‹ Œuvres complètesChapitre 45 sur 55 · II · texte numérisé non relu

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rimprudence de vous donner pour encourager vos premiers essais ; cultivez votre talent sans en faire parade; montez plutôt dans la chaire de la paroisse à îac[uelle vous êtes attaché, que dans celles des paroisses voisines où vous appellent des curés qui peut-être vous invitent à prêcher bien plus pour que vous fassiez leur besogne, que pour admirer votre éloquence ; remplacez enfin votre présomption par riiumilité, et visez à devenir un prédicateur solide, instruit, modeste, vraiment apostolique et homme de Dieu.

.3° La vaine gloire. De la présomption à la vaine gloire il n'y a qu'un pas, et ce pas, les jeunes prédicateurs l'ont bientôt franchi. Se prêcher soimême au lieu de prêcher Dieu et sa sainte loi : quelle prévarication ! Monter en chaire comme ambassadeur de Jésus-Christ, parler à des âmes rachetées du sang de Jésus-Christ, proclamer FEvangile de Jésus-Christ, avoir pour premier auditeur et pour président de l'assemblée le Dieu du tabernacle, Jésus-Christ ; et ne rechercher dans ce divin ministère que sa propre gloire sans vouloir écouter cette parole foudroyante : Gloriam meam alteri non dabo ; quel aveuglement ! quelle profanation ! Ah ! si nous avions les sentiments des saints, de quel frémissement nous serions saisis en méditant la réflexion de l'un d'eux à ce sujet ! « Celui, dit saint » Yincent de Paul, qui prêche pour se faire ap- » plaudir, louer, estimer, faire parler de soi, que » fait-il autre chose qu'un sacrilège ? Eh quoi ! » n'est-ce pas un sacrilège que de se servir de la » parole de Dieu pour acquérir de l'honneur et de » la réputation? »

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Prenez gaiNle, jeune téméraire, prenez garJc ; sans doute la vaine gloire, chez un prédicateur, est horrible aux yeux de la foi ; mais, à un autre point de vue, elle est séduisante, attrayante, enivrante, elle chatouille délicieusement la ûhra la plus sensible de la pauvre humanité.

Que de chutes humiliantes ont eu la vaine gloire pour premier principe ! Rien ne nous fait plus trembler que les succès réels ou prétendus d'un jeune prédicateur. Quand nous le voyons se lancer dans sa sainte carrière sous la bannière de l'orgueil, nous ne sommes plus surpris lorsque, plus tard, on nous fait le triste récit de ses désordres.

Si, par hasard. Dieu daigne opérer quelques conversions à la suite de ses prédications, comme un excellent ouvrier produit quelquefois unbel ouvrage avec un mauvais instrument, il s'enfle, il s'admire, il s'extasie devant son éloquence à laquelle il attribue le mérite de ces conversions. Ah! qu'il ferait bien mieux de méditer ces belles paroles du P. de la Colombière dans sa Retraite spirituelle ! « Quand on » connaît, dit-il, ce que c'est que sauver une âme )) et ce que nous sommes, on est bientôt persuadé » qu'on n'y peut rien. Quelle fohe de penser qu'avec » quelques paroles qu'on dit en passant, on puisse » faire ce qui a tant coûté à Jésus-Christ ! Vous par- » lez, et une âme se convertit ; c'est comme au jeu » des marionnettes : le valet commande à la poupée » de danser, et le maître la remue par le moyen d'un » ressort : le commandement n'y fait rien du tout. » Exi à me, quia homo peccator sum, Domine : le » beau sentiment en une âme en qui ou par qui » Dieu opère quelque chose d'extraordinaire ! »

Plus le niiiiistère de la parole a cVéclat, plus vous devez vous abaisser dans les profondeurs de riiuniilité : plus vous avez de succès dans ce ministère, plus vous devez appréhender de vous en attribuer le mérite. Purifiez vos intentions ; humiliez-vous de voir que Dieu vous confie un emploi dont vous êtes si indigne ; fermez la bouche aux flatteurs ; prêtez l'oreille aux critiques ; faites un acte d'humilité avant de monter en chaire ; faites-en un second quand vous en serez descendu, et lorsque la vaine gloire vous étourdira de son bourdonnement, répétez pieusement ces paroles de David : Non nohis, Domine^ non nobis, sed nomini tuo da fjloriam .

40 jT/, mauvais choix des sujets et la 7nauvaise maniera de les traiter. Youlez-vous prêcher pour conquérir des éloges, ou voulez-vous prêcher pour être utile aux peuples ? Youlez-A ous faire dire à quelques gens superficiels que vous êtes orateur, que vous êtes savant, que vous êtes profond ; ou voulez-vous faire dire à la masse des hommes sages que vous connaissez la loi de Dieu, que vous l'expliquez clairement et que vous en inspirez l'amour à ceux qui vous écoutent ? Il faut choisir.

Si vous voulez conquérir les éloges de quelques esprits gâtés ; si vous voulez passer à leurs yeux pour un grand homme, académiquement parlant ; montez sur vos échasses, cherchez des mots sonores, jetez des bluettes à vos auditeurs ; arrondissez vos périodes , boursouflez votre style , déclamez avec emphase, affichez une pose élégante, transformez la chaire en tribune ou en théâtre, perdez-vous dans des sentiers fleuris ou dans les

nuages d'une m;Mîipliysique que ceux-là seuls tirclarent profonde qui ne la comprennent point : voilà le moyen de parler pour ne rien dire, d'éblouir au lieu d'éclairer, de pérorer au lieu d'instruire, et do vous attirer, en retour de quelques sottes louanges, les foudres de Dieu dont vous profanez la parole. Nous disons sottes louanrjes ; car, pensez-y bien, tout homme réellement instruit qui vous entendra, sera le premier à condamner votre mauvais genre.

Mais si vous voulez prêcher pour être utile, pour apprendre la loi de Dieu aux hommes, pour la leur faire aimer et pratiquer, pour les arracher à l'enfer et les conduire au ciel ; prêchez comme les saints, prêchez comme ces bons missionnaires, qui instruisent mieux une paroisse pendant une mission de trois semaines, que plusieurs curés n'instruisent les leurs en quinze et vingt années de ministère ; prêchez enfin comme Jésus-Christ, ce parfait modèle dos prédicateurs. Où avez-vous vu que ce divin Sauveur ait jamais remplacé le style simple par le style pompeux '^ Où avez-vous vu qu'il ait brigué les suffrages des peuples par le déploiement d'une éloquence apprêtée ? 11 pouvait sans doute être souverainement profond et éloquent ; il pouvait l'être mille fois plus que vous et que tous les prédicateurs du monde ; mais l'a-t-il été? mais a-t-il voulu l'être? Jamais. Parcourez ses discours, voyez ses comparaisons, lisez ses paraboles : quelle clarté ! quelle familiarité ! quel abaissement divin ! Et pourtant, quels mystères il révèle ! quelle théologie il proclame î 11 est sublime, oui, et l'impiété elle-même admire sa sublimité ;

mais il est sublime à la mani«'ire de Dieu, qui doit être la nôtre : hauteur dans les choses, simplicité dans leur exposé. Aussi chacun le comprend, chacun est touché, ravi, transporté, et la conquête du monde entier est le fruit de sa parole éminemment populaire ! Voilà le vrai type du prédicateur; malheur au prêtre qui ne le reconnaît pas pour tel I malheur au prêtre qui dédaigne de l'imiter !

Imitez-le. vous, jeune et tendre ami ; laissez les profanateurs de la chaire s'agiter dans le vide et battre l'air de leurs coups de cymbales. Pour vous, soyez utile et craignez de n'être que brillant,

Nous dénonçons à l'Kglise et aux vénérables pontifes qui en sont les premiers ministres, ces prédicateurs indignes du ministère qu'ils exercent, qui viennent se pavaner en chaire, et y débiter avec suffisance et emphase des discours qu'on ne sait comment qualifier, tant ils sont creux, incolores, nuageux et inutiles aux peuples, qui ne les comprennent pas. Oui, nous dénonçons ces hommes qui ont faussé l'esprit des fidèles par leur éloquence tout humaine, et qui se glorifient de ce qui devrait les confondre : nous dénonçons ces vains contempteurs de la simplicité évangvélique, que les apùtres de Jésus-Christ eussent refusé de s'adjoindre pour convertir Turivers, et que Jésus- Christ lui-m^me chargerait du poids de ses anathèmes, s'il rompait le silence qu'il s'impose dans son divin tabernacle.

Le premier travail qui doit vous occuper dans lintervalle des fonctions de votre ministère, doit être la composition claire, simple, méthodique, familière et vraiment pastorale d'un cours complet

d'insfrnctions sur toute la docîriiic chrétienne. L'explication détaillée du symbole, des commandemeuts de Dieu, des commandements deri^glise, des sacrements et de la prière : voilà ce qu'il faut traiter avant d'aborder un seul de ces discours qu'on appelle (jrands sermons. Vous manquerez à l'un de vos devoirs essentiels, si, au lieu de vous imposer cette tâche, vous employez votre temps à composer je ne sais quelles pièces soi-disant littéraires, disparates, décousues, sans ordre, sans suite et sans liai?:on,- fruit capricieux et frivole d'une imagination dévoyée.

Quant à la manière de traiter vos sujets, elle sera toujours bonne, si toujours vous travaillez en face de cette devise : Je veux être utile. Alors vous serez clair, alors vous serez simple, alors vous serez précis, instructif, intelligible pour tout le monde.

5^ Le défaut (le piété. Nous ne connaissons point d'égarement plus complet que celui d'un prêtre qui ne soutient pas ses prédications par la sainteté de sa vie. 11 veut donner aux autres ce qu'il n'a pas lui-même; c'est un b]o<î de glace qui prétend enflammer ceux qui l'approchent : pitié ! pitié ! Xavier a converti cinquante-deux royaumes, non parce qu'il était éloquent, mais parce qu'il était saint. Plusieurs prêtres de son temps l'égalaient, le surpassaient peut-être en éloquence ; mais parce qu'ils n'avaient pas sa sainteté, personne ne parle de leurs conquêtes, tandis que le monde entier préconise les siennes. Soyez donc un saint, si vous voulez sanctifier vos frères par vos prédications. Prêchez à petit bruit par une vie de règle, d'étude

et de prière, avant de prêcher avec fracas dans l'église; prêchez par votre humilité, voire douceur, votre cJiarité pour les pauvres eî par toutes les vertus chrétiennes eî sacerdotales, avant dlmposer solennellement ces vertus à des auditeurs qui, vous en voyant dépourvu, vous diront tout bas : Mcdicc, cura te ipsiim. Si vous agissez ainsi, vous ne serez pas eiicore dans la chaire que déjà les peuples seront disposés avons croire, et quand vous y paraîtrez, cliacune de vos paroles, tombant d'un cœur brûlant, communiquera son feu aux âmes les jjIus froides. Croyez-nous, on ne résiste guère, ou du moins on ne résiste pas longtemps à l'éloquence d'un prédicateur qu'on n'entend jamais sans dire : Quel homme de Dieu ! quel saint prêtre !

Pesez bien ces excellents avis que donne aux prédicateurs le P. Lallemant, dans sa Doctrine spirituelle : « Si un prédicateur, dit-il, n'est pas » homme d'oraison, il ne fera jamais grand fruit, » parce que ses prédications, pour le regard du » dessin, des pensées, du style, du geste, et pour » les vues imparfaites et les intentions impures » qu il aura eues en tout cela, seront pleines de » péchés, du moins véniels.

» Le profit des auditeurs dépend extrêmement » de la vertu du prédicateur et de son union » avec Dieu, cjui lui peut donner en un quart w d'heure d'oraison plus de pensées, et des pensées )) plus propres à toucher les corars, qu'il n'en » trouverait en un an de lecture et d'étude.

» On s'applique à composer de beaux sermons, » et cependant on ne fait presque point de fruit.

I)"où vient cela ? C'est que la prédication est une fonction surnaturelle, aussi bien que le salut des âmes, qui est la fin qu'on prétend, et il faut que l'instrument soit proportionné à cette fm. Or, ce n'est point la science, ni l'éloquence, ni les autres talents humains qui nous rendent les instruments propres à procurer le salut des âmes. La plupart des prédicateurs ont assez de science, mais ils n'ont pas assez de dévotion et de sainteté.

» Le vrai moyen d'acquérir la science des saints et d'avoir de quoi remplir un sermon, une exhortation, un entretien spirituel, ce n'est pas tant d'avoir recours aux livres qu'à l'humilité intérieure, à la pureté de cœur, au recueillement et à l'oraison. C'est ainsi qu'en ont usé tous les saints...

» Un prédicateur doit bien parler, et ne pas négliger l'élocution. Le respect qui est dû à la parole de Dieu demande cela... Mais il ne doit aimer, ni priser, ni louer que Jésus-Christ et ce qui le touche ; ne vouloir être lui-même aimé, loué, ni estimé de personne, et n'avoir en vue que de faire connaître et aimer Notre Seigneur et d'attirer tout le monde à son service. » C'est une chose prodigieuse (notons bien ces derniers mots) de voir des hommes appelés à la vie apostolique, porter l'ambition et la vanité dans le sacré ministère de la prédication. Quel fruit peuvent-ils faire? Ils obtiennent quelquefois ce qu'ils poursuivent, c'est-à-dire leur gloire personnelle ; mais ils en viennent là aux dépens d'une infinité de péchés et d'imperfec- II. 2i'

» tions. Quelle vie 1 quelle union avec Dieu ! et » comment se servira-t-il de tels instruments ? »

Qu'il y a de vérité, de bon sens et de piété dans ces précieux enseignements ! (1)

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