‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 45 sur 92 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Pensée du Ciel.

y oublions jamais les effrayantes vérités qui viennent de nons être rappelées. Malgré l'épouvante dont elles frappent les esprits, ou plutôt précisément à cause de cette épouvante, elles seront notre sauvegarde la plus assurée, relativement à la grande affaire de notre éternité.

Cependant, après avoir courbé notre esprit rebelle sous le poids d'une salutaire terreur, il est bien permis de le relever doucement avec le puissant levier de l'espérance. Quoi de plus propre à la raviver, cette divine espérance, que la pensée du beau ciel qu'elle nous propose comme l'heureux terme de notre pèlerinage, et la glorieuse récompense de nos travaux et de nos peines ?

Reposons-nous donc de nos terreurs en pensant au ciel, cette inépuisable source de toutes les consolations ; et puisque c'est un moment de doux repos que nous voulons goûter, n'imposons point à notre esprit la sévérité d'un pian met indique sur la matière qui va nous occuper. Dirigeons sans effort nos pensées et nos réflexions vers le ciel, et apprenons à mépriser le faux bonheur qui passe, par la considération du vrai bonheur qui ne passera jamais.

I. Quand quelque grande douleur s'abat sur l'homme, comme le vautour sur la blanche colombe, son premier mouvement, à la première pointe de cette douleur, est de regarder le ciel. Son œil prend en ce moment une expression où se peignent sans efforts trois sentiments bien naturels puisqu'ils se produisent avant qu'il ait eu le temps et la pensée de les rechercher, de les grouper et de les combiner dans son âme. Ces sentiments sont: — la douleur, — la prière, — l'espérance. Les peintres ont retracé avec bonheur ce triple sentiment. Ils ont surpris l'homme à ce premier moment où, foudroyé par la douleur, il regardait le ciel ; et dans ce regard ils ont lu : Douleur, jirière, espérance. Leur tâche est remplie, remplissons la nôtre : ils ont peint le regard du malheureux; expliquons-en le mystère.

Entre Dieu et l'homme, le rapport est si étroit, si intime, si absolument nécessaire que, pour en empêcher l'expression, il faut des efforts incroyables, des luttes opiniâtres, et surtout quelques-uns de ces vices grossiers qui matérialisent tout ce qu'ils

touchent. Encore ne parvient-on jamais à effacer entièrement ce qui rappelle cette relation naturelle de l'homme avec Dieu. Elle est tellement dans le fond de sa substance, qu'elle se produit instinctivement et tout spontanément quand il n'a pas eu le temps de la combattre par ses réflexions impies. De là, ce regard irréfléchi de l'homme affligé vers le ciel. L'impie lui-même, quand il sent la première étreinte de la douleur, le jette, ce premier regard, aussi bien que le chrétien. Il a beau faire, ce regard est un acte de foi, non pas sans doute de foi méritoire, puisqu'il la combat quand il l'aperçoit, mais de foi inhérente au fond de son être, et dont, malgré sa volonté perverse, il ne lui est pas donné d'arracher la dernière fibre.

Mais laissons l'impie, et revenons à nous-mêmes, qui, grâce à Dieu, ne le sommes point. Notre regard, jeté spontanément au ciel au premier moment de nos peines, veut donc dire : Douleur, prière, espé rance : c'est que c'est bien réellement l'état où nous sommes en ces pénibles rencontres. Voyez l'admirable relation qui existe entre ces trois senti ments : la douleur s'empare du cœur de l'homme ; il souffre. Et que faut-il à l'homme qui souffre? Du secours ; appeler au secours, c'est dire : Je souffre. L'homme souffrant appelle donc au secours : il prie. Mais en attendant que le secours lui ari*rive, il a besoin de quelque soutien ; le découragement l' affaiblit, l'affreux désespoir veut l'entraîner dans son gouffre ; malheur à lui si l'espérance l'abandonne î Il le sait, ou plutôt il le sent, et cette divine espérance, son triste regard, expression de son besoin, la demande au ciel : il espère.

Beau ciel ! ciel ravissant, océan sans rive et sans fond de toutes les consolations que réclament les misères de l'homme ! beau ciel fait pour l'homme ! oui, pour cet homme ingrat qui n'y pense que quand il souffre, qui le dédaigne quand la douleur s'envole, et qui, dans sa fausse appréciation, recommence à mettre la fange impure d'une passion brutale au-dessus de ses éternelles délices ! beau ciel ! montre-nous tes charmes , quoique nous soyons indignes de les contempler.

IL II a le charme d'une patrie, ce beau ciel, objet de nos froideurs et de nos dédains. Qu'est-ce que l'homme sur la terre, si ce n'est un voyageur qui la parcourt ? Parti du ciel, puisqu'il a Dieu pour auteur, où va-t-il ? où doit-il aller, du moins, si ce n'est au ciel ? « Nous n'avons point ici-bas, m nous dit saint Paul , de demeure permanente ; » cette demeure fixe et invariable, nous la deman- » dons à l'avenir. » Non habemus hic manentem civitatem, sed futur am inquirimus.

Voyez , dans la société civile , l'homme condamné par l'homme à vingt ans d'exil, puis, à l'expiration de sa peine, saluant avec transport sa bien-aimée patrie : n'est-ce pas exactement l'image du chrétien fidèle exilé pour un temps plus ou moins long sur la terre, et à la fin de son exil, retournant au ciel sa patrie, qu'il aborde en entonnant l'éternel Hosanna ?

— Il a le charme d'un port assuré, ce beau ciel, après une navigation périlleuse. Qu'est-ce que l'homme embarqué sur la mer du monde ? Pauvre petite nacelle, perpétuellement agitée, ballottée par

des vagues faneuses, évitant un écueil, pour en heurter un autre, assaillie par des tempêtes, qui, lasses de souffler, sont suivies d'un calme plat aussi dangereux qu'elles : voilà l'homme et sa grande misère ! Les passions fougueuses, voilà les tempêtes ; la fausse paix dans l'àme après des luttes coupables contre le bien, voilà le calme plat. Grand Dieu ! que de dangers pour l'homme si faible et si misérable ! que de dangers surtout environnent cet insensé qui ferme les yeux pour ne les pas voir, qui se bouche les oreilles pour ne pas entendre les sages avis du prudent nautonnier qui veut l'arracher aux abîmes sur lesquels il est suspendu ! Hélas ! si les plus expérimentés font encore des naufrages ; s'ils n'échappent à la mort que par une protection visible du divin Père qu'ils implorent ; si jusqu'au dernier coup de rame, la nacelle peut périr, tomber dans les gouffres et disparaître sans retour, quelle joie délicieuse quand elle entre au port, et qu'elle laisse derrière elle les écueils et les tempêtes !

Homme faible qui portes en toi-même le germe d'une mort éternelle, et qui le retrouves, ce germe fatal, dans tout ce qui t'entoure, n'est-ce pas là ton image ? An dehors, des combats, dit saint Paul ; au dedans, des craintes et des inquiétudes continuelles ; partout des pièges ; partout, et jusqu'au dernier soupir, une ruine imminente. Quelle joie quand, après avoir été secoué, maltraité, froissé, brisé par le péché, réparé par la pénitence, brisé de nouveau et réparé encore comme par miracle, l'àme sortant enfin de sa prison de boue, s'élance radieuse vers le ciel, qui s'ouvre devant elle

comme s'ouvre le port devant le vieux vaisseau qui y fait enfin sa glorieuse entrée !

— Il a, ce beau ciel, le doux charme d'une abondante moisson après une laborieuse et pénible culture. Le voyez-vous, cet heureux laboureur, avec sa figure épanouie, quoique sillonnée par des ruisseaux de sueur? Entendez-vous les chants d'allégresse dont il fait retentir les échos du village, quand, assis triomphalement sur le sommet du chariot qui contient sa dernière gerbe, il sourit à sa famille qui partage sa joie comme elle a partagé ses fatigues.

Tel est le chrétien qui, après avoir semé de bonnes pensées, de pieux désirs, de pénibles sacrifices, de ferventes prières, et une multitude innombrable de saintes œuvres, récolte dans le ciel le fruit de la semence qu'il'-avait répandue surla terre, et ne se souvient des travaux et des fatigues du temps, que pour mieux apprécier les impérissables trésors de l'éternité.

— Il a, ce beau ciel, le doux charme d'une fête joyeuse qui éclaterait subitement, après des larmes qu'on croyait ne pouvoir jamais tarir. Voyez, par exemple, cet infortuné dont la vie n'a été qu'une lourde chaîne de privations, d'accidents et de misères. Que de soupirs il a poussés ! que de larmes il a répandues î Qui pourrait dire ses brisements de cœur quand une famille éplorée lui demandait le pain qu'il ne pouvait lui fournir ! qui pourrait dire ses combats contre l'horrible tentation du suicide ! qui pourrait dire cette secrète jalousie, quand il se voyait, lui, manquant de tout, auprès d'un riche qui regorgeait des somptuosités de l'a-

bondance ! Quels jours sombres ! quelles nuits cruelles î quelle vie d'angoisses et de désolation l Mais supposez qu'un de ces événements qu'on prend longtemps pour un rêve, ramène soudain la joie dans la région des larmes par un riche héritage totalement inattendu. Quel changement de scène ! quels tressaillements d'allégresse dans cette pauvre famille, hier encore si désolée ! La mesure de ses peines passées devient la mesure de son bonheur actuel.

Voilà le chrétien, recueillant dans la joie après avoir semé dans la douleur ! Voilà le chrétien, refoulant son dernier soupir, essuyant sa dernière larme, et prenant possession pour jamais de ce paradis de délices où il va partager le bonheur de Dieu même ! Comme la foi a été son flambeau, l'espérance son appui, le divin amour toute sa richesse, il reçoit avec plénitude ce que sa foi lui montrait, ce que son espérance lui promettait, ce que le divin amour lui faisait pressentir quand il procurait à son âme l'avant-goùt des éternelles jouissances dont il est maintenant inondé.

— Que dirons-nous enfin? Il offre, ce beau ciel, le doux charme d'une réunion de famille après une longue et douloureuse séparation. Qui peindra les rigueurs de cette séparation ? qui peindra, par exemple, l'inexprimable torture d'une famille dispersée par suite de dissensions civiles, et dont les membres jetés çà et là sur la face de la terre, se cherchent pendant des années entières sans avoir la consolation, non pas de se réunir , mais seulement de pouvoir s'entr' envoyer les témoignages de la douleur qui les rongé ? Pauvres cœurs divisés,

que vous êtes à plaindre ! Infortunée Pologne ! que de fois tu. fus le théâtre de ces scènes déchirantes !

Mais quand les dissensions sont apaisées; quand le calme a remplacé la tempête ; quand l'heure de l'amnistie générale a sonné; quand chaque membre de la famille désolée reprend en hâte le chemin de la patrie ; quand de divers points, ils reviennent s'abriter sous le toit paternel ; quand aucun ne manque à l'appel ; quand on se confond dans de tendres embrassements ; quand on se parle par de touchants regards et par de douces larmes ; quand enfin, la syncope de la joie étant terminée, chacun raconte ses peines, ses dangers, ses privations et ses cruelles inquiétudes : ô Dieu ! après une immensité de douleur, quelle immensité d'allégresse! Nous n'avons point connu cet excès d'angoisses et cet excès de joie ; que ceux qui en ont éprouvé le sentiment nous en fassent la peinture.

Beau ciel ! voilà bien les ravissantes scènes qui se renouvellent tous les jours dans les splendeurs de ta gloire ! Patrie commune des enfants de la terre qui meurent fidèles à leur Dieu, ils se donnent rendez-vous dans tes sacrés parvis. Tu rassembles dans l'éternelle vie ceux qui, sur la terre, ont été si péniblement arrachés les uns aux autres par la mort. C'est là que le bon fils retrouve sa tendre mère, l'épouse son époux, le frère son frère, l'ami son ami; c'est là que se racontent dans le sein du divin Père, les peines, les dangers, les privations et les sombres inquiétudes dont la pauvre vie de la terre était incessamment remplie ; c'est là qu'on se réjouit d'avoir acheté par des sacrifices d'un jour des joies éternelles ; c'est là qu'on bénit Dieu

dans la tendre effusion de son âme, de cette conversion solide, qui fut l'œuvre de sa miséricorde, et à laquelle on doit l'éternité de bonheur dont on jouit ; c'est là qu'on éclate en transports de reconnaissance et d'amour, en pensant qu'on pouvait être éternellement malheureux en enfer, comme on est éternellement heureux dans le ciel; c'est là, enfin, que, dans l'extase de sa gratitude, on s'écrie : « Bonté divine, c'est à vous, c'est à vous » seule que nous devons de n'être pas condamnés » à des supplices éternels : Miscricordise Dominé » quia non sumus consumpti. »

III. L'expérience nous révèle quelque chose d'affligeant relativement au bonheur éternel que Dieu nous propose. Elle nous apprend que la pensée du ciel, toute consolante qu'elle est, fait généralement peu d'impression sur les hommes du monde. La crainte des châtiments les touche beaucoup plus que l'espoir de la récompense.

Cependant, s'ils voulaient approfondir sérieusement les choses qu'ils dédaignent, leur insouciance pour les délices du ciel serait bientôt remplacée par un ardent désir de s'en procurer la jouissance.

Qu'un homme du monde commence par se dire énergiquement à lui-même, en descendant au fond de son âme : J'ai une soif insatiable du bonheur; il me faut du bonheur pour étanchér cette soif comme il me faut de l'air et des aliments pour vivre; oui, je le sens comme je sens mon existence, je suis fait pour être heureux.

A cette première réflexion, qu'il en ajoute une seconde bien frappante encore : qu'il se dise : Le

bonheur que je désire est-il sur la terre ? Évidemment non, puisque ce que je veux avant tout, en fait de bonheur, c'est l'exemption de ce qui m'empèchc de le goûter, l'exemption de la souffrance. Or, la souffrance étant le partage de tout homme en ce monde, il m'est donc impossible d'y trouver le bonheur après lequel je soupire. D'ailleurs , Teussé-je trouvé, ce bonheur exempt de peines et de souffrances dont aucune créature n'a joui jusqu'à ce jour, serais-je satisfait ? Ma soif de bonheur serait-elle é tanche e ? Nullement ; je le pense, il est vrai, mais en le pensant je m'abuse. Je dois savoir, et je sais effectivement, que mes désirs satisfaits font place à d'autres désirs, et que jamais je n'en trouve le terme.

Au reste, lors même, ce qui n'a jamais lieu, que tous mes désirs seraient satisfaits, il en est un qui ne le sera jamais, et qui, seul, empoisonnerait tout le reste ; c'est le désir d'échapper à la mort. Eussé-je toutes les jouissances physiques et morales que l'homme est susceptible de goûter sur la terre. sans le contre-poids de la douleur, de la satiété et de l'ennui, j'ai toujours la mort en perspective ; quoi que je fasse, une tombe m'attend au bout du sentier fleuri que je parcours, et m'avertit que l'objet de mes désirs n'est pas sur la terre, puisque la mort que je redoute plus que toutes choses est absolument inévitable.

Ces réflexions, dont la vérité est saisissante et palpable, et que, du reste, personne ne pense à contredire, m'amènent nécessairement à conclure que, — puisque je suis fait pour être heureux. — puisque je- ne puis trouver en ce monde le bonheur

que je désire, je dois croire que le ciel me réserve ce que la terre me refuse ; et cette pensée me replace sur le terrain solide de ma foi.

Je l'interroge donc, cette foi, et elle me dit que c'est effectivement au ciel que je trouverai le bonheur que je désire ; bonheur pur, sans mélange, remplissant tout mon être, solide, complet et éternel comme Dieu même qui en est l'intarissable source. Je ne puis pas, il est vrai, comprendre un tel bonheur ; mais c'est cela même qui doit m'en donner une sublime idée. Si je pouvais le comprendre, ce serait la preuve qu'il serait peu de chose, puisque la sphère de ma compréhension est excessivement bornée ; mais un bonheur tellement en dehors et au-dessus de mes conceptions, que tout ce que j'en puis penser est infiniment au-dessous de sa réalité ; voilà ce qui doit raviver mes désirs et m1 enflammer à chaque instant d'une nouvelle ardeur pour en acquérir la possession.

La foi me dit que la vue de Dieu, de l'humanité glorieuse de Jésus-Christ, ravit les élus dans une extase perpétuelle et leur procure des torrents de voluptés et d'ineffables délices ; je ne comprends pas ce bonheur-là, je ne puis même pas le comprendre : non, mes sens et les créatures grossières qui les occupent sans cesse, ne me permettent pas de comprendre un bonheur qu'ils n'ont jamais goûté, et qui diffère essentiellement de celui qu'ils poursuivent. Mais la foi, mais la parole de Dieu doit me suffire. Or, d'après cette foi, si le ciel s'ouvre à moi après les peines de cette triste vie, jamais je ne verserai une seule larme; jamais je ne sentirai la pointe d'une seule douleur ; jamais

je n'éprouverai un seul moment de dégoût et d'ennui ; jamais je ne serai troublé par la crainte de perdre ou de voir s'altérer mon souverain bonheur. Toujours je serai heureux; toujours mes désirs seront satisfaits; toujours je verrai Dieu; toujours cette vue me découvrira de nouvelles beautés et me procurera de nouvelles jouissances ; toujours j'aimerai Dieu ; toujours cet amour remplira toute la capacité de mon être et me pénétrera d'un bonheur dont rien sur la terre ne me peut donner la plus légère idée ; toujours je posséderai Dieu ; toujours il sera mon trésor et mon souverain bien; toujours U sera l'objet et le rassasiement de tous mes désirs ; toujours je posséderai en lui un Père infiniment tendre, un Sauveur infiniment miséricordieux, un Dieu enfin souverainement aimable, qui m'associera pendant l'éternité tout entière au bonheur infini dont il jouit lui-même.

Ce que je vois ici-bas ne me satisfait point ; je vois même tous les jours bien des choses qui m'affligent.

Ce que j'aime ici-bas ne me satisfait point ; mon cœur, en s'y attachant, ne dit jamais : C'est assez ; et puis, les èlres que j'aime échappent à mon amour ; ils me quittent, ou je les quitte, et le baiser d'adieu est un coup de foudre.

Ce que je possède ici-bas ne me satisfait point ; mon cœur est mille fois plus vaste que tout ce qui s'offre pour combler ses désirs ; et quand les créatures viennent l'une après l'autre pour le remplir, c'est comme si un enfant, voyant l'immense bassin des mers entièrement vide, entreprenait de le remplir avecreau qu'il tient dans le creux de sa petito main. I. 16

Le ciel donc, le ciel ! voilà le bonheur vrai, voilà le bonheur solide, voilà le bonheur que le cœur appelle, voilà le bonheur que rien ne peut ravir, voilà le bonheur dans toute sa plénitude, voilà le bonheur dont Dieu récompense éternellement ceux qui l'ont servi fidèlement sur la terre.

Quelques jours de combats — et une éternité de triomphes .

Quelques jours de fatigues — et une éternité de repos.

Quelques jours de souffrances — et une éternité de délices !

Nons s'écrie saint Paul, l'œil de V homme n'a point vu, son oreille n'a point entendu , son cœur n'a rien goûté qui puisse être comparé aux jouissances qu'il réserve à ceux qui F aiment.

Ces divines jouissances, nous nous garderons bien d'essayer de les décrire avec plus de détails. Le grand apôtre Paul, par un privilège spécial, y fut initié pendant quelques instants, et tout ce qu'il put en dire, ce fut qu'il avait vu des merveilles qu'il n'est pas permis à l'homme de raconter : Qu3R non licet homini loqui. Ne parlons point quand L'apôtre se tait. Disons seulement avec un pieux écrivain, et tachons de bien goûter chacune de ses paroles :

« Paradis ! oh î le grand mot ! Qui dit paradis » dit éloignement de tous les maux, l'assemblage » de tous les biens, le chef-d'œuvre de la magnifi- » cence de Dieu, l'accomplissement de tous les » désirs du cœur humain, et quelque chose de » plus encore que tout cela. Voir Dieu clairement, » et tel qu'il est dans sa gloire ; aimer Dieu sans

» mesure ; posséder Dieu sans craindre de le pèr^ » dre jamais ; être heureux de la félicité de Dieu » même : voilà l'objet de mes espérances. Ah ! je » n'ai plus que quelques jours d'exil et de pèleri- » nage, et puis je serai éternellement avec celui » que mon cœur aime.

» Qu'importe où nous soyons ici-bas, pourvu que » nous soyons heureux pendant toute l'éternité ? » Puis-je me plaindre qu'une félicité infinie me » coûte un peu de peine? Ah! bienheureuse éternité, » si les hommes savaient ce que tu vaux ! ! ! (1) »

N'ouvrirons-nous point les yeux en présence de vérités si dignes de fixer nos regards ? Resteronsnous stupides et insensés, en présence d'un Dieu qui nous propose avec tant d'amour une couronne immortelle dans son propre royaume? Nous qui sommes fous d'honneurs, de richesses et de plaisirs, persisterons-nous à chercher dans la boue ce qui nous est offert dans la divine gloire? Préféreronsnous les honneurs, les richesses et les plaisirs delà terre, qui s'enfuient à la mort comme une ombre légère et qui ne peuvent descendre avec nous dans la tombe, les préférerons-nous à l'éternité de bonheur que Dieu nous destine dans la céleste patrie ? Non, il n'en sera point ainsi : nous vivrons saintement pour mourir de même, et nous ferons la conquête du trône de gloire qui nous est réservé, en méditant souvent ces paroles de notre divin Maître :

« Que sert à l'homme de gagner tous l'univers, s'il vient à perdre son àme ? »

Quid prodest homini, si universum mundum lucrctur, animée vero suœ detrimcntum patiatur ?

(i) Pensées chrétiennes, par le "P. Bouhours.

Page 1