LETTRE XXIII
AU PAPE PAUL II
A Tours, le V du mois de novembre MCCCCLXX.
Trés-Saint-Pére ,
Nous avons, déjà plusieurs fois, supplié Votre Sainteté, soit par lettres, soit par nos envoyés, de daigner élever à la dignité de cardinal notre révérend père en J.-C, l'archevêque d'Arles, notre conseiller, cousin, procurateur et orateur, pour qui nous avons une grande amitié ; mais jusqu'à ce jour, Elle ne nous a point exaucé : nous apprenons cependant qu'Elle a promis d'accorder cet honneur à plusieurs personnages moins dignes, peut-être, que celui à qui je m'intéresse avec tant d'instance. Et cela , Saint-Père , à la prière de princes qui sont loin d'être mes amis : mais comme nous pensons qu'il importe grandement que vous prêtiez enfin l'oreille à nos sollicitations, non-seulement à cause de l'étendue des états de notre domination, mais encore à cause des besoins des églises dont ils sont embellis, nous ne pouvons nous abstenir de continuer nos humbles prières, jusques à ce que Votre Sainteté nous ait exaucé. Nous lui avons déjà fait connoître l'illustre origine et les éminentes vertus de l'archevêque d'Arles ; nous lui avons fait pressentir la vive affection qu'il nous avoit inspirée, ainsi que les obligations dont nous lui étions redevable, laissant à Votre Sainteté le soin de peser les hautes qualités de son esprit et de considérer combien il a cléja mérité de vos bontés, du collège des cardinaux et de l'Église de Dieu.
D'après ces considérations, nous supplions Votre Sainteté et la conjurons de nouveau, avec un soin extrême, et non d'une manière vulgaire, mais avec tant d'empressement et de persistance , qu'il nous soit impossible d'y mettre plus de zèle, de diligence et d'effusion de cœur, de daigner élever , à la première occasion favorable , notre digne archevêque au rang
suprême de cardinal, autant pour la tendresse que nous éprouvons pour lui, et qui ne s'éteindra jamais dans notre cœur, qu'à cause de son rare mérite et de ses hautes vertus, qui réclament en sa faveur celle glorieuse dignité. Que si Sa Sainteté, par sa bénignité naturelle ou pour l'amour de nous, nous accordoit celte pieuse faveur, elle nous attacheroit à elle par les liens d'une éternelle reconnoissance : le souvenir de ce bienfait ne sortirait plus de notre mémoire. Cette dignité, d'ailleurs, seroit merveilleusement bien placée: les besoins de nos provinces seraient satisfaits, les églises et nos peuples, que soutient cette attente, auraient enfin obtenu ce défenseur et ce refuge qui leur est si nécessaire, et pour tout dire, en un mot. Votre Sainteté, par cette grâce, aurait admirablement rempli le devoir pastoral.
Que votre vénérable personne soit à jamais sous la garde de Dieu.
Votre humble fils,
Kené.
Par mandement du Roi, mon maître, Pierre Puig.
Cette lettre, écrite en latin, se termine par une apostille, en français de l'époque, que nous reproduisons fidèlement, avec ses abréviations.
Père Saint e mo benoist Seigneur, je suplie Vostre Sainctcté cy trèshumblement et de tout mon povoir, q'il plaise à Voustre Sainctie à cette lois por montrer l'amor q de vie grâce Voustre Santité m'a to2jo23 motrée et fet dire qu'aves à moy, e sur tous les services q je vous puis fere com de bon cuer y suis a cette et vul toujours estre à voustre service, qu'il vous plese e cy le m'otroiez.