j.f en lit gentils (éd. suiv. corr
Le Papillon. — Cette pièce de Belleau disparait des Œuvres de Ronsard en 1560.
X. C.-.i.-d. : à vive allure. Cf. le tome I, p. 224, vers 41. 2. Nom vulgaire du hêtre.
Ronsard, VI,
En cent mille habis que tu portes,
Au petit mullc élcphantin, 8 Jouet d'cnfans, tout enfantin :
Lors que de fleur en fleur sautellcs, [jj v"]
Couplant & recouplant tes x-llcs,
Pour tirer des plus belles fleurs la L'email & les bonnes odeurs.
Est-il peintre que la nature?
Tu contrefais une peinture
Sur tes aelles si proprement, 16 Qu'à voir ton beau bigarrement.
On diroit que le pinceau mesme
Auroit d'un artifice extresme
Peint de mille & mille fleurons 20 Le crespc de tes a;llerons.
Ce n'est qu'or fln dont tu te dores.
Qu'argent, qu'azur, dont tu colores
Au vif un millier de beaus yeus
24 Dont tu vois : & meritois mieus De garder la fille d'Inache Qu'Argus, quand elle devint vache '.
Tu ne vis qu'un gaillard printans :
25 Jamais la carrière des ans N'ofi"ence ta crespe jeunesse D'une chagrineuse vieillesse.
Au point du jour, quand le Soleil
j2 Colore d'un pourpre vermeil
Ses rayons, tu sors de ta couche.
Et puis au soir quand il se couche.
Plongeant ses limouniers funieus
56 Au sein de Thetis ecumeus,
Dessus le tapis de la pràe.
ï. Allusion \ la légende d'Io, fille d'Inachus, transformée en génisse
far Jupiter, et surveillée par Ar^^us aux cent yeux, agent de la jalouse unon.
En cent pareures diaprt^e,
Tu te couches, sans avoir peur [34 r^J
40 De la nuit, ni de son horreur.
Et quand l'Aurore rayonnante
A mouillé l'herbe rousoyante,
Tu te pais de manne & de miel 44 Qui lors se distille du ciel.
« O vie heureuse, & plus céleste
« Que celle des hommes moleste
« A suivre les affections 48 « D'impatientes passions :
« Tantost le ciel de son audace
« D'un regard triste nous menace,
« Tantost un orage cruel $2 « D'un brouillement continuel :
« L'hiver, l'esté ne nous contente,
« Mais plus tost une sotte attente
« Nous repaist d'espérer en mieus, 56 « Bref, rien n'est ferme sous les cieus
« Pour la pauvre race des hommes,
« Sous les cieus courbés où nous sommes. Or, VI donques bien fortuné 60 Mon mignon, sans estre étonné
Des traverses de la fortune :
Et pendant que l'heure oportune
Te semont à voler, il fï.ult 64 Par la bouillante ardeur du chaut,
Que le teint du lis & des roses
Et de mille autres fleurs écloses
Tu pilles, pour rendie mieus teint 68 De ma maistresse le beau teint.
Puis m'aportant dessus tes ailles [34v°]
Tout le fard de ces fleurs nouvelles,
J'apandrai sur ce ruisselet 72 (Qui doucement argentelet
Coule de la roche pierreuse
Au long de cestc rive herbeuse)
El mon bonnet & mon chappcau -6 En ton hoiincur, à ce rameau :
Et chantant au frais de l'ombrage,
J'cmpeschcrai que nul outrage
Ne te soit fait sur le mi-jour 80 Par les enfans, quand de retour
Ils sont des chams, 6c que leur chasse
A coups de chapeaus te pourchasse,
Et tous échaufés à grans pas 84 Courent pour t'aterrer en bas,
Hastant & rehastant leur suitie
Apres ton inconstante fuitte,
Pour ton voler trop incertain 88 Qui trompe leurs yeus is: leur main.
Et si tu fais que la nuit sombre
Te puisse tirer de l'encombre
Des enlans, cncor qu'il fust tard 92 Va-ten, mignon, à mon Ronsard
Que j'aime mieus que la lumière
De mes yeus, & dont se tient fiere
Ma muse, car il daigne bien 1^6 Lire mes vers qui ne sont rien.
Tu le troùvras dessus Nicindre,
Sur Callimach, ou sur la cendre
D'Anacreon, qui reste encor (55 r"]
joo Plus précieuse que n'est l'or '.
Tout recourbé, moulant la grâce
De ses trais, à l'antique trace,
Sur le patron des plus segrés J04 Poettes Rommains & poettes Grées
1. .Mlusion à la publication récente des AnacreonUa par Henri Ksticnnc et aux tr.inspositions en fr-inç-iisque Ronsard en fit des 15S4. Voir ï ce sujet mon Romani porte hrique, pp. 120, 159 et suiv., et ci-apris l'ode A Cor\don : N'ous ne tenons en notre main..., et maintes odelettes imitées du recueil d'H. listicnne.
DE P. DE RONSARD lOI
Pour nous reclarcir leur vieil âge :
Puis t'asseant sus son ouvrage,
Tu lui diras que son Rémi, io8 A qu'il ' a donné son Fourmi,
Son Fourmi, & depuis encore
Un double présent qu'il honore
D'une Grenouille, &: d'un Frellon % 112 Pour recompense, un Papillon,
Un gai Papillon lui renvoie,
A fin qu'en pareille monnoie
Reçoive le paiement entier ii6 D'un artisan de son mestier 5.
S'il te reçoit en sa demeure,
Papillon mon mignard, je meure
Qu'autant heureus ou plus qu'un Roi 120 Vivras sans peine & sans émoi +
En ta franchise coustumiere,
Car, soigneus qu'el' te reste entière,
Asseure toi qu'il gardera 124 Que l'huille ne t'offencera,
Ni qu'au feu des tardes chandelles 5
Tu grilles le bort de tes ailles.
1. Syncope pour : A qui il, comme on dit encore S'il, pour Si il.