CXXV1I
son hôte ; et on lui a même injustement reproché d'avoir prodigué cette éminente faveur. Outre la nécessité de combler les vides laissés par la guerre, il croyait avec raison qu'une barrière éternelle ne devait pas séparer les races chevaleresques et les classes populaires; qu'il est juste et sage de satisfaire de légitimes ambitions, de calmer peut-être des jalousies inquiètes, et d'élever successivement les familles distinguées par leurs vertus, leur courage et leurs lumières. Quoique les armes ' ,
' René récompensa surtout les familles napolitaines qui avaient abandonné leur patrie pour s'attacher à sa mauvaise fortune. Nous citerons entre autres Nodon Bardelini, ou Bardeiin , fourrier des logis du bon roi de Sicile. Les lettres de noblesse accordées à ce (idèle serviteur, signées de la main de René et ornées de ses emblèmes favoris, méritent d'être reproduites.
par la grâce de Dieu , roy de Hierusalem , de Sicile , d'Aragon , de l'isle de Sicile , Valence et Maillorques . Sardaigne , Corseigne , etc. , duc d'Anjou , de Bar, etc. , comte de Barcelone, de Provence , de Porcalquier , de Pymont , etc.
Savoir taisons à tous présens et avenir, comme aux roys et princes loyse (licet, il est permis) et appartiengneexaulcer et eslever en honneurs et prééminence ceulx qui, par bonnes euvres et honnestes faitz l'ont mérité et desservy, et qui eu continuant le méritent et desservent chascuns jours , aflin que ceulx, qui par les princes sont eslevezetexaulcez se doient efforcer de persévérer de bien en mieulx, en leurs bonnes meurs et vertus encommancées, et soient exemple aux aultres de les ensuir (suivre, imiter), pour parvenir a telle grâce et louange ;
Savoir faisons que nous, ayans considération aux graus vertus et mérites estans en la personne de nostre
la magistrature et les hautes charges municipales fussent la source ordinaire d'une pareille faveur , le bon roi pensait que l'industrie et le commerce, exercés avec honneur et probité, méritaient bien du pays. C'est ainsi qu'il donna des lettres d'anoblissement à une famille Ferry *, originaire du Dauphiné, qui introduisit la
ami' et féal serviteur, Nodon Bardelin, lequel ,1 toujours suy et Fait ouvres vertueux et de homme noble, redvisans à mémoire les services qu'il nous a failz eu maintes manières, à l'entour de nostre personne, dignes de grant recommandacion, icelluy Nodon Bardelin , ensemble ses enfants qui descendront de luyenléal mariage, avons pour ces causes et aultres à ce nous mouvans, de nostre plaine puissance auctorité anuobli. et annoblissons et faisons nobles par ces présentes, pour doresna vaut joir et user des privilèges de noblesse, tout ainsi que font et ont accoutumé de faire les autres annoblis de cliascuii de noz payz dessusdietz. Auquel Nodon Bardelin, pour considération des agréables services qu'il nous a fait et que espérons qu'il nous fera , luy avons donné et par ces présentes donnons telle finance, que pour occasion de celte présente grâce il seroit tauxé paier ; et icelle luy avons quicté et quictons , non voulans qu'il en soit faict aucune tauxacion ou desclaracion. Et en signe de noblesse et pour décoraeion d'icelle, luy avons donné les armes telles qu'elles sont painctes en la marge de ers présentes , qui sont de gueules à une fesse (face d'or), et Iroys losenges de sable , lesquelles il pourra et ceux de sa dite postérité porter, et recevoir ordre de chevalerie toutes les fois que bon leur semblera, et tenir (iefz nobles , villes, chasteau et forteresse. Si donnons en mandement par ces dictes présentes , à nos très chers et féaulx lieutenans mareschaux et séneschaux, gens de nos comptes , baillifz , prévotz , et outres noz justiciers, et officiers de chascuns de nos diclz pays , ou leurs lieutenans et à chascun d'eulx , si corne à luy appartiendra que ledit Nodon Bardelin faeent, souffrent et laissent chascun endroit soy etsadile postérité, joir et user plainemeut et paisiblement, à lousjours mais, de l'effect et contenu en ces dictes présentes, sans en ce mectre ou donner , ne souffrir estre mis ou donné aucun ennui , destourbier (disturbium , trouble) ou empeschement, au contraire. Car tel est nostre plaisir et voulons estre fait , et afliu que ce soit chose ferme et estable à tousjours, nous avons faict ineclre nostre scel à ces dictes présentes. Données au palais d'Aix , le cinquième jour de mars l'an de grâce mil quatre cens septente deux.