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blés sur les champs de bataille, rapportaient clans le cloître les touchantes vertus d'humbles religieux.
Ces ordres admirables, que notre siècle ne comprend plus, inspirèrent une généreuse émulation à la noblesse féodale. Elle voulut elle aussi mettre sa lance au service de Dieu , du pauvre et de l'opprimé. Des statuts, imités des Constitutions que saint Bernard et les grands pontifes du moyen âge avaient sanctionnées, imposèrent les mêmes devoirs au frère hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem et au vaillant châtelain armé pour la France.
Nulles pages, excepté celles de l'Évangile, ne renferment peut-être de plus nobles enseignements que ces codes de fraternité d'armes. Partout on y reconnaît le souffle du christianisme, assez puissant pour mettre à la place de la force matérielle et de l'indomptable orgueil du barbare, l'esprit de dévouement, de charité et de sacrifice, l'honneur et les vertus héroïques d'un autre âge.
René rédigea lui-même les statuts du Croissant 1. Par un sentiment de modestie bien rare dans un prince, il refusa la présidence perpétuelle de l'Ordre, et fit nommer sénateur Cuy de Laval, son grand chambellan et son ami. Cette dignité, qui ne durait qu'une année, fut portée tour à tour par le roi de Sicile, Jean Cossa , Louis et Bertrand de Beauvau, le duc de Calabre et Ferry de Lorraine ; le nom des autres sénateurs est resté inconnu. Supprimé en r46o par une bulle du pape Pie II, l'ordre du Croissant eut plus d'éclat que de durée, et aucune élection régulière n'eut lieu depuis cette époque. On prétend que le souverain pontife, qui voulait à tout prix rendre la paix à l'Italie , et former une sainte ligue des princes chrétiens contre les Turcs, crut devoir rendre libres les seigneurs napolitains attachés à la maison d'Anjou , en les déliant ainsi de leur serment de fidélité.
La célèbre devise, Loz en croissant, ne tarda pas à être justifiée. La trêve conclue entre la France et l'Angleterre venait d'être rompue; et Charles VII avait donne rendez-vous sur la frontière de Normandie à toute la noblesse de son royaume (i449)- Au bruit de ces cris de guerre répétés d'un bout de la France à l'autre. René et le duc de Calabre accoururent se ranger sous la bannière royale. Un corps considérable de Lorrains et cent lances des pays d'Anjou et de Provence accompagnaient ces deux princes. Ils partagèrent l'honneur et les périls de cette glo-
! Premier volume, page 5i.
rieuse campagne, et assistèrent en personne aux sièges de Kouen 1, île llouileur, de Caen, de Falaise et de Cherbourg, et à cette furieuse bataille de Fourmigny , gagnée par le connétable de Ricbeniont, où, si l'on croit le « rapport des héraults,
1 Un historien que nous avons souvent cité, le gracieux poëte et chroniqueur Martial d'Auvergne ; décrit ainsi les pompes qui célébrèrent l'entrée de Charles VII à Rouen.
Le roy estoit accompagné Du roy de Secille et seigneurs , Qu'avoient en l'armée besongné , De princes et de gens plusieurs....
Premièrement tous les arcbiers Du roi de Secille et de France Vestuz d'abiz riches et chiers , Chevauchoient eu belle ordonnance.
Ceulx du roy avoient jaquettes De couleur, rouge, blanche et rerd.. Semée d'orfaveries bien faictes, A collet broudé et ouvert....
Ils estoient bien six cens archiers A brigandines et jacquettes Montez sur roussins et dextriers A harnoix et armes complexes. ...
Après le comte deSainct-Pol Si estoit tout à blanc armé , Ayant un collier d'or au col , De riche pierrerye fermé....
Derrière lu y avoit trois paiges,
Vestuz et montez sur chevaulx ;
De telles couleurs et l'ueillaiges ,
Qui faisoient bien de leurs aviaulx (les jolis cœurs).
Le premier portoit une lance Couverte de veloux vermeil , L'autre de drap d'or à plaisance , Le tiers ong armet d'or en dueil.
Puis avoit son palefrenier Toutabillé de niesme serre (sorte), Tenant en main unggiaut destrier, Couvert de drap d'or jusqu'à terre.
bonnes gens et prestres, qui là estaient , furent morts ^774 Angloys et pris 1600. On les enterra en quatorze grantz fossés, ajoute la chronique de Normandie; or les Vnglovs estoient six mille, et les François trois mille tant seulement. »
Après le comte de Nevers ,
Si avoit huit hommes à ranches (en rangs),
Et leurs ehevaulx tretous couvers
De satin vermeil à croix blanches.
Après Juvenel chancelier.
Yestu de robbe d'escarlate Et mantel royal singulier.
Venoit pas à pas selon l'acte.
Devant une haquenée blanche , Couverte de beau veloux pars(d'azur), A lleurs de lys tout droit en branche , Qui reluisoient de toutes pars.
Puis avoit sur la couverture
(Jiig pelit coffret de plaisance ,
A lleurs de lys d'or en brodure ,
Où estoient les gratis seaulx de France...
Après les bannières, trompettes Sonnans mélodieusement, L'une après l'autre à voixparfaicies , Qui resjouissoient grandement.
Joignant venoient les heraulx d'armes Revestuz de leurs belles cottes , Où estoient les livrées et armes Des seigneurs en divers sortes.. .
Aptes venoit de même taille Le grant escuier d'escurie , Le sire Poton de Xnnlraille, Tout harnaché d'orfaverie.
Il estoit tout aimé à blanc, Fringant sur un dex trier paré, Combien qu'il feust vieillarl et blanc , Couvert de veloux azuré.
Cestuy en escharpe portoit
La grande espée de parement .
Dont la croix et pommeau estoit Tout de fin or moult richement....
Tandis que René partageait la gloire de ces conquêtes , un heureux, événement , la démission volontaire de Félix V, rendait enfin la paix à l'église catholique. Les préparatifs et les soins de la guerre n'avaient point refroidi le zèle du bon
Et après, le feu roy de France Venoit sur mig coursier arme' , Couvert de veloux à plaisance Et fleurs de lys d'or tout semé
Sur la leste avoil ung chapeau
De veloux vermeil en carré ,
A houppe d'or, gorgeas (glorieux) et beau .
Et le demourant bien paré.
Après luy chevauehoient ses paiges, Vestuz de vermeil , et leurs manches Toutes semées à gratis fueillages d'orfavcrie, liues et blanches.
Les ungz poi toient son armeret ,
Les aultres son haruois de teste,
Brief toul chascun lors labouret (s'efforçoit)
A avoir bruyt en ceste leste.
A la dextre du dit feu roy Chevauchait Sccille en grant chièrc , A la senestre d'autre arroy (côté).
Le conte du Mayne son frère.
Les dessnsdictz estoient armez De leurs harnoix completz et beaulx, Et leurs ebevaulx couvers semez De croix blanches à grans lambeaux.
Après le conte de Clermont , Per de France et duc de Bourbon , Chevauchoit , et gens de grant mont.
Qui bruyoit et fringoit à bon....
Puis venoient les autres seigneurs , Par ordre et selon leur degré , Vestuz de diverses couleurs , De salin et de soye à leur gré.
Derrière les paiges du roy Havart son escuier tranchant , Monté sur ung beau pallefroy .
Suivoit le train grant pas marchant.