I. — Dernier jour du séminaire
Vous allez donc enfm quitter ce saint lieu et le quitter pour toujours ; vous le reverrez quelquefois en passant, m.ais vous ne Fliabiterez plus pendant un temps prolongé. Demandez-vous, avant d'en sortir, si c'est avec regret ou avec plaisir que vous le quittez. Si c'est avec regret, si vos affections vous y attachent, affections non à telle ou telle personne, mais aux occupations, aux exercices, à la vie du séminaire, réjouissez-vous, c'est un signe de ferveur et un motif d'espoir pour votre avenir sacerdotal. Mais si vous le quittez avec joie, si voTis lui faites vos adieux sans les accompagner d'une larme, d'un soupir, ou d'un simple gémissement, tremblez ; c'est ainsi que le quittent ceux qui deviennent plus tard de mauvais prêtres ou des prêtres tièdes et relâchés : 0 hoata solitudo ! 6 sola beatitudo !
Votre règlement est-il fait ? l'avez-vous proposé à votre directeur ? Sentez-vous au fond de l'àme le vif désir de l'exécuter toute votre vie ? Etesvous en garde contre la tentation de l'enfreindre, tentation qui très-certain(».ment ne manquera pas
de vous attaquer bientôt ? Si vous pouvez répondre affirmativement à ces questions, rassurez-vous et bénissez Dieu. Les mieux aiîermis sur ces divers points ne sont pas, bêlas ! toujours fidèles ; mais à coup sur tous les autres se relàclient : Qui rc- Cjidai vivit, Dco vivit.
Faites une dernière visite à Jésus dans la chapelle du séminaire. Rappelez-vous dans cette chapelle les heures délicieuses que vous y avez passées, les résolutions que vous y avez prises, les généreuses promesses que vous y avez faites. Nous avons connu un saint prêtre qui, longtemps après avoir quitté le séminaire, n'y rentrait jamais sans y éprouver une émotion saisissante ; il avait remarqué le lieu où il s'était étendu sur le pavé du sanctuaire au jour de son sacerdoce, et il s'y transportait avec un indicible bonheur pour y renouveler ses sacrés engagements auxquels il avait été constamment fidèle. Imitez ce saint homme. Avant do vous retirer, offrez à Jésus votre règlement pour qu'il vous aide à l'exécuter, votre personne tout entière pour qu'il la sanctifie de plus en plus, votre futur ministère pour qu'il le bénisse : Vcnite in sanctuariimiBomini, quod sanctificavit in letornum. Allez voir tous les vénérables directeurs du séminaire et n'imitez pas ces séminaristes insouciants, mal élevés et ingrats qui s'aiTranchissent de ce devoir et qui n'ont pas même la pensée de le remplir. Yous ne savez pas tout ce que vous devez à ces respectables supérieurs; ils ont été vos intercesseurs auprès de Dieu, ils vous ont dirigé par leurs sages conseils, ils vous ont édifié par leurs exemples, ils vous ont iiislruil par renseignement delà
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science sacrée, qui leur a demandé de pénibles travaux, et ils ont encore quelques bonnes paroles avons adresser et un paternel baiser avons donner comme gage de leur afTectueuse tendresse : Mementote prœpositorum vestroriim, qui vobis locuti sunt vcrbum Dei^ quorum iiitucntcs cxitum couver sationis, imitamini fulem.
IT. — Départ, — arrivée dans la famille, — première messe.
Quelle inconvenance, si, ton! récemment ordonné prêtre, vous sembliez Foublier pendant le voyage par la légèreté de vos paroles et Timmodestie de votre maintien ! Qu'il n'en soit pas ainsi : parlez peu et toujours à propos ; pas de gaieté bruyante, extérieur digne et édifiant, lectures pieuses, récitation du chapelet et du saint office avec dévotion et recueillement : telle sera votre conduite si vous êtes vivement frappé du prodige qui vient de s'opérer en vous. Un nouveau prêtre devrait se dire à chaque instant avec une sorte de stupeur : Que suis-je?que s'est-il passé en moi aux pieds de mon évêque? Suis-je un homme ou un ange sous la forme humaine? et Dieu lui répondrait au fond de l'âme : Tu es plus que tout cela par ta dignité ; tu es prêtre : 2\i es sacenlos in œtenium!
Arrivé dans la famille, vous y répandrez la joie ; votre pieuse mère surtout vous arrosera de ses larmes en vous embrassant : larmes précieuses dont sa foi vive sera la source î C'est alors que vous' devrez plus que jamais vous montrer édifiant sur tous les points et embaumer la maison paternelle du parfum de vos vertus, vous associant aux
sentiments de saint. Paul quand il disait : Chrisîi
bonus odor sumus Odor vitae in vitam.
Mais quel jour, grand Dieu, que celui qui s'approche! Pour la première fois, Jésus-Christ, soumis à Pautorité de votre parole, va s'abaisser des hauteurs des cieux pour s'incarner dans vos mains ; vous allez faire un miracle, et quel miracle ! vous allez remplacer une substance naturelle par une substance divine, les anges vont faire escorte à votre majesté sacerdotale, PÉglise va déployer toute sa pompe, elle va vous envoyer chercher sous un dais comme si, ce jour-là, vous étiez un de ses princes, et dans Li chaire évangélique on va proclamer vos titres de gloire ! Nous ne vous dirons pas de monter à l'autel avec gravité, modestie et ferveur : cette fois-ci, rien de tout cela ne vous manquera. Si vous tronquez quelque cérémonie, un trouble excessif en sera la seule cause, et ce trouble fera l'éloge de votre foi. Mais nous vous dirons : Souvenez-vous toujours du saisissement de votre première messe ; ne vous familiarisez jamais avec Pautel : après cinquante années de sacerdoce, vous serez comme aujourd'hui le sacrificateur de Jésus-Christ; vos sublimes fonctions étant toujours les mêmes, maintenez-vous toujours dans les saintes dispositions qu'elles exigent. Nous ajouterons : Notez ce jour comme le plus célèbre de vos jours, et prenez pour vous ces paroles de Moïse aux enfants d'Israël : Vocabitis hune diem celebemmwn atque sanctissimum.