destriers encouvertez et armoyez de leurs armes, et
» leurs corps sans armeures habillez le mieulx et le plus joliemment
» qu'ils pourront, ad ce que mesditz seigneurs les juges diseurs prennent
» la foy desditz tournoyeurs. Et aprèsça que ledit seigneur appellant
» aura ainsi fait sa monstre, la foy prise, et qu'il sera retourné de dessus
» les rengs, viengne à deux heures le seigneur deffendant faire la sienne,
» pour pareillement prandre sa foy, et qu'il n'y ait faulte. »
Icy après s'ensuyt la forme et manière cornant le seigneur appellant viendra le lendemain jurer et faire sa monstre sur les rengs.
Et est assavoir, que à l'eure qu'il y devra venir après le disner, les héraulx et poursuivans, vestus de leurs cottes d'armes, iront criant aval
Notoire îic la façon fie la tienne îni eciuinnir appelant et ï»u ôâannu* ïu'ffcnîiant, pour uenir sur les rntgs pour faire les seVentens. ( PL. XVÏ. )
la ville tlavant les habergcs des tournoyans : « Aux honneurs seigneurs chevaliers et escuiers! aux honneurs! aux honneurs! » Et lors chacun tournoyeur monte sur son cheval armoyé de ses armes et gentement habillé, sans harnoys, ung tronson de lance ou baston en sa main, aiant le banneret avec lui, celui qui portera sa bannière, qu'il fera porter rollée sans estre desployée, ses variez à pied et à cheval, pareillement sans armes, lesquels lui tiendront compaignie jusques à l'ostel de leur clùef, où il viendra pour accompaigner son pannon sur les rengs, et delà aussi sur les lices. Et semblablement le fera le deffendant avec ses barons et autres de sa conduicte , après la retraite de l'appellant.
Histoire de la façon de la venue du seigneur appellant et du seigneur deffendant, pour venir sur les rengs pour faire les seremens, etc.
La façon de la promesse que lesdits seigneurs juges diseurs doivent faire faire aux princes, seigneurs, barons, chevaliers et escuiers tournoyeurs, est telle comme cy après s'ensuit : et dira le hérault des juges aux tournoyans :
« Haultz et puissans princes, seigneurs, barons, chevaliers et escuiers, » se vous plaist vous tous et chacun de vous lèverez la main dextre en » hault vers les Saints, et tous ensemble, aincois que plus avant aler , » prometterez et jurerez par la foy et serment de vos corps, et sur vostre » honneur, que nul d'entre vous ne frappera autre audit Tournoy à son » escient d'estoc, ne aussi depuis la sainture en aval, en quelque façon » que ce soit, ne aussi ne boutera, ne tirera nul s'il n'est recommandé : et » d'autre part se par cas d'aventure le heaulme cheoit de la teste à aucun, » autre ne luy touchera jusques à tant qu'il luy aura esté remis et lacé, » en vous soubmettant, se autrement le faistesà vostre escient, de perdre » armeures et destriers, et estre criez bannis du Tournoy pour une autre » fois; de tenir aussi le dit et ordonnence en tout et par tout, tels comme » messeigneurs les juges diseurs ordonneront les delinquans estre pugniz » sans contredit : et ainsi vous le jurez et promettez par la foy et ser-
TOIME II. 4
» ment de vos corps et sur vostre honneur. » A quoy ils responderont . Oy, Oy. Cela fait, entrera le deffendant dedans les lices pour faire ses monstres, en la forme et manière que cy devant est devisée.
Pour ce jour là ne se fera aultre chose, senon après le soupper les (lances comme le jour précédent; et lors qu'ils auront ung petit dancé, le Rov d'armes montera ou chaufaut des menestrelz, puis fera crier par ung des poursuivans :
« OR OUEZ, OR OUEZ, OR OUEZ; »
Puis dira :
« Haidx et puissans princes, contes, seigneurs, barons, chevaliers et es-
» cuiers qui estes au Tournoy partis : je vous fois assavoir de par messei-
» gneurs les juges diseurs, que chascune partie de vous soit demain dedans
» les rengs à l'eure de medy en armes et prests pour tournoyer, car à
» une heure après medy feront les juges coupper les cordes pour en-
» comencer le Tournoy, ouquel aura de riches et nobles dons par les
» dames donnez.
» Outre plus, je vous advise que nul d'entre vous ne doye amener » dedans les rengs variez à cheval pour vous servir, oultre la quantité : » c'est assavoir quatre variez pour princes, trovs pour conte, deux pour » chevalier, et ung pour escuier, et de variez à pied chascun à son » plaisir; car ainsi l'ont ordonné les juges. »
Cela fait, les juges viendront devers les daines, et d'elles eslhont deux des plus belles, et des plus grandes maisons, lesquelles ils mennerout avec torches, heraulx et poursuivans, derrière desquels juges l'ung tiendra ung long couvre-chief de plaisance, brodé, garni et papilloté d'or bien joliement. Et ainsi feront tournoyer les dames au tour de la sale, les tenans par soubs les bras, tant et si longuement qu'elles trouveront ung chevalier ou escuier desdiz tournoyeurs, que les juges auront advisé par
avant, pour lui faire sur tous autres honneur, davant lequel les daines et juges s'arresteront ensemble. Et lors ledit Roy d'armes dira au chevalier ou escuier les parolles qui s'ensuivent :
« Très noble et doubté chevalier (ou très noble et gentil escuier), » comme ainsi soit que Dames et Damoiselles ont tousjours de cous- » tume d'avoir le cueur piteux; celles qui en ceste compaignie sont » assemblées pour veoir le noble Tournoy qui demain se doibt frapper, » doubtans que en chastiant aucun gentil homme qui par cas de simplesse » pourroit avoir mespris, la rigueur de justice ne lui deust estre trop » griefve et insupportable, et ne vouldroient nullement davant leurs » yeulx veoir batre trop rigoreusement nul qu'il soit, sans ce qu'elles » ne le peussent aider, ont très instamment prié et requis à messeigneurs » les juges diseurs, que l'ung des plus notables, saiges, et en tout bien » renommé chevalier ou escuier, et auquel, sur tous autres, de tous ceulx » de ceste assemblée, mieulx honneur seroit deu, demain de par elles » ou dit Tournoy deust porter au bout d'une lance ce présent couvre- » cbief; ad ce que quant il y aura aucun trop grielvement batu, et » qu'il abesseroit le couvre-chief sur le timbre de cellui que on batroit, » tous ceulx qui le batroient le deussent à coup laissier sans plus le oser » toucher : car de ceste heure en avant, pour ce jour là, les dames le » prennent en leur protection et sauve garde. Si, vous ont sur tous » autres dudit Tournoy lesdites dames choisy pour estre leur chevalier » (ou escuier) d'onneur, en prenant ceste charge, de laquelle elles vous » prient et riquierent que ainsi le vueillez faire • et semblablement font » messeigneurs les juges qui cy sont. »
Lors lui bailleront les daines le couvre-chief, en le priant que ainsi le vueillent faire; et après, ledit chevalier (ou escuier) les baisera, puis pourra respondre en la forme et manière que cy après s'ensuit :
« Je remercie très humblement mes dames et damoiselles de l'onneur » qu'il leur plaist me faire : et combien qu'elles eussent bien trouvé » autres qui mieulx l'eussent sceu faire, et qui méritent cest honneur
» mieulx que moy, néantmoins pour obéir aux daines, très voulentiers » en feray mon loyal devoir, en leur suppliant qu'elles me vueillent » tousjours pardonner mon ignorance. »
Lors les héraulx et poursuivans lieront ledit couvre-chief au bout d'une lance, laquelle ils dresseront à mont, et après, ung poursuivant la tiendra droite davant ledit chevalier ou escuier donneur depuis ceste heure-là en avant, qui sera pour tout le soir, droit ou assis, de cousté la plus grant dame qui soit en la leste.
Et alors qu'il sera ou lieu où seront lesdites daines, le Roy d'armes doibt faire faire par ung poursuivant, le cry que cy après s'ensuit :
« OR OUEZ, OR OUEZ, OR OUEZ; »>
Puis dira le Roy d'armes :
« On fait assavoir à tous princes, seigneurs, barons, chevaliers et es-
» cuiers que le plaisir des dames a esté d'eslire pour chevalier (ou es-
» cuier) d'onneur, tel N. pour les grans biens, honneur, vaillance et
» gentillesse qui sont en sa personne. Si, vous fois commandement de
» par messeigneurs les juges diseurs, et les dames aussi, que demain où
» vous verrez ledit chevalier (ou escuier) abesser ledit couvre-chief de
» plaisance sur quelcun d'entre vous que on batroit pour ses démérites,
» nul ne soit plus si osé de le frapper ne touchier; car de celle heure en
» avant les daines le prennent en leur deffence et mercy, et se appelle
» ledit couvre-chief, La mercy des dames. »
Et cela fait, les daines recommanceront les dances, et dureront tant et si longuement qu'il plaira aux juges, et puis feront venir vin et espices, comme les jours précédens.
Icy après s'ensuit la forme et manière commant le chevalier (ou escuier) d'onneur doibt entrer le lendemain sur les
rengs avec le couvre-chief, le lieu où il se doibt tenir, et ce qu'il en doibt faire.
Après ce que les dames seront montées en leur chauffault, le chevalier (ou escuier) d'onneur doibt venir sur les rengs avecques les juges, au jour du Tournoy, armé de toutes pièces, le lieaulme tymbré en la teste, et son cheval en couverte de ses armes, prest pour tournoyer, la masse ou l'espée pendue à la selle, portant la lance où est atachié ledit couvrechief, et en tel estât viendra le premier entre le Roy d'armes et les juges, ou entre les deux premiers juges, lesquels doivent venir une demye heure premièrement que les tournoyeurs, en Testât, forme et manière qu'ils ont fait leur entrée en la ville, avec ti'ompettes sonnans, et doyevent entrer dedans les lices, et tournoyer ung tour ou deux, pour veoir se les cordes sont bien et pour ordonner ceulx qui les coupperont; et alors laisseront entre les deux cordes le chevalier (ou escuier) d'onneur, accompaigné de quatre ou six varietz à cheval, et autant à pied, ou ainsi qu'il vouldra; et lui doyevent lesdits quatre juges diseurs de leurs propres mains lever le lieaulme hors de la teste, et le bailler au Roy d'armes qui le portera devant eulx jusques au chaulffault des dames, et illec les juges disenrs le bailleront aux dames; puis sera dit par le Roy d'armes :
« Mes très redoubtées et honnorées dames et damoiselles, véez là vostre » humble serviteur et chevalier (ou escuier) d'onneur qui s'est rendu sur » les rengs prest pour faire ce que lui avez commandé, duquel véez cy » le tymbre que vous ferez garder dedans vostre chauffault, s'il vous » plaist. »
Lors ung gentil homme ou honneste varlet ad ce depputé, ou dit chauffault des dames prendra ledit timbre et le mettra sur ung tronson de lance de la haulteur d'ung homme, ou d'ung pou plus, et le tendra en sa main entre les dames, pendant dehors, tellement que chascun le puisse veoir tant comme le Tournoy durera.
Et cela fait, les juges prandront congié, et s'en iront en leur chauffault.
et ledit chevalier (ou escuier) cVonneur se tinclra entre les cordes, soy pourmenant avec ses gens, jusques ad ce que les tournoyeurs viendront.
Une heure davant que le seigneur appellant doye entrer es lices, il doibt envoyer sonner ses trompettes par la ville, à cheval, pour recueillir ceulx qui ont esté partis de son cousté, ausquels fera assavoir par lesdites trompettes, qu'ils se rendent en la rue davant son haberge ou autre lieu, près d'ilec, qui par ledit seigneur sera ad visé; et où sera son pannon pour eulx y assembler, ad ce que tous ensemble ils puissent venir sur les rengs.
Et pareillement le fera faire le seigneur deffendant davant l'eure qu'il devra venir sur les rengs.
Au matin jour dudit Tournov, chascun desdits chevaliers et escuiers tournoyans, tant bannerez que autres, feront davant l'eure de disner ce que plus leur sera neccessaire; et aussi prandront leur repos se bon leur semble; car depuis que dix heures seront passées, ils n'auront loisir ne temps de rien faire, fors seulement d'eulx armer et mettre en point pour tournoyer, et par façon que au plus tard à heure de unze heures ils se puissent trouver tous prestz et en armes sur les destriers, partans hors de leurs logies, pour eulx rendre davant la haberge de leur chief, et avec lequel ils devront pour ce jour là tournoyer, à l'eure que les héraulx et poursuivans crieront. Car ausdites unze heures, iceulx héraulx et poursuivans seront tenus d'aler crier par davant les haberges des tournoyeurs, à haulte voix : «Lassez, lassez heaulmes, lassez heaulmes, seigneurs che- » valiers et escuiers, lassez, lassez, lassez heaulmes et yssiez hors bannières » pour convoyer la bannière du chief. » Lors chascun des tournoyeurs sauldra en la rue tout prest, et ira à cheval davant le haberge du chief, ou ailleurs en quelque place de la rue plus large, qui aura esté ad visée, comme dit est, par le chief, pour convoyer sa bannière, et faire assembler ses tournoyeurs.
Nota Que en Flandres, Brabant et ses autres basses marches, où ils
font voulentiers Tournoys, ils ont de coustume que les Roys d'armes, héraulx et poursuivans portent les bannières; et sont tenus les tournoyeurs dont les héraulx et poursuivans ont les bannières, leur bailler une cotte de leurs armes avec ung cheval grant et fort en couverte, pour porter la bannière, et pour le corps desdits hérault ou poursuivant, baillent ung haubergon à qui le veuilt, avec sallade, garde-bras, avant-bras, gantelez et harnois de jambes. Mais es haultes Almaignes et sur le Rin, ne le font en ceste façon; car les bannières des tournoyeurs sont portées par beaulx compaignons, jeunes, habillés à la guerre, et de plus à cheval; lesquels sont communément armez d'escre visses ou de harnoys blancs, de sallades ou chappeaulx de fer bien emplumés, et de harnois de jambes; et ont dessus leurs habillemens belles hucques d'orfaverie, ou de la divise de leur maistre. Et sont montez sur chevaulx presque aussi puissans comme les tournoyeurs; lesdits chevaulx couvers bien richement ou gentement. Et tousjours sont lesdits compaignons à la queue des destriers de leurs maistres^ et jamais ne laissent encliner leurs bannières, ne aussi ne perdent leursdits maistres en la presse. Laquelle façon je priseroys trop mieulx que celle de Flandres, ou de Rrabant, car maintenant en France a tant de héraulx et de poursuivans mal habillez, que quant ils se trouveroient armez et les bannières en la main, ils seroient si empeschez, qu'ils laisseroient cheoir leurs bannières, ou ne sauroient poursuir leur maistre : laquelle chose pourroit tourner à grant inconvénient ou deshonneur à leurs maistres.
Item, et alors que lesdits tournoyeurs seront tous arrivez et assemblez ensemble, viendra le seigneur appellant ou lieu où ils seront, avec lequel ils chevaucheront tous ensemble jusques davant les lices, en l'ordre et par la forme et manière que cy après s'ensuit.
C'est assavoir, que avec eulx auront Roys d'armes, héraulx ou poursuivans, grant nombre de trompettes et menestrelz sonants; et sera le pannon du seigneur appellant porté le premier devant lui par quelcun, comme dessus est dit. Après ledit pannon, ira le cliief appellant, et à la queue de son destrier sera cellui qui portera sa bannière. Et après lui
deux bannerez de front avec deux bannières, et vingt tournoyeurs, et conséquament de bannières en bannières, et de bannières en bannières, et de tournoyeurs en tournoyeurs, et en pareil ordre s'en iront jusques sur les rengs. Et lors qu'ils seront davant les rengs, leurs serviteurs getteront ung grant hu; et après ce, tous lesdits chevaliers et escuiers tournoyeurs lèveront jusques sur leurs testes les bras dextres, dont ils tiennent leurs espées et masses, par façon de menaces de frapper; puis cela fait, s'en iront en l'ordonnance dessus dite, le petit pas, jusques davant la porte par laquelle ils devront entrer es lices; et là se tiendront coiz. Et après ce, le hérault du seigneur cbief appellant, dira aux juges les parolles qui s'ensuivent :
« Mes bonnorez et doubtez seigneurs, très hault et très puissant prince
» et mon très redoubté seigneur le Duc de Bretaigne mon maistre, qui
» cy est présentement comme appellant , se vient présenter davant
» vous avecques tout le noble barnage que cy voyez, lequel avez parti
» soubs sa bannière, très désirant et prest de frapper le Tournoy par
» vous aujourduy à lui assigné, alencontre de mon très redoubté seigneur
» le Duc de Bourbon et le noble barnage que soubs lui avez pareillement
» paré; vous requérant que vostre plaisir soit lui délivrer place propre ad
» ce faire, ad ce que les dames qui cy sont présentement en puissent
» tantost veoir l'esbatement. »
Cela fait, le hérault qui est ou cbaulfault des juges, en respondant de par lesdits juges, dira les parolles qui cv après s'ensuivent :
« Très hault et très puissant prince et mon très redoubté seigneur. » messeigneurs les juges ycy présents ont bien oy et entendu ce que » vostre hérault leur a dit de par vous; sur quoy font response qu'ils ont » vostre présentacion très agréable, et aperçoivent bien le grant et hault » vouloir d'onneur et désir de valoir qui est en vous et en la baronnie » soubs vous vcv présente, pour laquelle cause et ad ce que le Tournoy » ja pour plusieurs jours cy davant proclamé, puisse en bonne heure » estre joyeusement acomply, ils vous assignent place là dedens cestes
» lices vers la partie droicte, pour ce vous y povez entrer cle par Dieu, » quant bon vous semblera. »
Cela dit, cellui qui porte le pannon du seigneur appellant, entrera le premier, et après lui le seigneur appellant ; puis après entrera incontinent cellui qui portera sa bannière, et après lui les bannerets avec toutes leurs bannières, et les tournoyeurs tout en l'ordre qu'ils seront là venus, et s'en yront leur petit pas à force de trompettes et ménestrels sonnans, entendisque on mettra à ouvrir le passaige des lices, par lequel ils doyevent entrer : lequel ouvert, ils entreront dedans , puis lèveront leurs serviteurs un grand bu, et les tournoyeurs gecteront les bras haulx sur les testes, faisans signes de menaces de leurs espées ou masses, ainsi que davant est dit. Et alors qu'ils seront dedans les lices, ils prandront la place en leur quartier, et là se mettront en bataille, ou plus bel arroy et ou meilleur ordre qu'ils pourront faire jusques encontre la corde qui sera tendue de leur cousté, sans yssir de leur quartier, ad ce que plus avant ils ne se puissent avancer. Et ceulx qui tiendront leurs bannières, se mettront à la queue des destriers de leurs maistres, et les autres à cbeval qui les serviront, seront au tour cl'eulx, et ceux à pied seront où ils pourront mieulx, mais non pas au premier front où seront leurs maistres, et en cest estât demoureront jusques ad ce que le deffendant et sa baronnie seront venus sur les rengs en l'ordre qui cy après s'ensuit.
En la forme et manière que aura fait le seigneur cbief appellant, le seigneur deffendant fera congreger les siens davant son baberge ou ailleurs où il ordonnera après les cris des béraulz et poursuivans, faits comme davant, puis viendra sur les rengs avec ses barons et autres totirnoyans, soy présentant aux juges; et de là entrera es lices, et fera dire les parolles et autres propres faits et actes, sans muer ne changer, comme aura fait le seigneur appellant; réservé touteffois que es parolles qu'il fera proférer aux juges, ainsi que l'autre s'est nommé appellant, il se fera dire deffendant. Et pour abréger, quant il sera dedans les lices, il se mettra en bataille, et fera mettre ses bannières semblablement comme a fait le seigneur appellant, et les tournoyeurs soubs lui jusques encontre la corde