TOME II
» Que grant grief vous me feriez .
» Voir mallement. »
— Lors la pasteure isnellement ' S'avança, disant : c Autrement » Va que n'a tlit du jugement,
» Ne serez pas
» Creu , dea ! Regnaidt ami , hélas , » Laissez le penser sur noz cas » Jusqu'à demain, car noz débas » Jugera bien. »
Ainsi disant, mist lors la main En sa pannetière, et à plain De nousilles et de brun pain Si rapporta,
Me disant : « Pèlerin , cela » Pour vous sans faulte si sera, » Et de mon fait vous souvendra, » Je vous en prie. »
— La merciant, sans qu'autre die, Prins congié, et chascun m'octrie Bon vespre 2 à la départie,
Et moy à eidx.
Alors, pour acomplir mes veulx, M'en parti de là tout fin seulx, Marchant si fort que plus ne peulx ;
Isnellement — promptcment. 2 Vespre — soir.
Mais cheminé g aères je n'eulx Que du lieu , où aler je veulx , Vis le clochier, dont joye éulx, Car les raiz ' du soleil failloient ;
Et les gents oiseletz joyeulx,
Plaisans et doulx et amoureulx,
Cessoient leur glay ~ mélodieulx ;
Et çà et là cliascun qui mieulx
S'alloient couscher deux et deulx
Dedans leurs niz très gracieulx,
Ne plus leurs doulx chans ne chantoient.
Les cailles leurs voix fort haussoient Es prez, si qu'en retentissoient Les boys qui près de là estoient; Et les cerfs lors des fors issoient, Et es blez là menger venoient, Pour ce que plus aine adonc n'oient Autour d'eulx souvent regardant.
Les perdris si se réclamoient,
Et puis en troppeaulx s'envolloient ,
Et à coup ou garet 3 chéoient
Et là toute nuit se tenoient.
Les cerfs vollans par l'air bruy oient;
D'autre part , les connilz * troictoient
Et à la foiz alloient saillant.
Le soleil estoit abessant
Raiz — rayons. 3 Garet — guéret.
Glay — ramage, gazouillement. h ConniU — lapins.
Et plus là ne s'estoit moustrant, Ne nulle part apparaissant, Fors qu'au clocher ou quel touchant Estoit ung pou resplendissant ; Mais guères ne le fus voyant , Car de veue tost les perdis.
Le chouan, hors du creux issant, Estoit jà sur branche huchant , En son pitculx et rude chant; Et la chauve souriz voilant Pour le soleil qu'est tapissant ' ; Lors l'air ung pou plus frois se sant Au bout des doiz bien le sentis.
Mais guères ne tarda que vis La chapelle, tout vis à vis De laquelle la cloche ouis Sonner Y ave; lors dedans luis Sans plus m'arrester j'antray , puis Près du grant aultier2, je me mis A genoulx, priant nostre clame
Pour le vou 3 ou m'estois soubzmis D'accomplir; mon offrande fis Et ma patenoustre lui dis, Afhn que priast son chier fis Que des péchés vers lui commis Eusse pardon et paradis, Quant du corps me partira l'ame.
Tapissant — se cachant. :i Fou — vœu.
Aultier — autel.
Puis le matin, lors que hault clame L'aronde à l'aube, ains que nul ame Si se levast, fust homme ou famé, Ne que luisist du soleil drame ' , Vy le temps doulx , serain et carme 2 ; Par quoy sans bruit faire ou vacarme , Comme estoye venu tournay;
Et pensant, me mis en la game Auquel denrois le droit, sans blâme :
Au pasteur qui la pasteure ame, Ou la pasteure qui réclame Estre en soy l'amoureuse flame , Plus qu'où pasteur doulce que bame 3?
En ce soussi, ainsi allay
Jusques au lieu où je trouvay,
Le soir d'avant, et rencoutray
Les deux amants, dequelx charge ay
Les débaz juger, se je scay;
Lors tout autour je regarday,
Mais nexun d'eulx point veu je n'ay,
Pour ce les appelay moult hault ;
Puis de rechief je les serchay, Mais pièce je n'en rencontray ; Souvent y huay et criay, Et là m'assis et y musay Bien longuement, et demouray Et tellement m'y arrestay
1 Ne que luisist du soleil drame — et que le 2 Carme — calme, soleil commençât à poindre. J Bame ou basme — baume.
( 150) Que le soleil fut desja chault.
Lors quant vy qu'actandre n'y vaull Et que force de fain m'assault, Tant que partir delà me fault , Oultre passay par leur deffault; Par nions, par plains et bas et bault, Cheminay tant , si Dieu me sault , Que révins dont parti je fus.
Pour ce, s'il y a saige ou caull ' .
Bien entendant, abille et bault, Qui de ce cas cy juger vault, Lui pri m'excuse vers Regnault Et Janneton, tant qu'à lourdault Ne me tiennent, car icy fault Mon parler, sans en dire plus.
Explicit.
Icy sont les armes , dessoubz ceste couronne . Du bergier dessus dit et de la bergeronne.
Cf/iitt — lin , rusé ; cautus.
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